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Full text of "Histoire du petit séminaire de Montfaucon"

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HISTOIRE 




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PAR 



jVr. L'ABBÉ A. VAYSSIÉ 

LICENCIÉ ÉS-LETTRES 
PROFESSEUR D'HISTOIRE 



Laudemus viros gloriosos et 
parentes nostroa in genera- 
tione sua. fEccli. XLIV, i.) 



EN VEÎ^TE A CAHORS : 
E, Delsâud, libraire, rue de la Mairie 



•1890 






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HISTOIRE 



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PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 



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Cahors, F. Plantade, Imprimeur de Mgr l*Evêque. 



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HISTOIRE 



DU 






PAR 

M. L'ABBÉ A. VAYSSIÊ 

LICENCIÉ ÊS-LETTRES 
PROFESSEUR D'HISTOIRE 



Laudemus vires glêriosos et 
parentes nostros in gênera- 
tione sua, (Eccli, XLIV, i.J 



--t.,A^^:ç2:2j6>.^*- 



EN VENTE A CAHORS : 
E. Delsaud, libraire, rue de la Mairie 

1889 



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t>Ê5iGACli 



A Sa finMlet loDsepiiF fa-lFd firiiëias 



ÉVÊQUE DE GAHORS 



Monseigneur, 

Le Petit Séiàînàire de Montfaucon a vu, depuis sa 
fondation, cinq éyêques se succéder sur le siège épis- 
copal de Cahors. Tous ont aimé et favorisé cotte mai- 
soii comme la pépinière de leur clergé, mais c'est Votre 
Grandeur qui lui a témoigné le plus de bienveillance et 
de dévouement. 

Non content de veiller sur le présent et de pourvoir 
à l'avenir de votre Petit Séminaire, vous avez voulu, 
Monseigneur, connaître aussi l'histoire de son passé. 
Bien plus, persuadé avec raison que, dans ce passé qui 
a déjà duré trois quarts de siècle, une telle institution 
devait fournir des exemples dignes d'être connus^ 
vous avez exprimé le vœu qu'ils fussent recueillis, mis 
en ordre et présentés au public. 

Voici, enfin. Monseigneur, le résultat des recherches 
entreprises pour satisfaire à votre pieux désir. Que ne 



816 

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— 6 — 

puis-je, en le déposant aux pieds de Votre Grandeur, 
être assuré que ce tableau d'une belle œuvre ne sera 
pas trop indigne de votre bienveillant patronage I 

Daignez agréer, avec cet humble hommage, 

Monseigneur, 

les sentiments de profonde et filiale vénération avec 
lesquels j'ai l'honneur d'être, 

De Votre Grandeur, 

le serviteur très humble et très obéissant, 

A. VAYSSIÉ, 
Professeur d^ Histoire. 



Montfaucon, le Iw août 1889. 



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RÉPONSE 

DE 

MONSEIGNEUR UÉVÊQUE 



Cahors, le 6 août 1889. 

Mon cher abbé, 

J'avais beaucoup désiré en effet que l'His- 
toire de mon Petit Séminaire fût écrite, et je 
vous sais d'autant plus gré d'avoir accueilli 
mon désir, que vous nous donnez un livre 
plein d'intérêt et d'édification. 

Tous ceux qui le liront admireront, comme 
moi, le dévouement et l'abnégation qui ont 
fondé cette œuvre si importante pour le dio- 
cèse, et comprendront dès lors les bénédic- 
tions dont le Seigneur l'a favorisée. 

Le récit du passé sera aussi une leçon pour 
Tavenir, et, comme vous le dites très-bien, 
professeurs et élèves trouveront dans l'exemple 
de leurs devanciers des modèles et de^encou- 
ragements. 

Je vous bénis, ainsi que votre œuvre, en 
vous assurant de toute mon affection. 

t PIERRE, Évêque de Cahors. 



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ÀVÀNt-JPRÔiPOS 



Le Petit Séminaire de Monlfaucon a eu, comme la 
plupart des œuvres que Dieu bénit, des origines fort 
modestes. Etabli dans des conditions extrêmement dé- 
favorables, pauvre dès sa naissance comme il Ta tou- 
jours été, et confiné longtemps dans les murs d'un 
vieux prieuré qui n'était plus qu'une masure, il n'a pu 
se soutenir et se développer que grâce au dévouement 
absolu de son personnel, à la confiance des familles et 
au bon vouloir du public ; ou plutôt à la protection ma- 
nifeste du ciel. 

Ces humbles commencements, ces efforts persévé- 
rants de quelques prêtres du plus rare mérite, grâce 
auxquels une petite école de presbytère est devenue 
une grande maison d'éducation, méritent certainement 
d'être connus, et, déférant à des vœux qui sont pour 
nous des ordres, nous entreprenons d'en perpétuer le 
souvenir. 

En remplissant cette tâche qui a pris peu à peu des 
développements inattendus, nous n'avons pas ^seule- 
ment été encouragé par la pensée d'accomplir un 
pieux devoir : l'histoire des lents agrandissements du 
Petit Séminaire de Montfaucon et des heureuses modi- 
fications apportées au programme de son enseigne- 
ment, pourra montrer aux familles que la confiance 
dont elles ont bien voulu honorer jusqu'à présent cette 



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— 10 - 

maison est pleinement justifiée. Ses anciens élèves, 
dont beaucoup ont déjà blanchi dans les travaux du 
saint ministère, ou servi leur pays avec honneur dans 
les diverses carrières libérales, trouveront dans ces 
souvenirs quelque chose de ce charme qui s'attache 
aux récits du temps passé, surtout quand nous pouvons 
dire avec le poète : « Quorum pars magna fui. » De 
leur côté, nos élèves actuels verront de quel esprit 
étaient animées les nombreuses générations d'élèves 
qui les ont précédés sur les bancs de nos classes : ils 
considéreront qu'auprès d'elles la piété fut toujours en 
honneur et au premier rang, mais que le soin, de se 
formera la vertu ne nuisait en rien à l'amour de 
l'étude et à la passion de s'instruire ; et quoique grâce 
à Dieu ces traditions se conservent encore parmi nous, 
nous espérons que ce spectacle leur fera quelque bien. 
Enfin — pourquoi ne pas le dire? — humble professeur 
dans ce Petit Séminaire, mais pénétré de la grandeur 
et da la difficulté de notre mission, nous avons voulu 
cheicherpour no us- même, et nous croyons pouvoir 
offrir à tous nos chers collègues, dans l'exemple de 
nos devanciers, des modèles capables d'exciter notre 
émulation, sans la décourager. 

Il ne fallait rien moins que de si belles espérances 
pour nous faire persévérer dans les longues et patien- 
tes recherches que ce travail nous a demandées et 
dont on se fera difficilement une idée. Dans leur exces- 
sive humilité, les saints fondateurs du Petit Séminaire 
de Moittfaucon semblent avoir pris à tâche de ne lais- 
ser aucun autre souvenir de leur existence que l'œuvre 
à laquelle ils s'étaient dévoués, et quoique à l'heure 
actuelle 73 ans à peine nous séparent de l'époque où 



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. - 11 — 

ils en jetèrent les premiers fondements, leur histoire 
personnelle est à peu près oubliée. Pour arriver à 
retracer le tableau si intéressant des débuts, il a fallu 
recueillir et contrôler d'anciens récits traditionnels qui 
ressemblaient à des légendes, et en passant de bouche 
en bouche n'avaient rien gagné en précision ; il a fallu 
faire appel aux souvenirs des derniers survivants d'une 
génération presque éteinte, et consulter de vieux re- 
gistres, qui n'ayant pas été tenus à cette fin, ne nous 
apprenaient la vérité que très indirectement... Que de 
bienfaiteurs dont nous ne pourrons même pas citer les 
noms I Que d'actes de dévouement, que d'efforts géné- 
reux dont il ne reste:^ plus aucune trace que dans le 
Livre de vie ! 

Heureusement l'intérêt que notre œuvre inspirait 
à tbus les amis du Petit Séminaire, nous a fait rencon- 
trer partout le concours le plus bienveillant et le plus 
empressé. Qu'il nous soit permis d'exprimer ici, à tous 
ceux qui nous ont aidé de leurs lumières et de leurs 
conseils, notre vive reconnaissance. (1) 

(1 ) Nous devons particulièrement remercier parmi nos vé- 
nérables confrères, MM. Devèze et Albessard, secrétaires de 
TEvêché ; M. Mazelié, chanoine de la Cathédrale ; M. Rou- 
miguière, ancien curé de Saint-Barthélémy ; M. Baduel, an- 
cien aumônier des Carmélites de Figeac ; M. B. Massabie, 
curé du Puy ; M. Caviole, curé de Catus ; M. Delbreil, curé 
de Vire ; M. Blaclard, curé de îSaint-Maurice, et M. Larnaudie, 
ouré d'Espédaillac. 

La justice nous fait aussi un devoir de reconnaître les utiles 
renseignements que nous ont procurés de savants et excel- 
lents laïques : — M. Henri Nadal, notaire à Valprionde ; 
M. Derruppé, notaire à Luzech ; et M. Tocaven, notaire à 
Montfaucon ; — M. Mazet, professeur à Sorèze ; — enfin, 
M. Greil, négociant à Cahors et M. Champeval, avocat à 
Figeac, qui ont bien voulu nous faire profiter de leurs pré- 
cieuses découvertes sur l'histoire ancienne de Montfaucon. 



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Un mot maintenant sur le plab que nous aVonà 
adopté. L'histoire d'une maison d'éducation se compose 
de deux éléments principaux qu'il s'agit de réunir dans 
un récit animé et suivi : la marche de l'enseignement 
et les détails biographiques sur le personnel. Nous 
aurions pu à la rigueur tout conduire de front en sui- 
vant invariablement l'ordre chronologique; mais il 
nous a semblé qu'un tel tableau des annales montfau- 
connaises présenterait à la majorité des lecteurs bien 
peu d'intérêt et aurait, en outre, l'inconvénient de 
hacher en mille morceaux des biographies édifiantes. 
Nous avons préféré laisser intactes ces diverses bio- 
graphies en les disposant de telle sorte qu'il fût encore 
facile de discerner en les lisant le progrès des études. 
Ainsi, au lieu de fondre l'histoire des personnes dans 
celle de l'enseignement, nous avons fondu l'histoire de 
l'enseignement dans celle des personnes. 

Ce plan une fois arrêté, nous nous sommes aban- 
donné avec une certaine complaisance, au plaisir, non 
de louer, car nous avons fait la part du blâme comme 
celle de l'éloge, mais de raconter... Notamment sur 
les fondateurs du Petit Séminaire nous avons raconté 
tout ce que nous en connaissions. Si nous avons eu 
tort, que ceîui qui resterait indifférent à l'histoire, telle 
quelle, de ses ancêtres, nous jette la première pierre 1 

A. V. 



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HISTOIRE 



DU 



PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 



LIVRE I 



LES ORIGINES 



CHAPITRE I~ 



INTRODUCTION 

Situation générale et état de renseignement dans le 
Diocèse de Cahors en 1815, 

Il y avait environ quinze ans que la persécution 
violente avait cessé, que les temples s'étaient rouverts 
et que les prêtres échappés à l'orage avaient pu repa- 
raître au milieu d'une population dont les bouleverse- 
ments politiques n'avaient pas détruit la foi. 

Ces quinze années, les premières surtout, avaient 
été bien employées ; l'Eglise de France, en voyant se 
lever des jours meilleurs, s'était hâtée d'en profiter 
pour s'organiser de nouveau, reprendre son rang dans 
la société, recommencer ses travaux apostoliques et 



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- 14 — 

ses œuvres de bienfaisance, et pourvoir à Téducation 
de la jeunesse. 

Mais les maux à réparer el la tâche à remplir étaient 
immenses. On ne relève pas en une année ce qu'un 
jour a suffi parfois à renverser; et d'ailleurs, ce pouvoir 
si fort sous l'impulsion duquel toules les branches de 
l'administration et tous les services publics admirable • 
ment organisés, n'avaient pas tardé à fonctionner d'une 
manière si régulière ; ce pouvoir impérial qui avait 
fondé sa popularité sur la restauration religieuse, aursi 
bien que 'sur le prestige des armes, traitait toujours 
l'Eglise avec une défiance inexplicable, et ne lui rendait 
jamais qu'une demi-jusiice, qu'une demi-liberté. Le 
concordat une fois signé, les articles orgmiiques en 
avaient restreint les coi cessions ; le sacre une fois 
obtenu, les bonnes relations entre le saint-siège et le 
gouvernement français n'avaient pas tardé à se refroi- 
dir ; peu à peu la violence avait succédé à la protection ; 
et tout près de ce palais où le chef de l'Eglise avait 
reçu, en 4804, une hospitalité empressée et magnifique, 
Pie VII et les cardinaux fidèles à sa cause avaient 
trouvé une prison. Enfin, la guerre générale s'était ral- 
lumée ; une nouvelle gruerre inexpiable avait armé l'Eu- 
rope exaspérée contre l'homme qui avait abusé de sa 
fortune, et la victoire avait, hélas ! abandonné notre 
drapeau. Ce n'est pas au milieu de ces épreuves et 
dans des crises si violentes que l'Eglise de France 
pouvait faire avancer rapidement son œuvre de restau- 
ration religieuse. 

A ces soufî*rances matérielles, et aux difficultés que 
lui suscitaient les événements extérieurs, se joignaient 
des embarras diff'érents et que je pourrais appeler 



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— 15 — 

d'ordre intérieur. Le temps seul, pendant cette longue 
anarchie qui suspendit entièrement la vie normale du 
pays, aurait suffi assurément pour dégarnir les rangs 
de sa milice ; mais avec les brèches qu'avait faites, en 
outre, la hache de la Révolution, ces rangs durent se 
trouver en 1801 fort éclaircis. Dès lors, les pasteurs de 
chaque diocèse se virent placés dans une triste néces- 
sité. Pressés de pourvoir aux besoins de leurs églises, 
ils durent accepter tous les dévouements qui s'offraient, 
et se contenter souvent de bien peu en fait de science 
profane ou même d'instruction théologique. Par bon- 
heur, le peuple chrétien, tout à la joie qu'il avait 
ressentie de voir refleurir la religion, ne se montra pas 
aussi difficile qu'il le serait peut-être de nos jours. Les 
paroisses qui avaient recouvré leur ancien pasteur, 
vieilli sans doute mais grandi aussi par la souffrance, 
se plurent à l'entourer de respect et d'affection ; on 
parle encore dans nos campagnes, avec une sympathi- 
que admiration, de ces prêtres si justement nommés les 
Confesseurs de la Foi; leurs paroisses étaient fières de 
les posséder et elles conservent leur souvenir avec un 
légitirae orgueil. Ce sentiment général fut profitable, 
même à ceux qui avaient échappé à la persécution par 
des moyens moins héroïques ; et les prêtres qui avaient 
été assermentés, une fois rentrés fdans le devoir, 
ne furent point repoussés de leurs ouailles : le peuple 
chrétien connaissait encore cette maxime si nécessaire : 
à tout péché miséricorde. On comprend cependant 
qu'il y eût une certaine réserve dans la confiance et 
dans la considération dont ces prêtres, plus à plaindre 
peut-être encore qu'à blâmer, pouvaient jouir auprès 
du peuple. 



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— i6 — 

Quant aux nouveaux venus dans les rangs du clergé^ 
leur situation était un peu différente. Sortis presque 
tous des rangs du peuple, ils apportaient dans le saint 
ministère la foi profonde et les habitudes pieuses de 
nos ancêtres ; ils y apportaient aussi des goûts simples 
et modestes comme il convenait à une époque où l'on 
pouvait être curé sans presbytèi-e et sans église. Mal- 
heureusement un trop grand nombre d'entre eux sa 
ressentaient d'une préparation incomplète et hâtive. 
Ils n'en furent pas moins, pour les vrais fidèles, les 
représentants de Jésus-Christ ; mais la bourgeoisie et^ 
la classe voltairienne des demi-savants, appréciant peu 
leurs mérites réels, virent surtout leurs défauts. Pour 
celte partie de la société, les nouveaux prêtres furent 
les prêtres du TE IGITUR comme s'ils n'avaient su 
tout au plus que dire la Messe. Cruelle et injuste 
ironie ! Convient-il de reprocher leur faiblesse et leur 
misère k ceux que l'on a soi-même désarmés et dé- 
pouillés? Actuellement, on ne fuit plus à l'Eglise le 
même reproche, mais on n'est pas plus juste à son 
égard. En la voyant, à peine relevée de ses ruines, 
éclairer de nouveau le monde et exercer plus puissam* 
ment que jamais son empire sur les âmes au nom de 
Dieu et avec toute l'autorité de la sainteté et de la- 
science, les pouvoirs publics se sont troublés; on a 
crié à l'empiétement ; de fortes mesures ont été prises 
pour enra/er le mouvement, et une campagne de laïci- 
sation , entreprise avec audace, se poursuit avec 
acharnement : telles sont la justice et la logique dç la 
haine. 

Le diocèse de Cahors, un de ceux où la foi s'était.et 
s'est encore le plus heureusement conservéd^ aA^^ 



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- 17 — 

souffert comme les autres de celte situation générale ; 
mais de généreux efforts s*y faisaient afin de préparer 
un avenir meilleur. 

Depuis 1802, il était dirigé par un évêque d'un savoir 
étendu, écrivain remarquable et excellent administra- 
teur. Mgr de Grainville, chargé de trois des anciens 
aiocèses (Gahors, Montauban et Rodez), n'avait rien 
négligé, on peut le dire, pour y faire refleurir la reli- 
gion. 

Son premier soin avait été de créer un grand sémi- 
naire, et les jeunes élèves placés d'abord en 1805 sous 
la direction du P. Aslier, dans un local insuffisant, 
rentraient deux ans après dans le bâtiment de l'an- 
cienne maison dos chanoines de Chancelade qu'ils 
occupèrent onze ans et dans laquelle ils revinrent 
encore après 1830. 

Mais si les Grands Séminaires sont indispensables 
pour former, les clercs à la vie sacerdotale, le§ Petits 
Séminaires ne le sont pas moins pour 'seconder dès 
le jeune âge les vocations même les plus sûres. 
Cette voix intérieure qui appelle dès l'enfance quelques 
âmes d'élite au plus saint des états, peut être entendue 
ou étouffée suivant le milieu oîi elle nous rencontre. 
Lors même qu'elle est entendue, elle laisse à l'homme 
toute sa liberté et ne diminue en rien ni le nombre ni la 
gravité des périls auxquels toute vertu naissante est 
exposée. Qui ne comprend dès lors le devoir qui s'im- 
pose aux premiers pasteurs d'offrir à toutes les voca- 
tions sacerdotales, dans les murs du Petit Séminaire, 
un asile inviolable *? 

Mgr de Grainville avait sans doute compris cette 
nécessité ; mais il avait dû reculer devant l'impossibi- 

2 



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- 18 — 

lité de tout faire à la fois, et* devant le manque de 
ressources. Du reste, pendant toute la durée de l'Em- 
pire, la situation des Petits Séminaires fut extrêmement 
précaire. La loi du 11 floréal, an X, avait semblé 
faciliter leur fondation : aux termes de cette loi, le 
gouvernement devait encourager l'établissement de 
toutes les écoles secondaires et récompenser l'instruc- 
tion qui y serait donnée. Mais bientôt le décret de 1807, 
créant l'Université impériale et lui décernant le mono- 
pole de l'enseignement, vint restreindre la liberté dont 
les évoques s'étaient crus gratifiés ; ce décret fut suivi 
de celui du 9 avril supprimant toutes les écoles ecclé- 
siastiques, à l'exception des Grands Séminaires, à moins 
qu'elles ne fussent régies par des membres de l'Uni- 
versité et soumises à ses règles. Les Petits Séminaires 
déjà fondés ne purent garder leurs élèves qu'à la con- 
dition de leur faire suivre les cours d'un lycée ; et 
l'article 8 autorisant la fondation de quelques bourses 
dans les lycées en faveur des élèves qui se destinaient 
à l'état ecclésiastique, n'avait pour but que de couvrir 
l'odieux de cette mesure par l'apparence d'une hypo- 
crite générosité. 

En présence de si graves difficultés, Mgr de Grain- 
ville put s'estimer heureux de posséder dans sa ville 
épiscopale un lycée dont l'esprit au fond était chrétien, 
où de vénérables et savants ecclésiastiques donnaient à 
la jeunesse un enseignement conforme aux principes 
de la Foi, et où par conséquent, les vocations ecclé- 
siastiques ne pouvaient rencontrer aucune hostilité 
systématique. 

A côté du lycée, la maison ouverte, en 1804, à Saint- 
Urcisse, par les PP. des Sacrés Cœurs de Jésus et de 



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- 19 — 

Marie, n'était encore qu'une école primaire ; quelques 
leçons données en particulier à un petit nombre d'élè- 
ves choisis, future gloire de rétablissement, exposaient 
ces saints religieux aux tracasseries de l'administration 
sans faire de leur maison un véritable collège. 

Une autre maison ouverte au commencement du 
siècle, et qui devait être dirigée jusqu'en 1830 par des 
prêtres, semblait se souvenir qu'elle avait é'.é autrefois 
un Petit Séminaire animé de l'esprit de Saint Vincent 
de Paul, et fournissait aussi quelques prêtres à l'Eglise : 
c'était le collège de Figeac. Les plus anciens habitants 
de la paroisse du Puy ne peuvent se persuader encore 
que ces vieux murs abritent maintenant un établisse- 
ment purement universitaire, et ils s'obstinent tou- 
jours à les nommer le Séminaire. Que ce bon peuple est 
routinier ! 

Gourdon, la troisième ville de notre département, 
avait-il un collège ? Les Gourdonnais le croient sans 
en êlre bien sûrs. La vérité est que le petit pensionnat 
de Gourdon, quoique tenu dans une maison apparte- 
nant à la ville et subventionné par la municipalité, 
n'était qu'une institution privée, absolument indépen- 
dante de la direction universitaire. En 1815 il était 
dirigé par un ecclésiastique, M. l'abbé Gros ; mais 
avec M. Gébé d'Horter, successeur de M. Gros, il 
devint un établissement purement laïque. Du reste^ il 
n'a jamais pu se fonder sur des bases solides, et n'a 
été qu'une faible ressource pour le recrutement du 
clergé diocésain. 

A la même époque, le collège [de Martel était plus 
florissant. Ftndé en 1809 par l'initiative privée de 
quelques ecclésiastiques, il devint un établissement 



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— 20- 

làïqtVe en 1814, 'souè^. Gérard Dellùc qui en fut nom- 
mé Principal et en conserva la direction jusqu*en 1837. 
Néanmoins il a fourni un grand nombre de prêtres, 
entre autres, Mgr d'Arcimoles, archevêque d'Aix, MM. 
les abbés Baleste, Damai, Grandou, Maury, Vidîeu, 
ètCv etc. 

A Gramat, un simple prêtre, M. l'abbé Bergougnioux, 
de sa sente initiative et avec ses seules ressources 
personnelles, avait entrepris vers 1812 d'ouvrir une 
école de latin, qui fut longtemps prospère. Les noms 
seuls de "M. Callé, mort curé de Castelnau, et de M. 
Bonhomme, le fondateur du couvent de Gramat, suffi- 
sent pour donner une idée du bien qu'a fait cette 
œuvre. Après M. Bergougnioux, elle fut tour à tour 
dirigée par MM. Bonhomme,Simonet,Gatorze,Delpech, 
Araadieu, Vttlars et Orliac. 

Telles étaient les principales maisons d'éducation qui 
existaient dans le diocèse de Gahors avant 1815. Tous 
ces établissements, à quelque titre qu'ils eussent été 
fondés, méritaient la confiance des familles par les 
bons principes él 'par la solide instruction qu'ils don- 
naient à là jeuneèâe ; à cette époque nul ne songeait 
encore à séparer la religion de la science ; on ne riva- 
lisait que pour bien [faire. Néanmoins ce n'était pas là 
cette pépinière du sacerdoce dont le diocèse avait 
besoin. Le plus grand nombre des jeunes gens qui 
fréquentaient ces maisons se destinaient aux carrières 
du monde et se proposaient tout au plus d'y vivre en 
bon's chrétiens. La vraie pépinière du clergé était ail- 
leurs, dans les nombreuses écoles de presbytère quMl 
nous reste à mentionner. 



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Les travaux du ministère paroissial ne sont pas re- 
partis dans une juste proportion entre les diverses? 
éj^oques de l'année. Tantôt ils sont accablants et toQtôt 
ils laissent au prêtre de pénibles journées de loisir : 
heureux ceux à qui les circonstances permettent de 
consacrer ces loisirs soit à compléter leurs propres 
connaissaryes, soit à élever quelques enfants du peu- 
ple, intelligents et pieux, que leur pauvreté éloignerait 
des grands établissements 1 Cette oeuvre toujours utile 
Tétait surtojut à, l'époque dont nous pelons. Aussi les 
écoles de presbytère étaient-elles nombreuses. Que ne 
pouvons-nous, mentionner ici tous ces laborieux et 
modestes ouvriers, sans lesquels un sol fécond serait 
demeuré inculte et stérile ! Hélas^ comme ils ne trar 
vailluient ni pour la gloire ni pour le profit, leurs noms 
ne furent gravés que dans le cœur de leurs, élèves, et 
maintenant presque tous sont oubliés. Nous pouvons 
cependant en mentionner quelques-uns que. âe^ cir 
constances indépendantes de leur volonté- ont fait paiv 
venir jusqu'à nous. 

Nous avons déjà parlé de ce petit nombre d^ecctô* 
siastiques qui avaient eu la faiblesse d'adhérer à la^ 
constitution civile du clergé. Presque tous rentrèrent; 
dans le devoir après la signature du concordat, el; 
l'Eglise, voyant leur repentir, pu|; encore leur confieii: 
la garde d'un petit troupeau. Rarement elle eut à se 
plaindre de son indulgence ; au contraire, plusieurs dQ 
ces prêtres sur la mémoire desquels une ts^che ma^l- 
heur.eus^ment indélébile restera, eurent à cœur de 
réparer par un surcroît de travail et de zèle., le scandale 
de leur conduite passée, et mirent au service des jeunes 
clercs un talent et une instruction souvent remarqua- 



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— ci- 
bles. On en compta plusieurs dans le diocèse de 
Gahors : nous devons citer ici l'abbé N. à Puy-l'Evêque, 
M. Tressens à Goujounac et Tabbé Fère, à Saint-Vin- 
cent, près Saint-Céré. 

L'école de Puy-l'Evêque n'eut pas longue durée : 
l'abbé N. sollicita une place dans un lycée et l'obtint 
sans difficulté à une époque où l'université naissante 
acceptait tous les dévouements. 

Celle de Goujounac dura plus longtemps. M. Très- 
sens, ancien élève de la Sorbonne, et très versé dans 
la connaissance des lettres sacrées et profanes, était 
un excellent maître. Quoiqu'il ne pût exercer aucune 
fonction ecclésiastique à cause du vice irrémédiable de 
sa situation (il était marié et père de famille), il avait 
soin chaque dimanche, après la messe, d'expliquer à 
ses élèves l'évangile du jour, et il le faisait avec une 
compétence que le vénérable curé de la paroisse, à ce 
qu'on dit, n'égalait pas. 

A Saint-Vincent, l'abbé Fère, plus heureux que M. 
Tressens, parce qu'il n'avait eu qu'à rétracter le ser- 
ment constitutionnel, réunit un très grand .nombre 
d'élèves. L'abbé Fère était un prêtre d'un grand talent 
et de manières très distinguées ; sans le malheur des 
temps qui l'entraîna un moment dans le schisme, il eût 
pu, à ce qu'on nous assure, aspirer aux plus hautes 
dignités, et la paroisse Saint-Etienne, de Lyon, dont il 
fut pendant la Révolution le curé constitutionnel, a 
conservé longtemps le souvenir de ses prédications 
malheureusement un peu mêlées. 

Confiné ensuite, après son retour au bercail, dans 
une paroisse presque perdue au milieu des montagnes 



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— 23 — 

du Haut-Quercy, il utilisa encore ses talents et son 
activité en fondant une école de latin qui dura plus de 
trente ans, et fut assez bien organisée pour recevoir 
les enfants des meilleures familles. Quelques-uns de 
ses élèves vivent encore et ne nous parlent de lui que 
dans les termes de la plus sympathique admiration. 

Mais la jeunesse cléricale pouvait aussi se former à 
l'école de quelques prêtres qui avaient été toujours 
fidèles. Nous devons une mention spéciale à celle que 
M. l'abbé Monceret avait ouverte au Trépadou dans la 
commune de Montcuq. 

M. l'abbé Monceret était né à Condat, dans le canton 
de Fumel (Lot-et-Garonne). Il émigra en Espagne pen- 
dant la Révolution et ne rentra en France que vers 
1800. Résolu, nous ne savons pour quel motif, à ne pas 
accepter de cure, il réalisa sa petite fortune et acheta, 
dans le Lot, le petit domaine du Trépadou. C'est là qu'il 
ouvrit en 1805 une école qui a été la plus florissante de 
toutes les écoles de presbytère fondées dans notre dépar- 
tement. En raison du grand nombre de ses élèves, et de 
la réputation que cette maison acquit dès le début, 
Mgr de Grainville obtint en 1807 qu'elle fût reconnue 
et autorisée par le gouvernement, sous le titre d'école 
supplémentaire au Petit Séminaire. M. Monceret prit 
ce titre au sérieux et regardant ses élèves comme 
autant de séminaristes, s'attacha surtout à former en 
eux d'excellents chrétiens en attendant qu'ils devinssent 
de bons prêtres. Ce digne ecclésiastique paraît avoir 
devancé d'un demi-siècle les théories de Mgr Gaume 
sur l'emploi des classiques païens et des classiques 
chrétiens dans l'éducation. Il ne croyait pas que les 



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- 24- 

auteurs païens soient les meilleurs modèles qu'oix 
puisse proposer aux élèves du sanctuaire ; il consentait 
tout au plus à leur en donner quelques extraits dans 
les classes inférieures ; mais plus tard il nourrissait 
exclusivement leur esprit des beautés sans mélange 
qui abondent dans les Pères de TEglise, en particulier 
dans Saint Augustin, dans Saint Ambroise et dans Saint 
Paulin de Noie, ses auteurs favoris. Nous aurons com- 
plété l'éloge de M. l'abbé Monceret quand nous aurons 
ajouté qu'il fut le maître de M. Derruppé. 

Le décret de 1809 fit perdre à M. Monceret le béné- 
fice de Tautorisalion qu'il avait obtenue en 1807. Il 
ferma son école, non sans prolester avec une noble 
hardiesse contre la tyrannie du pouvoir et l'iniquité du 
monopole que s'arrogeait l'Université, cette synagogue 
de Satan, comme il l'appelait. Cependant trois de ses 
élèves ne purent consentir à se séparer de lui : M. 
Derruppé fut de ce nombre. Il les garda, et avec eux il 
ne tarda pas à voir revenir sa jeune troupe tout entière 
sans que l'administration songeât à l'inquiéter. Il con- 
tinua ainsi de se rendre utile à l'Eglise, jusqu'à sa 
mort, survenue le 11 juin 1827. 

Après les écoles que nous venons de faire connaître, 
les plus importantes dans notie diocèse furent celles 
lo de MM. Ausset, Lacoste et Ricard qui enseignèrent 
séparément à Cahors, en même temps qu'un ancien 
lazariste résidant à Saint-Barthôlemy ; 2^ du P. Atha- 
nase à Figeac ; 3^ de l'abbé Rouquette à Lissac ; 4° de 
MM. Fourastié et Couture à Vaillac ; 5° de M. Larnau- 
die à Grèzes ; 6^ de M. l'abbé Martin à Monfaucon. 

Nous citerons encore, mais pour mémoire seulement 



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quelques prêtres qui n'eurent qu'un petit norjrjbre 
d'élèves : le P. Bégoule, à Gréalou ; le P. Antoine, 
aux Roques ; Iç P, Coulonge, à Cambayrac ; l'abbé 
Andrieu, à Brengues ; l'abbé X. au Bouyssou ; l'abbé 
Belvèze, à Reilhac ; l'abbé Ricros, à Frayssinhes 
l'abbé Combettes, à Goudou ; M. Cavaîlhac, à Lherm, 
etc., etc. 

C'est ainsi que les vocations sacerdotales, toujours 
nombreuses dans un pays foncièrement chrétien, pri- 
vées, après la Révolution, de ces grands établissements 
où des maîtres choisis consacrent leurs efforts à les 
cultiver, pouvaient encore, malgré tous les obstacles, 
naître et grandir à l'ombre des sanctuaires de village. 
Telle une source abondante rencontre en vain un obs- 
tacle à l'écoulement de ses eaux : le flot ne reste point 
captif ; il s'accumule et grossit sans se perdre, se fraie 
de lui-même à travers le sol environnant une multitude 
d'issues et jaillit de toute part. En 1815, la plui»art des 
presbytères étaient autant de petites écoles cléricales, 
et la chose était si notoire que Mgr de Grainville, dans 
la circulaire où il annonçait officiellement à son clergé 
l'ouverture des cours du Petit Séminaire s'exprimait 
ainsi : « Je vous engage, monsieur, à rendre publique 
« cette invitation, à en donner connaissance à vos pa- 
« roissiens et communication aux desservants de votre 
« canton, afin qu'ils envoient, à l'époque fixée, les 
« élèves dont ils ont eu la charité de se charger jus- 
« qu'à présent. » On le voit, à défaut d'un établisse- 
ment qui pût en porter le nom, le Petit Séminaire était 
partout. 

Enfin, quand le bruit des armes eut cessé ; quan 



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— 26 -- 

la Restauration eut rendu au pays la paix, le calme et 
la confiance ; en un mot, quand le moment fut venu, 
Dieu, suivant sa coutume, suscita à point nommé 
Thomme d'initiative et de dévouement, le maître et le 
saint prêtre qu'il fallait pour fonder le Petit Séminaire 
de Montfaucon. 



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CHAPITRE II 



VIE DE L'ABBÉ LARNAUDIE 

jusqu'à la. fondation 
DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 



§ i. — Famille et Ancêtres de l'Abbé Lamaudie. 



Sommaire : 1. La Famille Lamaudie. — 2, Le père 
de M, Lamaudie, — 3, Ses Frères. 



1. Les Larnaudie de St. -Simon étaient une famille 
bourgeoise, alliée à Taristocratie. En 1750, M. Jacques 
Larnaudie, le chef de cette famille, possédait la charge 
de Procureur fiscal, près le tribunal' de Figeac (on sait 
que ces magistrats remplissaient dans les tribunaux in- 
férieurs les fonctions maintenant exercées par le minis- 
tère public). Il était marié à demoiselle Marie de 
Depeyrot, originaire de la paroisse d'Assier. De ce ma- 
riage naquit, le 19 avril 1741, Jean-Jacques Larnaudie, 
père du fondateur du Petit Séminaire de Montfaucon. 

2. Les relations que Jacques Larnaudie avait su se 
créer dans l'exercice de ses fonctions permirent à son 
fils aîné de contracter un mariage très avantageux ; il 
épousa demoiselle Angélique Jausion, issue d'une des 



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— 28 — 

familles alors les plus honorées et les plus riches de 
Figeac ; mais Jean-Jacques Larnaudie ne conserva point 
la charge "de son père; il revint se fixer à St. -Simon oh 
était le patrimoine de sa famille et y vécut en simple 
propriétaire, comme l'indique le titre de bourgeois qp*\{ 
porte dans l'acte de naissance de son second fils. 

3. De son mariage avec Angélique Jausion il eut 
quatre enfants. Le premier, qui se nommait Jacques, se 
fit médecin et resta célibataire; le deuxième est le saint 
prêtre dont nous avons à raconter les œuvres ; le troi- 
sième, nommé Etienne, se trouva, du consentement de 
ses deux aînés, le vrai chef de la maison et mourut 
également sans enfants ; de sorte que l'héritage de leur 
famille passa tout entier aux descendants de leur uni- 
que sœur, Angéline Larnaudie, mariée à M. Mage, 
notaire à Bardoulit. Leur père parvint à un^ âge très 
avancé : un vénérable prêtre, qui vient de mourir, se 
sQUvenait d'avoir conversé avec lui, et se le repré- 
sentait sous les traits d'un magnifique vieillard à la taille 
élevée et droite, à la belle chevelure blanche pendante 
^n queue derrière la têle selon l'usage des personnes 
de qualité, aux traits fortement prononcés et à la parole 
très rude ; mais bienveillant à tout le monde et par con7 
séquent aussi aimé que respecté. Il semble qu'on ne 
voie presque plus aujourd'hui de ces beaux types de 
vieillards, vrais patriarches, âmes droites et fortes, 
hommes de conseil et de secours, et dont les paroles 
étalent considérées comme autant d'oracles de la sa- 
gesse : 

iEtas parentum, pejor avis , tul^ 

Nos nequiores, mox daturos 

Progeniem vitiosiorem. 



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— 29 -^ 

§ 2. — Naissance do Guy Ijarnaudie. 
Ses premières études. 



Sommaire : i. Naissance» — 2. Saint Guy. — 3. Enfance 
de M. Lamaudie, — 4. Premières études, — 5. Guy 
Lamaudie abandonne ses études, 

1. Jean-François-Guy Lamaudie naquit àSt.-Simon 
et fut baptisé dans l'église de cette paroisse le 12 sep- 
tembre 4772. Le no.n de Guy (Guidou comme on l'ap- 
pela familièrement jusqu'à l'époque de son sacerdoce) 
lui fut donné en l'honneur d'un saint dont l'Église fait 
mémoire le 12« jour de septembre. 

2. On dit vulgairement que certains noms portent 
bonheur et nous ne pouvons douter que les saints pa- 
trons dont nous devenons les clients au jour de notre 
baptême ne soient pour nous des protecteurs aussi dé- 
voués que puissants. Mais outre cela, Dieu se plaît 
quelquefois à nous montrer d'avance, résumés dans un 
nom providentiel, l'avenir et la mission de quelques 
hommes prédestinés. N'est-ce pas un tel dessein, plutôt 
que le hasard apparent du jour de sa naissance, qui 
plaça le jeune Lamaudie sous la protection du Saint 
populaire de la Belgique ? Qu'on en juge d'après la vie 
de S. Guy que nous résumons d'après Surius. 

S. Guy naquit non loin de Bruxelles, à la campagne, 
dans une pauvre ferme; il conserva toujours la simplicité 
et les rustiques allures des paysans. Sa gravité précoce 
étonna tous ceux qui le connurent pendant son en- 
fance ; jamais on ne le vit rire avec immodestie ou légè- 
reté. Sa vocation spéciale fut d'orner d'une main 



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- 30 - 

pieuse le sanctuaire d'une pauvre église de village ; un 
jour pourtant il mécojuiutcette sdinlo vocation pour se 
livrer au tracas d'un commerce profane; mais il ne 
tarda pas à y être ramoné par un miracb frappant de 
la miséricorde divine. Sa vertu dominante fui une im- 
mense charité pour les pauvres. Enfin, au moment de 
sa mort, une lumière céleste, répandue sur sa maison 
révéla au peuple son extraordinaire sainteté. 

Telle est la monographie de S. Guy : quelle merveil- 
leuse ressemblance avec la vie de ce paysan du Danube 
(comme ses condisciples au Grand Séminaire surnom- 
mèrent l'abbé Larnaudie), que Dieu destinait cependant 
à orner de saints prêtres toutes les églises d'un vaste 
diocèse I Comme son patron, M. Lainaudie méconnais- 
sant la voiK de Dieu, perdit un temps précieux dans la 
carrière du commerce; comme lui, il se rendit enfin à 
l'appel manifeste d'en haut et se consacra sans réserve 
à sa sublime mission. De même, ses aumônes furent 
très abondantes : il fut la père des pauvres, et sa cha- 
rité désarma les ennemis que l'esprit du mal lui avait 
suscités. Enfin, le jour de sa mort, le ciel lui-même 
parut aussi vou'oir manifester avec éclat l'héroùsme de 
ses vertu?. — Mais, n'anticipons pas. même dans un 
rapide résumé, sur la marche des événements. Conten- 
tons-nous de dire (^u'à notre avis une ressemblance si 
parfaite s'explique beaucoup mieux par l'action de la 
providence que par l'efTet du hasard. 

3. Nous n'avons que très peu de renseignements sur 
l'enfance et la jeunesse de Guy Larnaudie. Sur la pre- 
mière, la tradition n'a conservé qu'un détail : c'est que 
pendant plusieurs années Guy Larnaudie servit la Messe 
dans l'église de sa paroisse, et qu'il remplit celte fonc- 



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- 31 — 

tion d'une manière extrêmement édifiante. Nous nous 
contenterons en rappelant ce souvenir d'ajouter une 
simple réflexion : c'est que les humbles fonctions d'en- 
fant de chœur sont souvent le prélude d'une grâce plus 
précieuse et d'une vocation plus haute. Combien ont 
mérité de monter à l'autel comme prêtres, par la piété 
qu'ils ont montrée en servant comme clercs? Peut- 
être en fut-il ainsi de Guy lui-même I II est vrai que 
sa vocation se manifesta bien tard ; mais c'est à son 
heure et non à la nôtre que Dieu nous accorde ses 
récompenses. 

4. Un fait plus certain, c'est que Guy Larnaudie fit 
de bonne heure quelques études de latin ; mais où et 
sous quels maîtres?... Nous ne saurions le dire avec 
une oitière certitude Cependant il est tout à fait vrai- 
semblable que ce fut au Petit Séminaire de Figeac, sous 
les prêtres de la Congrégation de la Mission. On regar- 
dera cette hypothèse comme voisine de la certitude si 
on se rappelle l'origine de Madame Larnaudie, sa mère; 
elle se confirme de plus en plus par le fait que des re- 
lations très cordiales ne cessèrent pas d'exister entre 
les Larnaudie et les Jausion, et que les tantes du jeune 
Guy lui témoignèrent pendant toute leur vie un amour 
presque maternel : il est tout naturel que l'enfant ait 
suivi les cours du Petit Séminaire en logeant chez ses 
parentes. 

Au bout de quelques années ses études furent inter- 
rompues. Pourquoi et comment? Ici encore, môme in- 
certitude et même absence de témoignages positifs. On 
a affirmé que le jeune Larnaudie avait abandonné ses 
études parce qu'il ne se sentait aucune vocation soit au 
sacerdoce, soit aux carrières libérales; mais il nous 



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— 32 — 

paraît p!us raisonnable d'opposer à cetlb tradition, d*àil- 
ieurs un peu vague et très incertaine, une explication 
différente. 

Qu'on se reporte à l'époque où Guy Larnaudie dut 
renoncer, du moins pour un temps, à la pensée d'en- 
trer dans l'état ecclésiastique, et l'on ne tardera pas à 
reconnaître, croyons nous, le véritable motif. On sait 
l'effervescence qui précéda la convocation des États- 
Généraux de 1789, l'agitation qui accompagna leurs 
premières séances, et la rapidité avec laquelle marchè- 
lent les événements. Or, au commencement de 1789 
Guy Larnaudie n'avait que 16 ans; avant quo sa 17*^ 
année eût sonné, Paris avait eu le 14 juillet et la nuit 
du 4 août ; dans les provinces on commençait à voir 
l'incendie des châteaux, la profanation des églises, et 
d'épouvantables massacres qui restaient impunis. Les 
maisons d'éducation, dont la plupart étaient tenues par 
desec» lésiastiques ou des religieux se fermaient de toute 
part ; le clergé paroissial devait opter entre l'apostasie 
et la persécution, et les églises se fermaient aussi d'elles- 
mêmes. Do tels bruits, de tels évèrjements, avec la ter- 
reur qu'inspire l'incertitude de l'avenir, sont-ils com- 
patibles avec le calme de l'étude ut la préparation à 
l'état ecclésicstique? et pou'.-on croire que le jeune 
Larnaudie fut le seul à interrompre dans de telles cir- 
constances le cours de ses études? .. Les Lazaristes du 
Petit Séminaire de Figeac n'eurent sans doute pas 
besoin de congédier leurs élèves: tous partirent d'eux- 
mêmes, et le troupeau fut dispersé pour toujours aveo 
les pasteurs... Ce qui est vrai, c'est que Guy Larnaudie 
quitta la maison sans espoir de retour; il ferma ses 
li'vi es, rentra dans sa famille et s'associa aux travaux 



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— 33 — 

agricoles de ses parents, en attendant que les circons- 
tances lui permissent de choisir dans le monde un état 
de vie entièrement conforme à ses aptitudes et à ses 
goûts particuliers. 



3. — Période de dissipation. 



Sommaire : ~ i. Egarements. — 2. Guy Lamaudie soldat 
réfractaire. — 3. Mariage fictif. — 4. Guy Lamaudie 
commerçant, — 5. Projet de Mariage sérieux, 

1. La pensée de Tétat ecclésiastique une fois abandon-' 
née, que devinrent, au milieu de la perturbation géné- 
rale et du bouleversement complet de la société, la vertu 
et la piété du jeune Guy? Nous avons pour répondre à 
cette question son propre témoignage et les souvenirs 
conservés par la tradition. Guy Larnaudie devenu prê- 
tre ne consentait jamais à parler de lui-même en bonne 
part ; mais il ne se faisait point faute de rappeler ce 
qu'il nommait les égarements de sa jeunesse. Nous 
savons ce que ces expressions peuvent signifier dans la 
bouche d'un saint ; toutefois, si l'on peut croire à une 
pieuse exagération de son humilité, il faut croire aussi 
qu'il y a un fond de vérité dans ces paroles. La tradi- 
tion a conservé le souvenir d'une période plus où moins 
dissipée dans la jeunesse de Guy Larnaudie. Il était, 
nous dit-on, de toutes les réunions des jeunes gens; 
aucune de ces fêtes qui se célèbrent au village ne se 
passait sans qu'il en prît sa part ; souvent il en était 

3 



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~ 34 — 

Torganisateur ; et si son caractère froid et ses manières 
réservées l'erapôchaient d*y contribuer par une gaieté 
bien expansive^ il y apportait au moins cette initiative 
hardie qui fait d*uri fils de famille le chef incontesté de 
la jeunesse du village. Entraîné ainsi dans une sorte 
de tourbillon, Guy Larnaudie put en effet se porter à 
des excès qu'il déplora plus tard amèrement et dont il 
se punit avec sévérité. Néanmoins, la grande considé- 
ration dont il n'a jamais cessé de jouir parmi ses com- 
patriotes et les vives sympathies que lui gardèrent, 
même après son entrée dansle sacerdoce, tous les amis 
de sa jeunesse, nous permettent d'affirmer qu'il a tou- 
jours su se préserver des égarements qui compromettent 
plus ou mo'ns la dignité personnelle et l'avenir. Le 
monde lui-même qui se montre si sévère pour le prêtre 
et qui exige de lui tant de vertus (nous ne saurions le 
trouver mauvais) n'éleva jamais contre lui la moindre 
plainte; aurait- il manqué d'accusateurs, si sa conduite 
avait pu donner prise à de graves imputations (1)? 

(1) Un incident dont le souvenir est resté profondément 
gravé dans Tesprit des habitants de St.-Simon et dans lequel 
le jeune Larnaudie joua un certain rôle se rapporte à cette pé- 
riode de sa vie et nous le rappelons à titre de curiosité. 

La Révolution avait déchaîné tous les fléaux : ce fut le bon 
temps pour les démagogues dans les grands centres, pour les 
bandits dans les campagnes. Toute la contrée aux environs Je 
St.-Siraon fut en proie à la rapacité d'une sinistre bande qui 
obéissait aux ordres d'un chef vulgairement appelé Gnate 
(on ignore son nom véritable), et dont le souvenir est resté 
légendaire. Un des compagnons de ce bandit vint un jour tra- 
vailler à St.-Simon ; mais apparemment il était encore no- 
vice dans son art, car à peine il était à l'œuvre qu'il entendit 
crier : Au voleur ! au voleur ! En quelques instants il se vit 
environné d'une multitude de paysans furieux et solidement 
garrotté. Quand on fut maître de sa personne, on se demanda 
quel sort on pouvait lui réserver.... En pareil cas, c'est tou- 



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— 35 — 

2. Cependant la Révolution poursuivant son œuvre 
avait soulevé contre elle toutes les nations de l'Europe 
et dans Texaltation de sa fureur elle ne craignait pas de 
les braver. On sait comment l'Assemblée Législative 
ordonna la levée en masse et comment la Convention 
décréta la Réquisition permanente. Pour comprendre 
la grandeur de ces efforts, il faut se souvenir qu'à cette 
époque l'armée permanente ne se recrutait que par les 
engagements volontaires. Les milices seules se recru- 
taient par la voie souverainement impopulaire du tirage 
au sort. (1) Avant la Révu^lution, le service militaire 
n'était pas une dette de chaque citoyen envers son pays, 
c'était la carrière des armes. Le décret du 10 août 1793 
fut le premier qui rendit lo service militaire obligatoire 
pour tous les Français non mariés, delS à 25 ans. De 
là son impopularité : ce n'est pas en un jour, môme de 
péril suprême, qu'on fait accepter de tout un peuple 
une obligation si lourde. Du reste, ce décret ne fut ni 
ne pouvait être appliqué ; s'il Tavait été partout, il au- 
rait réuni à la fois sous les drapeaux 1,400,000 hom- 
mes, un million de soldats déplus qu'on ne pouvait en 



jours le parti le plus violent qui prévaut : un puits était à 
quelque distance : une voix proposa de Ty précipiter et de Ty 
ensevelir vivant. Il eut beau demander g^ràce : nul n'essaya de 
sauver ce misérable, même pour le livrer à la justice du pays, 
et Guy Larnaudie fut du nombre de ceux qui contribuèrent à 
son supplice. Le p^iuple est ainsi fait : quand les lois sont 
impuissantes ou méconnues, il se fait justice par lui-môme. 

(1) Chaque tirage, dit Targv)t, donnait le signal des plus 
grands désordres et d'une sorte Je guerre civile entre les 
paysans, les uns se réfugiant dans les bois, les autres les pour- 
suivant à main armée. Il fallait que les syndics des paroisses 
fissent amener leurs milicie.is escortés par la maréchaussée 
et quelques-uns garrottés. 



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-- 36 — 

œoepter. On peut dire que très-heureusement le plus 
grand nombre des réquisitionnaires firent défaut. Les 
populations urbaines, que les déclamations des clubs en- 
tretenaient dans un état perpétuel d'agitation politique 
et révolutionnaire, donnèrent elles-mêmes l'exemple de 
la résistance et de la fraude. Â plus forte raison les 
paysans firent tout pour rester dans leurs foyers et 
trouvèrent mille moyens pour éluder la loi. 

Nous devons reconnaître que Guy Larnaudie fit 
comme les autres. Il avait atteint ses 21 ans le 12 sep- 
tertîbre 1793; il était donc soldat en vertu du décret de 
réquisition permanente^ mais il refusa d'obéir et resta 
réfrâctaire. Une adresse peu commune et la connivence 
de tous les habitants de St.-Simon le mirent constam- 
ment à l'abri de toutes les poursuites. (1) 



(1) On s'égale encore à St-Simon de la mésaventure survenue 
à deux gendarmes qui croyaient bien un jour être maîtres de sa 
personne. Ils l'avaient surpris dans sa maison, et lui-même ne 
songeant plus à fuir, n'avait demandé qu'à prendre chez lui un 
dernier repas auquel du reste il avait convié les braves militai- 
res. On se mit à table, et le soldat réfrâctaire n'étant pas le plus 
pressé de partir, le repas dura bien une bonne heure. Pendant 
ce temps les camarades de Guy songeaient à son salut. L'un 
d'eux ouvrit l'avis de couper les sangles des chevaux de la ma- 
réchaussée en laissant tenir à peine quelques mailles du tissu. 
Le coup de ciseaux étant donné, le jeune Larnaudie en est 
averti par un signe : il se reprend à espérer... Tout à couj), 
profitant d'un moment de relâche dans la surveillance dont il 
était l'objet, il franchit d'un bond le seuil de la maison et prend 
la clé des champs. Vive Guitou ! Vive Guitou! s'écrient les 
camarades. Les gendarmes dupés sautent sur leurs montures 
et piquent des deux pour s'élancer à sa poursuite ; mais ils 
n'6.nt pas fait trois pas que les selles ont passé sous le ventre 
des chevaux et que les cavaliers font la culbute. On se figure 
les éclats de rire de la foule et le bon emploi que le fugitif 
sut faire de son temps. Les gendarmes durent repartir à pied, 
menant leurs chevaux par la bride, et l'on dit qu'ils ne revin- 
rent pas. 



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— 37 -- 

3. Quelque temps après, Guy Larnaadie résolut de so 
mettre en règle ar€c la loi, non en se rendunt spus \esk 
drapeaux, mais en recourant à un artiQce fort usit^dansi 
les campagnes à cette époque. 

L'article VIII du décret de réquisition permajaentô 
était ainsi con^u : « La levée sera générale ; lea ci* 
ioyens non mariés ou veufs sans enfants, de 18 à 25 
ans, partiront Icb premiers. » Par suite, les homimes 
mariés avaient peu à craindre de se voir appelés. G^te 
disposition fit conclure à la hâte dans nos bourgades 
beaucoup de mariages qu'on ne saurait classer ni parmi 
les mariages de raison ni parmi les mariages de ca- 
price. On vit alors les jeunes villageois que la loi pou- 
vait atteindre s'empresser d'épouser , en attendant 
mieux, d'honnêtes vieilles femmes dont ils auiraient p^ 
être les arrière-petits-fils, et qui étaient d'autant plus 
recherchées que leur âge était plus avancé et leurs 
infirmités plus incurables. La faculté du divorce, (lue 
la Révolution avait donnée à tout le monde en mê- 
me temps qu'elle institua le mariage civil, servait 
admirablement, dans ces circonstances, la ruse pay- 
sanne... On courait bien ainsi quelque danger, et lorsr 
que plus tard les vénérables conjointes se relwsaieût 
également à mourir et à divorcer, en un mot à 
s'éclipser devant une épouse plus sortable, la situation 
pouvait devenir grave. Quelques exemples frappants 
d'un refus obstiné suggérèrent en dernier lieu un ex- 
pédient nouveau. Les maires de village ne se montrant 
ni Lien difficiles ni bien respectueux du sacrement 
qu'ils ne conféraient pas au nom de la loi, on se mit à 
leur présenter sous un visage d'emprunt soit des 
futures imaginaires, soit même des futures déjà tré- 



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— 38 — 

passées, qui ne pouvaient opposer aucun obstacle 
sérieux à un second mariage, même civil, de leur 
époux. 

Nous avons dû nous laisser dire que le jeune Larnau- 
die,pour se libérer entièrement, recourut au premier de 
ces artifices, et quoique le fait nous paraisse assez peu 
digne de la gravité du personnage, il est parfaitement 
avéré. Une dame, Marianne Monpaïssen, veuve Rou- 
quié, fut sa complice et se laissa époussr pour rire à la 
mairie, le l®»* Messidor an V, (19 juin 1797). Elle vécut 
encore longtemps, mais ne suscita aucun embarras à 
celui qui était son époux selon la loi civile et consentit 
au divorce aussitôt qu'il le voulut. Du reste, Guy Lar- 
naudie se montra reconnaissant du service qu'elle lui 
avait rendu, et ne cessa jamais de l'assister dans sa pau- 
vreté. 

Quelques-uns trouveront peut-être qu'en esquivant 
ainsi un périlleux devoir, notre héros témoignait assez 
peu de patriotisme et de courage ; mais le lecteur 
sérieux comprendra que ni le patriotisme ni le courage 
n'ont rien à voir dans ces artifices d'un paysan qui a 
fait ailleurs ses preuves ; il s'agissait pour lors unique- 
ment de protester contre une loi qui n'était pas encore 
entrée dans les mœurs de la nation. Finalement, si on 
veut soutenir que Guy Larnaudie avait absolument 
tort, nous n'y contredirons pas : nous avons déjà re- 
connu que cette période de sa vie ne fut pas précisé- 
ment exemplaire. 

4. La famille Larnaudie, sans être bien nombreuse, 
l'était cependant assez pour que les puînés dussent 
songer à se faire une position. L'aîné étudiait la méde- 
cine ; Guy entra dans le commerce. 



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La paroisse de Saint-Simon n'est pas très éloignée 
de TAuvergne ; d'ailleurs, à cette époque, une distance 
de 20 à 30 lieues était réputée moins qu'aujourd'hui 
une distance considérable. Les rares survivants de cette 
génération, aujourd'hui éteinte, que nous pouvions voir 
il y a quelque trente ans, ne comprenaient pas que 
pour de semblables voyages leurs fils eussent besoin 
d'une voiture ou d'un chemin de fer ; pour eux ils se 
souvenaient d'être allés à pied tenir les foires d'Auril- 
lac, de Mauriac, de Tulle, de Limoges. Les marchands 
de bœufs, portant dans leur ceinture rouge d'énormes 
sacs d'écus, partaient des plateaux du Causse, suivaient 
la crête des montagnes qui rattachent notre pays au 
massif central par Labastide-du -Haut-Mont, et arrivaient 
après deux jours de marche au cœur de cette Auver- 
gne qui élève dans ses vastes prairies d'immenses 
troupeaux de bœufs. Ils achetaient surtout les jeunes 
sujets et allaient les revendre aux foires de Saint-Céré, 
de Rouqueyroux, de Figeac, de Lacapelle-Marival et de 
Gramat. Ce genre de commerce était pénible mais 
ordinairement fructueux ; Guy Larnaudie s'y adonna 
avec la résolution et la hardiesse qui étaient le fond de 
son caractère, et réussit parfaitement. 

Ici, nous ne pouvon:^ nous dispenser d'exprimer une 
réflexion qui sans doute s'est déjà présentée à l'esprit 
de nos lecteurs. Il n'entre dans la pensée de personne 
de vouloir déprécier une profession honorable exercée 
honnêtement ; mais quand on songe aux desseins que 
la Providence avait fondés sur le jeune Larnaudie e^ 
que par un miracle de la Miséricorde divine il devait 
encore réaliser, on ne peut s'empêcher de trouver que 
la déchéance était profonde. Une intelligence aussi vive 



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— 40 — 

que ferme, un cœur d*or, un caractèpe frappé à Panti- 
que, tout cela se perdait ou du moins s'annulait, par le 
malheur des temps, dans la dissipation et les aventures ; 
le futur fondateur du Petit Séminaire, celui qui devait 
être pour notre diocèse un nouveau Vincent de Paul, 
n*était, à l'époque la plus active de la vie, qu'un vul- 
gaire marchand de bœufs I 

5. Du reste il était si éloigné de soupçonner et d'en- 
trevoir sa véritable vocation, qu'il fut sur le pofnt de 
se fermer l'accès de la carrière ecclésiastique. Il avait 
déjà plus de trente ans, et il arrivait à cet âge où la 
jeunesse est entièrement passée, où la maturité com- 
mence ; l'âge mûr avait d'ailleurs commencé de bonne 
heure pour ce jeune homme qui ne riait jamais. Il 
songea sérieusement à se marier ; sa famille l'y poussait 
et il ne refusa pas de faire quelques démarches dans ce 
but. Un ami lui ayant désigné dans la paroisse de 
Ganiac une jeune personne qui serait digne d'être la 
compagne de sa vie, il se présenta et fut reçu ; nous 
savons même qu'il fit plusieurs visites. Cependant il ne 
paraît pas que le projet de mariage ait été bien près 
de se réaliser ; n^algré les instances de sa famille, Guy 
Larnaudie ne se faisait pas à l'idée de s'engager dans 
ces liens. L'heure marquée par la Providence pour le 
Rappeler à l'exécution de ses desseins allait sonner. 



§ 4. -- La Vocation au Sacerdoce. 



Sommaire: d^ Appel de Dieu, — 2, Grand Séminaire, — 
5. Ordination, — ■ 4. Vicariat. 

1, « L'Esprit souffle où il veut, dit l'Ecriture, et nul 



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^ u ^ 

ne sait ni d'où il vieat ni ou U va. » Presque tCMijours 
les grandes faveurs du ciel nous arrivent imprévues. 
Saint Pierre réparait ses filets hu bord du lac de Géné- 
sareth et ne songeait qu'à son obscur métier quond 
Jésus- Christ l'appela à devenir pêcheur d'hommes ; 
Saul courait à Damas pour activer la persécution contre 
les chrétiens quand le Sauveur changea brusquement 
ses desseins, et d'un persécuteur acharné fit l'Apôtre 
des Gentils. C'est d'une manière non moins subite et 
imprévue que Guy Larnaudie fut ramené à la pensée 
du sacerdoce. Au cours d'un de ces voyages en Auver- 
gne dont nous avons parlé, son esprit fut extraordinai- 
rement frappé d'une pensée qui avait dû cependant 
l'effleurer bien des fois. Porteur d'une somme considé- 
rable, il se demanda ce qui arriverait si quelque bandit 
l'attaquait à l'improviste, s'emparait de son argent et 
jetait son corps dans un fourré. Cette préoccupation, 
peu héroïque si l'on veut, fut le point de départ de son 
esprit vers des pensées plus hautes et plus chrétiennes : 
il songea aux intérêts supérieurs de son éternité qu'il 
négligeait depuis longtemps et se redit cette parole 
qui avait autrefois changé le cœur de Saint François 
Xavier : « Que sert à l'homme de gagner tout l'univers 
s'il vient à perdre son âme ?... » Reportant alors son 
esprit vers le passé, il fut frappé de l'inutilité de sa vie 
pendant ces belles années de la jeunesse qui pourraient 
être si fructueuses, et se sentit effrayé du compte qu'il 
faudrait en rendre à Dieu. Entré dans cet ordre de 
pensées, Guy Larnaudie était homme à aller jusqu'au 
bout. Jusqu'alors il n'avait vu dans son séjour de quel- 
ques années au Petit Séminaire qu'une tentative hasar- 
dée et assez malheureuse de ses parents pour lui 



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— 42 — 

procurer le bienfait d'uae éducation soignée et chré- 
tienne ; en ce moment il y vit clairement une première 
manifestation de la volonté de Dieu, sur laquelle il avait 
eu le tort de s'aveugler entièrement. Par suite, il se 
demanda s'il ne serait pas encore temps de réparer le 
temps perdu. N'élait-il pas encore libre ? Y avait-il 
dans son passé un obstacle invincible à une vocation 
sacerdotale ? Avait-il à s'occuper de l'immense étonne- 
ment que produirait autour de lui une détermination 
si imprévue ? Nous ne savons ce que fut le reste de 
sgn voyage, s'il l'interrompit brusquement ou s'il se 
contenta d'arrêter que ce serait le dernier ; mais il 
n'était pas de ceux qui hésitent et reculent devant 
l'accomplissement d'un devoir clairement reconnu et 
d'une résolution fermement arrêtée. A son retour dans 
sa famille, il s'occupa de lever les derniers doutes, et 
annonça son parti pris de reprendre le cours de ses 
études. 

Avant tout, il importait de régler le compte du pas?.é 
et de s'assurer qu'il était encore possible de poursuivre 
sa vocation. Il y avait alors à Théminettes, non loin de 
Saint-Simon, un prêtre nommé M. Manhéri dont on 
vantait Ja sainteté et les lumières. Guy Larnaudie fut 
se jeter à ses pieds, lui raconta l'histoire de sa vie, et 
lui demanda son conseil sur la pensée qui s'était empa- 
rée depuis peu de son esprit. Le serviteur de Dieu n'eut 
pas de peine à reconnaître dans cet étrange pénitent 
l'étoffe d'un excellent prêtre ; il le releva, l'assura que 
cette inspiration venait de Dieu, et, ce qui pouvait bien 
n'être pas inutile, lui promit son concours pour l'aider 
à la suivre. 

La confession que M. Larnaudie avait faite dans cette 



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— 43 — 

circonstance marque une grande date dans Thistoire de 
sa vie : c'est la date de sa conversion, comme il le 
disait lui-même ; jamais conversion ne fut plus sincère, 
plus complète, plus profonde ; comme la grâce qui 
l'avait appelé tenait du prodige, Taclion en fut prodi- 
gieuse ; quand il se mit à genoux devant le prêtre, 
Guy Larnaudie n'était encore qu'un pécheur touché de 
la grâce : quand il se releva, c'était un saint. 

Les derniers doutes une fois levés, le nouvel enfant 
prodigue rentré au foyer paternel, se remit à l'étude 
du latin avec une ardeur incroyable ; peu de mois lui 
suffirent pour se retrouver en état de suivre passable- 
ment un cours de philosophie et de théologie. L'abbé 
Manhéri qui, d'après une tradition au moins très vrai- 
semblable, était devenu son répétiteur en même temps 
que son directeur spirituel , jugea bientôt que son 
instruction était suffisante comme sa vocation était 
certaine. Au mois d'octobre 1809, Guy Larnaudie en- 
trait au Grand Séminaire de Cahors. 

2. Quoique, à cette époque, le cours des études clas- 
siques dût commencer en général beaucoup plus tard 
que de nos jours, l'âge de l'abbé Larnaudie entrant au 
Séminaire dépassait de beaucoup la moyenne de celui 
de ses condisciples. Au mois d'octobre 1809, il avait 37 
ans sonnés. On comprendra facilement l'étonnement 
mêlé de curiosité que durent éprouver les élèves du 
Grand Séminaire de Cahors lorsqu'ils aperçurent pour la 
première fois au milieu d'eux ce nouveau venu. Le cos- 
tume ecclésiastique qui est toujours si gauchement 
porté durant les premiers jours l'embarrassait étran- 
gement. Sa démarche qui conserva toujours quelque 



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- 44 - 

chose de Tallure paysanne provoqua plus d'un sou- 
rire ; ses traits eux-mêmes, qui rappelaient la fi- 
gure de Socrate bien mieux que celle d'Alcibiade, 
achevaient de rendre sa personne vraiment étrange. 
Bref, dès les premiers jours il fut surnommé le Paysan 
du Danube, et ce surnom lui resta sans Tétonner 
d'ailleurs ni rbumilier outre mesure. Mais bientôt son 
attitude ferme et digne et ses discours aussi sensés que 
rares eurent démontré que sous cette rude écorce se 
cachaient une âme d'élite et un grand caractère. Long- 
temps, dans les cérémonies auxquelles les séminaristes 
sont employés tour à tour, ses mouvements manqué 
rent dé grâce, d'aisance et même de correction ; mais 
Tesprit de foi dont il paraissait rempli corrigeait ces 
erreurs. Cet extérieur pieusement recueilli qui dénote 
l'habitude et l'amour de la prière, il mit du temps à 
l'acquérir ; mais dans sa tenue empreinte d'une cons- 
tante gravité le recueillement était habituel ; seulement 
sa piété au lieu de tourner à la tendresse, tournait à 
l'austérité. Au cours de théologie, une timidité bien 
naturelle dans sa situation, et un certain embarras 
qu'il dut éprouver longtemps pour se servir de la 
langue latine, le rendaient fort sobre de questions : il 
se contentait de suivre avec une profonde attention les 
développements du professeur. C'est peut-être pendant 
les récréations que l'abbé Larnaudie se sentait le plus 
dépaysé. Durant ces heures, le Séminaire est loin de 
ressembler à ce séjour de la tristesse que le monde se 
figure volontiers ; au contraire, c'est le palais de la 
gaieté familière, expansive, spirituelle et bruyante. 
Ces divertissements n'étaient plus de l'âge du nouveau 
séminariste ; on remarqua qu'il ne riait jamais, et ceci 



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aa Grand Séminaire est à peine permis ; mais il faut 
croire que ses maîtres et ses condisciples firent une 
exception en sa faveur car en peu de temps il eut 
conquis l'estime et raffection de tous, 

3. Avant d'être promu aux ordinations, il dut remplir 
une formalité qui rappelle les difficultés et les préoccu- 
pations de l'époque. On se souvient qu'un certain nom- 
bre d'ecclésiastiques avaient refusé leur adhésion à 
l'acte passé en 1801 entre Pie VII et le Premier Consul, 
et formé ainsi une sorte de schisme appelé la Petite 
Eglise, qui dura jusqu'en 1844. Pour arrêter ou du 
moins pour prévenir le développement de la Petite 
Eglise, les évêques eurent ordre d'exiger, préalable- 
ment à toute ordination, une acceptation formelle du 
Concordat. L'abbé Larnaudie n'avait certainement au- 
cune objection à faire, et il signa sans difficulté. Nous 
avons retrouvé son acte d'adhésion, qui porte la date 
du 6 avril 1810. 

Le lendemain il reçut la tonsure et les ordres mi- 
neurs. 

A cette occasion, il reçut de ^sa tante, Louise Jausion, 
une lettrç qu'un heureux hasard nous a conservée, 
et que ni^us voulons citer entièrement ; c'est un petit 
chef-d'œuvre qui figurerait avec honneur à côté 
des plus beaux modèles du genre épistolaire. Le voici 
avec l'orthographe du temps que nous avons respectée : 

<K Je vous félicite, mon cher neveu, de ce que vous 
3> avés fait le premier pas dans l'Eglise de Dieu. Il faut 
» espérer qu'avec l'aide de sa grâce, qu'il ne refuse 
D jamais à ceux qui le cherchent de bon cœur, vous 
» poursuivrés votre carrière avec succès, ce que je 
» vous désire de toute mon âme. Vous voilà donc Mon- 



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— 46 — 

» sieur l'abbé ; en conséquence je vous envoie un surplis 
» que votro mère m'avait donné commission de vous 
» acheter. Je le donne au porteur pour que vous l'ayez 
» plutôt. Vous le trouverez bien grossier, mais on ne 
» vend pas ici de belles toiles, j'ai choisi ce que j'ai 
» trouvé de mieux. Je sai que vous n'êtes pas fort glo- 
» rieux, et que ça ne vous affectera pas beaucoub. En 
» tout cas, quand vous serés M. le curé vous en ache- 
» tcrés un de plus beau. 

» Votre frère aine est passé ici en venant de Fronte- 
» nac ; je lui fis pai t de votre lettre, ils étaient déjà 
» assurés que vous recevriés l'ordination, je crois que 
» c'est une très grande satisfaction pour toute la famille 
» et surtout pour votre mère. Je l'ai priée de venir 
» me voir ce printemps, et j'espère qu'elle me fera ce 
» plaisir. 

» Je vous souhaite une bonne fin do carême et un 
» heureux alleluya^ et vous exorte toujours à ne pas 
» mettre trop de noir à vos idées. Je ne co mais pas M. 
» Albouys, ni s'il est du caractère de sa sœur cie Ne- 
» vers qui a demeuré ici longtemps à la Miséricorde 
» et qui était gaie et aimable au possible; on ne pouvait 
» se lasser d'être avec elle ; d'ailleurs très vertueuse 
» et pieuse comme un ange. Vous auriez besoin d'une 
» compagnie pareille pour vous égayer. 

» xMénagés votre sunté, et croyez-moi toujours votre 
» très- affectionnée tante. 

» Louise JAUSION. 

» A Figea), ce 12 avril 1810. » 

L'abbé Larnaudie reçut ensuite le Sous-Diaconat, le 
Diaconat et la Prêtrise en suivant les intervalles régu- 



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^- 47 — 

liers. C'est le 19 décembre 1812 qu'il reçut l'onction 
sacerdotale. 

4. Aussitôt après son ordination, le nouveau prêtre 
reçut le titre de vicaire de Saint-Barthélémy, à Cahors. 
Il n'avait ni désiré ni surtout brigué cet honneur, et 
loin d'en être fier, il en fut extrêmement embarrassé. 

Parmi les devoirs de son état, un surtout l'effrayait : 
c'était la prédication. Soit timidité naturelle, soit 
impossibilité de se former à 40 ans à l'art de la parole, 
il désespérait et avec quelque raison d'arriver jamais à 
parler en chaire facilement. 

Longtemps après, lorsqu'il fut devenu supérieur du 
Petit Séminaire et curé de la paroisse de Montfaucon, 
il luttait encore contre la même difficulté, sans parvenir 
à en triompher: il en fut toujours réduit à se contenter 
d'un genre familier, d'une sorte de conversation avec 
ses auditeurs. 

Si on veut bien ici nous permettre encore une con- 
jecture au moins très vraisemblable, nous dirons que 
c'est peut-être ce défaut, entre autres causes, qui fit 
de l'abbé Larnaudie un éducateur de la jeunesse. En- 
chaîné par une difficulté qu'il ne pouvait surmonter, 
combien de fois le vicaire de Saint-Barthélémy dut 
s'humilier devant Dieu, s'effrayer à la pensée du saint 
ministère,et songer avec envie à la carrière de l'ensei- 
gnement, où les cours doivent être préparés mais ne se 
récitent pas ! Il est vrai que cette carrière pouvait aussi 
lui paraître fermée : comment donner aux autres un en- 
seignement*qu'il n'avait pas reçu lui-même ? Mais il se 
sentait une grande puissance de travail, l'amour de la 
jeunesse et le zèle de la maison de Dieu. Il voyait en 
même temps la nécessité de plus en plus évidente 



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- 48 - 

d'im Petit Séminaire dans le diocèse de Cahors. Qu'at- 
tendait-on pour se mettre à l'œuvre? Le rétablissement 
de la paix sans doute, mais aussi un homme d'initiative 
et de dévouement. Pourquoi ne serait-ii pas cet hom- 
me? Ne pouvait- il pas compter sur la protection de 
Dieu, sur le concours de l'autorité, sur l'aide de quel- 
ques confrères, ses amis, dont la science suppléerait au 
défaut de ia sienne? Et puis, lors m*:me que les débuts 
ne seraient pas brillants, qui pourrait s'en scandaliser ? 
Ne faut-il pas un commencement à toutes choses ? 

Après deux années de vicai'iat, pendant les quelles 
son zèle et son dévouement furent au-dessus de tout 
éloge, M. Larnaudie vit entin les circonstances se 
prêter à l'accomplissement de ses désirs. 



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CHAPITRE III 



§ 1. — L'Abbé Lamaudie estcbargédelafondatioii 
d'un Petit Séminaire. 



Sommaire : i. Ordonnance du 5 octobre 1814. —2. Mission 
de M. Lamaudle, — 3. Premières difficultés. — 4. Con- 
vention avec M. Martin, curé de Mont faucon. 

1 . Le diocèse de Cahors n*était pas le seul à souffrir 
du monopole universitaire ; presque tous les diocèses 
de France étaient dans une situation analogue ; c'est 
pourquoi la question des Petits Séminaires fut une des 
premières dont la Restauration eut à s'occuper. L'or- 
donnance qui en autorise la fondation est du 5 octobre 
1814. Quoiqu'elle porte la tiace manifeste des préjugés 
du temps, en déclarant que le gouvernement veut limi- 
ter cette autorisation aux bornes du nécessaire, et en 
imposant aux jeunes séminaristes l'obligation de pren- 
dre l'habit ecclésiastique, deux ans après leur entrée au 
Petit Séminaire, elle répondait à un besoin si pressant 
et succédait à un tel régime d'oppression, qu'elle fut 
accueillie comme un immense bienfait. 

4 



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— 50 - 

2. Mgr de Grainville résolut de profiter sans retard 
de la faculté qui lui était donnée. Mais en autorisant la 
fondation des Petits Séminaires, le gouvernement ne 
donnait pas les ressources nécessaires. C'était aux 
évoques à trouver le personnel des établissements 
nouveaux, et à pourvoir aux fixais de première installa- 
tion : de là, la pauvreté de la plupart de ces maisons 
pendant les premières années de leur existence. 

Cependant Mgr de Grainville ne paraît avoir eu souci 
que de trouver dans son clergé le prêtre qui pourrait 
assumer sur lui la charge de fonder un Petit Séminaire 
dans le diocèse de Cahors, Il croyait, sans doute avec 
raison, qu'avec le secours de Dieu rien n'est impossible 
à un homme de cœur. 

Comment son choix se fixa-t-il sur l'abbé Larnau- 
die ? Aucune indication bien précise ne peut nous le 
faire connaître. Cependant il ne paraît pas que l'évêque 
ait songé tout d'abord au vicaire de Saint- Barthélémy ;•. 
il n*y vint que peu à peu, lorsque bien des noms eurent 
été proposés et écartés. D'après la tradition, ce fut 
l'abbé Larnaudie lui-même qui proposa son concours, 
ne demandant, pour le cas où ses services seraient 
acceptés, qu'une entière liberté d'action. Mgr de Grain- 
ville n'hésita pas ; pendant plus de deux ans il avait pu 
apprécier l'homme qui venait de lui-même au-devant 
de ses désirs, l'ardeur de son zèle, la sûreté de son 
jugement et l'énergie de sa volonté ; il connaissait 
d'ailleurs sa position de fortune indépendante et aisée : 
l'abbé Larnaudie fut investi de la mission qu'il sollici- 
tait et reçut pour ainsi dire carte blanche. 

3. Dans l'exécution des plus magnifiques projets on 
est souvent arrêté dès le début par des difficultés d'or- 



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— 51 — 

dre pratique auxquelles on avait à peine songé. Tel fut 
sans doute le cas de l'abbé Larnaudie, lorsqu'il fallut 
déterminer dans quel lieu se fonderait le nouvel éta- 
blissement. 

Pouvait-on l'établir au chef-lieu du diocèse, à Gahors 
même ? C'était le désir de Mgr de Grainville ; mais il 
eût fallu pour cela des fonds considérables, et Ton 
n'avait pour ainsi dire rien. Il y avait bien, près de 
l'église Saint-Barthéiemy, les bâtiments d'un ancien 
Petit Séminaire ; mais ils avaient été aliénés pendant la 
Révolution et il était difficile de les racheter. Réflexion 
faite, on comprit d'ailleurs que dans la cité épiscopale, 
à côté d'un lycée florissant , la situation serait peu 
avantageuse. L'abbé Larnaudie prit son parti de choisir 
pour son œuvre un centre différent où aucune autre 
maison ne pourrait ni gêner son développement ni 
redouter sa concurrence. 

Il songea d'abord à Figeac. Le souvenir des années 
qu'il avait lui-même passées dins l'ancien Petit Sémi- 
naire de cette ville, le désir de rendre cette antique 
maison à sa destination première, l'avantage d'y trouver 
des bâtiments appropriés au besoin de son œuvre, 
l'espérance d*obtenir de la bourgeoisie de Figeac et des 
amis de sa famille un concours généreux, tout l'attirait 
vers cette villesipleinedesouvenirs chrétiens et où lesen- 
timent.religieux conservait encore tant de force. Il se ren- 
dit donc en toute hâte dans la capitale du Haut-Quercy. 
Avec quelle joie la famille Jausion entendit l'exposé de 
ses projets et connut l'objet de son voyage ! Sa tante 
voulut être la première bientaitrice de l'œuvre, et mit 
à sa disposition pour couvrir les premiers frais une 
somme de 400 francs ; l'abbé Larnaudie aimait plus 



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— 52 — 

tard à rappeler ce souvenir et à redire que le Petit 
Séminaire de Montfaucon avait élé fondé avec 400 
francs. 

Sans perdre de temps, il fit ses propositions au conseil 
hiunicipai de Figeae ; il s'agissait de fonder une œuvre 
diocésaine qui serait utile à la ville à tous les points de 
vile ; on ne diemandait à la municipalité que de céder 
pour cette œuvre la jouissance d*un édifice ancienne- 
ment affecté à la même destination. Mais les édiles 
Figeacois flairèrent sous ces propositions un grave 
danger pour la liberté de conscience, voire même pour 
la prospérité matérielle de la cité, et résolurent pru- 
demment de garder leur collège communal. On sait 
comment l'avenir devait justifier leur prudente con- 
duite. 

On ne se faisait pas encore à l'idée de fonder un Petit 
Séminaire à la campagne, et Ton croyait toujours qu'un 
centre de population considérable était nécessaire à sa 
prospérité. Les propositions repoussées à Figeae furent 
faites à Gourdon, et l'abbé Larnaudie eut un instant 
Tespéranee de les voir acceptées : le maire de Gourdon 
consentait à recevoir le nouvel établissement et à lui 
céder les bâtiments affectés au pensionnat de l'abbé 
Gros. Malheureusement, il crut devoir exiger en même 
temps, comm« une condition indispensable, qu'il dé- 
pendît toujours de la municipalité de Gourdon ; cette 
condition était incompatible avec le caractère d'un 
Petit Séminaire qui doit dépendre uniquement de l'au- 
torité ecclésiastique. Il fallut renoncer à l'espoir de 
s'établir à Gourdon. 

Ce double échec pouvait paraître très fâcheux ; en 
i?éalitô a ne pouvait arriver rien de plus heureux pour 



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le diocèse. Si Fig^ae ou Gourdoa avaient pu en 1815 
affecter ua édilloe oommunai à l'usage d'un Petit Sémi- 
naire, outre les inconvénients qui résultent pour les 
jeunes séminaristes du voisinage d'une grande vil'^e, 
nul doute qu'on n'eût vu depuis des municipalités 
bostiles s'empresser de prononcer la désaffectation. Or, 
notr^ département, éprouvé en même temps par tant 
de fléaux, pourrait-il fournir à l'autorité diocésaine les 
fonds nécessaires pour construire de toutes pièces une 
maison appropriée à l'instruction des jeunes clercs ? 

Quoi qu'il en soit, l'abbé Larnaudie ne se laissa pas 
décourager. Obligé de se rabattre sur des centres moins 
importants , il visita Martel , Lacapelle-Mârival , et 
peut-être quelques autres localités moins considéra- 
bles encore, dans la même pensée, et toujours avec le 
même insuccès. 

Nous n'avons pu savoir pour quel motif Martel re- 
poussa ses premières avances ; nous savons seulement 
que plus tard les bons Martelais en eurent du regret, et 
que, lorsqu'on eut fait choix définitivement du bourg 
de Montfaucon, ils vinrent d'eux-mêmes offrir à M. 
Larnaudie, l'ancien couvent des Mirepoises. 

A Lacapelle-Marival, V enclos diiie Bel- Air, qui com*' 
prenait environ quaire hectares, fut sur le point d'être 
acheté. Une tradition veut que le projet ait échooé^ 
non par le mauvais vouloir de la municipalité, mais par 
celui du vénérable M. Lagarde, curé de la paroisse^ 
qui aurait redouté pour son influence personnelle le 
concurrence et le voisinage d'un supérieur de Petit 
Séminaire. Nous avons bien de la peine, en vérité, ï 
admettre cette tradition, et nous soupc(mi¥>fks, sans 



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— 54 — 

pouvoir rétablir en fait, que la municipalité de Laca- 
pelle-Marival eut l'art d'écarter les propositions de M. 
Larnaudie en rejetant l'odieux de cette responsabilité 
sur un curé trop jaloux de ton autorité, et qui en effet 
ne reconnut jamais de supérieur dans son canton. 

4. Tandis que M. Larnaudie s'adressait ainsi vaine- 
ment à des administrations inditïérentes ou hostiles, il 
ignorait que dans un petit bourg situé presque au 
milieu du département, un pauvre curé lui avait pré- 
paré les voies et n'attendait que sa venue. Ce précur- 
seur était l'abbé Martin, curé de Montfaucon. 

L'abbé Martin, originaire de la paroisse d'Aynac, 
ancien Confesseur de la Foi, puis successivement colla- 
borateur de Guillaume Lacoste à Cahors, et chef de 
pension à Gourdon, avait dû enfin, dans la pénurie des 
prêtres où était alors notre diocèse, accepter la cure 
de Montfaucon ; mais au milieu même des travaux du 
ministère, son goût pour l'enseignement et son zèle 
pour l'instruction de la jeunesse, l'avaietit suivi. Dans 
les murs du vieux prieuré qui lui servait de presbytère, 
il avait recueilli les élèves que MM. Couture et Fou- 
rastié avaient commencés au château de Vaillac, et 
quelques autres s' étant ajoutés à ce petit noyau, il se 
voyait à la tête d'un petit pensionnat de 10 à 15 élèves. 
Mais à l'âge où il était arrivé (environ 60 ans), ses for- 
ces commençaient à trahir son courage, et il voyait 
avec peine venir le moment où il serait obligé de se 
réserver tout entier à l'administration do sa vaste pa- 
roisse. Il était déjà dans cette disposition, quand l'abbé 
Larnaudie vint à Labastide-Murat et fit connaître au 
respectable M. Tibal, curé doyen, la mission dont il 
était chargé. Il fut question de Montfaucon ; M. Lar- 



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— 55 — 

naudie fut engagé à voir M. Martin et consentit à tout 
hasard à lui rendre visite. 

On devine ce qui eut lieu ; les deux prêtres compri- 
rent aussitôt quel était le vrai dessein de la Providence ; 
et dans toute Fardeur de son zèle et de sa Foi, M. 
Martin offrit à Tabbé Larnaudie, non-seulement son 
école et ses élèves, mais jusqu'à son presbytère, si l'on 
jugeait que ces viejjx murs, achetés et restaurés à la 
hâte, pussent servir de berceau au Petit Séminaire 
diocésain. Lo lecteur admirera ici, comme nous, l'abné- 
gation de cet excellent prêtre ; quelque lourde que pût 
lui paraître la double charge qu'il avait portée jus- 
qu'alors, ce n'est certainement pas sans regret qu'il 
consentit à la déposer ; il est si pénible de s'éclipser de- 
vant un successeur I M. Martin refoula ces sentiments 
trop humains, et se résigna en disant comme le fils de 
Zacharie : « lllum oportet crescere^ me autem minui ! » 

Le moment est venu de faire connaître Montfaucon , 
son origne, son histoire, et les circonstances qui fai- 
saient de cette petite localité un lieu particuHèrement 
favorable à l'étabUssement'd'un Petit Séminaire. 



2. — Montfaucon. 



Sommaire : i. Site. — 2, Origine, — S, Histoire de. Mont- 
faucon au Moyen- Age. — 4. Période moderne. — 5. In- 
convénients du choix de Montfaucon pour rétablissement 
d^un Petit Séminaire — 6. Avantages. — • 7. Résolution 
de Mgr de Grainville. 

1. Le bourg de Montfaucon est situé à l'occident du 
plateau des causses, à peu de distance de la ligne de 



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— 56 — 

partage des eaux de la Dordogne et du Lot. Bâti sur 
une colline de moyenne élévation, au centre d'un bel 
amphithéâtre de montagnes, et couronné anciennement 
pcaF un petit fort que les bâtiments du Pçtit Séminaire 
ont remplacé, il offre un aspect vraiment imposant et 
très agréable à Fœil. Lorsqu'on a traversé les espaces 
dénudés et monotones qui l'environnent et qu'on ar- 
rive tout à coup en vue de cette fraîche vallée, de ces 
prairies, de ces grands peupliers qui forment autour de 
la colline de Montfaucon un vaste demi-cercle, on croit 
apercevoir une oasis au milieu du désert. Cette oasis 
se prolonge vers le nord jusqu'au hameau de Sénier- 
gues dont l'exposition et la vue à Tépoque du prin- 
temps rappellent le beau site de Royat. Malheureuse- 
ment ce joli paysage n'a que peu d'étendue. Le Scéou 
qui arrose la vallée ne tarde pas à se perdre dans un 
terrain trop perméable, et ne reparaît qu'à une assez 
grande distance ; sur les coteaux environnants, quel- 
ques terres absolument incultes, les murs grossière- 
ment construits qui environnent toutes les propriétés, 
d'énormes tas de pierres amoncelées à la lisière des 
champs, quelques ormeaux et quelques frênes rabou- 
gris venus sans doute de fortune sur le bord des 
chemins, enfin ces moulins à vent dont les ailes 
paresseuses ne tournent pour ainsi dire qu'en dormant, 
tout nous rappelle que nous sommes assez loin d'un 
pays de rivière. Ce voisinage peu poétique fait ressortir 
d'une manière plus frappante, comme une ombre au 
tableau, la beauté du site de Montfaucon. 

La ville elle-même, si on peut donner ce nom à un 
bourg qui ne renferme pas mille habitants, n'est pas 
moins agréable par sa disposition intérieure. Il existe 



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- M -. 

peu de grands villages percés avec mitâfnt êe syiuétriô 
et de régularité. Quatre grandes rues, bitsn alignées, 
allant du nord aii midi, et quatre autres, également 
droites et larges, percées de Test à l'ouest, s'y cou- 
pent à angles droits ; c'est presque un échiquier. 
La plupart des maisons sont spacieuses et bien aérées : 
elles montrent que l'aisance et le bien-être ont régné 
longtemps dans le pays. 

2. A cette régularité on reconnaît ordinairement une 
place de guerre et une ville royale, c'est-à-dire dont la 
seigneurie et la justice appartenaient au roi. Montfau- 
con, était en effet au moyen-âge une bastide royale. 

Primitivement c'était une terre dépendante de la pa- 
roisse de Séniergues. (1) 

Au Xlle ou au XIII® siècle, s'il faut en croire une 
vague tradition, les Templiers qui possédaient une 
Commanderie au Bastit, et avaient remarqué les avan- 
tages de la position de Montfaucon au point de vue mi- 
litaire, y construisirent un fort dont l'église paroissiale 
est peut-être encore un vieux reste. C'est à l'ombre de 
ce fort et sous sa protection que surgit à la même épo- 
que la petite ville de Montfaucon. 

Après la destruction des Templiers (1314), le fort 
resta debout, et dut passer comme tous les biens des 
Templiefs de France, aux Hospitaliers de Saint Jean 
de Jérusalem. Mais il ne reste aucun vestige, pas même 

(1) « Ecclesia de Sinierguis^ ad collationem episcoporum. 
Istateclesia hahet annexam ecclesiam de Monte-Falcono » — 
dit un vieux pouillé. 

Toutefois en 1535 il n'en était plus ainsi, car noua lisons 
dans un autre dénombrement relatif à cette époque : « Prio- 
ratus S. Bartholomsei de Montis FalconiSj cum annexis $, 
Juliani et S, Martini de Sinergues. » 



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— 58 — 

un souvenir populaire, du séjour des Hospitaliers à 
Montfaucon ; à moins qu'on ne regarde comme un 
indice suffisant de leur occupation ce titre de prieuré 
que l'Eglise de Montfaucon a porté jusqu'à la Révolu- 
tion, On sait que la plupart des prieurés- cures étaient 
de fondation récente, et avaient succédé, soit à des 
prieurés monastiques, soit à des prieurés ds l'ordre de 
Malte. 

3. La première mention vraiment historique de la 
place de Montfaucon se rapporte à la guerre de cent 
ans. Le traité dé Brétigny avait cédé le Quercy aux 
Anglais ; mais le pays ne subissait qu'en frémissant la 
domination étrangère, et la rigueur pouvait seule y 
maintenir l'autorité d'Edouard IIL C'est pour cela que 
le prince noir établit à Montfaucon une sorte de cour 
martiale qui lui a fait attribuer par quelques historiens 
la fondation de la ville elle-même. A la tète de cette 
cour, il plaça ce bailli ou Bayle de Montfaucon que 
nous voyons dans l'histoire générale du Quercy presser 
en 1366 le départ des hommes d'armes pour la guerre 
d'Espagne, et en 1367 les armements pour la reprise 
des hostilités contre la France. 

Quand le traité de Brétigny fut rompu et qu'à la voix 
de l'archevêque de Toulouse la plupart des places 
fortes du Quercy secouèrent le joug de l'étranger, 
Montfaucon rentra aussi sous l'autorité de Charles V. 
Malheureusement, ce fut pour peu de temps ; les An- 
glais reparurent en force, et rentrèrent sans peine dans 
un château dépourvu de garnison. 

A partir de ce moment jusqu'à la fin du règne, 
Montfaucon fut le repaire d'une de ces grandes com- 
pagnies anglaises, vraies armées de brigands qui rédui- 



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— 59 — 

sirent en peu de temps toute la contrée à la plus 
affreuse misère. Elles ne se retirèrent que dans les 
premières années du règne de Charles VI, et au prix 
d'une rançon qui compléta la ruine des habitants. 
Même alors, le pays n'était pas encore au bout de ses 
épreuves ; la lutte recommença sous Charles VII, et 
les Anglais rentrèrent dans Montfaucon en 1439 ; mais 
cette fois leur domination devait être éphémère : ils 
furent chassés Tannée suivante par Rodrigo Villan- 
drando. Ce fut peu de temps après, en 1464, que 
Louis XI accorda aux habitants de la bastide royale 
établie à Monttaucon, leurs franchises communales (1). 

4. Pendant les siècles qui suivirent, Montfaucon ne 
parvint pas à se rendre célèbre. Ni pendant les guerres 
de religion, ni pendant la Révolution elle-même, aucun 
événement mémorable ne vint mettre en lumière le 
nom de cette humble bourgade. 

Avant 1789, Montfaucon au point de vue administra- 
tif formait une communauté de la subdélégation de 
Gourdon et de l'élection de Cahors. Pendant la Révo- 
lution, il forma un chef-lieu de canton du district de 
Gourdon ; mais sous l'Empire, il perdit ce titre, ainsi 
que la justice de paix, que l'illustration de Murât fit 
transférer à Labastide. Depuis lors Montfaucon n'a 
d'importance que par son Petit Séminaire. 

5. A l'époque où l'abbé Larnaudie et l'abbé" Martin 
conçurent ensemble le projet d'y fonder un tel établis- 
sement, il faut reconnaître que le choix du lieu pouvait 
paraître au premier abord fort étrange. 

Malgré les avantages de son site, Montfaucon était 

(1) Ordonnances des rois de France, tome xie. 



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^ M ^ 

an pays absolament isolé ; pas une route i^'y arrivait ; 
pas une voiture ne pourrait y passer de longtemps ; à 
l'heure actuelle, il n'y a pas encore quinze ans que 
pour faire le voyage de Gourdon ou de Gramat, nous 
devions aller attendre, avec nos paquets, la voiture 
publique au hameau de Séniergues. Que de difficultés 
cet isolement ne devait-il pas susciter aux familles qui 
nous confieraient leurs enfants, surtout pendant cette 
longue période de temps où le plus grand nombre des 
élèves appartiendraient à Texternat et recevraient régu- 
lièrement de leurs parents toutes sortes de provisions 1 

L'abbé Larnaudie ne pouvait se dissimuler la gravité 
de cet inconvénient, et peut-êlre s'il avait eu entière- 
ment la liberté du choix, aurait-il reculé ; mais nous 
avons vu les obstacles qu'il avait rencontrés ailleurs. 
Obligé et pressé de prendre une détermination, il exa- 
mina la question de plus près, et reconnut que l'obsta- 
cle qui résultait de l'isolement n'était ni bi«n grave, 
ni surtout capable de balancer les immenses avantages 
que la poistion de Montfaucon lui offrait pour le succès 
de son œuvre. 

6. Là, d'abord, nulle hostilité n'était à craindre. Un 
homme de bien que recommandaient depuis longtemps 
son instruction, sa probité, et ses longs services, l'ho- 
norable M. Lauvel, dirigeait la municipalité, et se 
montrait disposé à soutenir de tout son pouvoir l'insti- 
tution projetée. Là on trouvait, pour commencer, un 
petit noyau d'élèves déjà réunis, et ce n'éîait pas un 
avantage à dédaigner : il serait évidemment moins 
difficile d'accroître ce petit noyau que d'attirer pour la 
première fois un bon nombre de séminaristes. Avec les 
élèves, on y trouvait aussi un local provisoire dans les 



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- 64 - 

bâtiments et les dépendances de l'ancien prieuré. Ces 
immeubles, il est vrai, avaient été aliénés pendant la 
Révolution ; mais l'acquéreur ne demandait qu'à resti- 
tuer à l'Ëglise, aux conditions les plus équitables, un 
bien qui lui avait appartenu. Pour le moment, ils ser- 
vaient de presbytère moyennant une modeste allocation 
de 70 francs ; mais Toccasion s'offrait à la commune 
d'acquérir à peu de frais un presbytère plus commode. 

A ces trois avantages que M. Lamaudie devait, dans 
sa situation, apprécier grandement, s'en ajoutaient 
d'autres également dignes de considéi ation. 

Montfaucon est situé à peu près au centre du diocèse; 
et par suite aussitôt que quelques voies de communi- 
cation seraient ouvertes ce qui devait se faire tôt 
ou tard, il deviendrait plus accessible au plus grand 
nombre des parents que la plupart même des grands 
centres. Au milieu d'une campagne fertile en blé et 
élevant d'innombrables troupeaux, les approvisionne- 
ments seraient faciles. Ne fallait-il pas aussi tenir 
compte des conditions de salubrité? Or, à Montfaucon, 
la nature du sol, Taltitude du pays, l'exposition au 
nord , tout se trouve dans d'excellentes conditions 
pour protéger les plus faibles santés. En fait, la salu- 
brité de l'établissement, est telle qu'en 70 ans pas une 
épidémie n'y a paru, si on'excepte la rougeole, cette 
fièvre éruptive à laquelle l'enfance n'échappe nulle 
part ; la variole, qui a visité pourtant le bourg de 
Montfaucon, s'est arrêtée au seuil du Petit Séminaire. 

Ce n'est pas tout ; à bien considérer les choses, cet 
isolement lui-môme dont on s'effrayait au premier 
abord, allait ofîMr des avantaj?;es précieux : il rendrait 
infiniment plus rares ces visites et ces sorties qui font 



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— 62 - 

perdre tant de temps aux élèves et ne sont le plus 
souvent qu'une occasion et un moyen de dissipation. 

Le projet de M. Martin n'était donc pas une chimère, 
et en l'acceptant, on résolvait de la manière la plus 
heureuse une grosse difficulté. 

7. Pénétré de ces pensées, l*abbé Larnaudi3 revint à 
Cahors et fit part à Mgr de Grainville des motifs qui le 
poussaient à accepter les propositions du curé de 
Montfaucon. 

Mgr de Grainville avait promis à l'excellent prêtre 
une entière liberté dans le choix des moyens de con- 
duire son entreprise à bonne fin. Peut-être en appre- 
nant que M. Larnaudie avait fait choix du lieu perdu 
de Montfaucon, éprouva-t-il du désenchantement et 
quelque appréhension, mais fulèle à sa parole il n'eut 
garde de les manifester. H accepta le lieu que son re- 
présentant avait choisi, et comme l'abbé Larnaudie 
avait encore le titre de vicaire de Saint-Barthélem>y, 
il le releva de ces fonctions, et le nomma officielle- 
ment directeur du Petit Séminaire. 

En outre, il lui promit d'écrire à tout son clergé 
en faveur de son œuvre, et lui fit compter au grand 
séminaire uiie somme de 1 ,500 francs pour l'aider à 
couvrir les frais de première installation. En supposant 
encore intacts les 400 francs de Mlle Jausion, l'abbé 
Larnaudie avait reçu près de 2,000 francs : c'est en 
réalité avec celte modeste somme et ses ressources 
personnelles, généreusement sacrifiées, qu'il posa les 
fondements de son œuvre. 



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LIVRE II 



HISTOIRE 

DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 



sous LA DIRECTION 



DE M. LARNAUDIE 



CHAPITRE I 



FONDATION DU PETIT SÉMINAIRE 



Sommaire : i. Circulaire de Mgr de Grainville, — 2. Pre- 
mier prospectus. — S. Uouvariure des cours, - 4. Pre- 
miers collaborateurs de M. Larnaudie, — 5, M. Bosq, — 
6. M. Pauty. —- 7. M. Cadiergues. — 8. Rentrée de 
i8i5-i6. — 9. Organisation et installation provisoires. 
— iO. UExternat. 

1. Le 22 décembre 1815, Mgr de Grainville, fidèle à 
la promesse qu'il avait faite à Tabbé Larnaudie, adres- 
sait à lous les curés de canton du diocèse de Gahors, la 
circulaire manuscrite suivante, qui est comme l'acte 
de naissance du Petit Séminaire de Montfaucon. 



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— 64 — 

<( Cahors, le 22 décembre 1815. 

» Sa Majesté m'ayant autorisé à établir un Petit 
Séminaire dans chaque département de mon diocèse, 
j'ai fixé celui du département du Lot dans la paroisse 
de Montfaucon. 

» M. Larnaudie, vicaire de Saint-Barthélémy, do 
Cahors, que j^ai nommé directeur de cet établissement, 
s*y rendra sans délai, afin que les cours puissent com- 
mencer lo !«»■ janvier. 

y> Le pressant besoin d'ecclésia?tiques, Tintérêt que 
vous devez mettre à faire refleurir la religion, votre 
zèle si bien reconnu, tout me fait espérer que vous 
seconderez mes vues en procurant à cet établissement 
le plus de sujets qu'il vous sera possible. Je vous 
engage à rendre publique celte invitation, à en donner 
connaissance à vos paroissiens, et communication aux 
desservants de votre canton, afin qu'ils envoient à 
l'époque fixée les élèves dont ils ont eu la charité de 
se charger jusqu'à présent. 

» Je vous renouvelle. Monsieur, l'assurance de mon 
sincère attachement. 

» GuiLL. Balth , évêque de Cahors. » 

2. En même temps que les curés de canton rece- 
vaient cette simple circulaire, on adressait le prospec- 
tus suivant, éga'ement manuscrit, à tous les élèves 
attendus ou désignés. 

« Prospectus pour le Petit Séminaire de Mont faucon . 

» Les cours d'études commencent tous les ans le i^^ 
novembre et finissent au l'^'* septembre. Cette première 
année, les coui's seront ouverts au l^^' janvier 1816. 



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— 65- 

» L'on recevra des pensionnaires et des externes. 
Toutes les études et tous les exercices de religion seront 
communs aux uns et aux autres. Les externes ne sorti- 
ront que pour prendre les repas>t pour se coucher. 

» Le prix de la pension est de 30 francs par mois^ 
payables d'avance. L'mstruction y est comprise. Les. 
externes paieront 5 francs par mois pour rinstructioQ 
et la, surveillance. 

» Chaque pensionnaire se fournira un lit avec tout la 
linge de corps et de tahle. Le blanchissage sera aux 
frais des parants. 

:b Les sciences proprement ecclésiastiques n'étant pas 
les seules nécessaires aux prêtres, l'on ne négligera 
rien pour orner l'esprit des élèves des connaissances 
nécessaires dans tous les états. Leur éducation sera 
dirigée de manière à ce que, si dans la suite ils ne se 
sentaient pas appelés à l'état ecclésiastique, les études 
qu'ils auraient faites pussent leur servir pour tout au- 
tre état. Ils retireront môme de leur séjour au petit 
séminaire, une instruction chrétienne plus soignée, et 
une pratique plus parfaite des devoirs de la religion. 

» L'on enseignera dans le séminaire tout ce qui s'en- 
seignait autrefois dans les collèges royaux. Il y aura 
un nombre suffisant de maîtres pour que toutes les 
classes se fassent sans confusion et sans précipitation. 

» Les élèves qui auront séjourné deux ans au Petit 
Séminaire seront tenus de porter l'habit ecclésiastique. 
Jusqu'à cette époque , le costume est parfaitement 

libre. 

» NOTE. — Ceux qui trouveront trop incommode de 
Mv^ transpopter un lit à Montfaucon, ea trouveront 

5 



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— 66 — 

sur les lieux. M. Martin, curé de la paroisse et ancien 
maître de pension, en louera à un prix raisonnable. » 

Il y a loin de la simplicité de ces deux pièces au 
style pompeux des réclames que nous voyons tous les 
jours. Le nouvel établissement ne s'annonçait pas à 
son de trompe ; il s'annonçait à peine au clergé et aux 
jeunes gens intéressés à sa fondation. Sobre de pro- 
messes, il promettait simplement ce qu'il pouvait 
tenir. C'est ainsi qu'il a toujours procédé ; ses direc- 
teurs n'ont jamais accepté auprès des familles d'autre 
recommandation que celle de leur caractère, de leur 
mission et des services rendus. 

Parmi les promesses contenues dans le premier 
prospectus, on nous permettra de signaler en particu- 
lier celle de donner une instruction qui puisse préparer 
non seulement à Vétat ecclésiastique ^ mais encore à 
toutes les autres carrières libérales, A travers toutes 
les vicissitudes, et en changeant bien souvent d'admi- 
nistration et de programme, surtout dans ces derniers 
temps, le Petit Séminaire de Montfaucon ne s'est ja- 
mais départi de ce principe. Ceux qui nous blâment à 
l'époque actuelle d'enseigner ce qui s'enseigne autour 
de nous, ne considèrent pas assez que ce système n'est 
pas nouveau dans la maison, et que tout enseignement 
peut être suffisamment chrétien s'il est donné chrétien- 
nement. 

3. On aura peut-être remarqué que la circulaire 
épisoopale porte la date du 22 décembre 1815, et que 
l'ouverture des cours y est fixée au l^r janvier suivant. 
Il y aurait lieu d'être surpris en voyant une maison 
d'éducation ouvrir ses cours à une époque de l'année 



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- 67 - 

où tous les autres établissements étaient rentrés depuis 
deux mois, s'il n'était évident que la décision de Mgr 
de Grainville, fixant à Montfaucon le Petit Séminaire 
du diocèee de Gahors, avait dû être notifiée h l'adminis- 
tration et acceptée par elle avant que le nouvel établis- 
sement pût prendre officiellement ce titre et annon- 
cer sa fondation. En fait, M. Larnaudie s'était rendu 
à Montfaucon le !«' novembre pour inscrire les anciens 
élèves de l'abbé Martin et ceux qui se présenteraient 
avec eux ; on s'était mis à l'œuvre sans retard, et les 
classes avaient commencé le 2. C'est l'accomplisse- 
ment des formalités légales qui fit retarder jusqu'au l»*" 
janvier 1816 l'ouverture officielle des cours. 

Si l'abbé Larnaudie avait laissé des Mémoires ou un 
journal quelconque de sa vie, nul doute qu'à cette date 
du l®*" janvier 1816, nous n'eussions trouvé une page 
émue, exprimant la joie, les espérances et aussi les 
craintes du zélé fondateur, surtout ses vœux pour la 
prospérité de la maison naissante. Mais l'humble prêtre 
n'avait ni la pensée ni le temps d'écrire des Mémoires : 
il se contenta d'adresser au ciel une fervente prière 
pour que Dieu bénît son œuvre. Manifestement il s'est 
vu exaucé. 

4. Cependant l'entreprise à laquelle M. Larnaudie ve- 
nait de se dévouer ne pouvait réussir par lui seul et de- 
mandait de nombreux ouvriers. Ceci nous amène à 
parler de ses premiers collaborateurs. 

Mgr de Grainville avait laissé au fondateur du Petit 
Séminaire le soin de trouver des professeurs, et ce soin 
devait être pour lui le plus difficile de tous pendant les 
treize années de son administration. Malgré son désir 



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révoque n'avait pu s'engager à lui fournir des prêtres 
pour la plupart des classes ; dans la pénurie d'ecclésias- 
tiques où était le diocèse, quand beaucoup de paroisses 
étaient encore sans pasteur, quand le Grand Séminaire 
ne sufQsait même pas à combler les vides du sanctuaire 
à mesure qu'ils se produisaient, il fallait bien de toute 
nécessité recourir aux simples clercs pour occuper la 
plupart des chaires dans la nouvelle maison. 

Parmi les jeunes lévites, il en est toujours, grâce à 
Dieu, qu'une vocation non équivoque et une maturité 
précoce ont fait prêtres pour ainsi dire avant l'heure. 
C'est sur cette élite de la jeunesse du sanctuaire que 
l'abbé Larnaudie avait fondé ses espérances. 

Cependant nous ne saurions dissimuler qu'il eut plus 
d'une fois à regretter des choix malheureux que les 
circonstances, souvent plus fortes que les principes, 
lui avaient imposés. Par la force des choses il dut 
accepter des collaborateurs encore hésitants sur teur 
vocation sacerdotale, et qui venant à Monlfaucon plutôt 
pour délibérer et pour gagner du temps que pour ser- 
vir son œuvre, mettaient à sa disposition peu d'expé- 
rience, de capacité et de dévouement. Ce fut pour lui 
une source continuelle de difficultés et d'épreuves ; et 
c'est sans doute à ces embarras qu'il fait allusion dans 
un passage de sa correspondance avec Mgr de Grain- 
ville, où il parle « des contradictions les plus capables 
de renverser une œuvre qui ne serait qu'humaine. » 
Qui ne sait que les fautes d'un seul sont plus propres à 
renverser une maison que la fidélité et le dévouement 
de tous les autres à la sauver ? 

Ses premiers choix du moins furent heureux. Nous 
connaissons les noms des^ trois premiers professeurs du 



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Petit Séminairie ; ils ont fait honneur au diocèse de Ca- 
hors, et nous leur devons ici une courte mention. 

M. BOSQ. 

5. Le premier de tous fut un prêtre déjà âgé, origi- 
naire du Rouergué, mais Qùercynois par le cœur, 
attiré dans ce diocèse par la grande influence de M. 
PoUjade de là JDevèze. t'éiâit un professeur très instruit 
qû'Uile extrême timidité et dos scrupules respectables 
âVaient éloigné dû ministère sacré ; il apporta à rceii- 
vrfe naissante le concours le plus uUle et le plus fidèle ; 
tous ses élèves ont fait l'éloge de sa science et de âoil 
fcaractèré très bon et très digne. ïl passa cinq anâ â 
Môiitfiucoh et Ton peut dire qu'il a été une des pre- 
mières fortes colonnes de l'établissement. Au bout de 
be t'emps il accepta la i)etité ciire de Ganiy ( dans le 
fckntôn dé Payràc), où sa tnéitiôire est encore en graiide 
rériêi-atibTi ; il y ttiourut en 1860 , âgé de 90 ani^. 

M. PAUTY. 

« 

6. Tout autre était M. Pauty, jeune clerc, qui cachait 
sous des formes extrêmement originales une instruction 
solide, acquise, croyons-nous, au lycée de Cahors, sous 
d'excellents maîtres. M. Larnaudie qui était presque son 
condisciple, avait encore pu le connaître à Cahors pen- 
dant son vicariat à Saint-Barthélémy ; comme il tenait 
peu aux formes et ne se laissait pas rebuter par le 
contact d'une écorce aussi rude que la sienne, il avait 
cherché à l'intéresser à son œuvre et l'avait pris pour 
une bonne recrue. 11 ne put le retenir qii'iin an^ mais il 



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— 70 — 

resta toujours attaché à sa personne par les liens d'une 
intime amitié. Plus tard, M. Pauty, devenu successive- 
ment curé de Carlucet et de Martel, aimait encore à 
revoir Montfaucon ; et il ne tenait pas à lui que ses 
visites ne fussent un jour de fêle pour les élèves. 

M. CADIERGUES. 

7. M. Larnaudie connaissait depuis plus longtemps 
l'abbé Cadiergues. Celui-ci était né à Lacapelle-Marival, 
au sein d'une famille patriarcale où le respect de la 
religion, le goût de la bienfaisance et la distinction des 
manières se transmettent de génération en génération 
comme un précieux héritage. L'âme de ce jeune lévite 
était embrasée d'une flamme deux fois sacrée : il avait 
la piété d'un religieux et le zèle d'un apôtre. Quelques 
années après il donna satisfaction au double attrait qui 
le portait en même temps vers la vie religieuse et la 
carrière apostolique : il entra dans la Congrégation 
des Missionnaires de France fondée par l'abbé de Rau- 
zan. 

Tels furent les premiers professeurs du Petit Sémi- 
naire de Montfaucon et les premiers collaborateurs de 
M. Larnaudie. Nous ignorons la situation et les avanta- 
ges qu'il put leur ofl'rir. Si nous jugeons de leurs trai- 
tements par ceux qui furent payés en 1819, il est 
certain que ces Messieurs pouvaient accepter leurs 
honoraires sans craindre que le mérite de leur dévoue- 
ment en fût notablement diminué (1). 



(1) Voir le chiffre du traitement des professeurs en 1819, 
page 118. 



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— 71 — 

8. A vrai dire, pendant cette première année, M. 
Larnaudie avait un nombre de professeurs plus que 
suffisant pour celui de ses élèves. A cette époque, 
la rentrée des maisons d'éducation ne se faisait pas 
avec cette régularité et cet ensemble qu'on y apporte 
aujourd'hui ; elle durait ordinairement plusieurs semai- 
nes, et les chefs d'institution n'étaient guère fixés sur 
le nombre de leurs élèves qu'au bout d'un mois. Or, 
s'il en était ainsi des maisons en exercice les plus 
prospères, une maison qui se fondait ne pouvait pas 
être plus heureuse. Dans le fait, les élèves n'arri- 
vèrent à leur nouveau maître que peu à peu , les 
uns après les autres. Pendant la première moitié 
de Tannée on ne cessa pas d'inscrire de temps en 
temps quelque nouveau. Enfin , vers Pâques de 1816, 
M. Larnaudie se vit à la têfe d'une communauté de 20 
à 25 élèves. 

Si modeste qu'il fût, ce chiffre ne laissait pas que 
d'être encourageant : l'école de l'abbé Martin était 
doublée. En outre, les jeunes élèves se montraient 
animés des meilleures dispositions. Ils étaient fiers de 
de se dire les premiers élèves, et volontiers ils se 
seraient crus les fondateurs du Petit Séminaire. Bien 
des choses leur manquaient au début ; mais loin de 
s'en prévaloir pour se plaindre ou pour s'autoriser à 
l'indiscipline, ils y suppléaient de leur mieux. Rien ne 
ressemblait tant à une famille que ce groupe d'enfants 
et de jeunes gen 3 que l'abbé Larnaudie aimait d'un 
amour tout , paternel et soignait avec une tendre solli- 
citude ; ses collègues partageaient ses sentiments, et 
de leur côté, les jeunes élèves, qui se trompent rarement 
sur l'affection qu'on leur porte, rendaient à leurs maî- 



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— 72 — 

très amour pour amour. Toutes les relations qui nous 
ont été faites sur cette période primitive de l'histoire 
de la maison s'accordent à constater que dés le premier 
jour Tabbé Larnaudie fut adoré de ses élèves ; le mot 
est consacré et passé en usage. 

9. Nos élèves actuels seront peut-être curieux de 
savoir comment la communauté naissante s'organisa et 
s'installa pour la première fois. 

Avec le petit nombre d'élèves qui s'étaient présentés la 
première année, l'organisation n'était pas bien difficile. 
On en forma deux divisions ; l'abbé Bosq eut la première, 
et l'abbé Pauty la seconde. M. Cadiergues eut l'honneur, 
qui ne pouvait blesser sa modestie, d'être le premier de 
nos maîtres d'étude, de récréation et de dortoir. 

L'installation offrit plus de difiScultés. L'établissement 
ne disposait en commençant que du bâtiment de l'ancien 
prieuré avec ses dépendances, c'est-à-dire une petite 
cour que la rue du Clos environnait au nord et k l'ouest, 
puis une grange et un jardin situés au delà de la rue. (1) 

Au l®' janvier 1816, l'abbé Martin s'étant retiré danô 
le nouveau presbytère que la commune mettait à sa 
disposition, M. Larnaudie et ses collègues occupèrent 
les chambres du premier étage dans l'aile méridionale ; 
le supérieur s'installa dans l'appartement où l'écono- 
mat est toujours resté jusqu'à présent ; l'àbbé Bosq et 
l'abbé Pauty occupèrent les deux chambres qui y sont 
contigiiès ; quant à M. Cadiergues il s'établit dans le 
dortoir dont il avait la surveillance. 

Tout le reste de la maison fut laissé aux .élèves. 

La salle d'étude se trouva dans la classe actuelle du 

(1) Voir planche 1". 



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— 7« — 

dtsssin, alors éèlafiréë à l'ouest et au néfd : tWe était 
parfaitement convenable. 

Le parloir où les élèves reçoivent aujourd'hui leurs 
visiteurs fat divisé en deux pièces et servit aux deux 



Les tables du réfectoire se dressèrent dans cet ap- 
partement du rez-de-chaussée où on \es voyait encore 
il y a dix ans et qui sert aujourd'hui pour les réunions 
des Cùftgréjsfanistes. 

QUôlclues pliants, vrais hamacs rtioins les cordajgesv 
se rangèrent dans urie longue salle contigûe à la salle 
d'étude et (|ui actuellement fait partie de (a lingerie. 

EhBii, lia petite cour de la maison, comprenant à peu 
près ie tiers de notre cour d'honneur, servit de lieu de 
l'écréation pour les élèves. On y construisit à la hâte, 
du côté du midi, un mauvais hangar, dont les murs 
étaient en torchis et le toit couvert de chaume, assez 
bas d'ailleurs pour ne pas fermer la fenêtre de l'écono- 
mat. Les élèves y étaient tout juste à l'abri du mauvais 
temps. 

En utilisant ainsi tous les recoins, on était du moins 
à couvert ; encore fallait-il se serrer un peu, du moins 
au dortoir, quoique les pensionnaires fussent à peine 
une douzaine. 

10. En même temps commençait cet externat qui â 
été si favorable à la prospérité du bourg de Montfaucon 
et au Petit Séminaire lui-môme. Sans la faculté de rece- 
voir des externes^ accordée dès le début par une admi- 
nistration bienveillante, l'établissement nouveau, réduit 
à un nombre très limité d'élèves et par suite à une recette 
insignijBante^ n'aurait eu aucun moyen de s'agrandir, 



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— 74 - 

et eût été dès sa naissance, condamné à périr, faute 
d*air, dans son berceau. 

Pendant longtemps, le nombre des externes a dé- 
passé de beaucoup celui des pensionnaires ; ils rem- 
plissaient pour ainsi dire tout Montfaucon. On trou- 
verait dans cette ville peu de maisons qui n'en aient 
logé , une fois ou l'autre , un nombre incroyable : 
quelques unes en ont logé et nourri en même 
temps jusqu'à 25 ou 30. Assurément c'était trop ; 
dans ces appartements où l'on pouvait à peine cir- 
culer entre les malles et les lits, nous étions en- 
tassés les uns sur les autres, et le vivre n'était pas 
mieux que le couvert. N'importe, on s'y habituait avec 
l'insouciance du jeune âge ; on allait jusqu'à s'y plaire, et 
après vingt, trente ou quarante ans, on y revient encore 
volontiers s'informer de la santé du vieux bourgeois^ 
s'il vit encore, ou de la destinée de ses enfants ; on 
reconnaît avec quelque émotion la place qu'on occupait 
dans la salle à manger, et l'obscur recoin où le fliant 
était dressé. Il est vrai aussi que plusieurs de ces maîtres 
de pension finissaient par s'attacher aux jeunes gens 
confiés à leurs soins matériels ; ils les appelaient sans 
façon leurè élèves^ et dans le cas de maladie, la bonne 
bourgeoise en prenait un soin tout maternel. 

Il faut bien reconnaître que la discipline avait quelque- 
fois à souffrir du logement d'un si grand nombre d'élèves 
en dehors de la maison; cependant le mal n'était pas 
aussi grand qu'on pourrait se le figurer. Montfaucon 
n'est pas une grande ville : on n'y a jamais compté que 
trois hôtels et quelques petites auberges, et toutes ces 
maisons étaient honnêtes. Du reste, une surveillance 
active en détournait absolument la plupart des élèves^ 



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— 75 — 

et si de temps en temps quelque audacieux parvenait 
à s'y glisser, Tabus n'a jamais pris de grandes propor- 
tions. 

L'externat n'était pas seulement nécessaire pour 
suppléer à l'insuffisance des bâtiments du Petit Sémi- 
naire, il l'était aussi pour les modiques ressources du 
plus grand nombre des élèves. Le régime des externes 
était un peu moins dispendieux que celui des pension- 
naires, et beaucoup de parents étaient obligés de viser 
avant tout à l'économie. Cependant, depuis une tren- 
taine d'années, le Petit Séminaire a vu le nombre des 
externes diminuer graduellement, et maintenant l'on 
n'en compte presque plus. Sans doute, les familles ont 
reconnu qu'il n'est pas bon d'économiser sur le néces- 
saire et aux dépens de la santé. 



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CHA^ITfeE il 



LE RÈGLEMÉN'Ï 



SbkAiAtRE : § I. Histoire de la règle du Séminaire — 
§ //. Eègle des Directeurs. — § lÏL Règle des Prôfes- 
sBUrs et des Maîtres d'étude, — § IF. Règlement pour 
les éleva. Articles généraux. Articles particuliers. — 
§ V. Esprit du Petit Séminaire. 



§ L — Histoire de là kègle du Séminaire. 



1. La première connaissance que le jeune homme 
doit faire en entrant dans une maison d'éducation est 
celle du règlement ; on ne saurait, quoi qu'il puisse en 
paraître, connaître trop tôt ce protecteur à la figure aus- 
tère, mais dont la sévérité elle-même respire un profond 
amour de la jeunesse et un dévouement absolu à f^s 
meilleurs intérêts. Les règlements des séminaires, et en 
particulier celui du Petit Séminaire de Montfaucon, ont 
leur histoire qu'il no sera pas hors de propos de racon- 
ter ici avant d'exposer les articles principaux de 
ce code tout paternel. 

On sait que la fondation des Petits Séminaires pour 
la formation de la jeunesse cléricale fut ordonnée par 
le Concile de Trente. L'auguste assemblée détermina 



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— 77 — 

âV6c une sagesse admirable les règles fondamentales 
qui doivent diriger ces pieuses institutions ; mais elle 
ne distingua point entre les Grands et les Petits Sémi- 
naires ; dans son esprit le jeune lévite doit dès le 
commencement ordonner tous ses travaux à sa prépa- 
ration au sacerdoce ; aux yeux de rEglise, les élèves 
des Petits Séminaires et ceux des Grands, sont égale- 
ment séminaristes, et doivent être animés du même 
esprit. Aussi doivent-ils obéir à des règles semblables, 
sauf les adoucissements que nécessitent dans les 
premiers, Tâge des jeunes étudiants et la nature 
plus profane de leurs travaux. Ces règles, dont le 
Concile de Trente ne pouvait poser que les principes, 
furent rédigées au xviP siècle par le pieux aréopage de 
saints prêtres qui, triomphant de tous les obstacles et 
de tous les préjugés, propagèrent en France Tinstitu- 
tion décrétée un siècle auparavant ; elles sont l'œuvre 
des Bérulle, des Condren, des Ollier et des Vincent de 
Paul ; et si Ton peut juger Tarbre par les fruits qu'il a 
portés, il serait. difficile d'en méconnaître l'excellence. 
Sous l'empire de ces lois toutes empreintes de l'esprit 
de l'Evangile, le clergé de France reçut pendant un 
siècle et demi cette forte éducation qui en fit le pre- 
mier clergé du monde ; c'est à elles qu'il a dû, après 
Dieu, la fermeté et l'héroïsme dont il fit preuve en face 
de la Révolution, et qui paraissent si admirables quand 
on se souvient de la faiblesse du clergé anglican en face 
de Henri VIII. La tourmente révolutionnaire qui détrui- 
sit de fond en comble l'antique église gallicane, ne fit 
pas oublier les principes qui. avaient présidé à sa forma- 
tion, et lorsqu'elle sortit de ses ruines, pleine de vie, 
de jeunesse et d'ardeur, elle se hâta de les remettre en 



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— 78 — 

vigueur dans les nouvelles maisons qu'elle ouvrit à la 
jeunesse. Le Grand Séminaire de Cahors retrouva sa 
vieille règle, œuvre commune de Saint Vincent de 
Paul et du Vénérable Alain de Solminiac ; il fallut peu 
de chose en 1805 pour la mettre en rapport avec le 
nouvel état de choses que le Concordat avait créé. 

C'est de cette source que dérive le règlement du 
Petit Séminaire de Montfaucon ; il est disposé suivant 
le même plan et présente plusieurs dispositions abso- 
lument identiques. L'abbé Larnaudie, trop préoccupé 
d'autres soucis et d'ailleurs inexpérimenté dans la 
matière, avait dû s'en rapporter pour la rédaction du 
règlement à des maîtres plus exercés. Ce travail fut 
confié, selon toutes les probabilités, à Védeilhé, supé- 
rieur du Grand Séminaire de Cahors ; M»'' de Grain- 
ville l'approuva ensuite et l'envoya à M. Larnaudie, le 
16 octobre 1816. Ce sage règlement est encore en 
vigueur dans la maison, du moins dans ses dispositions 
fondamentales, et nous croyons que le lecteur trouvera 
quelque intérêt et quelque édification dans une courte 
analyse de ses principaux articles. 



§ II. — Règlement pour les Directeurs. 



Article premier. — Messieurs les directeurs du 
Petit Séminaire sont nommés par Monseigneur VEvê- 
que. 

Art. 2.- — Ils veilleront avec un zèle égal sur la con- 
duite des maîtres et des élèves. 

Pour comprendre cette deuxième disposition, il faut 



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-. 79 — 

se souvenir que pendant longtemps, faute de prêtres, le 
personnel de la maison se composait, en majeure par- 
tie, de jeunes clercs dont pluvsieurs n'étaient pas môme 
engagés dans les ordres sacrés. A partir#du moment où 
presque toutes les chaires furent occupées par des 
prêtres, la charge des directeurs fut allégée d'autant. 
Seuls les jeunes^diacres qui exercent ordinairement les 
fonctions de maîtres d'étude demeurent en principe 
soumis à la surveillance des directeurs ; mais en fait 
cette surveillance n'a pas lieu de s'exercer sur des 
maîtres choisis parmi les meilleurs sujets de chaque 
cours ; au Petit Séminaire de Montfaucon, les maîtres 
d'étude ont pris rang à côté des professeurs comme 
ceux-ci à côté des directeurs. 

Art. 3. — Les directeurs s'appliqueront avec le plus 
grand soin à nÊiintenir dans la maison V innocence et 
la pureté des mœurs. 

Tel est donc en réalité le premier devoir des direc- 
teurs du Petit Séminaire. Il les oblige solidairement à 
prendre toutes les mesures qu'ils jugeront nécessaires 
à la conservation morale de ces jeunes gens sur lesquels 
repose, on peut le dire, l'avenir religieux du diocèse. 
Certes, ce n'est pas une sinécure, et l'on voit combien 
les Petits Séminaires diffèrent par là des autres insti- 
tutions où la tâche des maîtres est remplie lorsqu'ils 
ont bien fait leur cours. Ce serait même une responsa- 
bilité effrayante, si le bon esprit des familles auxquelles 
nos enfants appartiennent, et l'action manifeste de la 
grâce divine sur des âmes prédestinées au sacerdoce, 
ne simpliflait grandement la tâche des directeurs de la 
maison. 



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- 80- 

Art. 5. — Ih veilleront par ev^x-mêmes ou par leurs 
délégués à la propreté de la maison, et à la bonne 
tenue des personnes, du linge et des habits. 

Ces soins -paraltronl bien vulgaires et bien basa 
côté des précédents ; mais il suffira d'un peu de ré- 
flexion pour comprendre que l'auteur du règlement a 
témoigné, en descendant à ces détails, une grande 
connaissance du cœur de l'homme et particulièrement 
des enfants. N'est-ce pas un fait d'expérience que la 
négligence et l'abandon dans la tenue sont d'ordinaire 
le commencement, la cause et le signe presque cer- 
tains d'une négligence et d'un abandon plus coupables? 
Il est vrai aussi qu'un soin excessif du corps et la 
recherche daûs la parure sont l'indice d'une âme frivole 
et anxolUe. Cela prouve uniquement (fk'il faut, en cel^a, 
comme en tout, garder une sage mesure et se tei[iiç dan^ 
le juste milieu : in medio stat virtus. 

Art. 6. — Nous ne mentionnerons que pour mémoire 
le sixième article qui obligeait les directeurs à envoyer 
tous les ans à l'évêché, vers la fête de Noël, un état 
exact de tous les élèves de la maison. Cette pièce était 
exigée par l'administration civile, et l'évêque ne la de- 
mandait que pour la transmettre à la préfecture. Il n'en 
est plus question depuis longtemps. 



§ III. — Règlement pour les Professeurs et les 
Maîtres d'étude. 



Article premier. — Les maîtres d'étude et les pro- 
fesseurs du Petit Séminaire seront soumis en tout à 
H' le Directeur, 



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— 81 — 

Art. 2. -^ Ils traiteront letibrs élèves avec douceur et 
avec égard ; ils les surveilleront avec soin et ne néglige- 
ront rien pour les faire avancer dans la piété et les 
sciences ecclésiastiques. 

Les je^iiïes maîtres, à leurs débuts,^ ne manquent ni 
de zèle ni de bonise Tcdohté : ils manquent plutôt 
de modération et de sang-froid. Ordinairement 
défOfttés k leurs élèves et remplis d'un idéal plus su- 
blime que pratique, forts d'ailleurs de leurs bonnes 
intentions, ils ne considèrent pas assez la légèreté et 
rirâconstancé du jeune âge; après quelques avis donnés 
avec douceur, ils sévissent au moindre désordre, et 
s'irritent de la moindre résistance. L'auteur du rè- 
giemlent a donc cru avec raison, qu'il était moins 
nécessaire de recommander le zèle que d'en prévenir . 
lés excès. 

Art. 3. — il chaque classe ils dicteront à leurs élè- 
ves, en tète du devoir qu'ils leur donneront, une sen- 
teiice Urée de V Ecriture Sainte et particulièrement des 
Livres Sapientiaux ; ils la leur feront réciter à la 
classé suivante. 

Cette pieuse coutume transmise évidemment aux 
maisons ecclésiastiques do notre siècle par celles du 
siècle précédent, mais qui ne paraît s'être conservée 
nulle part, nous semble cependant offrir bien des avan- 
tages. Imagine-t-on le nombre de hautes et salutaires 
pensées qu'elle pourrait peu à peu graver dans les 
esprits?... 



6 



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— 82 - 
§ IV. -- Règlement pour les Elèves. 



I. — Articles généraux. 

Article premier. — Nul ne sera reçu comme élève 
dans le Petit Séminaire^ si par ses bonnes mœurs et 
par son aptitude il ne fait espérer qu'il se consacrera 
à Vétat ecclésiastique, et s'il n'est au moins en état de 
commencer V étude du latin. 

Ce premier article est la reproduction presque litté- 
rale des paroles du Concile de Trente ; il indique le 
but de l'institution des Petits Séminaires, et c'est de la 
fidélité avec laquelle il sera observé que dépend leur 
avenir. Est-ce à dire que le jeune homme ou Tentant 
flui entrent au Petit Séminaire soient obligés d'em- 
brasser l'état ecclésiastique, avec ou sans vocation ? 
Est-ce à dire que nous poussons nos élèves vers cette 
carrière en exerçant sur eux pour les y faire entrer 
une contrainte quelconque, soit physique soit morale ? 
Nullement : les faits le démontrent d'une manière 
assez claire. Tout ce que nous exigeons et que nous 
devons obtenir, c'est que tous nos élèves soient par 
leur bon esprit et leur bonne conduite de vrais sémi- 
naristes ; c'est que rien, dans leur manière de vivre, 
d'agir et de parler ne soit en opposition avec l'esprit du 
séminaire; c'est, en un mot, qu'ils soient présentement 
de bons chrétiens, en attendant qu'ils deviennent, si 
telle est leur vocation, d'excellents prêtres. 

Art. 3. — Les cours commenceront à la Toussaint 
et puniront au i^r septembre. On ne permettra aucune 



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— 83 — 

absence aux fêtes de Noël, aux jours gras, aux fêtes de 
Pâques et de la Pentecôte, 

Evidemment, cet article était susceptible de quelques 
modifications. La première partie fut modifiée par le 
concile d'Alby, qui avança de près de quinze jours les 
époques de la rentrée et de la sortie générales. Récem- 
ment, S. G. Me' Grimardias a cru devoir encore les 
avancer d'autant. Quant à la seconde partie, le Petit 
Séminaire de Montfaucon est resté pendant quelques 
années le seul en France qui s'y tînt rigoureusement. 
Enfin, en 1888, le vœu unanime des parents a fini par 
l'emporter sur la force des traditions. Nos élèves ont 
maintenant quelques jours de vacances à Pâques, et nous 
avons lieu d'espérer que les bons conseils qu'ils rece- 
vront de leurs parents compenseront avec avantage 
l'inconvénient d'une légère perte de temps. 

Art. 5. — Tous les élèves, sans distinction^ seront 
tenus de porter Vhahit ecclésiastique après qu'ils auront 
suivi pendant deux ans les cours du Petit Séminaire^ 
soit comme internes^ soit comme externes. 

Cette obligation qui paraîtrait aujourd'hui très singu- 
lière, était pourtant conforme non-seulement à la lettre 
de la loi civile, mais aussi à l'espiit de l'Eglise. Le 
Concile de Trente avait fait plus : il avait permis aux 
jeunes clercs de prendre l'habit ecclésiastique dès leur 
entrée au séminaire pourvu qu'ils eussent atteint 
l'âge de 12 ans. Dans notre diocèse, cette règle a tou- 
jours paru inapplicable ; et nous verrons les difficultés 
qu'elle suscita en 1828, lorsque le gouvernement de 
Charles X voulut en urger l'application. 

Art. 6-12. — Ces articles déterminent ce qu'il faut 



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- 84 - 

obftfeftér dans les refetfoiisrâvôcPéttéHetrt', lés^ à^setéeé^, 
les visites^ les correspondances et les êorHéé^i *-^ Otf fH'f 
ti^ô#irô rien de particulier : lés taétoeB eho^éà sie t>rà- 
t^enf âans^ toutes les maisons d'éducation é^élienii€. 

Ai^. 13*14. — Il en est de même^ dés ariie{e9 qc m^ 
pn^uf but de maintenir l'Ordre inftérieur par VôVseti^u^ 
ti&H okir sUênce et pat lé som de la màdestie, dùU^te- 
n^»& et de la propretés 

AfftT. i&, — Tous les élèves apprendf&nt par c^uf la 
m^hode d'oraison. On ta leur fera rééUer à la place de 
là lecture spirituelle^ jusqu'à ce que tous la mehenti 

Gel usage n'est plus observé. L'expérience a saîfts 
doute démoâiré que la méthode d'oràisoà serait 
apprise avec plus de fruit au Grrând Séminaire qti'^ 
Petit, Néanmoins nos élèves font toujours chaque 
matin quelques minutes d'oraison mentale, selon la 
méthode la plus élémentaire. Une courte lecture 
\ed invité à faire quelques réflexions sur tes vérilés 
fonda^mentalês de la religion. Tous n'y ^éflécbis^nt 
pas sBfiB dioute avec^ une grande application ; cet exercf ee 
n'en a pas moins l'avantagé de tes habituer à eoftartftéfi:-^ 
cér saratement leur ioûrnée. 

II. — Articles particuliers poar tous les ans et tous les mois.. 

Article premier. — Tous les élèves du Petit Sémi- 
naire seront tenus d^apporter en rentrant^ après le 
temps des vacances^ une attestation de Hf, te curé oU 
recteur de leur paroisse ^ constatant leur bonne cori^ 
duitCy leur assiduité aux offices et leur fidélité à rece- 
voir les sacrements. 

Il convient que les jeunes séminaristes soient déjà 
pendant les vacances, dafis leurs fâmlflres, rédificâtioû du 



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- .85 - 

-peuple cl^réti^p, et Ton peut dire qu'ils sont générc^le- 
ment très fidèles k ce devoir si honorable. On fait 
parjtout r^Jo^e de leqr hojim coi;Ldultej et l'in^piété 
.«IJe^éfoe $ent la raiUerie expirer sur le? Jèyre9 en 
j)ré3ence d'un jeune séminariste qui remplit pendant 
toutes les vacances, exactement et simplement, Sfis 
devoirs de religion.. Cette exactitude, souvent méritoire, 
est toujpurs d'un boq augura povr ravenjr. 

Abt. 2. '-f- iî y aura tous les ans une retraUf à 
laquelle ioue les élèves seront tenus dTaasister. 

Sous M. Larnaudie, cette retraite fut presque tou- 
jours prôchée par des prêtres du diocèse. Pendantquél- 
ques années M. Larnaudie lui-même, aidé de 
quelques prêtres du voisinage, en fit ies princi- 
paux frais. Ce fut seulement en 1828 qu'on introduisit 
IMisage d'appeler des prêtres étrangers. On a remarqué 
que les religieux, jésuites, dominicains, eapueins, etc., 
obtenaient généralement les meilleurs résultats. Nous 
aurons bientôt à mentionner les fruits merveilleux de 
la retraite prêchéeen i828 par le P. Laearrère, de la 
Congrégation de la Mission. Plus récemment, les pré- 
dications du P. Marie-Antoine, capucin ; des PP. Corail, 
.Nègre, Lefèvre^ Ci:os, Sécail et Qandelaup, jésuitQÇ ; 
enfin des PP. Sicard et Croze, dominicains, ont fait 
époque dans l'histoire pieuse de la maison. Dieu n'a 
pas moins béni ia parole de M. Delfour, de M. Laporte 
jBt de M. Môgv e, missionnaires à Roc-Amadour. 

Art. 3. — Pendant les trois derniers jours gras, 
exercices extraordinaires de piété dans la éhapeUe. 

I4es prescriptions liturgiques pour Toraison des 
quarante heures introduite plqs tard dans un grand 



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^ 86 — 

nombre de paroisses du diocèse, ont déterminé le 
nombre et la forme de ces exercices. 

Art. ^. — Il y aura chaque année trois examens ; 
deux particuliers, Vun à la rentrée des classes. Vautre 
à Pâques; et un public, dans les premiers jours du 
mois d'août. 

L'expérience a démontré que les examens trimes- 
triels sont beaucoup plus profitables aux élèves, parce 
qu'ils peuvent être mieux préparés ; c'est pourquoi 
depuis longtemps on a introduit l'usage de clore chaque 
trimestre par un examen portant sur les matières qu'on 
a étudiées pendant les trois mois. Jusqu'en 1876, cet 
examen était subi en présence d'une des divisions de 
la communauté ; depuis cette époque il se passe dans 
les classes. 

Art. 5. — Le dernier jour de chaque mois on fera 
la répétition sommaire des matières qu'on aura vues 
pendant le mois. 

Ces sabbatines sont encore en usage dans la maison ; 
mais elles ne se font pas aussi régulièrement qu'autre- 
fois ; les examens trimestriels les ont rendues moins 
nécessaires. 

III. — Articles particuliers pour toutes les semaines et tous 
les jours. 

Les détails du règlement hebdomadaire et quotidien 
n'offriraient à la plupart de nos lecteurs que très peu 
d'intérêt ; c'est pourquoi nous nous dispenserons d'en 
faire connaître un à un les arlicles qui sont très nom- 
breux et ont été souvent modifiés. 

Une seule de ces dispositions nous paraît devoir 
être citée, parce qu'elle est, sinon très remarquable en 



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^ 87 - 

elle-même, du moins très favorable au. progrès des 
études. 

Pendant la plus grande partie de l'année, la classe 
et la récréation du soir sont suivies d'une étude de 
deux heures et demie. C'est un peu long assurément 
pour des élèves de septième et de huitième ; mais pour 
les élèves des classes moyennes, pour ceux surtout 
des hautes classe^?, qui ont des narrations, des discours 
ou des dissertations à faire, et qui commencent à être 
capables d'une application plus soutenue, c'est un 
grand avantage et un vrai bonheur que d'avoir devant 
eux, un temps si considérable. — C'est le soir, disent- 
ils, que nous pouvons faire quelque chose—, et ils ont 
raison : nous croyons que cette longue étude est en 
grande partie la cause de cette supériorité que la re- 
nommée attribue ou reconnaît à nos cours. 

Pendant les deux derniers mois de l'année, cette 
étude est réduite de moitié pour permettre, vers le 
coucher du soleil, une courte promenade ; mais alors, 
le lever de la communauté étant avancé d'une demi- 
heure, les travaux de longue haleine peuvent se faire 
le matin. 

Telles sont les principales dispositions de la règle du 
Petit Séminaire; indulgente par elle-même et appli- 
quée avec l'esprit de douceur qui l'a dictée, elle est 
loin de peser aux bons élèves, c'est-à-dire, à l'immense 
majorité ; et nous avons eu raison de l'appeler en 
commençant un code tout paternel. 



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-8é- 

• 

V. — Esprit du Petit Séminaire de MontfauGon 



C'est sous Tempire de cette règl e que le Petit Sémi- 
naire de Montfaûcon a vu se former et se développer 
Texcellent esprit qui règne dans rétablissement depuis 
sa fondation. 

Notie Seigneur voulût choisir'' séi apôtreé dans la 
classe populaire. A son exemple, le Concile de Trente 
recommande de recruter principalement les jeunès' 
clercs parmi les enfants des pauvres: Paupèrum au- 
tem filios prœcipue eligi vult. Le Petit Séminaire de 
Montfaûcon est donc en' parfaite jcdnfôrtttité a^ec l'es- 
prit de l'Evangile et de l'Eglise, quand, sans exclure, les 
enfants des familles riches, il attire et reçoit en majorité 
ceux des homïnes de peine, splécialement des agricul- 
teurs qui vivent du travail de leurs mains. 

L'esprit montfauconnais possède les qualités et se 
ressent aussi malheureusement un peu- des .défauts de 
cettié clasise. 

La plupart de nos séminafristes, choisis par teuiiscui^s * 
sur la foule des enfants qui suivent les catéchismes, et' 
désignés surtout à ce choix honorable par leur bonne 
conduite, forment, nous ne craignons pas de le dire^- 
l'élite morale delà jeunesse du pays. La foi règne en- 
core^grâce à Dieu, dans le cœur de nos braves pay- 
sans, Qt Jes hafbi4ud«i6 chrétiennes se perpétuent dans 
leurs familles. Les séductiaus du monde et ses funes- 
tes doctrines, qui empoisonnent le reste de la société, 
n'ont point de prise sur ces âmes simples, mais droites; 
qui vont sans détour aux saines* conclusions. Aussi 
n'avons-nous pas de grands efforts à faire pour voir 



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fleurir au milieu de nos élèves la piété et la ferveujr j 
ils seraient incapables d'une indifférence systéinaliqu^^ 
et ne toléreraient point l'impiété. Les exercices reli-. 
gieux en usage dans la maison, le respect de la saintç. 
vocation qui est celle du plus grand nombre d'enlijç. 
eux, la fréquentation des sacrements et Tinfluence des 
Congrégations les maintiennent facilement dans la bon- 
ne voie, et tout en payant sans doute quelque tribut à 
la faiblesse humaine, il est indubitable qu'en moyenne 
leur niveau religieux et moral est excellent. Nous en 
comptons toujours beaucoup dont la conduite est 
exemplaire et dont la piété édifie jusqu'à leurs maî- 
tres. 

Avec l'amour de la religion et de la vertu ils appoin- 
tent aussi presque tous en arrivant, si non l'habitude 
du travail intellectuel, du moins le sentiment de sja né- 
cessité. Persuadés qu'ils doivent se faire une position à 
force d'intelligence et d'application, ils entreprennent 
sans murmure les travaux les plus difficiles, et accom- 
sent; d'un bout à l'autre de l'année, une grande somme 
de travail personnel. — Ici encore, sans, doute^ il faut 
signaler des exceptions, surtout parmi les plus jeunes ; 
mais elles diminuent rapidement à mesure qu'ils avan- 
cent en âge et dans leurs classes. Il est vrai aussi qu'ils 
ont plutôt l'habitude que h passion du travail, et qu'ils . 
prennent trop facilement leur parti de se contçnter. 
d'une instruction commune et ordinaire i majs les. 
grands travailleurs et les savants ne sont-ils pas par- 
tout excessivement rares ?... 

Dans leurs relations, nos élèves ont pareillement leur 
manière particulière de se conduire. 

Entre eux ils s'aiment et s'esliment : il en est beau- 



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— 90 — 

coup qui ne se tutoient jamais ; les nouveaux sont tou- 
jours traités par les anciens avec des égards particu- 
liers ; enfin, dans leurs jeux. et dans leurs amusements, 
ce sont souvent les mêmes qui sont ensemble, mais 
aucun groupe n'est fermé, si ce n'est à ceux dont la 
conduite ei les propos laisseraient à désirer. 

A plus forte raison savent-ils aimer et respecter leurs 
maîtres. Ordinairement timides et peut-être tiop réser- 
vés dans l'expression de leurs bons sentiments, ils nous 
en donnent pourtant en maintes occasions les preuves 
les plus touchantes. 

Avecles perr^onnes du dehors, en société, surtout 
dans un salon, ils peuvent quelquefois paraître gauches; 
mais la vivacité de leur esprit et leur désir de se mon- 
trer bienveillants corrigent facilement le mauvais effet 
de ce défaut superficiel ; et le bon séminariste, malgré 
son ignorance de l'étiquette, produit généralement en 
bonne société une impression qui lui est favorable. 

Ces habitudes, cet esprit, fortifiés par un long séjour 
au Petit Séminaire, rendent les élèves dé Montfaucon 
facilement reconnaissables. Ils portent le cachet de la 
maiison où ils font leurs études. Pourquoi s'en défen- 
draient-ils ? Nous croyons qu'il leur fait honneur, 

ainsi qu'à nous. 

Telle est l'œuvre dont M. Larnaudie posa les pre- 
miers fondements et vit les premiers débuts à la fin de 
1815. Il est temps que nous revenions au tableau de 
ses progrès et au récit des événements. 



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CHAPITRE III 



Siiràs et premiers dtoloppeieeÉ k Mm 



Sommaire : — i. Années i8i6-i7 et i8i7-i8. Professeurs 
éminents, — 2, Nouvelle installation. — 3. Propositions 
des municipalités de Gourdon et de Martel, — 4. Orga- 
nisation des classes. — 5. Acquisitions d'immeubles. — 

6. Bienveillance de la municipalité de Mont faucon. — 

7. Construction d'une salle d'étude. 

1. La deuxièmeet la troisième année virent lesuccèsde 
TœuvrQ s'accentuer rapidement. En 1816-17 le nombre 
des élèves fut presque double de Tannée précédente; en 
1817-18 il approcha de 80. Ces rapif^es progrès étaient 
dus sans doute aux circonstances générales qui favori- 
saient le nouvel établissement et au besoin général au- 
quel il donnait satisfaction ; mais ils étaient dus aussi en 
grande partie à la confiance qu'inspirait le directeur. A 
propos de son œuvre, le nom, l'histoire, le dévouement 
de l'abbé Larnaudie avaient été raconlés de toutes paits 
et le Petit Séminaire, à peine fondé, avait déjà sa re- 
nommée et la sympathie de tous les gens de bien. 

Toutefois, il est encore juste de reconnaître qu'après 
la fondation et les premiers succès de l'œuvre, ses 
développements ultérieurs doivent être rapportés éga- 
lement au mérite des collaborateurs éminents que la 



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- 92 — 

Providence envoya à propos à l'abbé Larnaudie. Durant 
les prenniers tefnps, cba€[tte efmée fut marquée par 
l'entrée de quelques professeurs d'un talent supérieur : 
c'est ainsi qu'on vil venir successivement M. Derruppé, 
M. Bonhomme, M. Laporte, M. Mazet, M. Aurusse, 
M. Yaysselte, M. BiCiu3L--LavjeFgnç, et^. Pftrni4 c^;i^$(il;res 
distingués, quelques-^ns sont arrivés -à une véritable 
célébrité, et il n'en est point qui ne l'eussent méritée. 
Nous aurons bientôt à raconter le bien qu'ils ont fait 
dans la maison. 

S. Le nombre des élèves ayant pris ainsi de rapides 
accroissements, on ne tarda pas à se sentir à i'étroit 
dans les murs de l'ancien pneuré. Dès la troisième an- 
née, il fallut convertir en dortoir la salle d'étude qui 
était la plus grande pièce de la maison, et transporter les 
pupitres dans la petite grange qui était à l'entrée du 
jardin : le vieux grenier à loin, éclairé par troi^ ou 
quatre fenêtres, qu'on y avait percé«s à la hâte, servit 
aussi de salle de classe pour les élèves de la première 
division... Tel fut le premier palais des muses Mont- 
fauconnaises. 

Quant gux professeurs dont }e nombre devait égale- 
ment s'accroître en proportion du nombre d^s élè- 
ves, il fut impossible de leur offrir des chambres 
convenables dans la maison : on leur procu;ra jun 
logement dans les maisons voisines ; che^ Périé, 
chez Caimy, chez Roques, etp. M. Aurusse, origi- 
.nairjd de Montfaucon, logea plusieurs années dans sa 
maison nsitale. 

3. A la i>ouva)le des prûgrè^ |De?p^ré3 du P?tit Sé- 
minaire de Mootfaucon, il psirait que les municipalités 



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^ 93 — 

dé GrouTJdbn et de Martel, dont les collèges ne faisaient 
cpÊ& végéter , et qui avai«tti§ repoussé en 1815 le» 
avamces dé H. Larnacufie, eurent ded regrets et ne 
désespérèrent pas de réparer leur feute. D'après une 
pièce authentique et officielle qui nous reste, elles 
firent à Ms' de Grainville, les propositions les plus 
avantageuses pour Tœurre du Petit Séminaire, s*il 
voulait bien la transporter et l'établir dans leurs murs. 
Elles offraient de céder de vastes immeubles, soit 
gratis, soit à des conditions qui ne pouvaient en rien 
gêner Tessor de l'établissement. Gourdon faisait valoir 
son titre de chef-lieu d^arrondisâement et les avantages 
cfui résultent du voisinage d'un grand centre de' popu-* 
lation ^our la prospérité d'une m*jiison d'éducation. De 
son côté. Martel offrait son ancien couvent des Mire- 
poises qui était admirablement disposé pour servir de 
Petit Sémii)aire. 

En présence de ces instantes propositions, Mir de 
Grainvilie aurait peut-être accepté, car il ne pouvait se 
dissimuler qu'à Montfaucon tout était à faire; mais Fabbé 
Larnaudieavait cru voir Texpréssioa delà volonté de Dieu 
dans le concours de circonstances qui l'avaient conduit 
à Montfaucon ; il insista sur les avantages supérieurs, 
& son avis, qu'offfait la situation de Montfaucon, et 
Mff' d3 Grainvilie, fidèle à la parole qu'il lui avait donnée 
dès le commencement, ne crut pas devoir lui imposer 
ses préférences. Le^ Petit Séminaire resta donc définiti- 
vement fixé à Montfaucon : nous avons déjà dit pour- 
qofoi à l'époque actuelle nous devons nous en féliciter. 

4. Durant les trois premières années, les cours du 
Petit Séminaire avaient formé plusieurs divisions ; mais 
il eût paru ambitieux et quelque peu ridicule d'ériger 



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— 94 - 

ces divisions en autant de classes bien distinctes. A la 
rentrée de 1818 qui permit pour la première fois 
d'inscrire cent élèves, il devint nécessaire de les dis- 
tribuer en six classes. 

La philosophie se faisant au Grand Séniinaire, les 
cours de rhétorique et de seconde furent les plus éle- 
vés. Pendant deux ans ils furent réunis sous la direction 
de M. Bosq, qui pouvait du reste amplement y suffire, 
n'ayant eu la première année qu'un seul élève en 
»hétorique (1) et si-: ou sept en seconde. 

M. Laporte fut aussi seul chargé en 1818-19 des deux 
classes de troisième et de quatrième ; mais Tannée 
suivante, la quatrième eut besoin d'un professeur par- 
ticulier, qui fut M. Bonhomme. 

La plus basse classe de la maison fut la septième, qui 
comptait très peu d'élèves ; elle tut confiée en 1818-19 
à M. Berlrand Dalet, unique élève de rhétoiiqae. 

Après l'organisati^ n encore provisoire et bien im- 
parfaite (le la maison et des clasises, ce qui caractérise 
la péiiode de 1819 à 1823, ce furent les elTorls tentés 
par M. Lc.ri:audie pour l'agrandissement matériel de la 
maison, et couronnés de succès, grâce surtout au bon 



(1) Cet unique ih(^tonciei) était M.Bertrand Dalet, oiiginaire 
de Lacapolle-Marival. Son père, simple forgeron, s'était 
dévoué en 1793 pour sauver M. Lagarde, vicaire de Lacapelle, 
qui, trahi par un Monlbertrand, conduit à Sarlat et condamné 
à mort, n'attendait plus (jue Thoure du martyre. Tiré de la 
prison par i'ht'roïque dévouement de son paroissien, M. La- 
garde fit élever à ses fraijj le fils aîné de celui à qui il devait 
d'avoir échappé à la hache révolutionnaire. 



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- 95 — 

vouloir de l'honorable M. Lauvel, maire de Montlauconi 
La première et la principale acquisition de M. Lar- 
naudie fut celle de Tancien prieuré, qui lui avaU été 
proposé dès l'époque de son arrivée à Montfaucon et 
qui subsiste encore à l'heure actuelle. Les bâtiments, 
la cour et le jardin de l'ancien prieuré furent achetés 
pendant l'année 1819, (1) au prix de 6000 francs. 

M. Larnaudie acquit ensuite successivement dans 
l'espace de deux ou trois ans les maisons Cambonie, 
Aussel, Gamy, Périé, avec leurs dépendances et la 
portion de la rue du Clos qui était comprise dans l'en- 
ceinte de l'établissement (2). 

6. La municipalité de Montfaucon se prêta à toutes 
les acquisitions et à tous les. arrangements qui dépen- 



(1) Nous n'avons pu retrouver Pacte de vente qui était sans 
doute sous seing privé, mais une délibération du Conseil 
municipal de Monttducon, à la date du iO mai 1819, constate 
que l'affaire est sur le point de se conclure, et un acte notarié 
du 4 octobre constate qu'elle est conclue. 

(2) Voici le détail et Tordre de ces diverses acquisitions : 
(Voir planche I^e.) 

Le 31 décembre 1816, autorisation de fermer la portion de 
la rue du Clos comprise entre l'angle N. E. de la maison 
Péiié et langle S. 0. de la maison Cambonie. 

— Mai-octobre 1819. Acquisition de l'ancien prieuré, et de 
ses dépendances, vendus par Madame Cambonie, veuve 
Murât (de Carluct t). 

— 4 octobre 1819. Achat de la maison de Madame Cambo- 
nie, veuve Rigal. 

— 17 octobre 1821. Achat de la maison de Marguerite 
Aus el, et du jardin attenant. 

— iO février 1822. Acquisition de la portion de rue ci-des- 
sus désignée, plus de la portion située sur le devant de la 
maison de la. dame Cambonie, veuve Rigal. 

— 10 février 1822. Achat de la maison Périé, dit Gandille. 

— 16 juin 1822. Achat de la mai on Pierre Camy. 

— 16 novembre 1822. Achat de l'enclos api artenant au sieur 
Pierre Pages. 



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— • 9* — 

M&tA fféHé avec une par^e bktoreittàiice^ Il Ûat 
Ybrr darns qael style enthoàsiaite et qaelqiïe peu &m- 
piïatique, M. Lîiuvei, maire, recomtoaiidait à ses ooU 
lègues fïastiMion naissante. 

— ^ c Messieurs, disait Thonorable magistrat^ dtspms 
(ïuatre ans environ le Peftit Sérainfirii^e est établi à Mont-' 
faucon, ei la commune en retire dé)à de précieux avan- 
taiges. De^f^ exemples de morale, de vertu et de religion 
sont constàmmeM mis sous les yetix- de nos Oiétùims* 
trts, et nos enLfits trouvent de beaux modèles ht suivre;, 
rierstruction de ia jeunesse pair le catéchisme y reçoit 
un heureux supplément; le pauvre troâve deux fois 
par semaine une distribution générale d'aliments... 
Nous devons donc de grands témoignage© de recon- 
naissance à Mtf' révoque de Gahors et à M. le directeur 
du Petit Séminaire... etc. » 

Cette bienveillances se montra d'une manière bien 
manifeste lorsque M. Lafnaadie crut devoir demander 
aux édiles monlfauconnais quelques mesures d'ordre 
p\xhii6 dont rexternat devait parlictrlièreTient bénéfi- 
cier. Sur sa demanéey le conseil municipal décida que 
lé maire et l'adjoint exerceraient unfe police adive, 
surtout dans l'enceinte de la ville, pour le mafntien du 
bon ordre et le respect des bonnes mœurs. 

7.1 Mais ce fut surtout pendant la construction de la 
première saîie d'étude que se montra le bon esprit de 
la population tout entière. 

Ndtrs avons vu comment la grange du prieuré avait 
été à la hâte convertie en salle d'étude. La décence ou 
du mottls le Décorum ne permettaient pas de se con- 
tenter k>ngtemp& d'une telle pièce ainsi aménagée. 
Gomme les murs étaient solides, surtout le mur occi- 



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~ 97 — 

dental, qui était celui de l'ancien fort Je Montfaucon, 
M. Larnaudie résolut de la transformer en relevant 
d'un étage et en l'agrandissant de quelques mètres au 
midi ; mais les ressources faisaient défaut et le travail 
pressait. Le zélé supérieur ne craignit pas de faire 
appel à la bienveillance et à la générosité de la com- 
mune. Il demanda qu'elle voulût bien se charger au 
moins du transport des matériaux ; voici comment le 
conseil municipal répondit à ce vœu : 

— « Le conseil municipal de la commune de Mont- 
faucon... entendu M. le maire et M. le directeur du 
Petit Séminaire^ est d'avis : 

30 Que la commune fasse extraire et préparer au 
transport tous les matériaux qui sont nécessaires aux 
réparations et aux constructions nouvelles ; que tous 
les matériaux soient rendus sur place aux frais de la 
commune ; qu'elle fournisse la main d'œuvre pour 
creuser les fondements, pour déblayer le sol, etc.. 

8° Qu'à proportion du besoin, M. le maire invitera 
les propriétaires à faire les charrois, et la main d'œuvre 
à faire les journées... 

10° Que si quelqu'un refusait son service sans raison 
légitime, le refusant soit traduit à la diligence de l'ad- 
joint devant le tribunal de police du maire pour y être 
condamné comme désobéissant aux ordres et règle- 
ments de l'autorité. 

11» Qu'il nous soit rendu compte par M. le maire des 

7 



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-- 98 — 

différents jugements qui auront été rendus en cette 
cause. » — (Suivent les signatures). 

La maison ainsi construite pendant les vacances de 
1819, offrit deux vastes salles superposées qui ont con- 
tenu à une époque jusqu'à trois cents élèves. Elle est 
restée debout jusqu'en 1868. 



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CHAPITRE IV 



M. lilADDlE ET U BUE DE 



Sommaire : i. Rapports entre Af. Larnaudie et M, Martin. 
— 2. Chagrins et mort de Af. Martin, — 3. Af. Larnau-- 
die est nommé curé de Montfaiicon. — 4. Ses prédica- 
tions. — 5, Sa charité. 

Nous arrivons maintenant à une courte période 
d'événements plus difficiles à raconter et qui nous 
causeraient quelque embarras si nous avions entrepris 
non une étude hisitorique, mais un panégyrique. 
Nous voulons parler des rapports malheureux qui 
s'établirent entre M. Martin, curé de Montfaucon et 
M. Larnaudie. 

L'œuvre du Petit Séminaire avait trop bien réussi et 
la moisson promettait des fruits trop abondants pour 
que l'ennemi de tout bien ne cherchât pas à y semer la 
zizanie : il eut l'art de faire servir malgré eux à ses 
desseins ceux-là mêmes qui avaient le plus contribué à 
la prospérité de l'entreprise et dont les noms peuvent 
être associés dans l'histoire de ses débuts. 

On se rappelle que M. Martin avait cédé à M. Lar- 
naudie, en 1815, non-seulement le petit nombre d'élè- 



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— 100 — 

ves qui formèrent le premier noyau de l'établissement, 
mais encore son propre presbytère. Un tel sacrifice, 
avons-nous dit, avait bien du mérite, et Dieu sans doute 
aura tenu grand compte au vénérable prêtre d'une si 
généreuse abnégation. Peut-être M. Larnaudie, tout en- 
tier à ses projets et trop persuadé que tous les autres 
intérêts devaient disparaître devant les intérêts majeurs 
du Petit Séminaire, ne sut-il pas se montrer assez recon- 
naissant. 

La situation de l'établissement vis-à-vis de la paroisse 
pouvait d'ailleurs susciter de nombreuses difficultés, de 
celles qu'on résout facilement à l'amiable quand on est 
d'accord sur tout le reste, mais qui se compliquent 
aussi très promptement quand le mécontentement et la 
défiance régnent déjà dans les rapports mutuels. Le 
Petit Séminaire n'ayant point encore sa chapelle parti- 
culière, les exercices religieux de la communauté ne 
pouvaient se faire que dans l'église paroissiale dont le 
curé restait maître. Sans doute un règlement spécial, 
accepté de part et d'autre, avait réglé d'avance les 
droits respectifs du Séminaire et du curé ; mais quel 
est le règlement qui prévoit tout ?.., Les nécessités du 
service paroissial et la régularité nécessaire aux exerci- 
ces religieux d'une maison d'éducation ne pouvaient 
manquer d'amener quelques conflits, et l'on s'explique 
très bien que, dans ce cas, le désaccord entre les deux 
autorités se soit fortement accentué. L'extrême suscep- 
tibilité de M. Martin et son imagination prompte à se 
créer et à s'exagérer toute sorte de griefs, ne pouvait 
que s'offenser et s'aigrir de la brusquerie, du sans fa- 
çon et de la rudesse impérieuse de M. Larnaudie. 

Enfin, la solution naturelle et la plus simple de toutes 



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— 101 — 

ces difficultés se présentait trop clairement à tous les 
esprits, pour que M. Martin, soupçonneux comme tous 
les vieillards, n'en prît pas encore de l'ombrage. M. 
Larnaudie fit-il quelques démarches dans le but d'ob- 
tenir pour lui-même le titre de desservant de la paroisse 
de Montfaucon ?... Apparemment, s'il l'avait demandé 
avec instance, il l'aurait obtenu : il était si facile à l'au* 
lorité supérieure de dédommager M. Martin ! Nous 
pouvons donc croire qu'il n'en fit rien ; mais il est 
certain aussi qu'à une époque le curé de Montfaucon 
se crut menacé dans la possession de son litre, et il en 
garda contre le supérieur du Séminaire un vif ressenti- 
ment. 

Une telle situation ne pouvait se prolonger long* 
temps à l'insu de la population ; peu à peu le public y 
fut initié, et comme il arrive toujours en pareille ma- 
tière, il ne fut bientôt bruit dans toute la paroisse que 
de la rivalité et d'une prétendue guerre à outrance 
entre M. Martin et M. Larnaudie. Aussitôt deux pjTtis 
se formèrent, les uns gardant, par un sentiment très 
louable, toutes leurs sympathies pour leur pasteur, les 
autres soutenant l'abbé Larnaudie dans l'intérêt de son 
œuvre, qui s'accordait fort bien, il faut le dire, avec leurs 
intérêts particuliers. Quel pouvait être le résultat de 
toutes CCS discussions ? Au fond et dans la pensée de 
l'esprit de ténèbres, il ne s'agissait ni de M. Larnaudie 
ni de M. Martin personnellement ; quel succès, quelle 
revanche pour le génie du mal si la discorde eût pu 
jeter le discrédit sur l'établissement nouveau, découra- 
ger le fondateur ou amener l'autorité à faire ailleurs 
une nouvelle tentative ! 

Mais on ne voyait rien de semblable ; et quelles que 



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— 102 — 

fussent leurs relations personnelles, les deux excellents 
prêtres, qu'un fâcheux malentendu avait fini par sépa- 
rer, restaient également dévoués au service de Dieu et 
fidèles à leurs devoirs. De plus, on pouvait espérer 
qu'un tel désaccord ne résisterait pas à une franche 
explication que l'autorité ne manquerait pas de provo- 
quer. Il fallait donc pour compromettre sérieusement 
l'œuvre naissante une machination nouvelle ; elle fut 
combinée, et l'enfer s'y surpassa par l'habileté de ses 
manœuvres. 

2. La charité de M. Martin n'avait point de bornes et 
dans la distribution de ses aumônes ce bon prêtre 
n'avait coutume de consulter que son cœur ; or le prê- 
tre n'a pas même le droit d'être trop bon ; le curé de 
Montfaucon en fit la cruelle expérience. Dans une cir- 
constance, ses aumônes allèrent s'égarer sur une malheu- 
reuse femme absolument indigne de ses bienfaits ; et 
la malignité humaine, aussi prompte à inventer et à 
supposer le mal que la charité est lente à le soupçonner, 
eut bientôt dénaturé les imprudentes largesses du bon 
pasteur : les dons de la charité devinrent aux yeux de 
quelques-uns l'abominable salaire de complaisances cri- 
minelles ; une histoire scandaleuse bâtie sur ces don- 
nées circula bientôt dans la paroisse, et pendant plu- 
sieurs semaines M. Martin fut le seul à l'ignorer. Lors- 
qu'un confrère voisin, M. Vidal, curé de Séniergues, se 
décida enfin à lui donner un avis charitable, il était déjà 
trop tard. Les mesures de précaution qu'il se hâta de 
prendre ne pouvaient plus que lui faire, dans une femme 
coupable, une ennemie d'autant plus redoutable qu'elle 
n'avait plus rien à ménager. La malheureuse ne crai- 
gnit pas de jeter sur son bienfaiteur imprudent la res- 



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— 103 — 

ponsabilité d'un déshonnenr désormais manifeste, et 
quarante ans d'un sacerdoce sans reproche furent 
impuissants à protéger un prêtre contre la plus noire 
calomnie appuyant ses inventions sur une ombre de 
vraisemblance : l'abbé Martin était perdu. 

Quelle fut dans cette épreuve que subissait un de 
ses frères, l'attitude de M. Larnaudie ? — Nous vou- 
drions qu'inspiré par la confiance et par l'estime que 
nous nous devons mutuellement, et mieux conseillé 
par la charité que ne l'avait été M. Martin, il eût pris 
en main chaleureusement la cause de l'innocence accu- 
sée. Son intervention eût fait tant de bien à un prêtre 
calomnie I peut-être l'aurait-elle sauvé en donnant à la 
vérilé le temi»s de se faire jour. Hélas ! M. Larnaudie 
de son côté poussa la prudence trop loin, et se renferma 
dans le silence ; une telle attitude qui devenait à son 
insu peut-être accusatrice,»acheva d'exaspérer un cœur 
déjà trop ulcéré. 

On se figure difficilement dans le monde tou^ 
le mal qu'une infâme calomnie peut causer non 
seulement au troupeau, mais à la personne môme du 
pasteur qui en est la victime. Pour s'en faire une idée, il 
faut avoir considéré que l'honneur de notre sacerdoce est 
le seul des avantages temporels dont nous ne puissions 
nous désintéresser ; quand cet honneur est compromis, à 
tort ou à raison, le prêtre ne peut plus qu'être à charge 
à lui-même et aux autres. Coupable, il sait bien qu'au- 
près du monde il n'a plus absolument de miséricorde à 
espérer ; innocent et fort du témoignage de la bonne 
conscieuce, il peut trouver dans la prière au pied du 
crucifix de douces consolations ; mais le soupçon dont 
il est l'objet le harcèle partout, et pèse sur sa vie comme 



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— 404 — 

un horrible cauchemar. Pour M. Martin, accusé par les 
apparences et abandonné de tous ceux qui auraient pu 
le défendre, un^pareil coup était mortel. 

Un dimanche matin, à la messe paroissiale, on vit 
l'infortuné vieillard gravir péniblement les degrés de 
sa chaire ; son visage était défait, et sa voix put à peine 
se faire entendre. Il avait tenu à protester une dernière 
fois de son entière innocence et il le fit avec cet accent 
de vérité qui ne laisse plus aucune place pour le doute. 
Ce devoir accompli, l'homme de Dieu se crut permis, non 
de maudire ses accusateurs, mais de dénoncer, en leur 
pardonnant, le mal qu'ils lui faisaient; puis, tout à coup, 
fondant en larmes : — <r Oui, s'écria-t-il, je leur par- 
donne, et je désire que Dieu leur pardonne comme moi ; 
mais qu'ils n'oublient pas qu'ils m'ont donné le coup 
fatal. Je sens que je ne résisterai pas à celte épreuve, 
et que je monte aujourd'liui pour la dernière fois au 
saint autel... Je vous fais mes adieux...; dimanche pro- 
chain, à pareille heure, ceux d'entre vous qui me sont 
restés fidèles viendront prier sur mon tombeau, t» 

Ceux qui entendirent ces paroles ne les ont jamais 
oubliées, non plus que la stupéfaction et la douleur de 
l'assistance. Le saint sacrifice se termina au milieu des 
sanglots de tout un peuple. Les protestations de la 
vertu injustement accusée avaient triomphé du pré- 
jugé ; mais la prédiction de l'infortuné vieillard ne s'en 
vérifia pas moins à la fettre : huit jours après, le 49 
novembre 4823, M. Martin était enseveli dans son église, 
au pied de sa chaire. L'amour de ses paroissiens, réveillé 
à la dernière heure, avait tenu à lui donner ce dernier 
émoignage de confiance et d'estime. Le môme jour, la 



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~ 105 - 

misérable accusatrice faillit, dit-on, être écharpée, 
et la force publique dut intervenir pour empêcher d'au- 
tres malheurs ; la calomnie venait de remporter un de 
ses triomphes accoutumés. 

La justice eut pourtant son heure, quoique bien tard, 
et rhonneur du prêtre fut pleinement vengé. Celle qui 
avait échappé à la justice des hommes n'évita pas la 
justice dé Dieu ; elle vil la colère du ciel s'appesantir sur 
elle. A ce moment suprême, la crainte des jugements 
de Dieu triomphant du respect humain, Taccusatrice 
de son pasteur n'accusa plus qu'elle-même ; elle nomma 
le véritable auteur du scandale, et confessa publique- 
ment les motifs inavouables qui l'avaient portée à 
calomnier l'innocence. Ses rétractations furent auss 
publiques que l'avaient été les calomnies, et elle mou- 
rut en les réitérant : elle pouvait espérer sinon l'oubli 
des hommes, du moins la miséricorde de Dieu. Ainsi 
finit (jette lamentable histoire ; mais elle avait aupara- 
vant causé un immense scandale, affligé les gens de 
bien et fait un martyr. 

3. La mort de M. Martin mettait fin, quoique d'une ma- 
nière infiniment regrettable, à une situation qui n'aurait 
pu durer longtemps. L'expérience avait démontré que le 
supérieur du Séminaire pouvait seul être curé de la 
paroisse, du moins tant que la maison n'aurait point sa 
chapelle particulière. Mais comment donner la succes- 
sion de M. Martin à celui qu'on accusait maintenant de 
l'avoir laissé indignement calomnier, de l'avoir pour 
ainsi dire tué? — Hérite-t-on de ceux qu'on assassine ? 
disaient les plus violents ; d'autres exprimaient la 
crainte que la direction du Séminaire ne fit négliger à 



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— 106 — 

M. Larnaudie le soin de la paroisse. Cependant la partie 
raisonnable de la population, jugeant plus sainement 
les événements et la situation, désirait sa nomination 
aussi bien dans l'intérêt de la paroisse que dans celui 
de rétablissement. La sagesse de M?' de Grainville 
résolut la difficulté de la manière la plus heureuse. M. 
Larnaudie fut d'abord chargé simplement de l'intérim, 
et eut ainsi le moyen d'apaiser les esprits et de rega- 
gner peu à peu les sympathies. Ce pix)cédé obtint un 
plein succès et après deux ans pendant lesquels la 
population de Montfaucon put apprécier tout le dévoue- 
ment et les qualités éminentes du supérieur du Sémi- 
naire, M. Larnaudie reçut enfin le titre définitif et fut 
installé dans sa cure sans aucune opposition. (1°^ sep- 
tembre 1825). 

Ainsi M. Larnaudie, après s'être fait chef d'institution 
pour éviter le ministère paroissial s'était vu obligé 
d'accepter une cure dans l'intérêt même de son Petit 
Séminaire. Son ministère ne devait pas être bien long : 
le nouveau curé avait déjà 53 ans, et le travail exceèsif 
qu'allait lui imposer sa double charge devait user 
rapidement sa forte constitution. Du moins les six 
années que dura son administration (si on y com- 
prend les deux ans d'intérim) furent fécondes; et 
ceux qui avaient craint que son dévouement ne pût 
suffire à tout, se virent bientôt heureusement dé- 
trompés. 

Deux choses, indépendamment de l'œuvre du sémi- 
naire ont gravé son souvenir dans l'esprit de ses parois- 
siens : ses prédications et son amour pour les pau- 
vres. 



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— 107 — 

4-. L'obligation d'annoncer régulièrement la parole 
de Dieu remettait M. Larnaudie en présence de cette 
difficulté de parler en public qui lui avait causé tant 
d'ennuis à Gahors. La difficulté restait pour lui tou- 
jours la même ; rien n'avait pu l'en faire triompher, et 
à cette heure il était bien évident qu'il tf en triomphe- 
rait pas ; désormais les efforts qu'il aurait pu faire dans 
ce but n'auraient eu d'autre résultat que de lui faire 
perdre un temps précieux et d'exposer sa considération. 
Néanmoins, tout en prenant son parti de ne plus entre- 
prendre l'impossible, l'homme de Dieu ne consentit ni 
à priver ses paroissiens du pain de la doctrine, ni à se 
décharger sur un antre le soin de le distribuer. S'il 
n'était pas orateur, il pouvait au moins étudier et 
écrire : il se condamna donc à écrire un prône pour 
chaque dimanche de l'année ; après ce travail, maître 
de ses idées et de lui-même, il montait en chaire et 
dans un entretien familier donnait à la doctrine 
une forme toute nouvelle, qui ne laissait pas 
que d'intéresser vivement son auditoire. Tous ses 
cahiers ont péri, détruits sans doute par lui-même, 
et nous croyons qu'on peut s'en consoler ; mais le 
peuple Montfauconnais se rappelle et s3 transmet 
encore, après plus de soixante ans, une foule de ces 
traits de bon sens, de ces observations quelquefois 
trivialej, mais toujours justes, qui gravent pour 
toujours la leçon dans les esprits, et qui déparent 
moins la parole de Dieu que tous les artifices ora- 
toires. 

Avec le prône qu'il écrivait d'un bout à l'autre, mais 
qu'il était loin de réciter textuellement, M. Larnaudie 
avait encore pour instruire sa paroisse, la ressource du 



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— 108 — 

catéchisme, et il en usa d'autant plus largement que 
sous cette forme la parole de Dieu ne lui coûtait que 
peu d'eflforts. Ses catéchismes étaient très remarquable» 
par la solidité et la clarté des explications : aussi vou- 
lait-t-il qu'ils fussent écoutés, et lorsque le sérieux de 
la matière ne parvenait pas à captiver l'attention volrige 
de l'enfance, avait-il parfois recours à des arguments 
frappants qui ne sont plus actuellement démise... rnais 
autant il avait la main rude, autant il avait le cœur 
bon ; aussi était-il adoré des enfants. Pas un de 
ceux qu'il a catéchisés d'une manière parfois assez 
dure et qui sont maintenant des vieillards ne nous 
parle de lui que dans les termes de l'admiration la 
plus respectueuse et de la plus vive reconnais- 
sance. 

5. Maià ce qui a valu surtout à M. Larnaudie de 
laisser dans sa paroisse une mémoire bénie, c'est son 
amour et sa générosité pour les pauvres. 

La charité envers les pauvres, cette vertu si particu- 
lièrement chrétienne, est une de celles qui font le plus 
d'honneur aux prêtres de Jésus-Christ, et l'esprit révo- 
lutionnaire, en essayant de nos jours de laïciser la cha- 
rité, agita bon escient. Nous ne savons ce que le succès 
d'un tel système pourra produire ailleurs, mais depuis 
près d'un siècle, iMontfaucon peut savoir ce que les pau- 
vres ont gagné au maintien des traditions. M. Martin 
avait donné l'exemple, comme nous l'avons vu, avec plus 
de générosité que de bonheur; son successeur le suivit, 
et comme il avait plus de ressources, il put aussi soula- 
ger plus de misères. Il n'avait pas attendu d'être curé de 
la paroisse pour organiser des distributions régulières 
d'aumônes à la porte du séminaire. Dès 4819, le dis- 



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— 109 — 

cours ému de M. Lauvel que nous avons déjà cité, 
nous apprend que ces distributions avaient lieu deux 
fois par semaine ; depuis loi's elles étaient devenues 
quotidiennes : sous ce rapport on ne pouvait donc faire 
davantage ; mais ces largesses pouvaient paraître faites 
aux dépens du séminaire : M. Larnaudie se mit à ré- 
pandre de toutes parts des aumônes toutes personnel- 
les, et malgré le soin qu'il prenait d'en dérober la 
connaissance au public, afin qu'elles ne fussent connues 
et récompensées que de Dieu, le secret en a transpiré. 
On sait avec quel soin il s'informait des misères cachées, 
qui sont souvent les plus cruelles, et quelle délicatesse 
il apportait à les soulager. A combien de familles 
a-t-il apporté lui-même, sous le prétexte d'une visite 
en passant, des secours pécuniaires, ou envoyé par un 
domestique fidèle des secours en nature, de la farine, 
de la graisse, du linge, des vêtements*?... Sa charité 
franchissait souvent les limites de sa paroisse, et sub- 
venait parfois à des besoins profonds que le public 
était loin de soupçonner. Le public n'est-il pas persuadé 
que tous les prêtres sont riches ?... Hélas ! combien de 
presbytères abritent l'indigence, et que d'aumônes bien 
des prêtres font aux autres qu'ils pourraient garder 
pour eux-mêmes !... M. Larnaudie fut pendant toute sa 
carrière sacerdotale la Providence des prêtres ses voi- 
sins, et je pourrais nommer ici plusieurs de ceux qu'il 
secourut à diverses reprises, les secours qu'il leur 
offrit, et l'intermédiaire qu'il avait coutume d'em- 
ployer... mais épargnons cette humiliation à leurs pa- 
roisses devenues aujourd'hui plus aisées et par suite 
généreuses. 
C'est ainsi que M. Larnaudie comprenait son devoir 



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— 110 — 

de pasteur. A voir son zélé pour Tinstruction religieuse 
de sa paroisse, et l'intérêt qu'il perlait à chaque famille, 
surtout aux plus malheureuses, on eût dit qu'il n'avait 
point d'autre souci. Et cependant nous ne devons pas 
oublier que le Petit Séminaire dont il avait toujours la 
direction, prenait tous les jours une importance nou- 
velle. C'est principalement, ou plutôt uniquement dans 
l'intérêt de cette œuvre qu'il avait assumé le lourd 
fardeau du ministère paroissial : il est temps que nous 
revenions à son histoire particulière. 



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CHAPITRE V 



mail 



Sommaire : i. Cession de propriété au diocèse. — 2. Derniè» 
res réparations faites par M. Larnaudie. — S. Dernières 
acquisitions, — 4. Pauvreté de la maison pendant les i5 
premières années , 

1. Loin de perdre de vue l'objet principal de sa mis- 
sion, M. Larnaudie, au moment même où il prenait en 
main la direction de sa paroisse, s'occupait activement 
des mesures qui devaient affermir son œuvre et en 
perpétuer la durée. 

La situation du Petit Séminaire, régulière au point 
de vue légal, était cependant périlleuse à un autre point 
de vue. Jusqu'en 4824, M. Larnaudie avait tout fait 
en son nom personnel. C'est à lui personnel lement que 
tous les immeubles avaient été vendus ; et les conces- 
sions de la commune elles-mêmes, quoiqu'on eût sti- 
pulé qu'elles se faisaient en faveur du Petit Séminaire, 
étaient faites nominativement à M. Larnaudie. Dès lors, 
si la mort était venue le surprendre avant qu'il eût bien 
pris ses mesures, il n'y a point de doute que ses héritiers 
naturels n'eussent pu légalement revendiquer la pro- 



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— 112 — 

priélé de tous les biens qu'il possédait à Montfau- 
con. Leurs réclamations auraient été d'autant mieux 
fondées que M. Larnaudi 3 avait consacré à ses diverses 
acquisitions une grande partie de sa fortune per- 
sonnelle. 

Le fondateur du Petit Séminaire n'était pas de ceux 
qui s'endorment dans une telle situation et exposent ainsi 
l'avenir de leurs meilleures entreprises. Quoique rien 
ne fît prévoir sa fin prochaine, il était impatient de voir 
l'avenir de son œuvre assuré par une donation défini- 
tive et régulière. En attendant que le diocèse fût auto- 
risé à l'accepter, il avait rédigé une promesse de dona- 
tion, qui subsiste encore dans les archives de la maison, 
et qui en cas de mort subite aurait éclairé la bonne foi 
de ses héritiers sur ses intentions les plus formelles. 
En 1824, il crut enfin que le moment de tenir cette 
promesse était venu : il partit pour Cahors et fit 
au diocèse une donation pure et simple d3 tous les 
immeubles qu'il avait achetés à Montfaucon. L'acte 
fut passé devant M® Gapmas, notaire, le 19 février 
1824. 

Restait à obtenir pour le diocèse l'autorisation légale 
d'accepter la donation. Cette formalité qui amène tou- 
jours des retards , prit dans cette circonstance une 
année entière. Il faut voir comment M. Larnaudie s'en 
préoccupait et mettait en jeu tous les moyens en son 
pouvoir pour en hâter l'accomplissement. Rien ne 
lui fait plus d'honneur que la lettre qu'il écrivit à ce 
sujet à Mgr de Grainville, le 13 septembre 1824, et 
nous no saurions mieux faire que d'en citer la plus 
grande partie. 



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— 113 — 

a Monseigneur, 

i> Informé que ma donation n'avait pas été re- 

» çue du gouvernement, et extrêmement surpris de cet- 
ï te nouvelle, je m'enquià de la cause qui avait pu Tem- 
:s> pêcher, et on m'assura qu'il ne sufQsait pas que j'eusse 
3> donné, qu'il fallait encore que cet acte fût revêtu de 
» votre acceptation, de votre avis de commodo et inconi' 
» modOy et enfin de l'avis do M. le Préfçt, par lequel il 
» serait constant que ma donation était parfaitement libre 
» et n'était point faite au détriment de ma famille. Souf- 
» frez, Monseigneur, que je vous observe qu'il est urgent 
» que vous ayez la bonté de lever ces difficultés. Les 
h deux premières dépendent absolument de vous; quant 
» à la troisième, elle n'en sera pas une dès que les deux 
» précédentes seront aplanies ; je m'empresserai de la 
1 lever aussitôt que vous voudrez bien m'avertir de le 
» faire. Je dis qu'il est urgent pour le diocèse que vous 
» vous donniez la peine de revêtir cet acte de votre 
2» acceptation, parce qu'il est certain que sans cette fpr- 
» malité la donation serait sans valeur aucune, et en cas 
» de mort, mes héritiers naturels pourraient réclamer 
» cettepropriété.J'enseraisd'autantplusfâchéquejesais 
» qu'elle ne m'appartient pas en entier ; que le tiers au 
» moins des fonds qui y ont été employés appartiennent 
» réellement au diocèse. Je n'ai jamais cru devoir faire 
» mon profit des 1 .500 francs que vous me fîtes compter 
» au Grand Séminaire quand je vins ici, ni du traitement 
}> que la même maison {i) payait aux maîtres du Petit 

(1) On remarquera ce détail, d'où il résulte que les premiers 
prol'essours du Petit Séminaire étaient payés par leurs collè- 
gues du Graad Séminaire, comme collaborant à la même 
œuvre. 

8 



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— 114 — 

• » Séminaire les premières années de son établissement. 
» Je n'ai pas cru non plus devoir faire mon profit des petites 
» épargnes que j'ai pu faire chaque année. Il est pourtant 
» vrai que je ne puis être juste qu'en donnant le tout, 
» parce que tout autre moyen me serait trop onéreuse et 
» môme impossible, n'ayant point actuellement de fonds 

» suffisants pour remboui'ser La bienveillance dont 

» vous avez bien voulu m'honorer jusqu'ici me fait espé- 
» rer que vous aurez la bonté de terminer cette affaire le 

* ]» plus tôt possible : Tintérôt de la chose le demande 
x> instamment. 

» Veuillez, Jïonseigneur,.... etc. 

» LARNAUDIE. » 

— Une telle lettre, de telles instances pour faire ac- 
cepter une entière donation, et cette manière de prouver 
qu'on est obligé de donner le tout parce qu'on doit au 
moins le tiers, se recommandent assez d'elles-mêmes. 
Aussi eurent-elles un prompt effet, puisque nous trou- 
vons un mois et demi après, à la date du l^r décembre 
1824, l'autorisation légale d'accepter la donation, insé- 
rée au Bulletin des lois. (1) 

2. A partir de ce moment, M. Larnaudie, assuré 
d'avoir fondé une œuvre durable put attendre patiem- 
ment du temps et des circonstances favorables, les oc- 
casions de lui donner tous les développements qu'elle 
devait acquérir. 

Sa nomination à la cure de Montfaucon avait eu le 
double avantage de résoudre une grave difficulté, et de 
mettre à sa disposiiion l'église paroissiale et le nou- 

(i) V. Bulletin des Lois, 8® série, règne de Charles X,tome 
in. Le texte de l'ordonnance a été renvoyé au tome II du Bul- 
letin de 1825. 



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- 115 — 

veau presbytère de. Montfaueon. Il en profita pour ins- 
taller d'une manière plus convenable quelques classes 
auxquelles il n'avait pu affecter jusque-là qu'un local 
insuffisant. On aura de la peine; à croire que pendant 
plusieurs années les deux courses supérieures de l'es- 
calier de l'économat servirent de salles de classe : les 
élèves s'asseyaient sur les marches de pierre, la face 
tournée vers le palier inférieur où le professeur dispo- 
sait seul d'un petit bureau. On peut encore sous un lé- 
ger badigeon déchiffrer les noms que les élèves de ce 
temps avaient la manie de graver en tout lieu. En 1824 
ce local, dangereux pour la santé des élèves, fut aban- 
donné, et les deux classes transférées au presbytère. 

Après les élèves, M. Larnaudie se crut permis de son- 
ger aux professeurs. On se souvient que pendant les 
premières années du Petit Séminaire, il n'avait pu leur 
procurer qu'un logement très incommode dans les mai- 
sons voisines. L'acquisition de ces maisons ne rendait 
pas le logement plus convenable. Lorsqu'on put dispo- 
ser en outre de deux ou trois nouvelles chambres dans 
le presbytère de Montfaueon, on- se trouva un peu 
moins gêné sans être cependant bien à l'aise. En 1826 
M. Larnaudie, cédant enfin aux vœux et aux instances 
de ses collègues, consentit à faire construire quelques 
chambres pour les professeurs. La maison Périé fut 
rasée, et presque à la même place, mais sur des pro- 
portions plus que doubles, s'éleva une nouvelle maison 
à deux étages, qui offrit au personnel quatre chambres 
spacieuses, éclairées au levant et au couchant, en un 
mot, parfaitement convenables. En les comparant à leur 
premier logement, les premiers professeurs qui s'y ins- 
tallèrent purent croire que c'était du luxe. 



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- 116 — 

Avec la salle d'étude construite en 1820, cette mai- 
son est la seule construction un peu importante de 
M. Larnaudie, et toutes les deux ont dû être démolies 
pour faire place à Tuile occidentale qui s'est bâtie en 
1870. 

Quand on se souvient de leurs modestes proportions, 
o<n s'étonne que M. Larnaudie, encouragé par le succès 
de son œuvre, n'ait point songé à leur donner plus de 
cachet et à les relier entre elles de manière à ce qu'elles 
pussent figurer dans le vaste plan du séminaire que 
l'on construirait plus lard. Néanmoins on s'explique 
très bien sa conduite. L'ancien prieuré n'était dégagé 
qu'à l'ouest de tout voisinage incommode ; à quelle 
époque pourrait-on acheter les immeubles qui le res- 
serraient sur tous les autres côtés ?... Etait-on même 
assuré de pouvoir les acquérir un jour? Dès lors, n'eût, 
il pas été ridicule de former un plan d'ensemble que 
les exigences ou le mauvais vouloir d'un seul proprié- 
taire pouvaient rendre irréalisable 7... N'était-il pas 
plus sage d'élever à peu de frais des appartements qui 
suffiraient un certain temps et pourraient ensuite dis- 
paraître sans causer une perte sensible ?... On se 
procurait ainsi la facultQ d'attendre patiemment les 
occasions favorables, ce qui est parfois le meilleur 
moyen de les faire naître. 

M. Larnaudie reculait encore devant les grandes répa- 
rations par suite d'une autre préoccupation alors commu- 
ne à beaucoup de ceux qui avaient comme lui traversé 
la période révolutionnaire. Le souvenir des ruines im- 
menses que la Révolution avait amoncelées et la crainte 
des menaces que les libéraux ne cessaient de faire 
entendre paraissent l'avoir entretenu dans l'appréhen- 



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— 117 -- 

sion continuelle d'une nouvelle catastrophe. Il se disait 
que sa maison pouvait être fermée et que dans ce cas 
il n'aurait plus qu'à se défeire au plus tôt de tant 
d'immeubles chèrement achetés ou laborieusement 
construits ; or, si l'on trouve facilement des acquéreurs 
pour une maison de grandeur ordinaire, on n'en trouve 
jamais, si ce n'est à grosse perte, pour les immenses 
appartements d'une maison d'éducation. Donc, en cas 
de malheur, aussi bien que dans la prévision d'un 
avenir longtemps heureux, il était sage de s'en tenir 
aux réparations indispensables et de les faire dans les 
plus modestes proportions. 

L'expérience donna raison à M. Larnaudie, et moins 
il se montrait pressé d'acheter, plus on s'empressait de 
lui offrir de vendre. Avant sa mort, survenue, comme 
nous le verrons plus loin, en 1829, le Petit Séminaire 
se vit presque entièrement dégagé, et l'on put songer 
à tracer le plan régulier d'une vaste maison d'éduca- 
tion (i). 

4. Epuisé par ces réparations, ces acquisitions conti- 



(1) Voici l'ordre et le détail des dernières acquisitions faites 
par M. Larnaudie : 

3 octobre 1827 : Achat de la maison appartenant au sieur 
Jean Bonnet. 

20 mars 1829 : Achat de la grange avec sol, patus, jardin 
et terre labourable, appartenant au sieur Langlade, à c'té du 
communal de Tras-la-Salle. 

2 juillet 1829 : Achat de la grange appartenant au sieur 
Ghalvet, à côté du communal de Tras-la-Salle et de la maison 
de la veuve Rigal. 

9 juillet 1829 : Achat de la grange et du jardin appartenant 
au sieur Alibert, aîné, à côté du communal de la Salle et de 
la grange Ghalvet. 



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— 118 — 

nuelles et les larges aumônes qu'il répstndait autour de 
lui, comment M. Larnaudie pouvait-il se suffire? Hé- 
las ! très péniblement ; tous ceux qui l'ont connu 
s'accordent à nous dire qu'il étiiit fort gêné et ne cessait 
de se débattre contre toute sorte de difficultés pécu- 
niaires. En fait, la première vertu pratiquée à Mont- 
faucon a été la pauvreté ; on sait assez qu'elle régnait 
dans l'ameublement, mais on se figure à peine avec 
quelle rigueur elle s'imposait aux maîtres et aux élèves. 
Jusqu'en 1822 les traitements des professeurs 
furent payés , du moins en grande partie, par 
le Grand Séminaire de Cahors (1) ; mais ils étaient 
véritablement dérisoires. Le premier registre qui 
en fasse mention est celui de 1818-19. Le vénérable 
supérieur a sans doute d'excellentes raisons pour ne 
pas y mentionner ses propres émoluments, et s'il con- 
fond sa caisse avec celle de la maison, ce n'est sans 
doute pas pour son profit. Toutefois il ne pouvait impo- 
ser à ses collaborateurs le même sacrifice : or, voici de 
quels honoraires ils devaient se contenter. Un seul 
professeur touchait 200 francs : c'était M. Bosq, pro- 
fesseur de rhétorique et de seconde ; le traitenient des 
autres se bornait à cent francs. Nous ne parlons pas du 
professeur de huitième (M. Dalet), qui, en sa qualité 
d'élève maître, devait s'estimer heureux de ne point 
payer de pension. 

Cependant un tel état de choses ne pouvait durer 
longtemps. En tout pays, pour avoir des professeurs, 
il a fallu les payer. C'est sans doute ce que M. Derruppé 
et M. Bonhomme firent comprendre à M. Larnaudie, ou du 

(1)V. page 143. 



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— 119 — 

moins ce que le succès de son œuvre lui permit de faire 
un peu plus tard. A partir de 1825, les directeurs 
reçurent un honoraire de 500 francs ; pour les profes- 
seurs, le chiffre variait de trois à quatre cents. 

Quant aux élèves, dont pourtant un grand nombre ap- 
partenaient à des familles aisées, comme ils ne payaient 
qu'une somme très modique, (1) ils devaient aussi 
faire tous au Petil Séminaire l'apprentissage de la pau- 
vreté. Les pensionnaires faisaient chacun leur lit, et 
balayaient à tour de rôle les classes et les salles d'étude ; 
du reste M. Larnaudie leur donnait en cette matière un 
exemple touchant : il ne consentit jamais à employer 
un domestique pour son usage personnel ; comme les 
religieux dans leur couvent, il était à lui-môme son 
valet de chambre. Mais il faut tout dire, parmi les élè- 
ves qui l'aimaient comme un père, il y en eut toujours 
qui se firent un devoir de lui épargner une peine peu 
en rapport avec la dignité de sa situation. 

Enfin nous trouvons sur tous les registres que cer- 
tains travaux de la domesticité, tels que l'entretien des 
lampes, etc., étaient confiés à des élèves de bonne 
volonté. A ceux qui jugeraient ces travaux absolument 
indignes de la condition des élèves, nous rappellerons 
celte parole qu'un Père de l'Eglise applique au créateur 
de toutes choses, dont la Providence s'occupe des 
petites comme des grandes : Nec minor in illis^ net 
major in istis. 

(1) Trente francs pa^* mois. (V. page 65.) 



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CHAPITRE VI 



llfflllT i PEl SilM 



§ I. — Caractère général. 



Nous abordons maintenant la partie la plus impor- 
tante de notre travail, en essayant de faire connaître le 
fond et la valeur de l'enseignement que le Petit Sémi- 
naire de Montfaucon a donné à la jeunesse du diocèse. 
Sous M. Larnaudie, cet enseignement devait nécessai- 
rement se ressentir de la faiblesse générale des études 
classiques en France après la Révolution. La suppression 
des corps enseignants, de la vieille université comme 
des corps religieux, aurait seule suffi pour porter à 
rinstruction publique un coup fatal et faire baisser 
d'une façon effrayante le niveau des études ; que ne 
devaient pas produire, en outre, le désordre et l'anar- 
chie où la France s'agita pendant dix ans, et cet état 
de guerre où l'Empire entretint le pays pendant toute 
sa durée?... Vainement la Convention avait créé les 
écoles centrales (7 ventôse, an III) auxquelles le Con- 
sulat substitua les lycées ; vainement en 1806 la nou- 



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. - 121 - 

velle Université était sortie avec son organisation 
puissante du cerveau de Napoléon comme Minerve 
s'élança toute armée du front de Jupiter; les maîtres 
manquaient et les jeunes gens étaient dominés par 
d'autres soucis que par celui de s'instruire. En 
outre, la plupart des professeurs suivaient pas à pas 
les méthodes et les idées du siècle dernier, qui avaient 
sans doute beaucoup de bon, mais qui aurafent dû 
se modifier, comme toutes choses, avec le temps. 

Le Petit Séminaire de Montfaucon, fondé dans les 
conditions que nous avons exposées, ne pouvait guère 
faire exception à la loi générale ; et ce devait être 
encore beaucoup si ses professeurs, presque tous im- 
provisés, se tenaient au courant et égalaient leurs collè- 
gues des établissements rivaux. Par un bonheur extraor- 
dmaire ils ne furent pas trop au-dessous de leur tâche, et 
malgré de graves lacunes qu'il était dans les premiers 
temps impossible de combler, on commença bientôt à 
parler au loin des fortes études qui se faisaient à 
Montfaucon. — Quelles étaient ces études, celles 
surtout où la maison excellait ? A quels maîtres est 
due cette bonne réputation ? c'est ce que nous allons 
faire connaître. 



§ II. — Instruction religieuse et piété. 



Sommaire : i. Nécessité. — 2. Catéchismes de M. Larnau- 
die, — S. Retraites annuelles et direction spirituelle de^ 
jeunes séminaristes. — 4. Fondation des deux Congré- 
gations. 
1. L'instruction religieuse doit tenir le premier rang 



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- 122 — . 

dans renseignement d'un Petit Séminaire, sinon par le 
nombre des heures qui lui seront directement consa- 
crées, du moins par les soins que les maîtres et les 
élèves y apporteront. Bien plus, l'éducation cléri- 
cale n'ayant point d'autre objectif que de former 
l'esprit, dès l'enfance, aux devoirs du sacerdoce, dont 
le premier est l'enseignement de la religion, il convient 
que tous les autres genres d'instruction y soient subor- 
donnés à celui-là. Les maîtres qui ont l'honneur de 
coopérer à la formation des jeunes lévites seraient donc 
dans une grave erreur, s'ils regardaient l'enseignement 
religieux comme la partie secondaire et accessoire de 
leur tâche. Qu'il en soit ainsi par le fait dans les maisons 
où les jeunes gens se préparent aux carrières du monde, 
on peut le reconnaître en le déplorant ; mais les Petits 
Séminaires n'ont pas le droit de s'écarter de l'esprit de 
leur institution. 

2. M. Larnaudie avait une trop juste et trop haute 
idée de sa mission pour méconnaître cette importante 
vérité. Jamais, à ses yeux, les autres branches de l'en- 
seignement n'eurent autant d'importance que l'instruc- 
tion reUgieuse, et la part qu'il voulut toujours prendre 
personnellement aux catéchismes de la maison en est 
une preuve bien frappante. Pendant les treize années 
qu'il passa à la tête du séminaire, M. Larnaudie, lais- 
sant à ses collaborateurs toutes les matières profanes, 
se réserva avec un soin presque jaloux l'explication du 
Catéchisme dans la première division. 

En parlant de ses rapports avec la paroisse de Mont- 
faucon, nous avons dit avec quel zèle un peu rude il 
l'expliquait aux petits enfants de la campagne. On 



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— 123 - 

pense bien qu'en s'adressant aux philosophes, il élevait 
un peu le ton et adoucissait les formes. Ce n'est pas 
que même avec eux il se préoccupât beaucoup de Téclat 
des pensées et de l'élégance du langage ; rien ne res- 
remblait moins que ces catéchismes au genre de la 
Conférence soutenue ; c'étaient plutôt des dialogues 
familiers d'où la note triviale n'était pas toujours 
absente ; mais la justesse et la force des pensées et 
l'originalité de la paiole frappaient vivement les esprits, 
et les rares survivants de ceux qui l'ont entendu ont 
gardé de ses réflexions, des exemples qu'il citait, de 
sa voix et de son ton lui-même, un souvenir impérissa- 
ble. L'un d'entr'eux, dont la mémoire est particulière- 
mont chère à l'auteur de ces lignes, avait été surtout 
frappé de la manière dont M. Larnaudie recommandait 
l'étude du catéchisme même aux plus instruits. « De 
quel droit, leur disait-il, pensez-vous pouvoir négliger ce 
petit livre ? Croyez-vous le savoir suffisamment ? Oji, 
vous en savez peut- être quelques demandes et quelques 
réponses que vous répétez à la manière des perroquets. 
Mais les comprenez- vous à fond ? Dans ce cas, vous 
êtes plus heureux que moi, qui les relis sans cesse et 
qui y trouve toujours quelque chose de nouveau I... » 
Ainsi parlait, il y asoixante ans, le vénérable M. Larnau- 
die. Que ne pourrait-il pas dire, s'il vivait encore, à 
nos contemporains, à nos élèves d'à présent, du moins 
à ceux qui sortent de l'école sans Dieu ?... 

3. Nous rapprocherons des catéchismes de M. Lar- 
naudie les retraites annuelles et la direction spirituelle 
qu'il procurait à ses élèves. On sait, par ce qu'on a lu 
plus haut, que ces retraites étaient prescrites par le 
règlement, et que M. Larnaudie, confiant dans l'effica- 



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— 124 — 

cité de la parole de Dieu, avait pour principe de ne rien 
demander à la solennité de la forme et à l'appareil 
d'une prédication extraordinaire ; il se contentait géné- 
ralement de demander quelques instructions aux prê- 
tres du voisinage, et la charité de ceux-ci, qui n^a 
jamais fait défaut au Petit Séminaire, se prêtait volon- 
tiers à satisfaire ses désirs. L'un des plus empressés 
était M. Gombettes, curé deGoudou, prêtre fort instruit 
et fort zélé, et l'un de ces maîtres improvisés qui, avant 
la fondation de la maison, rendirent tant de services au 
diocèse. 

M. Gombettes n'avait pas seulement à aider M. Lar- 
naUdie dans la prédication des retraites annuelles ; il 
avait aussi à diriger un bon nombre d'élèves qui conti- 
nuaient pendant tout le reste de l'année de s'adresser 
à lui. C'est un fait assez singulier, mais qui nous est 
attesté par tous les contemporains, que plusieurs élè- 
ves, surtout parmi les grands, étaient autorisés à aller 
se confesser à Goudou ; et comme lorsqu'on est entré 
dans la voie des concessions, il n'est pas facile de 
s'arrêter où l'on veut, on en vit de même plusieurs 
autres s'adresser à MNf. les curés de Labastide, de 
Vaillac et même de Beaumat. Cet usage, qui montre du 
moins quelle confiance M. Larnaudie savait témoigner 
à ses élèves, amena qujlques abus qui le firent 
supprimer par M. Derruppé après la mort du 
premier supérieur. Du reste, ces permissions, hâtons- 
nous de le dire, étaient exceptionnelles, et l'immense 
majorité de3 élèves trouvait en M. Larnaudie, en M. 
Derruppé, en M. Bonhomme, en M. Aurusse, etc., des 
directeurs assez éclairés pour les dispenser d'aller de- 



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— 425 — 

mander une direction spirituelle aux curés du voisi- 
nage. 

Au commencement de janvier 1828, la communauté 
apprit avec une vive satisfaction que la retraite annuelle 
serait donnée prochainement par un fils de Saint Vin- 
cent de Paul, le P. Lacarrère. M. Larnaudie, cédant 
aux instances de M. Derruppé, s*étaiL enfin décidé à 
appeler un religieux, et un prédicateur de grand renom. 
Le P. Lacarrèra arriva en effet au jour fixé, et quelque 
grande que fût Tattentegénéralo, on peut dire qu'elle fut 
de beaucoup dépassée; c'était un vrai missionnaire,, dont 
la parole ardente fit sur son jeune auditoire une im- 
pression extraordinaire. Tous ceux de ses auditeurs que 
nous avons pu interroger sont unanimes à exprimer la 
profonde sensation que produisirent ses sermons sur le 
péché, sur la mort et sur Tenfer. On vit alors plusieurs 
de ces conversions éclatantes dont il semble que nous ne 
puissions plus trouver d'exemple ; des jeunes gens de 
vingt ans terrifiés éclatèrent en sanglots, et leur exemple 
devenant contagieux, ce fut l'auditoire tout entier qu'on 
vit en un instant fondre en larmes et demander à haute 
voix pardon de ses péchés. La retraite de 1827-28 fut 
donc merveilleusement féconde en fruits de salut. Mais 
un résultat encore plus heureux et plus durable de 
cette excellente mission, ce fut la fondation de deux 
congrégations qui sont encore florissantes dans la mai- 
son : la Congrégation de la Sainte Vierge, pour les 
grands, et la Congrégation des Saints Anges, pour les 
petits. 

4. Les congrégations sont, pour les jeunes gens, des 
moyens si efficaces de préservation' contre le vicç et 



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— 126 — 

d'émulation dans la piété, qu'on se demande comment 
M. Larnaudie avait pu passer près de 12 ans à la tête 
du Petit Séminaire, sans chercher à y fonder quelqu une 
de ces pieuses associations. Est-ce par une sorte de 
défiance naturelle contre tout ce qui sort de la voie 
commune et ordinaire ? Ou biea est-ce la crainte de 
rimpopularité que les luttes politiques alors si vives au 
sujet de la Congrégation pouvaient faire rejaillir surtout 
ce qui en porterait le nom?... Nous ne savons; toujours 
est-il que le P. Lacarrère triompha en un seul jour de 
tous les obstacles et emporta pour ainsi dire la place 
d'assaut. 

G'est le 2 février 1828 que furent fondées les deux 
Congrégations qui réunissent depuis cette époque l'élite, 
ou plutôt la majorité pieuse de nos élèves. On ne trou- 
vera rien dans ce livre de plus édifiant que l'exposé du 
but que poursuivent ces deux associations : nous le 
citons textuellement. 

« La dernière fin que la Congrégation se propose est 
» la plus grande gloire de Dieu. Pour la procurer plus in- 
» failliblement, elle s'est mise sous la protection spécia- 
y> le de la Sainte Vierge qu'elle regarde comme sa reine, 
» son avocate et sa mère (1). Sous ces trois titres, elle 
» l'honore d'un culte particulier. 

» Lescongréganistes doivent être entièrement dévoués 
» a'i service de Marie, et mettre tout en œuvre pour la 
» faire connaître, aimer et servir. C'est dans cette vue 



(1) La Congrégation des Saints Anges s'est placée sous la 
protection spéciale de la Reine et des Neufs chœurs des 
Anges. 



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— 127 — 

» que nous nous réunissons de temps en temps pour lui 
» rendre nos hommages, pour implorer sa protection, 
» pour nous exciter mutuellement et disputer en quelque 
» sorte à qui la glorifiera davantage et la servira avec 
» plus de dévotion. 

3) Nous nous proposons donc de glorifier Dieu, d'ho- 
» norer notre Auguste reine, de nous sanctifier nous- 
» mêmes par l'imitation de ses vertus. 

» Nous cherchons, déplus, le bien de la communauté 
» tout entière et Tavancement de tous nos condisciples 
» dans la perfection. Aussi devons-nous les porter à la 
» vertu,non-seulement par notre recueillement et notre 
» ferveur dans les exercices de piété, par notre respect 
» envers nos maîtres, par notre application h Tétude et 
y> notre fidélité à tous les points de la règle de la maison ; 
» mais encore par notre douceur, notre affabilité, des 
» manières prévenantes ; en leur disant à propos un mot 
» d'édification, leur donnant un bon conseil, lorsque 
» l'occasion s'en présente, et les reprenant charitable- 
» ment, mais toujours avec les égards convenables. » 
Telle est la pieuse institution dont un fils de Saint 
Vincent de Paul posa les fondements au Petit Séminaire 
de Montfaucon le 2 février 1828 ; tel est le beau zèle 
qu'il sut allumer dans des coeurs généreux. Et ce ne 
furent pas là de vaines paroles, un mouvement d'en- 
thousiasme éphémère. Ce magnifique idéal s'est pro- 
posé depuis à tous les bons séminaristes, et des 
milliers d'entre eux, surmontant la légèreté de 
l'âge et montrant une sagesse au-dessus de leur condi - 
tion, sont parvenus à le réaliser. 

Faut-il, après cela, s'étonner du bon esprit qui règne 



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^ 128 — 

dans la maison et du grand nombre d'excellents prêtres 
qui en sont sortis ? L'influence des congrégations est 
salutaire non-seulement à ceux qui veulent bien en 
faire partie, mais encore à tous leurs condisciples : il 
n'appartient à personne, surtout dans le jeune âge, de 
se soustraire à l'action du bon exemple. 

Me*" de Grainville fut surpris par la mort avant d'avoir 
pu approuver les statuts des deux Congrégations qui 
venaient de se fonder dans son Petit Séminaire. Ils furent 
approuvés par Ms^ d'Hautpoul. En témoignage de sa 
vive satisfaction et pour encourager l'institution nais- 
sante, ie nouvel évêque lui accorda de nombreux pri- 
vilèges et voulut, comme tous les professeurs de la 
maison, être inscrit au nombre des associés (1). 



§ III. — Classes de Grammaire. 



Sommaire ; i. U enseigne ment du latin, — 2, Professeurs 
de grammaire. — M. Mazet. — M. Pelras. 

1. Les élèves de Montfaucon ont toujours eu la répu- 
tation d'être d'excellents latinistes. Dans les examens 



(1) Le 20 mars 1830, M. Baume, préfet du Lot, visitant It 
Petit S»uninaire, voulut égaleme.it être reçu congréganiste et 
demanda à connaîtieie rèylemont afin de s'y conformer. Bel 
exemple que tous ses successeurs n'oat pas suivi. 



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— 129 — 

du baccalauréat^ on les a vus remporter de beaux succès 
et obtenir des éloges très flatteurs non-seulement pour 
eux, mais pour la maison 0(1 ils avaient fait leurs étu- 
des. Aussi, du moins jusqu'à ces derniers temps, le titre 
de Montfaiiconnais a-t-il été une excellente recomman- 
dation pour les candidats et ils se sont bien gardés de 
le dissimuler. Depuis quelque temps il est de mode de 
ne plus s'en prévaloir devant la faculté : pourquoi cela? 
Il serait bien difficile de le dire : nous n'avons jamais 
entendu dire qu'il eût porté préjudice à quelqu'un. 

Ces éloges que des juges impartiaux ont décernés 
au Petit Séminaire de Montfaucon," l'autorisent à 
faire peu de cas de certaines critiques inspirées par 
l'ignorance ou par la prévention et que nous de- 
vons cependant réfuter, car elles ont été assez accrédi- 
tées pour lui causer quelque préjudice. 

Pendant longtemps on ne craignit pas dans un cer- 
tain monde, surtout dans le monde bourgeois, de traiter 
les jeunes séminaristes d'ânes chargés de latin. Peut- 
être auraient-ils pu répondre que leurs détracteurs, 
pour ne porter rien du tout, n'avaient pas les oreilles 
moins longues. Mais laissons à nos adversaires les in- 
jures gratuites : toute la question revient à savoir ce que 
l'intelligence peut gagner à l'étude des langues ancien- 
nes. On a beaucoup discuté depuis une vingtaine d'an- 
nées, à propos de l'enseignement secondaire spécial, 
sur cette grave matière ; à notre avis, on n'a encore 
rien écrit de plus sensé et de plus précis que cette page 
de Mad. de Staël : 

-• « Ce n'est pas sans raison que l'étudj des langues 
anciennes et modernes a été la base de tous les systè- 

9 



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— 130 — 

mes d'éducation qui ont formé les liommes les plus 
capables en Europe. Le sens d'une phrase dans une 
langue étrangère est à la fois un problème grammatical 
et intellectuel. Ce problème est tout à fait proportionné 
à l'intelligence de l'enfant. D'abord il n'entend que les 
mots ; puis il s'élève à la conception de la phrase ; 
et bientôt après, le charme de l'expression, sa force, 
son harmonie, tout ce qui se trouve enfin dans le lan- 
gage de l'homme, se fait sentir par degrés à l'enfant qui 
traduit. Il s'essaie d'abord tout seul avec les difficultés 
que lui présentent deux langues à la fois^ il s'introduit 
dans les idées successivement, compare et combine 
divers genres d'analogies et de vraisemblances ; et 
l'activité spontanée de l'esprit, la seule qui développe 
vi^aiment la faculté de penser, est vivement excitée 
par cette étude. Le nombre des facultés qu'elle fait 
mouvoir à la fois lui donne l'avantage sur tout autre 
travail, et l'on est trop heureux d'employer la mémoire 
flexible de l'enfant à retenir un genre de connaissances 
sans lequel il serait borné toute sa vie au cercle de sa 
propre nation, cercle étroit comme tout ce qui est ex- 
clusif... 

» L'étude de la grammaire exige la même suite et la 
môme force d'attention que les mathématiques ; mais 
elle tient de beaucoup plus près à la pensée. La gram- 
maire lie les idées l'une à l'autre comme le calcul 
enchaîne les chiffres ; la logique grammaticale est 
aussi précise que celle de l'algèbre ; et cependant elle 
s'applique à tout ce qu'il y a de vivant dans notre es- 
prit. Les mots sont en même temps des chiffres et des 
images ; ils sont esclaves et libres, soumis à la disci- 
pline de la syntaxe et tout puissants par leur significa- 



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— 131 — 

tion naturelle. Ainsi Ton retrouve dans la métaphysique 
*de la grammaire l'exactitude du raisonnement et Tindé- 
pendance de la pensée réunies ensemble. Tout a passé 
par les mots, et tout s'y retrouve quand on sait les 
examiner. Les langues sont inépuisables pour Tenfant 
comme pour Thomme, et chacun peut en tirer tout ce 
dont il a besoin. > (De l'Allemagne, l^'^ partie, chapitre 
18). 

Les professeurs du Petit Séminaire n'étaient donc pas 
bien mal inspirés en s'attachant principalement adonner 
d'excellentes leçons de latin. Outre que le latin est la 
langue officielle de l'Eglise, et qu'il convient à ses mi- 
nistres d'en acquérir à ce titre une connaissance fami- 
lière, on ne pouvait employer un moyen plus sûr pour 
favoriser la pénétration, la solidité et la justesse qui 
sont la marqie la plus sûre des esprits cultivés. 

2. Parmi ces professeurs, plusieurs ont acquis une 
juste célébrité ; on nous saura gré de rappeler ici les 
noms vénérés de M. Mazet et de M. Pelras. 

M. MAZET. 

M. Jean Mazet naquit en 1799 au Bouyssou, près 
Lacapelle-Marival. Les détails nous manquent sur les 
années de son enfance et de sa jeunesse, et c'est à 
peine si nous savons qu'il eut pour maitre de latin son 
oncle maternel, prêtre vénérable qui avait été Confes- 
seur de la Foi, et qui termina sa carrière dans la pa- 
roisse du Bouyssou. Il entra ensuite en 1816 au Grand 
Séminaire de Gahors où il passa trois années sans pou- 
voir se décider à entrer dans les ordres, même à rece- 



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— 132 — 

voir la tonsure. C'était le temps oti M. Larnaudie faisait 
appel h tous les hommes de bonne volonté en faveur # 
de son œuvre naissante ; son cours de théologie ter- 
miné, M. Mazet lui fut désigné et proposé par son 
compatriote et ami M. Bonhomme. Il entra donc en 
1819 comme professeur de sixième dans cette maison 
dont son esprit et son savoir devaient en peu de temps 
rehausser l'éclat et augmenter le succès* Il professa 
deux ans la sixième, trois ans la quatrième, et trois ans 
la rtiétorique. 

C'est surtout comme professeur de grammaire que 
M. Mazet nous est connu et que nous tenons à le faire^ 
connaître. 

Commençons par faire observer que M. Mazet n'en- 
seignait guère que la grammaire latine, et qu'en fait de 
latin il s'attachait surtout au thème : cela expliqua 
jusqu'à un certain point sa supériorité dans la forma- 
tion des latinistes ; on n'est guère un maître éminent 
que dans une faculté : heureux qui sait et qui peut s'y 
tenir. Saint Augustin disait : timeo virum unius libri ; 
nous pouvons dire après lui : je crains ou plutôt j'ad- 
mire le maître qui n'a qu'une spécialité. M. Mazet 
excellait à expliquer les règles de Lhomond, ou pour 
mieux dire, c'était un vrai Lhomond. Ses commen- 
taires, que l'auteur de ces lignes a entendus pendant 
quatre ans, revêtaient toutes les formes, ne fatiguaient 
jamais, et gravaient si bien dans bs esprits les princi- 
pes de la grammaire qu'on prenait sans effort l'habi- 
tude de les observer. A la vérité, il y avait peu de ses 
élèves qui eussent pu réciter exactement les formules 
de Lhomond ; mais l'excellent maître avait le don d'en 



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inculquer le sens sans en faire apprendre rigoureuse- 
ment le texte. 

Sans doute, ce qui contribuait le pîus à assarer cet 
incroyable résultat, c'était ce thème oral, auquel cha- 
cun de nous était rompu chaque jour ; cette gymnasti- 
que intellectuelle tenait tous les esprits en éveil et leur 
donnait par sa continuité une souplesse merveilleuse. 
M. Mazet donnait aussi beaucoup de thèmes écrits : il 
avait rédigé de sa main, une sérié d'exercices soigneu- 
sement gradués, dont nous admirions tous, même à 
cet âge où Ton admire si peu ce qu'on voit tous les 
jours, la parfaite clarté et la variété inépuisable. Nous 
ne savons si les cahiers de M. Mazet ont pu résister 
jusqu'au bout aux doigts destructeurs des élèves qui se 
les passaient pour copier chaque jour la page désignée ; 
s'ils existent encore, nous ne croyons pas qu'on puisse 
trouver pour les professeurs de grammaire latine un 
recueil plus utile. 

Dans la chaire de rhétorique, M. Mazet soutint la 
haute réputation qu'il avait acquise dans les classes de 
grammaire ; toutefois il n'est pas à notre connaissance 
qu'il ait professé la littérature avec la môme supério- 
rité. S'étant formé par lui-même à force d'étude et de 
patience, il n'avait pour se guider dans Texplication 
des orateurs que son goût sûr et son incontestable ta- 
lent, qui ne sauraient, quoi qu'on en dise, suppléer 
entièrement les leçons d'un maître expérimenté. En 
même temps sa situation toujours indécise entre l'état 
ecclésiastique et la rentrée dans le monde devenait de 
plus en plus irrégulière : il lui fallait nécessairement 
prendre un parti. 



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— 134 — 

A la fin de 1827 une circonstance imprévue lui en 
fournit le moyen. 

Nous avons parlé dans le chapitre premier de ce livre, 
de M. l'abbé Cadiergues, ce premier collaborateur de 
M. Larnaudie, qui quitta le diocèse en 1819 pour 
entrer dans la Congrégation des Missions de France. 
En 1827 , cette Congrégation dirigeait à Paris une 
sorte de Maîtrise connue sous le nom de Maison royale 
des clercs du Chapitre, M. Cadiergues, qui gardait avec 
sa famille et son pays de fréquentes relations, fit con- 
naître cette maison à Lacapelle-Marival et y attira plu- 
sieurs enfants des meilleures familles. M. Mazet eut la 
pensée de solliciter par son intermédiaire un emploi 
dans cet établissement, et fut ajSsez heureux pour l'ob- 
tenir. C'est ainsi qu'il alla passer à Paris trois années, 
au bout desquelles, la Maison royale ayant été fermée, 
il rentra dans le diocèse. Il avait quitté l'habit ecclé- 
siastique et sa place ne pouvait plus être au Petit 
Séminaire de Montfaucon. 

Mais s'il lui était impossible désormais de coopérer 
directement à l'œuvre du Petit Séminaire, il pouvait 
encore y coopérer indirectement dans des institutions 
privées : c'est ce qu'il n'a point cessé de faire jusqu'à 
sa mort. 

En 1835 et 1836 , nous le trouvons professeur dans 
l'institution que M. l'abbé P. Bonhomme, avant de se 
dévouer à l'œuvre des Religieuses du Calvaire, avait 
essayé de fonder à Gramat. Puis il vint s'établir à 
Lacapelle-Marival. C'est là qu'il a vécu, environné de 
beaucoup respect et de considération, mais aussi, dans 
une gène que sa nombreuse famille n'explique que 
trop facilement. La pension qu'il y ouvrit en 1837 



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— 135 — 

et qui fut à peu près sa seule ressource a rendu 
dé grands services et favorisé de nombreuses voca- 
tions. Ceux de ses élèves qui, en quittant Lacapelle, 
se dirigeaient sur Montfaucon, y étaient accueillis avec 
faveur, et se reconnaissaient facilement au milieu de 
leurs condisciples : leur latin portait pour ainsi dire sa 
marque de fabrique. 

Nous l'avons connu dans ses vieux jours, cet homme 
vénérable, toujours plein d'esprit, mais hélas ! plus res- 
pecté qu'obéi ; les épilhètes inouïes que nous prodiguait 
sa féconde imagination, causaient en nous plus d'hilarité 
que de frayeur. Néanmoins on s'instruisait à son école. 
Nous nous rappelons avec bonheur le temps que nous 
y avons passé, et nous avons trouvé bien peu de ses 
élèves qui n'aient gardé de lui un excellent souvenir. 
Nous nous représentons encore, non sans émotion, cette 
haute taille un peu voûtée dont un long pardessus de 
grosse bure dissimulait mal l'extrême maigreur ; cette 
figure austère et un peu irrégulière, mais d'une finesse 
et d'une énergie si frappantes, et cette démarche dont 
la gravité eût pu paraître compassée si tout le monde 
n'avait connu le caractère et la dignité du personnage ; 
on s'inclinait quand il passait et nul ne se fût permis 
en sa présence une parole ou une action inconve- 
nantes. 

Du reste, au sein de la société de Lacapelle, il n'avait 
pas seulement le respect et la considération, il avait 
aussi la sympathie de tous et de très honorables ami- 
tiés. M. Gadiergues, père, et M. le D"" Nastorg, se sont 
honorés en l'admettant dans leur intimité. Avec celui- 
ci, qui était poète à ses heures, le vieux M. Mazet 
trouvait un correspondant digne de lui ; les petites 



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-^ 436 — 

pièces qu'ils échangeaient en s'inspirant des petits 
événenients de la cité, couraient de maison en maison, 
et chacun en était émerveillé. Caustique et mordant à 
ses débuts, M. Mazet ne faisait plus à la fin que des vers 
aussi innocents et charitables que fins et spirituels. Le 
jour de sa mort, survenue le 25 août 1864, fut un 
jour de deuil pour sa patrie adoptive. 

M. PELRAS. 

Le troisième successeur de M. Mazet dans la chaire de 
sixième, M. Pelras, appartenait à une de ces familles, 
encore nombreuses, grâce à Dieu, où les vocations reli- 
gieuses et sacerdotales abondent et sont toujours se- 
condées. Il avait trois tantes religieuses et un oncle 
prêtre (4). 

Son père, M. Jean-Jacques Pelras, fut percepteur des 
tailles à Gajarc et devint maire de cette ville ; mais il 



(i) On nous écrit : « M. l'abbé Pelras était le neveu de Fran- 
çois Pelras, prêtre, qui fut poursuivi pendant la Révolution, et 
qui après s*être longtemps caché chez plusieurs de ses amis, 
particulièrement au château de Ceint-d'Eau, chez son camarade 
d'enfance, M. Gary, se réfugia en Espagne. Rentré en France, 
il desservit plusieurs paroisses et fut en dernier lieu nommé 
aumônier de l'hospice de Figeac où il mourut. 

» L'abbé Pelras eut en outre pour tantes paternelles trois 
religieuses. Une devint et demeura longtemps supérieure 
générale des sœurs de Ne vers. Une autre fut Garméhte et 
devint supérieure de la maison de Gompiègne ; arrêtée pen- 
dant la Révolution, elle fut guillotinéo dans cette ville avec 
ses compagnes et voulut passer la dernière. La troisième fut 
sœur de Ne vers et occupa à l'hospice de Figeac la pharmacie. 
Arrêtée aussi pendant l'époque révolutionnaire par deux gen- 
darmes de Gajarc, elle se défendit avec une énergie toute virile 
et parvint à leur échapper. » 



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^ 437 — 

fut révoqué en 1830 à eause de ses opinions légiti- 
mistes. 

M. Jean-François-Olympe-Frédéric Pelras, naquit à 
Cajarc, le 9 octobre 1804. Après avoir fait ses premières 
études à Figeac, il alla les continuer à Paris, dans cette 
école que l'abbé Teysseire avait fondée, rue du Regard, 
n® 20, et qui était connue sous le nom de Petite 
Communauté, Les enfants élevés dans cette maison 
étaient clercs de la chapelle du roi , et M. Pelras 
s'honora toute la vie d'avoir porté ce titre. Il eut 
pour condisciple et pour ami celui qui devait être un 
jour Me^ Dupanloup, dont il racontait plus tard à qui 
voulait l'entendre, les qualités brillantes et les exploits 
d'enfance. 

Sur le point de devenir prêtre, des appréhensions 
scrupuleuses qu'il ne parvint jamais à dominer, l'éloi- 
gnaient du ministère sacré et lui faisaient désirer un 
emploi dans l'enseignement. Les circonstances servi- 
rent merveilleusement ses désirs. Le 14 mars 1825, 
M. Larnaudie, obligé de renvoyer deux surveillants, se 
présenta au Grand Sémmaire de Gahors pour leur trou- 
ver deux remplaçants. M. Pelras lui fut désigné et alla 
terminer son année à Montfaucon comme professeur de 
septième. L'année suivante, il succédait à M. l'abbé 
Baduel, dans la chaire de sixième qu'il devait occuper 
pendant 19 ans, interrompus de 1835 à 1837 par deux 
années d'économat. 

Dans cette classe, qu'on n'accepte en général que 
pour attendre mieux, M. Pelras, exempt d'ambition, 
était au comble de ses vœux. Certes, il était loin d'y 
apporter l'esprit pétillant et la verve caustique de M. 
Mazet ; mais il y apportait le même dévouement et une 



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— 138 — 

affection plus paternelle pour ses élèves. La sixième 
est une classe de patience, que la légèreté et Tétourde- 
rie de l'enfance rendent plus difficile qu'on ne croirait; 
M. Pelras était parfaitement l'homme qu'il fallait pour 
s'accommoder de ces défauts : plein d'amour pour les 
enfants et d'une patience sans bornes. C'est sans doute 
parce qu'il possédait les mêmes qualités à un degré 
éminent que le sage Lliomorid, de classique mémoire, 
le patron et le modèle de M. Pelras, avait pu consentir 
à passer quarante ans dans cette modeste classe. 
_ M. Pelras a composé, lui aussi, un recueil de thèmes 
gradués sur la Syntaxe, et sur la première partie de la 
Méthçde, car la règle du son, sa, ses, marquait l'extrême 
limite de son domaine. Ce cahier est encore dans la 
maison, et comme nous vivons dans un siècle de pro- 
grès, ce sont les professeurs de cinquième qui se le 
transmettent comme un précieux héritage. Il porte le 
cachet du maître qui l'a rédigé ; on y voit le seul souci 
de faire comprendre et observer les préceptes de la 
grammaire, et on y chercherait vainement autre chose. 
Manifestement, M. Pelras ne cherchait pas à faire coup 
double : il lui suffisait que Lhomond fût obéi. 

Tout en demeurant professeur de sixième, M. Pelras 
devint de bonne heure une des colonnes de la maison ; 
sa grande piété, son dévouement universellement re 
connu et ses manières réellement distinguées, lui gagnè- 
rent en peu de temps l'estime et l'afTection de tous. 

Nous verrons ailleurs comment il fut appelé en 1835 
à se charger des fonctions d'économe à la place de M. 
Vernet découragé. M. Pelras, n'était guère plus capa- 
ble que son prédécesseur, de mener à bonne fin l'im- 
mense construction qu'on avrit entreprise ; il eut au 



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— 139 — 

moins le mérite de le reconnaître; il déclara hautement 
qu'un seul homme dans le diocèse pouvait porter remède 
à la situation, et fit partie de la députation qui alla hum- 
blement supplier M. Bonhomme de vouloir bien re- 
prendre la direction de l'économat. 

Déchargé de la sorte d'un fardeau trop lourd pour 
ses épaules, M. Pelras reprit avec un bonheur sensible 
et une ardeur toute nouvelle, sa classe de sixième, et 
il y fit encore un stage de dix ans. Au bout de ce temps, 
en 1846, les scrupules dont il était de plus en plus 
tourmenté, firent craindre que sa raison elle-même ne 
vînt à se troubler et il quitta la maison pour quelque 
temps. C'est seulement en 184Q que nous le retrouvons 
chargé de la surveillance générale en remplacement 
de M. Bor. 

Dans ces nouvelles fonctions, M. Pelras fut toujours 
ce qu'il avait été en sixième, extrêmement pieux, dé- 
voué à la maison et d'une rare bienveillance pour les 
élèves ; mais ceux-ci, tout en l'aimant comme un bon 
père, éludaient facilement sa surveillance et ne se fai- 
saient aucune conscience de faire servir ses scrupules 
enx-mêmes au succès de leurs petits complots, 

M. Pelras conserva la surveillance générale jusqu'en 
1869,. où, repris de la terrible maladie, il dut pour tou- 
jours s'éloigner de la maison. Toutefois, il ne perdit 
jamais, même daas les crises les plus agitées, le sou- 
venir du Petit Séminaire, et il mourut en rappelant les 
heureuses années qu'il y avait passées. De son côté, le 
Petit Séminaire le compte au nombre des bienfaiteurs 
dont il garde le souvenir le plus profond et le plus 
reconnaissant. 



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- 140 - 



IV. — Humanités. 



Sommaire : i. Conndérations générales. — 2. Fonds corn- 
mnn de l'Enseignement littéraire sous la Restauration. — 
3, Professeurs de littérature à Montfaucon : MM. Bosq, 
Vayssette, Roux-Lavergne , Mazet , Baduel, Aurusse^ 
Ver net. 

i. L'étude des grammaires et des langues, si propre 
par elle-même à développer l'esprit, est en outre une 
préparation indispensable à l'étude des belles-lettres. 
« Eloquence, poésie, littérature, dit Ms^ Dupanloup, 
» seront toujours des études impossibles ou du moins 
» singulièrement médiocres pour tous ceux qui auront 
» négligé le préliminaire indispensable de la grammaire 
» et des études linguistiques. Mais ces études prélimi- 
» naires étant déjà bien avancées, il faut initier les 
» jeunes gens à l'art d'écrire. Jusque-là ils ont exercé 
» leur jugement et leur plume sur des sujets intéres- 
» sants il est vrai, mais ordinairement légers et d'une 
» étendue peu considérable ; ils ont étudié la plus 
)) riche antiquité, mais par fragments d'histoire, de 
» poésie, de discours, de drame. Ils doivent désormais 
); saisir, étudier et comparer les ensembles ; ils doivent 
» apprendre h donner à la pensée un noble essor, à 
» prodiguer avac sagesse les trésors de Timagination... 
» En un mot, le moment est venu d'essayer les forces 
» acquises, et de passer des études de la première jeu- 
» nesse à des travaux plus mâles et plus fermes. 



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- 141 — 

» C'est en seconde, en troisième et même en qua- 
» trième, poursuit M?' Dupanloup, que cet imposant 
» travail doit commencer, pour s'achever en rhétori- 
» que. » 

Dans les collèges de Tàncienne université il ne com- 
mençait pourtant qu'en seconde, et pour des élèves 
encore très jeunes, comme le sont en général les nôtres, 
il ne semble pas qu'il soit bien nécessaire de s'y mettre 
plus tôt. Le Petit Séminaire de Montfaucon, durant 
ses premières années, se conformait à Tusage de l'an- 
cienne université, et c'est en seconde seulement que 
ses élèves commençaient à entendre parler de belles- 
lettres. 

2. Quel était à cette époque te fonds commun de 
l'enseignement littéraire ? Maintenant qu*il a été par- 
tout complètement modifié et renouvelé, on peut se 
poser cette question. 

C'était uniquement le fonds classique, c'est-à-dire, les 
vieilles règles de l'ai't d'écrire, telles que les dictèrent 
dans l'antiquité, Aristote, Cicéron, Horace, Quintilien ; 
et chez les modernes, Boileau, Fénelon, Rollin, etc. 
Pour développer ces sages préceptes, on avait les élé- 
ments de littérature de Marmontel, la rhétorique de 
Crevier, les principes de littérature de Le Batteux ; 
enfin pour en montrer l'application dans les monuments 
des grands siècles littéraires, on avait le grand cours 
de littérature de Laharpe. 

Ainsi la littérature élémentaire suivait purement et 
simplement la tradition des deux siècles précédents ; nul 
ne songeait à mépriser les règles des anciens, à contester 
leur autorité. Cependant on aurait pu pressentir la dé- 



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— 142 — 

cadence des vieilles théories traditionnelles en obser- 
vant ce mouvement qui emportait les esprits vers un 
idéal nouveau, en lisant Cormtie et ['Allemagne, le 
génie du Christianisme et Atala, les premières Médita- 
tions de Lamartine et les premières Odes de Victor 
Hugo. A l'apparition de ces œuvres, témoignage irré- 
cusable d'un renouveau de jeunesse dans l'esprit fran- 
çais, et qui ne rentrent certainement pas dans le cadre 
de la vieille poétique, il semble qu'on aurait pu annon- 
cer cette lutle entre les classiques et les romantiques 
qui allait remplir un quart de siècle et mettre égale- 
ment les deux adversaires hors de combat. Mais si 
quelques uns eurent ces prévisions, nul ne songeait 
alors à entraîner sur le champ de bataille la jeunesse 
des écoles ; partout on continuait de lui enseigner Vart 
poétique de Boilean et la rhétorique de Quinlihen. Dans 
la plupart des maisons, du moins dans la plupart des 
Séminaires, on mettait entre ses mains le dernier 
abrégé de Le Batteux, et les préceptes de Girard. 

3. Le Petit Séminaire de Montfaucon ne pouvait faire 
exception à la règle générale. Ses professeurs d'huma- 
nités suivirent fidèlement l'ancienne voie et ils l'ont 
suivie tout le temps qu'elle est restée pratiquable. 

Nous n'avons qu'à mentionner ici les noms de nos 
premiers professeurs de rhétorique. 

M. Bosq et M. Mazet sont déjà connus de nos lec- 
teurs. 

M. Derruppé et M. de La Roussille trouveront plus 
naturellement leur place dans un autre livre de cette 
histoire. 



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- 143 — 

Eafiii i\î. Vayssette(l) et M. Roux-Lavergae (2) n'ont 
fait que passer dans la maison. 

(1) M. Vayssette, comme M. Bosq, était originaire du Rouer- 
gue. Au dire de M. l'abbé Baluel, qui Ta beaucoup connu, il 
était à la fois littérateur, musicien et même peintre. Il rentra 
de bonne heure dans le diocèse de Rodez, où il a fourni une 
longue carrière. 

(2) Pierre-Célestin Roux-Lavergne, était né le 19 mars 
1802 à Figeac. Destiné par ses parents à Tétat ecclésiastique, 
il prit à 18 ans l'habit sacerdotal et le porta quelques années. 
[C'est pendant ce temps qu'il fut appelé à MonîfauconJ. Mais, 
malgré son penchant pour les études religieuses, il ne se seulit 
pas une vocation assez forte et alla à Paris fortifier une ins- 
truction incomplète. Il s'y lia d'une étroite amitié avec le philo- 
sophe Bûchez et lui servit de principal collaborateur dans la 
publication de son Histoire parlementaire de la Révolution 
Française [1833-38 : 4 vol. in-8J ; il prit part à la discussion 
soutenue au Congrès de l'Hôtel de Ville par MM. Dain et 
Considérant sur le but et l'avenir politique du Christianisme. 
Mais il ne tarda pas à revenir à l'orthodoxie, embrassa la 
carrière de l'enseignement et publia, en 1818, ses thèses pour 
le doctorat. En 1848, il était professeur d'histoire à la faculté 
de Rennes. 

Porté, aux élections de la Constituante^ par le département 
d'Ille-et- Vilaine, il fut élu le 12^ sur 14 par 75,914 suffrages. 
Il prit une part honorable aux travaux de l'Assemblée, se 
montra d'abord favorable au gouvernement républicain, puis 
se rallia au parti modéré. Il ne fut pas réélu à la Législative 
et reprit sa chaire à la faculté de Rennes. 

En 1851, M. Roux-Lavergne donna sa démission pour en- 
trer à la rédaction de V Univers où pendant quelque temps il 
se chargea des articles de critique. En 1855, revenant à sa 
vocation première, il embrassa l'état ecclésiastique et fut en- 
suite appelé à professer la théologie au Grand Séminaire de 
Nîmes, Il a écrit : La Philosophie de V Histoire (1850) et un 
cours intitulé : Philosophia juxta Divi Thomœ dogmata 
(1850-51 , 4 vol. in-12;. (Vapereau). 

M. Roux-Lavergne est mort, le 17 février 1874, chanoine de 
Rennes, 



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— 144 — 

Mais les deux classes de seconde et de troisième 
doivent conserver le souvenir de trois professeurs éga- 
lement remarquables par leur savoir, [leurs vertus et 
leurs longs services : MM. Baduel , Aurusse et 
Ver net. 



M. BADUEL. 

M. Pierre-Alexandre Baduel, né à Figeac, le 27 février 
de Tan 4800, fit de brillantes études au collège de cette 
ville et y obtint en rhétorique le prix d'honneur. Il vint 
à Montfaucon en 1822 et fut pendant trois ans profes- 
seur de sixième, avant M. Pelras. Ensuite il fut nommé 
professeur de troisième. Dans cette classe, M. Baduel 
eut l'heureuse pensée de faire une excellente innova- 
tion. Jusqu'à lui, la troisième était encore considérée 
comme une classe de grammaire; on a'y donnait aucune 
notion de littérature ; on n'y faisait aucun exercice de 
style ; elle était à peu près ce qu'est la quatrième de 
nos jours. M. Baduel jugea avec raison que quelques 
leçons et quelques essais de style épistolaire pouvaient 
s'entremêler ulilement avec les leçons de grammaire et 
avec les versions et les thèmes latins. Cette innovation 
qui nous parait aujourd'hui bien timide et bien au- 
dessous de ce qu'on aurait pu tenter, parut alors d'une 
grande hardiesse, et ne passa que grâce à la vive 
satisfartion qu'elle causa aux élèves et au grand profit 
qu'ils en retirèrent. 

M. Baduel était adoré de ses élèves, et le jour de sa 
fête était joyeusement chômé dans sa classe. Tous ceux 



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— i45 — 

qui le connaissent le croiront volontiers. Il auront plus 
de peine à comprendre comment le Petit Séminaire put 
laisser partir, après quatre ans d'enseignement, un 
professeur si instruit, si zélé, si goûté. A notre humble 
avis, cet excellent prôtre, dont la conversation nous 
a rappelé le souvenir classique du vieux Nestor, 
aurait été, par son amour des recherches historiques 
et par sa mémoire aussi vaste que sûre, un merveilleux 
professeur d'histoire. 

Mais, à défaut de l'histoire générale, il nous a du 
moins raconté avec une abondance et une précision 
incroyable de détails celle des premières années du 
Petit Séminaire. Qu'il reçoive ici l'expression de notre 
reconnaissance et des vœux que nous formons pour qu'il 
voie de ses yeux la fin d'un siècle qu'il a vu commen- 
cer et qu'il connaît si bien. 

M. AURUSSE. 



M. Aurusse était au Petit Séminaire avant M. Baduel, 
mais il y demeura fort longtemps après lui ; il vit 
la maison naître et grandir, et il est de ceux qui ont le 
plus puissamment contribué à sa prospérité. 

M. Antoine Aurusse naquit au lieu même de Mont- 
faucon, en 1795. Sa famille, quoique appartenant à la 
classe ouvrière, était une des plus honorées de l'endroit. 
Elève de M. Martin, il entra au Grand Séminaire de 
Cahors à l'époque où M. Lamaudie posait les fonde- 
ments de son œuvre. Ses études théologiques termi- 
nées, il reviat à Montfaucon, et comme Textrôme 

10 



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- 146 ■- 

claudication dont il était affligé depuis son enfance, lui 
rendait le ministère paroissial à peu près irapos- 
sible, il fut heureux de pouvoir se vouer sans réserve 
à l'enseignement de la jeunesse. De son côté M. 
Larnaudie faisait en sa personne une de ses meilleures 
recrues. 

Dans une carrière qui dura 17 ans, M. Aurusse fut 
successivement professeur de septième, de troisième 
et de seconde. Les jugements de tous ceux qui Font 
connu s'accordent à nous le présenter comme un 
prêtre plein de talent, de science, de vertus, et d'une 
grande élévation de caractère. On avait remarqué par- 
ticulièrement son talent pour la lecture, et cet éloge ne 
paraîtra nullement banal à tous ceux qui se souvien- 
dront qu'on a célébré ce même talent dans Lamartine et 
d-ins Ghateaubriîaid. Par malheur, M. Aurusse ne nous 
a laissé aucun monument de sa science et de ses apti- 
tudes littéraires. 

M. Aurusse fut en outre pendant longtemps père 
spirituel de la Congrégation des grands et confesseur 
du plus grand nombre des élèves. Ce seul fait suffirait 
pour donner une idée de ses lumièrQS, de sa piété et 
de la grande confiance qu'il inspirait à tous. 

Cependant il n'avait qu'un souffle de vie et son exis- 
tence fut une sorte de martyre perpétuel. Infirme dès 
l'enfance et décrépit avant Tâge, il mourut à 42 ans, 
en 1837. 

M. VERNET. 

Pour raconter la vie de M. Veniet, nous avons l'heu- 



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— 147 — 

reuse fortune de pouvoir céder la parole à son neveu, 
M. le D' Mialet. 

a M. Antoine Vernet naquit en 1800, à Gramat, dans 
» une famille privilégiée, non par l'éclat de la fortune, 
» mais par Théroïsme des vertus chrétiennes. Trois de 
» ses tantes maternelles, poui^ues d'une modeste ai- 
» sance, vouées à un célibat volontaire, consacrèrent 
» leur existence à l'instruction élémentaire des enfants, 
^ particulièrement des enfants pauvres. L'une d'elles, 
D ne consultant que sa foi et son dévouement, accueil- 
» lit et recela dans sa demeure, pendant la Terreur, 
» des prêtres insermentés et proscrits dont le ministère 
» ne restait pas désœuvré et créait ainsi, en dépit des 
» précautions qu'on pouvait prendre, un danger per- 
» manent à cette hospitalité clandestine. C'est elle qui 
» devint, quelques années plus tard, la mère adoptive 
» du jeune Antoine Vernet, et il lui dut en outre de 
» bénéficier pour lui-même et pour l'Eglise des mal- 
» heurs de la période néfaste. 

» Dans le petit groupe de prêtres réfugiés chez sa 
» tante se trouvait un ancien professeur de belles-let- 
» très, qui ne pouvant plus songer à rentrer dans la 
» carrière de l'enseignement, s'était consacré au minis- 
» tère paroissial. Jaloux d'acquitter la dette de la péril- 
» leuse hospitalité qu'on lui avait accordée, ce prêtre 
» sollicita la faculté d'élever le jeune Vernet, qui fut 
» installé dans le presbytère avec deux autres écoliers 
» de son âge. Ce fut dans cet asile que furent cultivées 
3> avec un soin pieux et persévérant les qualités intel- 
» lectuelles et morales du jeune élève ; sa vive intelli- 
» gence prit un essor rapide et posséda bientôt toutes 
» les matières de l'enseignement secondaire que son 



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» excellent précepteur pouvait lui proposer. Il alla 
» ensuite terminer ses humanités au lycée de Cahors 
^ où il fut un des meilleurs élèves du savant M. Caban- 
» toux. En sortant du lycée, il entra au Grand Sémi- 
» naire. 

Après avoir terminé son cours de théologie, il fut 
nommé professeur de cinquième au Petit Séminaire 
de Monlfaucon (1821-22) ; plus tard il fut chargé de 
la quatrième, et enfin en 1830, il devint professeur 
de troisième. 

C'est après avoir professé dans cette classe pendant 
deux ans qu'il se vit à Timproviste, par suite de la 
démission de M. Bonhomme, chargé de l'économat. 
C'est lui qui présida à la construction du vaste bâti- 
ment qu'on s'était enfin décidé à entreprendre. Nous 
verrons plus loin les difficultés qu'il rencontra dans 
l'exercice d'une fonction à laquelle rien ne l'avait 
préparé, et combien il fut heureux d'an passer le 
lourd fardeau à M. Pelras ; mais il le fut encore plus 
de recouvrer sa chaire de troisième qu'il devait occu- 
per encore pendant 9 ans. 

» Dans l'enseignement de M. Vernet, on ne pouvait 
» qu'admii'er sa tenue toujours pleine de dignité, son 
)> langage toujours poli et paternel, son humeur tou- 
» jours égale. Le choix des termes, la sobriété des 
» ornements, une concision toujours élégante (qui ne 
» reculait pas, en cas de nécessité, devant l'emploi 
» d'une comparaison tQut à fait familière^, donnaient une 
» grande clarté à ses explications. Si d'aventure un 
» vers du poète latin ou un trait sublime de Corneille 
» ou de Racine se rencontrait sur son passage, je vois 
9 encore quelle transfiguration soudaine se produisait 



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9 dânâ tôUtê ^à péi*sotiiie : l'œil s'animait; Fititôi^âiiion 
t dé la Voix et le geste se mettaient à rtmissori ; un 
3 eût dit lô poète lui-même, et le plus froid d'entré leè 
» élèves ne pouvait se défendre de partager son émô- 
'^ tion. 

ï) M. Vernet comptait environ vingt ans de séjour au 
» Petit Séminaiîè quand un malheur domestique vint 
y> lui imposer de nouveaux devoirs. Il fut nommé curé 
» de la petite paroisse de Loupchat qu'il échangea peu 
» après contre celle de Ginouillac. De- là il jetait encore 
» parfois un regard de regret et de convoitise sur sa 
» bien-aimée chaire de troisième ; jamais cependant il 
» n'osa la redemander. Son ministère dura vingt ans et 
» fut fécond en bonnes œuvres. Il mourut à sofl poste 
» en 1865, laissant une mémoire profondément vénérée 
» et beaucoup d'amis qui pleurèrent sa mort. 

» Sa vertu dominante était une profonde modestie : 
» on a vu peu de chrétiens, peut-être même peu de 
» saints, ayant autant que lui l'horreur du Moi. » 



§ V. — Philosophie. 



Sommaire : i, La Philosophie et r Église. — 2, Création de ta 
chaire de Philosophie à Montfaucon. —S. M. Derruppé. 

1. « Ne craignons donc point pour la philosophie, 
V écrivait en 1836, M. Cousin ; elle est en sûreté. Mais 
» pouV(»ns-nous en dire autant de cette noble doctrine 
%' qui nous est particulièrement chère parce que nous 
t y voyons le plus sûr appui et le ressort le plus éner- 
» giçftie de la véritable grandeur de l'homme ?... 35 



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— 450 — 

Les appréhensions que M. Cousin exprimait ainsi 
pour l'avenir du spiritualisme, n'étaient pas sans fonde- 
ment ; le chef de l'école éclectique, en même temps 
qu'il prédisait à la philosophie des destinées immortel- 
les, prévoyait tristement la ruine de la philosophie 
indépendante, ou du moins son effondrement dans le 
scepticisme. Avec le monopole universitaire et la fausse 
notion qu'on s'est faite de la Uberté de penser, toutes 
les doctrines ayant le même droit de se produire, au- 
cune n'a pu s'affirmer, et nos cours publics de philoso- 
plîie, malgré les saines idées de plusieurs illustres 
professeurs, sont devenus, par la force des choses, 
moins un enseignement philosophique qu'un cours 
raisonné d'histoire de la philosophie. Si donc la philo- 
sophie est en sûreté, suivant le mot de M. Cousin, ce 
n'est pas par elle-même ; c'est, croyons-nous, unique- 
ment grâce à l'appui inébianlable qu'elle trouve dans 
la doctrine religieuse, dans l'Evangile lui-même» L'es- 
prit humain ne se sépare de ce guide que pour s'aban- 
donner aux aberrations les plus étranges et les plus 
folles, jusqu'à ce qu'il s'arrête confondu par l'inanité de 
ses conceptions. 

L'avenir de la philosophie appartient donc à l'Eglise : 
c'est elle qui, démêlant dans la philosophie des Grecs 
cette part de vérité qui faisait des écrits d'Aristote et 
de Platon la préface humaine de V Evangile, a consacré 
par son autorité les droits de la raison en même temps 
qne ceux de la Foi, et a arrêté^ sous les formes d'ail- 
leurs variables de la scolastique les principes inébran- 
lables de la philosophie. Vainement depuis cette époque 
nous a-t-on plusieurs fois annoncé l'avènement d'une 
philosophie nouvelle ; vainement Bacon, DescarteS; 



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- 451 — 

Kant, ont-ils prétendu donner au genre humain leur 
Novum Orgonurrif leur Doute méthodique^ leur Criti- 
que de la raison pure. Gomme il n'y a pas deux reli- 
gions vraies, il n'y a, ni ne peut y avoir deux philoso- 
phies possibles. L'ancienne philosophie peut s'amender, 
se compléter, s'orner ; et dans ce sens l'Eglise permet 
toutes les hardiesses ; mais elle ne peut être remplacée. 

Or, cette doctrine philosophique que l'Eglise a re- 
connue comme vraie et à laquelle elle s'est attachée 
sans doute pour toujours, elle en a fait le couronne- 
ment naturel de l'enseignement qu'elle donne aux 
jeunes générations, et la préparation normale de ses 
clercs aux éludes théologiques. S'il s'arrête au seuil de 
la philosophie, le jeune homme le plus brillant ne sera 
jamais qu'un demi-savant, exposé à tous les sophismes 
de l'erreur, à toute l'infatuation du pédanlisrae. Elle 
seule peut lui apprendre à connaître la vraie valeur 
des pensées ; elle seule peut permettre au jeune sémi- 
nariste de s'avancer d'un pas ferme dans les profon- 
fondeurs des vérités surnaturelles. 

2. Toutefois; pendant les premières années de son 
existence, le Petit Séminaire de Montfaucon n'avait pas 
encore son cours de philosophie. Le Grand Séminaire 
de Gahors, encore dirigé par des prêtres du diocèse, y 
suppléait en consacrant à cette étude la première des 
quatre années qui auraient dû être réservées à la théo- 
logie. La chaire de philosophie ne fut fondée à Mont- 
faucon qu'en 1822, lorsque les piètres de la mission 
rentrèrent en possession de l'établissement fondé au- 
trefois par Saint Vincent de Paul et furent de nouveau 
chargés de la formation des lévites. Ce changement fut 
également profitable aux jeunes gens qui se destinaient 



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— 152 — 

au sacerdoce, ea leur donnant une année de plus pour 
leurs études théologiques ; et à ceux qui se destinaieot 
aux carrières du monde, en leur permettant de faire 
une bonne philosophie sans revêtir l'habit ecclésiastî- 
que. 

3. Le premier professeur de philosophie au Petit 
Séminaire de Montfaucon, fut M. Derruppé« Nous ver- 
rons plus loin, en racontant la vie du successeur de 
M. Larnaudie, par quelles études il se prépara à cet 
enseignement dont il fut seul chargé pendant vingt 
ans, et où il se fit en peu d'années une grande réputa- 
tion de philosophe et de dialecticien. Nous analyserons 
en même temps le fond de sa doctrine et les moyens 
par lesquels il l'inculquait si fortement dans Tesprit 
de ses élèves. 



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CHAPITRE VÏI 



FIN 

DE L'ADMINISTRATION 

DE M. LARNAUDIE 



I.— Situation de M. Lanxandie au Petit Séminaire 
pendant les dernières années de sa vie. 



Sommaire : i. Considération dont il est environné, — 2. Sa 
piété, - 8, Son humilité, — 4, Ses rapports avec M, 
Derruppé et M, Bonhomme. 

1. Tandis que ces maîtres dévoués fondaient les tradi-* 
tions et la renommée du Petit Séminaire, M. Larnaudie, 
tout à ses devoirs de supérieur, d'économe et de pas- 
teur, se voyait entouré d'une considération toujours 
croissante. Auprès de ses paroissiens, les nuages qui 
avaient troublé les débuts de son ministère s'étaient 
dissipés, et son inépuisable charité avait fini par lui 
ramener les cœurs les plus hostiles. Dans» la maison, 
malgré la rudesse de son langage, et le laisser-aller plus 
apparent que réel de ses manières, il était chéri comme 
un père et profondément respecté. Son passé bien connu 
était loin de lui nuire, et en justifiant aux yeux de tous 



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-^ 154 — 

les lacunes évidentes de son instruction personnelle, il 
ne rendait que plus étonnante sa grande sainteté, en 
montrant tout le chemin que l'ancien commerçant de 
Saint-Simon avait dû parcourir en peu d'années. 

2. Sous le rapport de la piété, quelque haute idée 
qu*on'eût déjà de celle de M. Derruppé, Topinion com- 
mune le maintenait toujours au premier rang. Se3 élè- 
ves, chose assez rare chez les jeunes gens, redisaient 
partout ses vertus et pubhaient avec admiration les 
traits qu'ils en avaient remarqués. 

Ils étaient surLout frappés de la manière dont il célé- 
brait le saint sacrifice. L'Église, comme chacun le sait, 
a institué pour la célébration des Saints Mystères un 
tel ensemble de cérémonies, qu'il est pour ainsi dire 
impossible que les fidèles n'en soient pas édifiés. Mais 
hélas 1 Que de diff'érences restent encore possibles dans 
la manière d'accomplir ces cérémonies elles-mêmes! et 
comme les divers degrés de la piété se peignent bien 
dans l'attitude et dans les mouvements de chaque prê- 
tre au saint autel ? — « Il y a des prêtres, disait le véné- 
rable curé d'Ars, qui voient tous les jours à la Messe No- 
tre Seigneur Jésus-Christ, d Non sans doute que le Fils 
de Dieu perce miraculeusement en leur faveur les voi- 
les eucharistiques, mais la Foi opère en eux quelque cho- 
fe d'approchant, et ils sont aussi pénétrés de la présence 
du divin Maître que s'ils le voyaient des yeux du corps. 
M. Larnaudie était du nombre de ces prêtres privilégiés. 
« A l'autel, nous dit un de ses élèves, il était transfigu- 
ré, et son attitude toute seule aurait suffi pour nous 
donner la Foi si nous ne l'avions eue ; pendant les of- 
fices, elle contribuait à inspirer le recueillement beau- 



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-— Htf WTI- ■■ 



— 455 — 

coup plus que le souvenir de la règle et que l'œil du 
surveillant. 

Sa piété n'avait pourtant rien de guindé ni de cîéré- 
monieux ; elle portait l'empreinte de son caractère tou* 
jours réservé mais affable et familier jusqu'à la dernière 
limite ; elle n'en était que plus appréciée des esprits 
sérieux, et d'un exemple plus salutaire. 

3. C'est que, comme toute véritable vertu, elle s'igno- 
rait elle- même, fondée qu'elle était sur une profonde 
humilité. Rien n'était plus pénible à M. Larnaudie que 
de recevoir des honneurs et des louanges. Nous 
nous sommes demandé bien des fois comment il se fai- 
sait que le fondateur du Petit Séminaire n'ait jamais 
reçu le titre de chanoine honoraire. Bien que cette dis- 
tinction fût à cette époque plus rarement accordée 
que de nos jours, nous sommes perçuadé qu'il faut attri- 
buer ce fait à l'humilité de M. Larnaudie. — Quant aux 
louanges, l'horreur qu'il en avait était en quelque sorte 
proverbiale ; il ne permit jamais qu'on célébrât sa fête 
dans la maison, ni qu'on lui lût un compliment, et l'on 
parla longtemps de l'accueil peu encourageant fait à 
celui qui voulut le l^r janvier 4823, faire violence à sa 
modestie obstinée. 

4. Aussi était-il loin de prendre ombrage de la répu- 
tation et de l'autorité toujours croissantes de M. Der- 
ruppé. Après avoir deviné ses aptitudes philosophiques, 
il ne tarda pas à comprendre que cet éminent collabo- 
rateur était en quelque sorte son successeur désigné, 
et il ne négligea rien de tout ce qui pouvait servir à lui 
préparer les voies. C'est sur lui qu'il se reposa de la 
direction des études, ne gardant pour lui-même que la 
discipline et l'économat, c'est-à-dire la partie la plus 



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— 166 - 

ingrate et la plus rebutante de ses fonctions, de sorte 
qu'aux yeux du public, il ne restait guère supérieur cfue 
de nom. De son côté, M. Derruppé le secondait avec au- 
tant d'abnégation que de dévouement, la confiance de 
l'un et la déférence de l'autre prévenant heureuse- 
ment toute ombre de conflit. 

En même temps que la direction des études pas- 
sait à M. Derruppé, la conduite des affaires temporelles 
passait peu à peu à M. Bonhomme. M. Larnaudie res- 
tait sans doute chargé de l'économat et le constatait 
lui-même expressément dans Vétat duperso7inel en i828^ 
le seul où il se donne un autre titre que celui de Direc- 
teur; mais M. Bonhomme était consulté dans toutes les 
affaires importantes, et rien ne se décidait sans son avis. 

Ainsi se préparait peu à peu le changement d'ad- 
ministration que les circonstances allaient amener en- 
core plus tôt qu'on n'avait prévu. 



II. — Le6 Ordonnances du 16 Juin 1828. 



Sommaire : i. Publication des Ordonnances du i6 Juiyi i828. 
^2. Teneur et appréciation deces Ordonnances en ce qui con- 
cerne les Petits Séminaires,— Embarras du Petit Séminaire 
de Mont faucon, — 3. Supplique des Vicaires capitutaires. 
— Nomination de Mgr d*Hautpoul à Vévêché de Cahors.-^ 
Autorisation légale de rétablissement. — 4. Nombre d'é- 
lèves quHl est autorisé à recevoir, — 5. Déclaration de* 
m^andée aux professeurs. — 6. Bourses accordées par le 
Gouvernement. 

1. L'œuvre du Petit Séminaire paraissait donc fon- 
dée depuis longtemps sur les bases les plus solides, et 



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M. tarnaudiG pouvait regarder sa mission comme heu- 
reusement remplie, quand à Timproviste un événement 
des plus graves vint remettre tout en question. 

En 1828, l'avenir religieux de notre pays était loin 
de se présenter sous un aspect rassurant. Le dévoue- 
ment de Charles X aux intérêts de la religion, au lieu 
d'être pour TEglise de France un gage de sécurité et 
4'espérance, semblait au contraire lui présager, par son 
impuissance manifeste, une ruine certaine. Jamais on 
n*avait vu un débordement d'impiété et de menaces con- 
tre le catholicisme, comme celui qui se produisait sous 
le plus religieux des Bourbons. Pour comble de maux, 
aux violences des libéraux répondaient les excès en 
sens contraire de Lamennais, Quant au Gouvernement, 
dans son incertitude du parti qu'il fallait prendre, il 
s'arrêtait à l'absurde pensée de revenir aux articles de 
1682, et, pour échapper aux partis extrêmes, il se réfu- 
giait, comme on Ta dit, dans un gallicanisme iniolérant. 

C'est ainsi que Charles X contresigna, m Ugré sa cons- 
cience sans doute, les célèbres ordonnances du 16 juin 
1828. 

2. On en connaît la teneur. En dehors des mesures 
prises conire les jésuites et dont nous n'avons pas à 
parler ici, les ordonnances limitaient à 20,000 le nombre 
des élèves qui pouvaient être admis dans tous les Petits 
Séminaires de France; la fondation de ces établissements 
était réservée au roi qui pouvait seul l'autoriser sur la 
demande des é vêques et la proposition du ministre des 
affaires ecclésiastiques. Ces maisons ne devaient pas 
recevoir des externes. Les jeunes séminaristes étaient 
tenus, après l'âge de 14 ans et deux anaôos de séjour 
dans l'établissement, de porter l'habit ecclésiastique. 



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— Cependant, comme pour compenser par des avanta- 
ges matériels le dommage que ces dispositions allaient 
faire aux Petits Séminaires, le roi créait 800 demi-bour- 
ses de 500 francs chacune, que les évêques devraient 
distribuer à leur gvé aux jeunes gens pauvres qui pou- 
vaient se destiner à Tétat ecclésiastique. 

11 faltoit vraiment tout l'aveuglement de répou- 
vante ou une extraordinaire faculté de se faire illusion 
pour ne pas comprendre combien de pareilles mesures 
étaient tyranniques et dangereuses. 

Quelle étrange prétention de la part de TEtat que de 
vouloir limiter le nombre des étudiants ecclésiatiques, 
et par suiie, des vocations sacerdotales ! comme si la 
force des choses, les besoins Je l'Eglise et le libre choix 
des jeunes gens ne devaient pas déterminer cetle limite 
beaucoup plus justement qu'un chiffre inexorable I 

On n'est pas moins surpris de voir remettre en ques- 
tion le droit des Petits Séminaires à l'existence, et ré- 
server au roi le droit d'autoriser ou non leur fondation. 
L'ordonnance de 4814 était-elle donc lettre morte? Ou 
bien faut-il dire qu'en autorisant les évéques à fonder 
dans leurs diocèses des écoles secondaires ecclésiasti- 
ques dont ils auraient seuls la direction, Louis XVIII 
n'avait pas eu en vue les Petits Séminaires?... Quoique 
tous les textes de loi soient féconds en surprises, on ne 
s'attendait certainement pas à celle-ci. Mais venons aux 
preseriplions les plus dangereuses. 

— On sait déjà ce qu'il fiut penser de celle qui impo- 
sait aux jeunes séminaristes l'obligation de porter l'ha- 
bit ecclésiastique après la deuxième année de leur sé- 
jour dans la maison. Si singulière qu'elle paraisse 
aujourd'hui, elle n'avait en elle-même rien de contraire 



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— 159 ^ 

à l'esprit et aux traditions de l'Église. Le Concile de 
Trente en décrétant l'institution des Petits Séminaires, 
ordonne que les enfants qui y seront admis reçoivent 
en entrant la tonsure et l'habit clérical : Tonsurâ sta- 
tim atque hahitu clericali semper utatitur, — Mais cette 
disposition, conforme à l'idéal conçu par l'auguste 
assemblée, est-elle applicable dans un pays où la vie 
ecclésiastique est si différente de la vie commune, au 
milieu d'une société dont les exigences pharisaïques 
sont si difficiles à satisfaire, et qui n'admet pas qu'une 
fois revêtu de l'habit ecclésiastique, on puisse le quitter 
sans déshonneur? 

L'interdiction d'admettre des externes, paraissait éga- 
lement conforme à l'idéal d'une maison enlièrement 
cléricale ; et cependant, à la date de 1828 et dans l'esprit 
de ceux qui avaient exigé qu'on prît cette mesure, elle 
devait nécessairement être funeste à la plupart des Petits 
Séminaires existants. Pour qu'on puisse rendre l'internat 
obligatoire, il faut au moins qu'il soit possible; or combien 
y avait-il alors en France de Petits Séminaires capables 
de contenir 200 séminaristes pensionnaires? Fondées à 
peu près avec rien, et vivant au jour le jour, la plupart 
de ces maisons ne se développaient qu'avec beaucoup de 
peine et de lenteur; nous avons vu au prix de quels ef- 
forts le fondateur du Petit Séminaire de Montfaucon avait 
composé son établissement, peu à peu, de vieilles masu- 
res réparées à la hâte et de modestes constructions qu'on 
ne pouvait même pas rattacher à un plan général ; n'est- 
ce pas à peu près de la même manière qu'on avait dû 
procéder dans presque tous les diocèses ? — Et dans 
de telles conditions n'est-il pas évident qao h défense 
d'admettre des externes, c'était la mort sans phrases?... 



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-160- 

8eule donc, la CFéation des 800 demi-bourses à dis- 
tribuer entre les divei^ diocèses de France, attestait la 
bienveillance réelle d'un gouvernement qui n'était plus 
maître de ses actes, et qui se sentait emporté malgré 
lui dans une voie dont il entrevoyait tous les périls. 

Quand ces ordonnances parurent au Moniteur, le 
siège épiscopal de Cahors était vacant depuis trois mois. 
Mgr de Grainville était mort le 2 mars 1828, et cette 
circonstance ajoutait encore au péril de la situation. 
I/émotion fut vive au Petit Séminaire de Monlfaucon, 
comme on peut dire qu'elle le fut dans la France entiè- 
re. Les ordonnances étaient exécutoires dès le l^r octo- 
bre, et Ton n'avait que trois mois pour se mettre en 
mesure de se conformer aux exigences de la législation 
nouvelle ; or il était évident que, ni dans trois mois ni 
dans un an, on ne saurait y parvenir. La sortie de 4828 
ne serait-elle pas la fermeture de l'établissement? On 
se figure sans peine les vives inquiétudes de M. Larnau- 
die lorsqu'il vit son œuvre menacée d'une ruine com- 
plète. — Toutefois cette œuvre était aussi l'amour et 
l'espérance du diocèse, et son zélé fondateur ne devait 
pas être seul à la défendre. 

3. A défaut du premier pasteur, les vicaires capitu- 
laires prirent sa cause en main, et adressèrent au minis- 
tre des affaires ecclésiastiques, Mgr Feutrier, un mé- 
moire, ou sans rien préjuger sur la question de princi- 
pe, ils réclamaient un sursis dans l'application des ordon- 
nances au Petit Séminaire de Montfaucon. — Leur suppli - 
que resta sans réponse ; mais peut-être dans les circons- 
tances où Ton se trouvait, ce silence lui-môme qui n'était 
pas un refus, était-il la meilleure réponse que l'on pût es- 
pérer. En fait, après cette démarche qui témoigne d'ttne 



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— 16t — 

énootioabiâa légitime, il semble qu'on se soit complète- 
ment rnssuré; la distribution des pri]^ eut lieu comme k 
Fordinaire, et les.éièves furent ajournés commatoujoura 
au 3 Novembre suivant ; sans doute on comptait sur 
la sagesse du nouvel évéque d^ Cahors pour aplanir 
toutes les difficultés. 

En eflfet, le. gouvernement et le St. -Siège avaient 
pourvu au remplacement de Mgr de Grainville. Au 
mois de septembre 1828, le sage et pieux Mgr d*Haut- 
poul fit son entrée dans sa ville épiscopale. En ce mo- 
ment le Petit Séminaire était en vacances ; il n*en fut 
pas moins le premier objet de sa sollicitude et le pre- 
mier souci de son administration. 

Le 30 août, une circulaire ministérielle avait de- 
mandé à tous les évéques un certam nombre de pièces 
et de documents nécessaires pour obtenir du roi l'auto- 
risation de leurs Petits Séminaires. Mgr d'Hautpoul 
ayant hésité ou du moins tardé h les fournir, Timpa- 
tience du ministre se traduisit par une lettre presque 
menaçante. — « J'ai l'honneur de vous prévenir, disait 
l'évêque de Beauvais, que la rentrée des élèves doit être 
ajournée jusqu'à ce que vous ayez donné connaissance 
dç l'ordonnance du roi. » 

Il f§illvit s'exécuter. Du reste, Rome con.sultée dissua- 
dait les évêques d'entrer en lutte contre le gouverne- 
n^ent à propos des ordonnances. Mgr d'Hautpoul en- 
voya les pièces et renseignements qui lui étaient de- 
mandés , et peu après, le 10 Novembre, Charles X si- 
gnait l'ordonnance fixant à Montfaucon l'école secon- 
daire ecclésiastique du diocèse de Cahors, et celle qui 
agréait M. Larnaudie comme supérieur de cet étabUs- 
sement. 

11 



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— 162 — 

4. Cependant toutes les difficultés étaient loin d'être 
aplanies. Par Tordonnance du 10 novembre, le roi se 
réservait de fixer ultérieurement le nombre des élèves qui 
pourraient être admis dans la maison, et l'évêque avait 
été expressément averti que les inscriptions du jour de 
la rentrée ne pourraient être que provisoires. Ces ré- 
serves et C3S avis n'étaient pas lettre morte. Le 26 no- 
vembre, une nouvelle ordonnance limitait le nombre de 
nos élèves à 220 ; en outre, la défense de recevoir des 
externes et l'obligation de porter l'habit ecclésiastique, 
pour tous ceux qui habitaient la maison depuis deux 
ans, étaient maintenues. Enfin, l'Université exigeait que 
ces diverses prescriptions fussent rigoureusement ap- 
pliquées au Petit Séminaire de Monlfaucon, comme 
l'atteste cette lettre de Mgr d'Haupoul à M. Larnaudie : 

-— « Monsieur, je vous donne avis que j'ai reçu du 
» Ministère l'autorisation de recevoir dans mon Petit 
» Séminaire 220 élèves. Le lendemain, M . le recteur 
» est venu chez moi pour me dire qu'on lui avait assu- 
» ré que la maison de Montfaucon en contenait 300. 
» Je n'ai pas pu lui donner une réponse positive, puis- 
» que en effet je ne connais pas exactement !e nombre 
» de vos élèves. Veuillez me le faire savoir au plus tôt. 
» Il parait qu'on va vous tracasser, il faut lâcher de se 
» mettre en règle. 

» Pour cet effet, si le nombre des élèves dépasse de 
> beaucoup 220, il faut supprimer les plus basses 
» classes et conserver dans leur intégrité les plus éle- 
» vées, ou biense débarrasser des élèvesquiont témoins 
» d'aptitude au travail et de bonne conduite.— Quant au 
» costume, si les élèves ne sont pas tous en soutane, il 
» faudrait au moins qu'ils portassent une redingote noire 



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— 163 - 

» ou brune qui pût en tenir lieu. — Enfin, îl est im- 
y> possible de ne pas admettre des externes puisque la 
» maison ne peut guère contenir que 60 pensionnaires : 
> je Tai déjà demandé au ministre, et je ne crois pas 
2) qu'on veuille me tracasser sur ce point. » 
Je suis, Monsieur etc. 

f Paul, év. de Cahors. 

M. Larnaudie se conforma par à peu près aux ins- 
tructions épiscopales. Le chiffre des élèves inscrits 
était de 253 ; mais sur ce nombre il y a toujours des 
absents; on n'eut besoin de renvoyer personne pour se 
tenir approximativement au chiffre réglementaire de 220. 

Quelque temps après, le 2 février 1825, Charles X 
ayant autorisé le Petit Séminaire à loger en dehors de 
la maison 160 externes, attendu riiisuffisance des bâti- 
ments, on trouva pareillement le moyen de garder les 
194 externes que Ton avait inscrits, en ne tenant pas 
compte des absents et des élèves originaires de Mont- 
faucon qui résidaient chez leurs parents. 

5. L'inquisition administrative se porta ensuite sur 
un point beaucoup moins vulnérable, quoique, par un 
sentiment de dignité ou de solidarité entre le clergé 
séculier et le clergé régulier, on ait hésité à lui donner 
satisfaction. 

Mgr d'Hautpoul écrivait le 21 décembre 1828 à 
M. Larnaudie. 

« Monsieur, Par une nouvelle circulaire, on me 
2> demande si les supérieurs et professeurs de mon 
» Petit Séminaire ont bien rempli les formalités pres- 
» crites par l'ordonnance du 16 juin, qui porte que nul 



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- 164 - 

V nié pourra demeurer chargé de la direction ou de 
»' renseignement dans les écoles secondaires ecclésias- 
» tiques, s'il n'a affirmé par écrit qu'il n'appartient à 
y aucufje congrégation . religieuse non légalement 
i> établie. 

» Cette déclaration qui a tant occupé l'épiscopat, de- 
» vient aujourd'hui toute simple, après la lettre que 
» M. l'administrateur de Lyon a reçue de Rome et qu'il 
» a communiquée à MMgrs les Cardinaux de Croïet de 
» élermont-Tonnerre ; et vous avez vu qu'au reçu de 
» cette lettre ces trois prélats avaient fait leur déclara- 
» lîon. Il est donc évident qu'aujourd'hui vous devez 

» vous soumettre à cette formalité » 

Il ne paraît pas, malgré les conseils de Tév^'-que, que 
M. Larnaudie et les prêtres de son établissement aient 
fait si bon marché des intérêts et des droits des corps 
religieux. Voici une nouvelle lettre de Mgr d'Hautpoul, 
qui témoigne des objections que le personnel tout en- 
tier éleva contre les exigences du ministre, et du souci 
que cette question donnait au vénérable prélat : 

« Gahors, 30 décembre 1828. 

« il y a une lettre en chemin qui répond aux ques- 
» tiôfis que M. Larnaudie m'adresse dans sa lettre du 
» 28. Il verra par cette lettre que je ne suis guère plus 
» tranquille que lui; que j'ai écrit au ministre, que je 
» lui fais toutes les objections possibles pour lui prou- 
i> ver que ma déclaration du mois d'octobre suffit, puis- 
j> que c'est d'après elle que le Séminaire a été autori- 
j> se et le supérieur agréé, etc.... » 

— Quelques jours après, le 13 janvier 1829, Mgr 



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— 165 — 

d'Hautpoul permettait à M. Larnaudie et à ses collègues 
d'espérer qu'ils ne seraient plus inquiétés^par la demande 
d'une déclaration quelconque, tout en les avertissant 
que si le gouvernement insistait, il serait permis de la 
.donner. 

6. Restait à savoir quelle serait la part d uil^elit- Sé- 
minaire de Montfaucon dans la distribution des demi - 
bourses créées par les ordonnances. Elle fut relative- 
ment considérable ; la maison obtint 24 demi-bourses ; 
c'était un secours de 12,000 francs qui réparti en quarts 
et demi-quarts de bourse profita à un grand nombre de 
familles. Malheureusement, on sait que l'institution fut 
éphémère, et que le gouvernement de Juillet, animé 
d'un esprit tout différent de celui de Charles X à l'égard 
du clergé (qui du reste ne lui était guère sympathique), 
supprima tous les secours alloués précédemment ai\x 
Petits Séminaires. 

C'est ainsi que les trop fameuses prdonaançes.de,1828 
avaient un instant. menacé l'œuvre, ;de M. Larnî^udie.:— 
Ce fut le dernier incident un peu mémoçable.de. sa fé- 
conde administration, et la dernière,, des épre,uves .(jue 
la Providence avait voulu lui irxiposer avant de, lui dé- 
cerner la suprême récompense. Le saint prfttrej ne^^^.ç- 
vait pas voir la fin d'une année commencée au miliçiu 
de tant et de si graves préoccupations. Sa tâche était 
remplie, et sa mission touchait enfin à son terme. Com- 
me le bon serviteur de l'Evangile, il avarit. fait fructifier 
abondamment le talent qu'il avait reçu ; il allait çnlrer 
dans la joie de son Seigneur. 



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— 166 — 



§ III. — Mort de M. Lamaudie. 



Sommaire : i. Déclin de sa santé. — 2, Maladie, — S, 
Testament. — 4, Mort. — 5. Phénomène céleste. — 6. 
Sépulture, — 7, Services funèbres et fondation. — 8. Dif- 
ficultés avec la famille au sujet de sa sux^ession. 

4. Le 12 septembre 1828, M. Larnaudie était entré 
dans la 57® année de son âge, et jasqu'à celte époque 
3a robuste constitution n'avait paru se ressentir en rien 
des approches de la vieillesse. A peine ses traits par 
moments décomposés, sa démarche devenue beaucoup 
plus lourde, et la mélancolie à laquelle il se laissait de 
plus en plus aller, avaient pu avertir ses amis du déclin 
de sa santé. Nous trouvons également un autre indice 
de décrépitude en observant son écriture si ferme dans 
ses premiers cahiers, si indécise et si irrégulière dans 
les derniers. Certes la tête ne paraît avoir jamais 
faibli ; mais la main n'obéissait plus aux ordres de la 
volonté, et quoiqu'elle tremblât peu, elle ne traçait plus 
que des caractères informes. Cependant ces signes que 
nous trouvons aujourd'hui si expressifs n'avaient en- 
core frappé personne autour de lui. 

Partageait-il la commune illusion? Peut-être; cepen- 
dant l'étrange impatience qu'il avait montrée de voir 
ses propriétés cédées au diocèse, nous permet de croire 
que la mort ne pouvait le surprendre. N'est-ce pas 
aussi par suite d'un triste pressentiment qu'il avait peu 
à peu résigné en d'autres mains l'exercice de son auto- 
torité, ne conservant que le titre de supérieur de la 



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— 167 — 

maison, et affeclant de plus en plus de sa renfermer 
dans ses devoirs de curé et d'économe?... 

2.. Quoi qu'il en soit, au mois de mars 1829, M. Làr- 
naudie s'affaissa tout à coup. La machine se disloquait 
sans qu'on pût bien déterminer ni la source ni le siège 
du mal. Deux ans auparavant, M. Larnaudie, présidant 
à la plantation d'une Croix au hameau des Vitarelles, 
avait été surpris par une pluie d'orage, et avait souffert à 
la suite, pendant quelques jours, d'un refroidissement. 
Comme il avait, suivant son habitude, négUgé son mal, 
on crut qu'il subissait les conséquences de sa négligen- 
ce, et que des soins empressés, quoique tardifs, suffi- 
raient pour le rétablir. Mais un mois ss passa sans qu'il 
se produisît ni. un nouvel affaissement ni une amélio- 
ration notable. Son entourage ne tarda pas h compren- 
dre qu'il y avait peu d'espoir d'une complote guérison, 
et le saint prêtre ne fut pas le dernier à soupçonner 
la gravité de son état. Il entendit l'avertissement du 
ciel, et le dispone domui tuœ, cras enim morieris, le 
trouva aussi prêt que soumis aux décrets de la Provi- 
dence. 

3. Après avoir dépensé une grande partie de sa fortu- 
ne personnelle à la fondation de son œuvre et fait agréer 
depuis longtemps la cession au diocèse de toutes ses 
acquisitions et constructions, il lui restait encore à 
disposer d'un capital de dix mille francs, d'un petit mo- 
bilier et de quelques centaines de francs ((u*il avait en 
main pour les dépenses courantes. Le 6 avril 1827, il 
en disposa par le testament suivant dont nous tenons 
à citer les principaux passages, comme monuments 
de sa foi, de sa bonté et de sa tendresse fraternelle. 



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— -168 — 

4 Au nom de la très sainte Trinilé, ete 

» Je remets mon âme entre les mains de mon créa- 
teur, et le prie de la recevoir dans sa miséricorde, par 
les mérites infinis de J. C. 

» Etienne, mon frère, me doit dix mille francs, avec 
le revenu à 4 ^jo depuis le 24 juin 1828. En outre^ il est 
dépc^sitaire d'une somme de 2,480 francs qui m'appar- 
tiennent. 

» Ma volonté est que de cette dei^nière somme il soit 
donné mille francs au Petit Séminaire, s'il continue de 
rester à Montfaucon, et à cette condition seulement si 
Monseigneur l'agrée. Des autres 1,000 francs, je donne 
500 francs pour faire réparer l'église de Saint-Simon 
en ornements et linge d'église ; je charge mon frère 
Etienne de surveiller cet emploi. Sur l'es 480 restants, 
je donne 200 francs aux pauvres les plus nécessiteux 
de Saint-Simon, qui en recevront la valeur en grains 
ou en habits, sur la désignation de mes deux frères et 
du curé de la paroisse. Les 280 francs restants, avec 
300 francs du revenu de l'année courante, seront em- 
ployés à faire dire des messes pour le repos de mon âme. 

» Quant au capital de 10,000 francs... et au revenu 
qu'il pourrait y avoir, j'en donne la jouissance à Jacques 
Larnaudie, mon frère le médecin, à charge par lui de 
transmettre cette somme(l)de 10,000 francsà la seconde 
fille de ma sœur, et d'en donner l'administration comme 
je la donne moi-même à Etienne Larnaudie, notre frère. 

» Je donne à M. le vicaire de Montfaucon une petite 
pièce de terre que j'ai achetée d'un nommé Goculas, à 

(1) A cette époque la loi autorisait le substitutions à un 
degré. 



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la éhAï^e ^r'Iui de la rendre et 'de ttoïitferr'te ttorte^du 
prix aux. pauvres et les deux tiei*s' pour h sacristie ou 
riiitérfeur de Féglisetîe Morttfaucon : ceci, à condition 
que la Fabrique duditlieu fera célébrer 34 messes pour 
te ré^osde mon âme, -42^ services et'i2 messes basses. 

» ^Poùr les meubles de ma chambre, le linge de corps, 
îAalles et livres, je les donne à*Fabbé Afonm^, naiîf'de 
Saint-SiTTlon, seulement' lorsqu'il sera sous-diacre. 

y> Le peu d'argent qui pourra m'apparlenir au Petit 
Séminaire, et qui est très peu de chose, sera employé 
à faire acquitter les messes dont je suis chargé et que 
je n'aurais pas acquittées à l'heure de ma mort. 

» A Montfaucon, le 6 avril 1829. 

LARNAUDIE, ptre sup. 

» Au nom de Jésus-Christ, j'eitibrasse mes frères et 
sœurs, et tous mes parents et amis, et me recom- 
mande à leur pieux souvenir. 

L., p. s. ï> 

4. Quand M. Larnaudie eut ainsi exprimé ses derniè- 
res volontés, il se produisit dans son état, comme s'il 
ett été soulagé d'un grand poids, une légère améliora- 
ticm qui lui permit de se faire transporter dans sa 
famille. On espérait que l'air du pays, le régime de la 
maison natale qui a toujours quelque chose de plus 
adapté à la nature des malades, et surtout l'absence de 
toute préoccupation sérieuse, lui feraient quelque bien : 
c'était une illusion ; M. Larnaudie n'allait chez lui que 
pour mourir aux mômes lieux qui l'avaient vu naître. 
Arrivé à Saint-Simon, il vit son état s'aggraver rapide- 
ment. Une pleurésie bien caractérisée vint encore com- 



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— 170 — 

pliquer une situation déjà désespérée, et le malade fut 
perdu sans ressource. 

Au milieu des défaillances de la nature, quels furent 
les pensées, les paroles et les actes d'un tel prêtre ?... 
Nous n'avons pour répondre à ces questions que très 
peu de renseignements. La mort de M. Larnaudiefut. 
humble et modeste comme l'avait été son existence 
tout entièie. C'est ainsi d'ailleurs que meurent la plu- 
part des prêtres ; ils souffrent quelques jours avec une 
piofonde résignation et expirent en priant ; mais rien 
de tout cela n'étonne de leur part. N'est-ce pas ce 
qu'ils ont recommandé cent et cent fois aux mourants 
qu'ils assistaient, et n'est-il pas tout naturel qu'ils con- 
firment par leur exemple leurs propres conseils sur 
l'art de bien mourir ? Aussi leur mort est-elle ordinai- 
rement aussi commune devant les hommes que pré- 
cieuse devant Dieu. 

Nous savons cependant que M. Larnaudie ne témoi- 
gna aucun regret de la vie. Ouvrier, non certes de la 
dernière heure, mais non plus de la première, il aurait 
pu s'étonner que le soir et la nuit vinssent si tôt, et 
trouver que le temps de son labeur était bien court. A 
peine 17 années le séparaient du jour de sa consécra- 
tion sacerdotale, si grand, si solennel, si plein de joie 
et d'espérances ; et si la plus longue carrière paraît 
courte quand on arrive au terme, combien rapides 
durent paraître aux yeux d'un tel apôtre les 17 ans 
écoulés d'un sacerdoce fructueux !... Si cependant il 
(ût pu, dans son humilité, s'arrêter à contempler la 
grandeur de son œuvre et l'état où il la laissait, il aurait 
eu de quoi se consoler : il n'est pas donné à tous de 
faire autant de bien, même dans un espace de temps 



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— 171 — 

beaucoup plus long : cansummatus in brevi, explevit 
tempora multa. 

Aux sentiments de la plus entière résignation, M. 
Larnaudie joignit les actes de la plus tendre piété. Il 
ne cessait, dit Tunique témoin que nous ayons pu trou- 
ver de ses derniers moments, de réciter des prières, de 
répéter des oraisons jaculatoires, d'invoquer la miséri- 
corde de Dieu. Il redisait toujours les actes de Foi, 
d'Espérance, de Charité, de Contrition ; enfin il sem- 
blait ne pouvoir assez se recommander aux prières de 
ses parents, de ses amis et de l'Eglise. Il priait encore, 
au grand étonnement et à la grande édification des 
spectateurs, dans le délire de l'agonie, tant la prière 
était devenue pour lui une sainte habitude ; il ne sem- 
ble pas que l'esprit du mal ait pu trouver un seul 
moment favorable pour kii livrer le dernier assaut de 
la tentation. « Quid adstas, cruenta hestia ? Nihil in 
me funeste reperies, » 

Tels sont les sentiments dans lesquels s'éteignit 
le fondateur du Petit Séminaire de Montfaucon, le 9 
août 1829, sur les 8 heures du soir. Il était âgé de 56 
ans, 7 mois et 16 jours. 

5. Quelques moments après, le ciel était sillonné en 
tous sens par d'innombrables et fugitives lueurs. Il se 
produisait un de ces phénomènes connus sous le nom 
déplûtes d* étoiles filantes, dont les savants n'ont pas 
encore donné une explication bien positive et bien cer- 
taine, et qui malgré leur retour périodique, remplissent 
ordinairement le vulgaire d'une superstitieuse frayeur. 
On sait que c'est précisément dans les nuits du 9 et du 10 
août que ces météores apparaissent en plus grand 
nombre, quoique leur apparition ne soit pas également 



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— rtr72 — 

\ remarquable tous. les, ans. Celle du août 1829, sans 
être des plus brillantes, frappa vivement 'l'esprit des 
habitants de Saint-Simon ; toutefois elle n'eut pas pour 

î eux la terrible signification qu'ils lui auraient attribuée 
en d'autres temps. Un saint prêtre venait de mourir au 

' milieu d'eux : ils supposèrent aussitôt que le ciel s'il- 
luminail pour célébrer l'entrée de son âme dans la 
gloire, et au lieu d'une superstitieuse terreur ils 
n'éprouvèrent qu'une impression de joie et de con- 
fiance. Un d'entre eux, le respectable M. Mounié, le 
vieil ami du prêtre qui venait de rendre son âme à Dieu, 
se disposait à partir pour Montfaucon afin d'annoncer 
au Petit Séminaire la triste nouvelle de la mort de son 

* fondateur. Hé quoi, lui dit-on, vous partez à cette 
heure et vous n'avez pas peur de ces lueurs ? « N'ohès 

ipa&poou d'oquell' escloyriéro?» — Non, répondit-il, cela 

«veut dire uniquement que M. Larnaudie est un saint, 
et ce n'est pas pour m'effrayer. 

Chose siogulière ! Des hommes bien plus instruits et 
qu'il serait bien téméraire d'accuser de superstition, 
avaient eu ailleurs la même pensée. Au Petit Séminaire 
de Montfaucon, quslques professeurs réunis dans le 

Jardin contemplaient avec admiration le brillant phéno- 
mène, et devisaient sur les explications que la science 
s'efforce d'en donner, quand tout à coup l'un d'eux 
interrompit l'explication commencée. « Ce que vous 
appelez une pluie d'étoiles filantes^ dit-il, est pour moi 
tout autre chose. C'est un signe du ciel. M. Larnaudie 

.^oit être mort à cette heure, et le ciel s'illumine en 
son honneur. Vous saurez demain si je me trompe ! v 
En toute autre circonstance, une telle interprétation 
du spectacle qui s'offrait à tous les regards eût paru 



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I 



— 173 — 

faire plus d'honneur à la religion de son auteur qu-à* 
ses connaissances astronomiques ; en ce moment tous 
ceux qui Tentendirent en furent très frappés ; malgré 
eux ils se sentirent portés à Tadopter, et pas un ne 
douta de la perte immense que la maison venait de 
faire. 

On avait du reste les plus graves motifs de Tappré- 
honder. Le soir même on avait reçu des nouvelles de 
Tétat du malade qui ne laissaient aucun espoir, et trois 
des directeurs venaient de partir pour Saint-Simon. Ils 
ne rencontrèrent pas M. Mounié qui arrivait à pied par 
des chemins de traverse, et eurent en arrivant la dou- 
leur, à laquelle ils s'attendaient, de ne plus trouver 
que la dépouille inanimée du vénérable supérieur. 

6. Regardé et respecté comme un saint dès son vi- 
vant, M. Larnaudie devait recevoir après sa mort dés 
témoignages bien plus remarquables encore deTestime 
et de la vénération universelles. Lorsqu'il eut rendu le 
dernier soupir, la piété fraternelle et la sympathie des 
habitants de Saint-Simon se disposèrent sans retard à 
lui faire dos obsèques en rapport avec sa naissance, son 
caractère et la haute considération dont il était envi- 
ronné. Les translations de corps étant à celte époque 
très inusitées et très rares, il ne venait à l'esprit de 
personne que le Séminaire et la paroisse de Montfau- 
con pussent réclamer sa dépouille mortelle, et la dou- 
leur autant que la surprise furent grandes quand M. 
Derruppé et M. Bonhomme, après avoir prié au chevet 
du défunt, déclarèrent qu'il devait être enseveli au 
milieu de ses ouailles et reposer auprès de cette chère 
maison à laquelle U avait voué sa carrière sacerdotale 
tout entière. Cette déclaration fut appuyée le lende- 



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— 174 — 

main par une lettre du maire de Montfaucon qui récla- 
mait le corps de M. Larnaudie et se chargeait de toutes 
les démarches nécessaires pour sa translation à Mont- 
faucon. On nous assure que la population de Saint- 
Simon, persuadée que le tombeau de M. Larnaudie 
serait une puissante proleciion four le lieu où il repo- 
serait, voulait s'opposer de vive force à ce qu'elle 
regardait comme une violation de son droit ; mais en 
cette matière, la volonté de la famille devait faire loi, et 
les frères de M. Larnaudie ne crurent pas pouvoir 
s'opposer aux vœux si naturels et si légitimes du Petit 
Séminaire qu'il avait fondé et de la paroisse qu'il avait 
administrée. Tout fut donc disposé pour que les obsè- 
ques pussent avoir lieu le lendemain à Montfaucon. 

Il fut d'abori convenu qu'après un office funèbre 
célébré dans l'église du lieu, le corps de M. Larnaudie 
serait transporté sur les épaules des habitants de Saint- 
Simon, jusqu'à moitié chemin de Montfaucon, et que 
là ses paroissiens se chargeraient du précieux fardeau ; 
mais dans la journée ce dessein dut être modifié pour 
satisfaire au pieux désir des habitants de Lunegarde, 
qui réclamaient comme un honneur de le porter eux- 
mêmes sur le territoire de leur paroisse, et voulaient à 
tout prix qu'il reposât quelques instants dans leur 
église. 

C'est ainsi, en effet, que les choses se passèrent. 
Parti de Saint-Simon vers les 3 heures du soir, le cer- 
cueil fut déposé par ses premiers porteurs au hameau 
du Bon Temps, puis transporté par les habitants de 
Lunegarde dans leur église où un second nocturne fut 
chanté, et de là jusqu'à Beaussac, où l'attendait un 
groupe nombreux d'habitants de Montfaucon. Ceux-ci 



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— 175 — 

le prirent à leur tour sur leurs épaules et continuèrent 
enpleinanuitle triste voyage. — Au lac de Gampagnac, 
ils trouvèrent une Division du Petit Sén^inaire, celle des 
grands. Les plus forts d'entré les élèves s'offrirent à re- 
layer de temps en temps les porteurs, et le convoi sans 
cessegrossissant atteignit bientôt le hameau des Vitarel- 
les où se trouvaient le reste de la paroisse et la division 
des petits : il était près de onze heures du soir. Enfin on 
entra dans l'église trop petite, même à cette heure tardi- 
ve, pour contenir Timmense flot de la population. C'est 
là que le corps de M. Larnaudie fut déposé au milieu 
d'une forêt de cierges, pour attendre le jour suivant. Les 
cloches qui avaient sonné le glas funèbre pendant toute 
la journée et une partie de la nuit se turent alors pour 
quelques heures. On raconte que Tune d'elles s'était 
rompue et qu'on avait cependant continué de la sonner 
à toute volée, ses sons enroués ne s'harmonisant que 
mieux avec le deuil qu'elle exprimait. 

Le lendemain eurent lieu les obsèques solennelles. 
Pour satisfaire aux vœux des habitants de Montfaucon, 
il fallut que M. Larnaudie fût porté en procession dans 
toutes les rues de la ville, comme pour donner une 
spéciale bénédiction à toutes les familles. Puis sa dé- 
pouille mortelle descendit au tombeau. 

Quelques-uns auraient désiré que, suivant un pieux 
usage, M. Larnaudie fût enseveli dans son égUse ; mais 
dans la circonstance, on ne jugea pas que cela fût pos- 
sible. Du reste, s'il avait été curé de Montfaucon, il 
avait été avant tout supérieur du Petit Séminaire, et le 
temps allait venir où la maison ayant enfin une cha- 
pelle particulière, le tombeau de M. Larnaudie caché 
dans l'église de Montfaucon, eût été séparé de sa chère 



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-^176 -=. 

communauté. Le fondateur du Petit Séminaire fut donc, 
enseveli au milieu du cimetière commun, où la recour 
naissance de la paroisse et de l'établissement se réser-. 
vait de l'honorer encore mieux. 

En effet quelque temps après, sur le terrain que la 
commune concédait à perpétuité à ses restes vénérés, 
le Petit Séminaire faisait construire un petit monument 
carré qui subsiste encore avec ces inscriptions compo- 
sées par M. Derruppé : 

HIC JACET 

I. F. GVIDO. LARNAVDIE 

MINORIS. SEMINARII 

DE. MONTFAVCON 

SVPERIOR. ET. FVNDATOR 

PARŒCIiE. RECTOR 
SACERDOTVM. NORMA. 



MATVRVS. CŒLO 

VITAM 

LABORIBVS. EXERCITAM 

CLARAM. VIRTVTIBVS 

MELIORE. VÏTA.. COMMVTAVIT 

IX. DIE. AVGVSTI 

ANNO. MDCGCXXIX. 



SANCTA 
GLORIFICAVIT 

ET 

MVLTIPLICAVIT 

VASA 

SANGTORVM 



SEMINARIVM. MŒRENS 

HOC. MONVMENTVM 

POSVIT. 



7. Ces démonstrations de regret et de reconnaissance 
ne furent pas éphémères. Le Petit Séminaire de Mont- 
faucon a gardé longtemps vivant le souvenir de son 



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— 177 — 

ancien supérieur. Tous les tins, pendant trente ans, 
l'anniversaire de sa mort a été célébré par un service 
solennel pour le repos de son âme. C'est seulement 
après 1860 que cet acte de piété fut jugé superflu et 
qu'on trouva plus opportun de prier un tel prêtre que 
d'invoquer pour lui la clémence de Dieu. L'anniversaire 
solennel fut alors supprimé el l'on se borne depuis à 
célébrer pour lui le premier dès services qui se font 
tous les ans, pendant le carême, pour les bienfaiteurs 
de la maison. 

8. Peu de temps après la mort de M. Larnaudie, une 
légère contestation s'éleva entre ses héritiers naturels 
et le Petit Séminaire, au sujet de divers objets qu'il 
avait acquis depuis peu pour la maison, et dont l'énu- 
mération n'était ni ne pouvait être contenue dans sa do- 
nation de 1824. M. Delpon, consulté sur cette question 
par M. Derruppé, établit que M. Larnaudie avait fait 
ces acquisitions comme économe du Petit Séminaire, 
et que, pour en réclamer la propriété, il incombait aux 
héritiers de prouver le contraire. Mais ceux-ci n'insis- 
tèrent pas. Après quelques réclamations auxquelles de 
mauvais conseils les avaient sans doute poussés, ils se 
désistèrent absolument ; ils avaient compris que leur 
parent, en dehors des dix mille francs, restes de son 
patrimoine dont il n'avait pas voulu les frustrer, leur 
laissait encore un magnifique héritage dans ses exem- 
ples de vertu et dans sa glorieuse et sainte mémoire. 



12 



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LIVRE III 



HISTOIRE 

DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 

sous LA DIRECTION 

DE M. DERRUPPÉ 
CHAPITRE I 



ADMINISTRATION DE M. DERRUPPÉ 



§ I. — Vio de M. Derruppé jusqu'à son ordination 
au sacerdoce. 



Sommaire : i. La famille Derruppé, du Peyrou. — 2. Nais- 
sance et premières années de M. Derruppé, — 5. M. Der- 
ruppé à V école du Trépadou, — 4. M, Denmppé au Grand 
Séminaire de Cahors. — 5. Première année à Montfaucon. 
— 6, M, Derruppé à St.-Sulpice et à Issy, — 7. Ordina- 
tions, — 8. Retour dans le diocèse et à Montfaucon. — 
9. Relations avec sa famille, — 10, Dévotion à Notre- 
Dame de Vile, 

Le successeur de M. Larnaudie était désigné d'avance 
et d'une voix unanime ; il était du reste en fonctions 
depuis longtemps : ce devait être M. Derruppé. Mais 



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— 180 — 

avant de raconter les actes de sa longue administration, 
on nous saura gré de reprendre un peu plus haut This- 
toire de ce saint prêtre, et de faire connaître les pre- 
mières années d'une si belle vie. 

1. Quand, après avoir visité le sanctuaire de Notre- 
Dame-de-ril6, le voyageur arrive au sommet de cette 
montagne que les habitants de Luzech considèrent comme 
l'emplacement de l'antique Uxellodunum, il voit tout à 
coup se dérouler à ses pieds une immense et magnifi- 
que plaine. Tout autour, un vaste amphithéâtre de co- 
teaux élevés et dominant presque à pic le cours du 
Lot, était autrefois recouvert de fertiles vignobles ; 
maintenant, hélas I il n'offre plus aux regards que ses 
flancs tristement dénudés. Mais le fléau n'a pu détruire 
les magnificences de la plaine, ses champs et ses bos- 
quets, ses prairies et ses jardins, ses hameaux et ses 
villas dont le spectacle inspirait pendant le dernier 
siècle, à Lefranc de Pompignan, des chants dignes de 
Lamartine. Au nord-est, sur la rive gauche du Lot, et 
à un kilomètre environ de Luzech, on aperçoit une 
maison du plus bel aspect, dont les murailles blanches 
et le toit d'ardoise percent facilement à travers un mas- 
sif de verdure : c'est le hameau du Peyrou, c'est la 
maison natale de M. Derruppé. 

La famille Derruppé habite le Peyrou de temps im- 
mémorial, sans doute depuis plusieurs siècles, 
s'il est vrai que, comme la plupart des familles 
nobles, elle tire son nom de la terre qu'elle occupait. 
Il existe en effet des actes authentiques où elle est 
désignée sous le nom de de Rupe (avec la particule sé- 
parée), traduction manifeste du mot patois del Peyrou. 
Elle paraît aussi avoir toujours occupé un rang distin- 



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- 181 - 

gué parmi les autres familles du pays : un de ses 
membres fut abbé d'Uzerche et en même temps vicaire 
général de Tévêque de Gahors, plusieurs siècles avant 
celui que nous avons connu. (1) 

A la fin du siècle dernier, et vers Tépoque où éclatait 
la Révolution, le chef de cette maison, M. François 
Derruppé, avocat, épousait mademoiselle Marie Massa- 
bie. Il en eut six enfants, dont Tainé, M. Prosper Der- 
ruppé devait conserver et transmettre à ses descendants 
la propriété du Peyrou ; le deuxième, désigné dans sa 
famille par son prénom de Cyprien, fut le saint prêtre 
dont nous avons à raconter la vie. 

2. François-Marie-Gyprien Derruppé vint au monde 
le 7 décembre 1795 et reçut le lendemain au baptême 
le nom de Marie, en Thonneur de Tlmmiculée Concep- 
tion. Il fut ensuite confié aux soins d'une nourrice 
habitant Douelle, qu'il aima toujours depuis presque à 
régal de sa mère. On raconte de son amour filial envers 
cette pauvre femme, qui parvint à un âge très avancé 
quelques traits véritablement charmants. Ramené par 
elle à Tâge de deux ans et demi dans la maison pater- 



(1 ) L'histoire mentionne plusieurs personnages qui ont porté 
le nom de de Rupe ; presque tous étaient des gens d'église. Ce 
sont : 

lo Auger de Rupe, qui vivait en 1303 et dont le nom figure 
dans l'hisloire des abbés du monastère de Nisors. 2» Bernard 
de Rupe, qui signa comme témoin dans un acte passé en 1 160, à 
côté d'un Bertrand de 11 le, simple soldat. 3o Géraud de Rupe, 
prieur de Molières, on 1 286. 

N'est-ce pas encore cette famille qui, pendant le xvi^ siècle, 
fournit à l'abbaye de Glanic, dans le diocèse de Tulle, presque 
une dynastie de prieurs, savoir : 1» en 1511, frère Bernard 
del Peyrou ; 2» en 1537, frère Jean del Peyrou ; 3° en 1550 
frère Bernard del Peyrou ? Il serait à désirer que quelque 
patient érudit voulût bien éclaircir cette question. 



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~ 182 — 

nelle, il refuse obstinément de la quitter, et on se voit 
obligé de le laisser repartir en sa compagnie ; pendant 
plusieurs mois, il s'obstine constamment à vouloir de- 
meurer en nourrice, et la seule menace de retourner 
•au Peyrou sufQt pour le plonger dans la désolation. 
Rendu enfin à sa famille, malgré ses larmes, il revient 
peu à peu de son illusion, sans rien perdre de sa ten- 
dresse pour celle dont il avait sucé le lait ; plus tard 
enfin, devenu étudiant, prêtre, et supérieur du 
Petit Séminaire, il se faisait encore un devoir 
de lui rendre visite, et ne croyait pas s'abaisser 
en s'asseyant à sa table, en acceptant dans sa cuisine 
un modeste déjeuner, et en l'appelant toujours du doux 
nom de maman. 

Après ces traits, qui ne s'attend à lire ici, comme 
dans la vie de presque tous les saints, que le jeune 
Cyprien Derruppé donna dès sa première enfance des 
présages' non équivoques de sa future sainteté ?... Ce 
serait pourtant une erreur manifeste et que démenti- 
^ rait une tradition trop bien accréditée pour n'être pas 
certaine. Il est avéré, et sa famille le reconnaît avec 
tous les habitants de Luzech, que durant son enfance 
M. Derruppé fut d'une turbulence extrême, et d'une 
espièglerie que sa vive intelligence ne laissait pas que 
de rendre redoutable. Souvent du reste, ses tours de 
gamin ne furent pas inoffensifs et eurent de graves 
conséquences. Par exemple, l'émoi fut vif dans la petite 
ville de Luzech quand on apprit que, par sa faute, le 
sanctuaire de Tlle venait d'être saccagé : son pauvre 
précepteur (M. l'abbé Magne, simple clerc, originaire du 
Rouergue) ayant perdu la tête, il avait fallu se rendre 
maître de sa personne et l'attacher avec des cordes. 



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— 183 — 

Vaine précaution si on ne veillait en môme temps sur 
son élève. £aefret,lejeuneCyprien ne pouvait manquer 
cette occasion de faire un mauvais coup. Se laissa-t-il per- 
suader et toucher inopportunément par son malheureux 
maître, ou crut-il de sondevoirdedéfaire ce que les autres 
avaient fait?... Nous ne savons: toujours est-il qu'il 
délia le forcené. Celui-ci ne fut pas plus tôt libre qu'il 
s'élança dans les champs, courut droit devant lui, fran- 
chit la rivière et se dirigea vers le sanctuaire de l'Ile. 
En quelques instants tous les meubles sont boulever- 
sés, les dégâts accumulés et l'image môme de la Ma- 
done, horriblement défigurée. Quand on parvint à 
enchaîner de nouveau le malfaiteur inconscient, il 
n'avait plus rien à briser. Pour comble de maux, 
il dénonça son libérateur qui dut recevoir une 
bonne correction; mais le mal était fait et presque irré- 
parable. 

L'infortuné précepteur rendu à sa famille ne fut pas 
remplacé dans la maison Derruppé, el Cyprien dut aller 
chaque jour, avec ses frères, à l'école publique de Lu- 
zech. Ce n'était pas le moyen de le discipliner. Le 
besoin de se remuer et d'agir qui le dominait n'étant 
plus contenu, n'en devint que plus impérieux^ et son 
père lui-môme en fut bientôt effrayé. Certes, il y eut 
bien de quoi le préoccuper, quand il apprit un jour, 
par hasard, que son fils trouvant ttop long ou trop vul- 
gaire le long détour qu'il fallait prendre pour aller 
passer sur le pont, avait l'habitude pendant l'été, de 
franchir le Lot à la nage, sans consulter ni le thermo- 
mètre ni l'horloge. 

La crainte des périls que courait le jeune imprudent 
et que de simples remontrances ne suffisaient pas sans 



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— 184 — 

doute à conjurer, fit hâter son départ pour le collège. 

3. Mais à quels maîtres confier un tel enfant ? M. 
François Derruppé n'avait le choix qu'entre le lycée 
dont il se défiait, et quelqu'une de ces écoles de pres- 
bytère, alors nombreuses^ comme nous l'avons vu, 
mais où l'on n'apprenait que le strict nécessaire pour 
se préparer à entrer dans l'état ecclésiastique. Une 
d'elles pourtant paraissait assez bien organisée ; elle 
réunissait déjà de nombreux élèves appartenant aux 
meilleures familles et avait reçu le titre d'école supplé- 
mentaire au Petit Séminaire : c'était l'école de M. 
Monceret, au Trépadou. M. Derruppé se décida pour 
cette dernière ; il présenta son fils à M. Monceret en 
l'avertissant loyalement des tendances de l'élève et en 
lui faisant part des inquiétudes que lui inspirait à lui- 
même une turbulence si efïrénée, M. Monceret ne se 
montra ni effrayé ni embarrassé de la perspective 
d'une telle éducation : il connaissait les enfants. — 
« Cette turbulence et ces espiègleries, dit-il, révèlent 
seulement une prodigieuse activité ; il ne s'agit que de 
la bien diriger ; si l'enfant est intelligent et s'il a du 
cœur, nous en tirerons quelque chose de bon ; je dis 
plus : vous verrez qu'il deviendra un homme et qu'il 
fera merveille. » L'avenir devait pleinement justifier 
ces prévisions. 

Gyprien Derruppé fut donc inscrit au nombre des 
élèves de M. Monceret : c'était en 1808. L'excellent 
maître vit bientôt qu'il ne s'était pas trompé en lui sup- 
posant une vive intelligence et un excellent cœur ; 
aussi le prit-il bientôt tendrement en affection, et tandis 
que ses autres élèves étaient pour lui M. de Laborie, 
M. de Saunhac, M. de Tulle, M. Ghaline, M. Mousset, 



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— 185 — 

etc., le nouveau venu était appelé tout familièrement 
par son prénom de Gyprien. 

Avec cela, Tère des difficultés s'était aussi ouverte 
dès les premiers jours, et Fapplication du jeune élève 
laissa d'abord notablement à désirer. On possède encore 
la série de ses notes qui dans les débuts ne sont rien 
moins qu'édifiantes. A côté des notes Bien, qui sont 
rares, il y a des notes Mal qui coudoient les premières 
d'un peu près et trop souvent. 

Il en fut ainsi jusqu'au jour où le turbulent écolier dut 
songer sérieusement à sa Première Communion. Ce grand 
acte dont il comprit toute l'importance, et auquel il se 
prépara avec un soin extraordinaire,fut pour lui le prin- 
cipe d'un changement profond et d'une transformation 
complète. Il ne se contenta pas alors de changer de vie et 
d'amender le présent, il commença de songer à l'avenir 
et il annonça tout à coup l'intention de devenir prêtre. 
Cette heureuse pensée, fruit d'une Première Commu- 
nion admirablement fervente, fut considérée par des 
parents chrétiens comme une marque de sérieuse voca- 
tion ; ils furent heureux d'espérer qu'un de leurs fils 
se consacrerait à Dieu, et que ce serait précisément 
celui-là même dont les premières années leur avaient 
causé tant d'inquiétudes. 

Pour réaliser son dessein, le jeune Cyprien Derruppé 
n'avait pas à changer de maison ; il était à l'école d'un 
prêtre modèle, dans une école supplémerdaire au Petit 
Séminaire. Il résolut d'y achever ses études et en effet 
il n'eut jamais d'autre maître dans les lettres latines et 
françaises que M. Monceret. Un jour cependant il se 
vit menacé d'être obligé de le quitter : c'était en 1809, 
lorsque M. Monceret fut mis en demeure de se confor- 



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— 186 — 

mer aux règlements de l'Université. L'excellent maî- 
tre n'était nullement disposé à subir une telle loi, et il 
prit le parti de fermer sa maison plutôt que de se 
soumettre aux règlements de ce qu'il appelait la Syna- 
gogue de Satan. En effet, il renvoya à M?' deGrainville 
le titre officiel de son école, et congédia tous ses élèves 
excepté les trois qu'on ne pouvait aucunement l'empê- 
cher de garder ; comme on le pense bien, le jeune 
Derruppé fut da ce nombre. 

A partir du jour de sa Première Communion, son 
application fut constante et ses progrès extrêmement 
rapides. Nous avons déjà fait connaître le système 
d'éducation de M. Monceret, et la préférence qu'il 
donnait aux lettres chrétiennes sur les monuments de 
la littérature profane. M. Derruppé fut ainsi nourri dès 
son enfance dés textes de l'Écriture et de la doctrine 
des Pères. 

Au lieu de traduire Virgile et Horace, il traduisit les 
livres de la Bible, et ne s'en trouva pas trop mal. Ce 
latin de la Vulgate, qu'on traite de barbare, et cette 
langue des Pères qui appartient à la décadence, ne 
furent nuisibles ni à son goût ni à son style. Qui ne 
sait avec quelle facilité, quelle correction et quelle 
élégance M. Derruppé maniait la langue latine ? En 
français il écrivait aussi fort bien : ses lettres sont 
écrites généralement au courant de la plume et avec 
une grande simplicité, mais aussi avec une pureté et 
une concision qui ont souvent excité l'admiration des 
connaisseurs. Son style, il est vrai, manque un peu de 
couleur ; mais ce n'est point la faute du modèle sur 
lequel il s'est formé ; ce défaut s'explique beaucoup 
plus facilement, à notre avis, par la tournure de son 



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— 187 — 

esprit plus juste que brillant, très avide de clarté, mais 
peu soucieux des ornements. li aurait cru manquer à 
la modestie en sacrifiant quoi que ce soit aux grâces et 
aux muses. 

4. Après avoir gardé son jeune élève pendant 5 ans, 
M. Monceret jugea ses études littéraires terminées, et 
M. Derruppé se disposa à entrer au Grand Séminaire 
de Gahors : il y fut reçu au mois de novembre 1813. 

De son séjour dans cette maison il ne nous reste que 
très peu de monuments : ce sont ses rédigés de théolo- 
gie, dont la perfection n'a rien qui puisse nous étonner, 
et trois lettres à sa famille qui nous paraissent singu- 
lièrement intéressantes. 

La première, datée du 12 juillet 1815, a un caractère 
tout politique et nous montre en M. Derruppé un ar- 
dent légitimiste. On verra par l'extrait suivant quelles 
étaient aussi les dispositions des esprits à Gahors, 
vingt jours après la bataille de Waterloo, et pendant 
cet intervalle qui sépara les cent jours de la seconde 
Restauration : 

« Mon très cher père, je remettrais avec plaisir à 
» demain à vous écrire, si je croyais de nouveau trouver 
» quelque occasion, car nous espérons avec toute la ville 
i> que notre joie sera alors à son comble, et que leslam- 
» beaux aux trois couleurs céderont dans la journée la 
» place au drapeau blanc. Il n'eût pas tant tardé à être 
» arboré sans les soldats qui causèrent hier un grand 
:» trouble dans la ville, mais cependant à la gloire des 
» royalistes.Quelques quartiers promenèrent le drapeau 
» blanc; tous les officiers et soldats furent hués toute la 
» matinée par les cris de vive le Hoy ,à bas Bonaparte I etc 
» Les femmes les accompagnaient à la caserne on dan- 



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— 188 — 

j> sanl et en faisant retentir 1 es mêmes cris.Un général qui 
» venait de Paris, et qui avait couché ici la nuit précé- 
» dente se vit environné, lorsqu'il monta dans sa voiture 
» pour partir, d'une multitude de personnes qui lui Jirent 
» entendre tous les cris qui peuvent fure enrager un 
» bonapartiste. Les officiers et les soldats furieux voulu - 
)) rent dissiper la multitude et faire cesser les cris ; ils 
» employèrent pour cela toutes sortes de menaces, la 
» force même, et il y eut un jeune homme blessé à la 
» joue d'un coup do baïonnette. Au moment d'être as- 
» sommés, les officiers furent de leur propre autorité 
» chercher le régiment qui réussit, comme vous pensez 
» bien, à dissiper le rassemblement. De son côté legéné- 
» rai fît de fortes réprimandes aux ofdciers, pour avoir 
» fait ainsi marcher les soldats sans son ordre, et les fît 
X) tous retirer honteusement. On croit que le préfet qui 
» toujours, même liier,s'est assez mal montré, ne tar- 
» dera pas à s'enfuir... » 

Le 24 juillet de l'année suivante, le père du jeune 
séminariste reçut h la fois deux lettres, l'une de son 
fils, l'autre de M. Solacroup, supérieur du Grand Sé- 
minaire. Trop jeune pour entrer dans les ordres sacrés, 
et effrayé, comme nous le verrons bientôt, à la pensée 
des r-edoutables obligations de la vie sacerdotale, l'abbé 
Derruppé avait formé le projet d'aller perfectionner au 
Grand Séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, son éduca- 
tion cléricale ; il s'agissait d'obtenir de son père l'auto- 
risation indispensable, et les nouveaux sacrifices que 
ce projet allait rendre nécessaires. Supposant avec 
raison que sa demande rencontrerait quelque opposi- 
tion, il avait jugé prudent de la faire précéder et ap- 
puyer par les encouragements du vénérable supérieur. 



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— 189 - 

La lettre de celui-ci fait trop d'honneur à* M. Derruppé 
pour que nous puissions nous dispenser de la citer. 

« Gahors, le 24 juillet 1816. 

» Monsieur, 

» Il y a bien longtemps que M. Cyprien m'a fait con- 
» naître le désir qu*il aurait d'aller continuer ses étu- 
» des au Séminaire de Sainl-Sulpice, à Paris, et qu'il 
» me presse de vous écrire pour vous engager h lui 
y> accorder cette faveur... Je ne doute pas, monsieur, 
» que l'amour que vous avez pour cet enfant ne vous 
» engage à le satisfaire sur ce point, à moins que Tétat 
y> de vos affaires n'y opposât un obstacle insurmonta- 
y> ble. Rien de plus légitime et qui doive vous faire 
» plus de plaisir que l'objet de sa demande ; il soupire 
» après l'éducation ecclésiastique la plus parfaite, et 
» ses talents naturels, joints aux excellentes qualités 
» dont Dieu l'a favorisé, ne laissent aucun doute qu'elle 
» doive être couronnée par les plus heureux succès et 
» le mettre à même de rendre un jour les plus grands 
» services à l'Eglise... De pareils motifs ne sauraient 
» vous être indifférents. 

y> Il est vrai que les frais d'éducation sont considéra- 
» blés à Paris, mais outre qu'une éducation distinguée 
» ouvre souvent la porte à des emplois qui dédomma- 
» gent abondamment des avances qu'elle a nécessitées, 
» il y a tout lieu de croire qu'on obtiendra pour lui un 
» rabais sur le prix de la pension. On a déjà fait des 
» démarches pour cela auprès de M. le supérieur de 
» Saint-Sulpice, et on espère qu'elle sera réduite à 500 
^ francs : cette somme n'excède pas vos facultés. 



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— 190 — 

• 

» ...Quellç satisfaction pour votre fils s'il apprenait 
» que ses vœux sont exaucés I il ne se posséderait pas 
i& de joie, et j'avoue que je n'y serais pas indifférent, 
» par l'affection que je lui porte. 

» J'ai l'honneur, etc. 

» SOLACROUP, sup' du Séminaire. » 

A ces motifs si flatteurs que le vénérable supérieur 
invoquait à l'appui de sa demande, M. Derruppé en 
ajoutait lui-môme quelques autres d'une nature toute 
différente : 

€ Mon très cher père, disait-il, je ne doute pas que si 
» vous connaissiez les avantages que me procurerait 
» un séjour de deux ou trois ans à Saint-Sulpice, vous 
» ne cédassiez à mes vœux. Autrement, je vais être 
» employé à professer dans quelque Petit Séminaire 
» quelque classe deRosa ou de Qui Quœ Quod, et perdre 
» par conséquent un temps précieux... Voyez donc sf 
» mon instruction actuelle serait suffisante pour remplir 
» dignement tous les devoirs du saint ministère... Si 
3 vous me refusiez la grâce que j'implore, comment 
» concilier votre refus avez l'intérêt que vous prenez à 
»moi?... Vous allez me dire que la dépense vous 
» arrête ; mais ne la feriez-vous pas si vous m'engagiez 
» dans le mariage ? Au reste, je ne prétends pas que la 
» famille en souffre ; j'y sacrifierai très volontiers une 
» partie de ce qui pourrait me revenir... Je n'ajoute 
» plus rien, si ce n'est que j'espère beaucoup de votre 
» bonté. 

» En attendant, etc. 
'-^' » Gyprien derruppé. » 

5. Hélas 1 des vœux si ardents ne devaient pas être 



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— 191 — 

exaucés, et l'année suivante (1816-1817) nous trouvons 
M. Derruppé à Montfaucon, professeur, non de Rosa 
ou de Qui Quœ Quod^ comme il l'avait annoncé, 
mais de troisième, c'est-à-dire de la seconde division. 

Un témoin oculaire nous a parlé de l'heureuse im- 
pression que ce jeune maître produisit dès son arrivée, 
sur M. Larnaudie et sur la naissante communauté ; il 
fut entouré aussitôt non seulement d'affection, de con- 
fiance et d'estime, mais encore de considération et de 
respect ; et cependant il n'avait pas encore 21 ans 
accomplis et il n'était que simple clerc tonsuré ; mais 
il sut toujours, dans sa simplicité, garder sa dignité et 
commander la vénération. Quarante ans après, au 
couvent de Lacapelle-Marival qu'il visita souvent 
comme vicaire général, les jeunes élèves lui donnèrent 
le surnom de « Père Respect -» ; ce beau surnom, il en 
était digne à l'âge de 20 ans. 

Cependant, quoiqu'il eût évité heureusement l'en- 
seignement du Qui Quœ Quod, M. Derruppé n'avait 
pas renoncé définitivement à son projet d'aller refaire 
sa théologie à Saint-Sulpice, et il eut un nouveau 
motif à invoquer auprès de l'autorité paternelle, lors- 
que M. Larnaudie, appréciant du premier coup d'œil 
ses éminentes qualités, lui eut exprimé le désir de le 
voir se dévouer à son tour à la belle œuvre du Petit 
Séminaire. Une tradition veut que M. Larnaudie ait 
envoyé lui-même M. Derruppé à Paris pour s'y prépa- 
rer à l'enseignement de la philosophie ; il est plus vrai- 
semblable qu'il se borna à l'encourager dans son d^ 
sein. Toujours est-il que de nouvelles instances auprès 
de son père furent enfin couronnées d'un plein succès. 



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— 192 — 

6. Il partit do Peyrou le mercredi 22 octobre 1817. 
Le voyage dura six jours entiers, au bout desquels il 
débarquait enfin à Pans. Pour raconter ses premières 
impressions, nous sommes heureux de lui céder encore 
la parole. 

<fi Paris^ le 10 novembre 1817. 

» Mon très cher père, 

» le ne doute pas qu'il ne vous tarde de recevoir de 
» mes nouvelles : j'en juge d'après l'impatience où je 
» suis moi-même d'en recevoir de toute la maison... 
» Le voyage ne m'a point fatigué. J'ai toujours été avec 
y> un anglais avec lequel nous étions bons amis. Il y a 
» presque toujours eu des militaires dans la diligence, 
» mais je n'en ai éprouvé aucun désagrément, si ce 
» n'est qu'ils n'étaient pas en apparence très dévots. 

» J'arrivai tort à propos à Paris, car peu de temps 
» après le roy devait sortir des Tuileries avec toute la 
» cour pour aller présider à l'inauguration de la statue 
» d'Henri IV. Vous pensez bien que je voulus le voir... 
» j'eus en efïet cet honneur ; je vis en môme temps 
» plusieurs membres de la famille royale avec les diffé- 
» rents ordres militaires. La foule était immense; on ne 
y> savait où passer. Cette affluence de gens, jointe aux 
y> courses qu'il me fallut faire pour remettre les paquets 
> dont j'étais chargé, me rassasièrent de Paris dès le 
» premier jour. 

» Je fus, le soir, me présenter chez M. Duclaux qui 
» me reçut avec sa bonté ordinaire... Je croyais, comnae 



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— 193 — 

» VOUS le pensiez également, qu'il m'enverrait à Issy ; 
» mais il a jugé à propos que je restasse à Saint-Sul- 
» pice. 
» On m'avait dit beaucoup de bien dé cette maison, 

> et je vois de mes propres yeux qu'on n'exagérait pas. 

> M. Duclaux est l'homme le plus respectable et le 
» plus respecté qu'on puisse voir ; il est rempli de 
y> sainteté, de douceur, de bonté, et il est de l'accès le 
» plus facile... Il y a dans le Séminaire beaucoup de 
» piété, de simplicité, une grande union et de Patten- 
» tion pour les nouveaux venus... Il y a dans l'un et 
» l'autre Séminaire neuf Quercynois. Je ne vous donne- 
» rai pas de nouvelles de ce qui se passe dans Paris, 
» car quoique nous l'habitions, c'est comme si nous 

> étions à cent heues ; je connaissais bien mieux à 
» Montfaucon les affaires que je ne fais ici... 

» Je puis vous assurer que vous m'êtes toujours pré- 
» sents, et que je suis, etc. 

» Gyprien DERRUPPÉ, c. t. » 

La passion de l'étude et une sainte avidilé de la 
science sacrée avaient seules conduit M. Derruppé à 
Saint-Sulpice ; dans ces conditions il serait superflu de 
dire avec quelle ardeur il se mit au travail. Il eut pour 
maîtres M. Carrières, qui entretint avec lui jusqu'à sa 
mort une correspondance suivie ; M. Boyer, l'ami de 
M. de Bonald et l'oncle de Ms^ Affre ; et le savant M. 
Mollevaut qui fut professeur de morale à Saint-Sulpice 
avant de prendre la direction de la Solitvde d'Issy. Au- 
dessouè de ces maîtres, M. Derruppé put également 
voir à l'œuvre quelques-uns de leurs disciples les plus 
brillants, qui se lièrent avec lui d'une sainte et étroite 

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— 194 — 

amitié ; citons, entre autres, ceflui qui fut depuis le 
Cardinal Mathieu, archevêque de Besançon, et M. Laloux 
qui ne devait pas tarder à devenir à son tour une des 
lumières de l'Eglise de France. Il se montra bientôt le 
digne élève de ces éminents professeurs et le digne 
émule de tels condisciples. Les uns et les autres le 
prirent en grande estime ; il est curieux de voir 
sur ce point son humilité aux prises avec la vérité et 
avec son désir de satisfaire une curiosité bien légitime. 
Le 17 avril 1818, il écrivait à ses parents : 

« Vous me témoignez désirer que je vous apprenne 
» la manière dont je suis vu de mes supérieurs et sur- 
» tout de M. Montaigne. Ce dernier, étant dans un état 
» de souffrance qui augmente toujours, ne peut guère 
» savoir quels sont mes progrès ; cependant je le vois 
» de temps en temps et il me témoigne un assez grand 
ji attachement. Il ne manque pas de me charger de le 
» rappeler à votre souvenir. Quand à M. Duclaux, je 
) crois qu'il est content de moi. Au reste, je ne perds 
)» pas mon temps... Je ne dois pas m'attendre à briller 
» parmi mes condisciples, parce qu'il y en a un très 
9 bon nombre qui ont des talents bien supérieurs aux 
» miens et beaucoup plus de facilité que moi ; mais je 
» suis persuadé que vous serez contents de moi, pourvu 
» que je fasse ce que je puis. » 

Après deux ans d'études à Saint-Sulpice, M. Derruppé 
reçut de la part de ses maîtres un témoignage de con- 
fiance dont sa modestie elle-même ne put réussir à 
diminuer la portée. Vers le milieu de l'année 1820, il 
fut invité à passer du rang des élèves au rang des maî- 
tres et chargé du cours de philosophie à Issy. 



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— 195 — 

Nous n'avons pas la lettre par laquelle il annonça 
cette nouvelle à ses parents, et nous croyons que c'est 
à regretter ; mais la lettre suivante contient quelques 
réflexions qu'on ne peut lire sans jouir un peu de son 
embarras. 

« Issy, 6 mars 1820. 

» Je suis bien aise du contentement que vous avez 
» eu en apprenant l'emploi dont on m'a fait l'honneur 

> de me charger. On a la bonté de me le continuer 
» encore. On aurait tort d'avoir chez nous une plus 
]> haute estime de moi à l'occasion de cet emploi, car 
3 je vous assure que les difficultés que j'y éprouve se- 
ji raient bien plus propres^ si j'avais de l'humilité, à 
» me convaincre de mon insuffisance, qu'à me faire 

> concevoir les moindres sentiments d'estime de moi- 
^ même. Mais quelque indigne que je fusse de cet em- 
» ploi, Dieu qui est si bon a daigné permettre que M. le 
» supérieur m'en chargeât, afin de me délivrer peut-être 
» de l'embarras où je me trouvais au commencement 
» de l'année. Heureusement je ne suis pas seul chargé 
3 de la philosophie ; car outre les deux classes que je 
3 fais par jour, il y a par semaine quatre conférences 
» de philosophie qui sont faites par deux messieurs du 
» Séminaire et qui sont incomparablement plus en état 
» que moi. On les nomme : maîtres de conférences. 3 

Le lecteur aura sans doute remarqué le passage de 
cette lettre où M. Derruppé parle à son père de quel- 
ques embarras qu'il a éprouvés dans les commence- 
ments de 1820. Quoique l'on pût donner plusieurs sens 
à ce mot, il n'est pas douteux à nos yeux qu'il ne dési- 



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— 196 — 

gne ces difficultés de conscience et ces scrupules dont 
il eut tant à souffrir encore dans la suite. Ceci nous 
amène à parler de ses ordinations et des délais qu'il 
apporta à entrer dans les ordres sacrés. 

7. A Cahors, M. Derruppé n'avait consenti qu'à rece- 
voir la tonsure. Comme après ses trois années de 
Séminaire, il n'avait pas encore l'âge requis pour le 
sous-diaconat, on s'étonna peu de ne pas le voir avancer 
même dans les ordres mineurs. Toutefois lorsqu'on le 
vit passer la 22« année de son âge à Montfaucon sans 
avancer encore, sa famille commença à s'inquiéter, et 
peut-être faut-il attribuer à cette préoccupation la 
liberté qui lui fut enfin donnée en 1817 d'entrer à 
Saint-Sulpice. 

A quoi tenaient ces retards ?... L'explication nous 
en a été donnée une première fois par M. Carayol, 
son disciple préféré, son successeur à Montfaucon 
et son confident intime pendant les dernières an- 
nées de Ba vie. 

— « Le démon, dit M. Carayol, pressentait le bien 
ji immense qu'un tel prêtre devait un jour faire aux 
» âmes, soit directement par ses conseils et ses exem- 
> pies, soit indirectement, par le grand nombre d'excel- 
» lents prêtres qui se formeraient sous sa conduite; c'est 
» pourquoi il entreprit de l'arrêter, s'il était possible, 
X dans sa voie ; et au moment de prendre de solennels 
» engagements il eut le pouvoir de tourmenter son âme 
» par d'importuns scrupules et d'insurmontables appré- 
» hensions : M. Derruppé craignait toujours de devenir 
» un mauvais prêtre ! » 

Ces tourments, d'autant plus intolérables qu'ils 
doivent rester un secret entre l'âme et le directeur 



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— 197 — 

qu'elle a choisi^ M. Derruppé les avait soufferts 
à Gahors ; il en souffrait à Montfaucon en 1817 et 
il n'en fut pas délivré môme à Paris, ou il avait pour- 
tant de grandes lumières poui* s'éclairer, tl fallut der- 
tainement toute Tautoritô et tous les encourageinetits 
de ses nouveaux maîtres pour triompher de son indéci- 
sion ; encore le vit-on plus d'une fois refuser de répon- 
dre aux appels pour l'ordination. Il s'en excuse, non 
sans embarras, auprès de sa famille qui parait lui en 
avoir témoigné du mécontentement. — « Quant aux 
» saints ordres, dit-il, j'espère que Dieu me fera là 
» grâce de suivre en cela les avis des personnes sageë 
» qu'il aura chargées de ma direction, et d'y entrer 
1 successivement, selon sa volonté. Si vous aviez connu 
» parfaitement toutes les raisons qui ont empêché que 
» je ne reçusse plus tôt le Sous-Diaconat, vous n'auriels 
> peut-être pas été aussi fâchés contre moi. Si le bon 
j> Dieu permet que j'aie des embarras et des peines il 
» est juste que je les souffre ; je le prie cependant de 
» m'en délivrer en entier, afin que je sois propre à le 
» servir ainsi que l'Eglise autant que je pourrai. » — 
On plaindra, comme nous, cette âme dont la vertu ne 
peut être suspectée, et qui est soumise cependant à dé 
si rudes épreuves ; toutefois à notre sympathie 
doit se mêler une certaine admiration. Ces appréhen- 
sions et ces scrupules sont si honorables I ils révèlent 
dans celui qui en est tourmenté une âme si pure, 
des intentions si droites, une idée si sublime du sacer- 
doce I... 

Surmontant enfin des craintes exagérées et déjouant 
les pièges de l'ennemi par une soumission aveugle aux 
décisions de ses directeurs, M. Derruppé fut ordonné 



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sou3-diacre le 18 septembre 1819, diacre le 27 mai 1820, 
et prêtre le 16 juin de la même année. 

8« Revêtu du sacerdoce, M. Derruppé était prêt à 
faire tout ce que la Providence demanderait de lui : 
il ne s'agissait plus que de savoir à quelle œuvre 
il se dévouerait ou serait dévoué. 

Sa famille, qui avait fait d'abord tant de difficultés 
pour l'envoyer à Paris, aurait désormais souhaité qu'il 
y restât, afin que son talent, dont elle était justement 
flère, pût se déployer sur un plus grand théâtre. Mais 
dans une semblable question, outre qu'il était incapable 
décéder aune pensée d'orgueil, M. Derruppé savait par- 
faitement qu'il ne devait écouter que la voix de l'Eglise. 
Toutefois, dans l'Eglise elle-même, il entendait encore 
deux voix qui l'appelaient ; d'un côté St-Sulpice qui 
avait besoin de ses services à Issy, de l'autre le diocèse 
de Cahors qui devait tenir encore plus à conserver un 
tel sujet. Il est certain (1) que Mgr de Grainville fut sol- 
licité de le laisser au Petit Séminaire d'Issy, au moins 
pour quelques années. Sil'Evêque de Cahors eût acqui- 
escé à cette demande, il est plus que probable que 
M. Derruppé n'aurait pas tardé longtemps à s'enrôler 
dans la pieuse milice du vénérable M.Olier, et seraitmort 
sulpicien de fait, comme il l'a toujours été par son gen- 
re de vie, son amour de l'étude et de l'enseignement, 
son savoir théologique et sa piété aussi profonde que 
modeste. Mais Mgr de Grainville fit valoir les besoins 
encore plus pressants de son diosèse et de son Petit 
Séminaire ; il fit plus, il s'empressa de rappeler M. Der- 

(1) Souvenirs d'un entretien de M. Garayol. 



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— 199 — 

ruppé, quoiqu'il ne pût encore lui offrir qu'une chaire 
de Rhétorique. 

M. Derjruppé quitta donc, pour rentrer à Montfoucon, 
cette maison d'Issy dont il a gardé toute sa vie un si 
doux souvenir, et dont il pariait toujours avec l'accent 
de la plus profonde reconnaissance. 

De son côté, la communauté de St-Sulpice n'a 
pas oublié (1) ce prêtre, l'un des plus éminents parmi 
les types de sainteté et de savoir qu'elle a formés 
en notre siècle. 

9. Nous avons hâte de revenir, en compagnie de 
M. Derruppé, à l'histoire du Petit Séminaire de Mont- 
faucon ; cependant nous croyons devoir encore aupara- 
vant compléter ces notions, en quelque sorte préli- 
minaires, sur un prêtre dont on ne veut rien ignorer, 
par quelques détails édifiants sur ses relations avec sa 
famille et sa grande piété envers Notre-Dame de Tlle. 

M. Derruppé avait pu à cet âge de la vie, où les actes 
de l'homme sont encore plus ou moins inconscients et 
toujours peu réfléchis, donner à la sollicitude paternelle 



(I) Voici ce que nous écrit à ce sujet le vénérable M. 
Icard, supérieur de la Ciongrégation de Saint-Sulpice : 
< Monsieur, 

T> Je n*ai pas connu ce respectable ecclésiastique, n'étant 
» venu à Paris que dix ans après qu'il eut quitté St-Sulpice. 
» Mais je puis assurer qu'il y avait laissé la réputation d*un 
1^ sujet remarquable {iar sa sagesse et ses solides vertus. 
D M. Carrières Testimait beaucoup et a dû lui écrire souvent. 
» Il y a eu entre M. Drrinippé et St-Sulpice des rapports très- 
D fréquents pendant un temps considérable : nous l'avons 
» toujours eu en grande estime. 

» Veuillez agréer... etc., 



» (Paris, iO mars 1887.) » 



» ICARD. 



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— 200 — 

qudques sujets de s'alarmer : il n'en devait pas moins 
être de très boane heure un modèle de piété filiale et 
d'amour fraiternel. 

De nos jours, la plupart des parents, dans l'espé- 
rance égoïste de se voir plus tendrement aimés 
de leurs enfants, ont renoncé au respect qui leur est 
dû, et abdiqué l'autorité dont le Créateur les avait in- 
vestis. On les voit obéir docilement, au lieu de parler 
en maîtres, exiger qu'on les tutoie, et tomber enfin, par 
un juste retour, dans un mépris qui ne ressemble en 
rien à la tendresse et à Tamour. Il en était tout autre- 
ment au siècle dernier, et même au commencement de 
celui-ci, du moins dans les familles dexeurées chrétien- 
nes et soucieuses de leur dignité, comme l'était mani- 
festement la famille Derruppé. Certes, le grave avocat 
de Luzech n'était pas un père à gâter ses enfants. Mais 
aussi avec quelle déférence lui écrit son fils Cyprien ! 
Une lui demande jamais rien qu'en prenant le ton de 
la plus humble supplication, et en s' excusant d'être tou- 
jours à demander ; la plupart des lettres qu'il lui écrit 
se terminent par cette conclusion dont on n'use plu.s 
aujourd'hui qu'à l'égard des personnes d'un rang très 
supérieur : 

« Mon très cher père, je vous prie d'agréer ainsi 
i> que ma mère, l'assurance du profond respect avec 
» lequel j'ai l'honneur d'être votre très dévoué fils : 

» Cyprien DERRUPPÉ. » 

La formule suivante, qui termine une de ses lettres 
de Paris, est encore plus respectueuse : 

« Je vous embrasse aussi mon très cher père, et ma 
» très chère mère, et vous renouvelle les sentiments de 



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— 204 — 

» la plus parfaile reconnaissance, de la plus sincère 
» affection et du plus profond respect, avec lesquels 
» j'ai l'honneur d'être votre ftls très humble et très 
» soumis. 

« Cyprien DERRUPPÉ. » 

Quelques jeunes gens, élevés dans les principes de la 
familiarité démocratique, souriront sans doute de cet 
honneur que M, Derruppé, écrivant à son père, se fai- 
sait d'être son fils, et trouveront qu'en citant de pareils 
traits noua nous arrêtons à des détails bien puérils et 
bien futiles. Nous ne stftnmes point de cet avis ; nous 
voyons dans ces formes de langage si pleines de défé- 
rence, une intelligence et une observation peu commu- 
nes du précepte divin : Honora patrem tuum et matrem 
tuant; et Dieu les a récompensées, suivant sa coutume, 
dans son fidèle serviteur, en faisant de lui, pendant une 
longue carrière, le prêtre le plus respecté d'un vaste 
diocèse. 

A l'égard de nos parents, les années ne font guère 
qu'ajouter à nos devoirs. M. Derruppé devenu prêtre, 
directeur et supérieur du Petit Séminaire, dut se faire en 
plus d'une circonstance le consolateur et le conseiller 
des siens, Un procès malheureux ayant gravement at- 
teint la fortune de la famille, le chagrin était entré dans 
la maison, et avait aigri le caractère déjà bien difficile 
par lui-même du vieil avocat. Avec quelle délicatesse M. 
Derruppé console sa mère et recommande à son père les 
égards et la douceur !.. — Mais il fallait faire encore plus : 
ce père si respecté était chrétien sans doute dans le fond, 
mais il négligeait ses devoirs religieux, et le saint prêtre 
qui était son fils en était vivement préoccupé. Apprenant 



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- 202 — 

qu'il a été gravement indisposé, il se décide enfin à 
Tavertir : 

— oc Au risque de vous déplaire un peu, lui 
» écrit-il, ma concîence et ma tendresse toute filiale 
9 me portent à vous représenter que vous négligez 
» beaucoup trop vos devoirs religieux, et à vous exhor- 
» ter surtout à l'époque où la Ciirrière de la Pénitence 
» va s'ouvrir, à ne pi us user d'aucun délai. > 

En i831, des symptômes très alarmants n'ayant plus 
laissé que peu d'esi)oir de conserver le cher malade, M . 
Derruppé, déjà très afiïigé de^ la perte récente de sa 
mère (12 janvier 1830), se préoccupe avant tout d'em- 
pêcher que son pcre ne soit surpris par la mort, 
et il recommande sans cosse à son fière d'y veil- 
ler. Quand le respectable vieillard rendit son âme à 
Dieu, le 18 février 1832, il dut sans doute, au tribunal 
du Juge souverain, plus encore qu'il n'avait fait sur la 
terre, s'estimer très heureux d'avoir eu un tel fils. 

Celui qui parlait de la sorte à un père, ne devait pas 
épargner à ses frèros les avis et les encouragements à 
remplir leurs devoirs de chrétiens. Étant encore simple 
séminariste, il écrivait de Paris à son père : « Je conju- 
» re le cher frère Augustin de vivre chrétiennement.... 
^ Mon frère Prosper ne trouvera pas mauvais, quoique 
» mon aîné, que je lui fasse îa même exhortation. » 

Il portait aussi le plus vif intérêt à leurs affaires tem- 
porelles; toutefois ils furent heureux de jouir par eux- 
mêmes d'une très belle aisance ; à la fin de sa carrière, 
après 40 ans d'enseignement et 37 ans passés dans l'ad- 
ministration du diocèse, il avait dépensé — Dieu seul et 
les pauvres pourraient dire comment — tout son patri- 
moine, et il ne leur laissait à se partager qu'une petite 



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-- 203 -^ 

somme d'environ 6,000 francs qui allèrent aux moins 
fortunés de la famille. 

10. La piété filiale de M. Derruppé nous amène par 
une transition assez naturelle à sa dévotion envers 
Notre-Dame-de-rile. 

Notre-Dame-de-riIe est vénérée dans un petit sanc- 
tuaire situé au fond de la presqu'île de Luzech. M. Der- 
ruppé avait, dirait-il, plus d'une obligation à la sainte 
Madone. En effet, on se souvient qu'à la suite d'une des 
fredaines de son enfance, le sanctuaire avait été mis à 
sac et l'image même de la Vierge affreusement mutilée 
par un pauvre insensé. Cependant, il ne paraît pas que 
la Mère de Miséricorde ait gardé rancune au mauvais 
garnement^ (c'est la qualité que M. Derruppé avait cou- 
tume dese donner quand il parlait de cetexploit). C'est à 
son inspiration que, devenu prêtre, il attribuait le bien- 
fait de sa vocation, et il ne visitait jamais sa famille 
sans aller, au moins une fois, célébrer le saint sacrifice 
devant l'image miraculeuse, pieusement réparée par 
les mains d'une de ses tantes. Lorsqu'il fut question 
de réveiller dans la contrée cette dévotion assoupie (4), 
et d'établir à l'Ile une retraite annuelle, ce fut M. Der- 
ruppé qui obtint, non sans peine, le consentement 
de Mgr Bardou. Pour ne pas nuire à l'éclat et au succès 
du pèlerinage de Roc-Amadour, le pieux prélat hésitait 
à autoriser les retraites de Notre-Dame-de-l'Ile ; mais 
M. Derruppé avait une dette à payer et un acte de ré- 
paration à accomplir, et ses instances finirent par l'em- 
porter. 



(1) Ce fut l'œuvre de M. Tabbé Laporte, alors vicaire de 
Luzech, depuis aumônier de la flotte. 



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— 204 -^ 

Cette dévotion de M. Derruppé envers Notre-Dame- 
de-rile rappellera au lecteur chrétien celle de St- Vincent 
de Paul à Notre-Dame de Buglosse. 

— « Sur le territoire même de Pouy, dit un des der- 
» niers historiens du fondateur de la Mission^ s'élevait 
» un célèbre sanctuaire où l'on vénérait, de toute anti- 
]> quité, une statue miraculeuse de la Vierge Marie : 
» c'était la chapelle de Notre-Dame de Buglosse, lieu 
» de pèlerinage pour toutes les populations des I^ndus 
» et des Pyrénées. Les Protestants l'avaient incendiée, 
» mais la destruction de la chapelle avait augmenté la 
» foi des habibitants en Marie. Vincent venait prier au 
» milieu des ruines de Buglosse, et là il apprenait de 
» bonne heure à aimer celle qui est au ciel la reine des 
» anges, et sur laterre la consolatrice des affligés... » Il 
y revint encore après sa captivité en Afrique, et peu 
avant de fonder la Congrégation de la Mission, et il y 
célébra, dit encore le même historien , « une Messe 
» solennelle àrédification de tout le pays. » (i) 

On ne s'étonnera pas d'une telle ressemblance entre 
Saint-Vincent de Paul et M. Derruppé : tous les 
saints ont eu le culte de Marie. 

(i) Arthur Loth : Histoire de Saint'Viucent-de-Paul. 



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§ II. — M. Derrupp^ professeur de Philosophie. 



Sommaire ; — i. Retour de M. Derruppé à Mont faucon, — 
2. Fonds de son enseignement philosophique. — 5. La 
Dialectique. — 4. La Métaphysique, — 5. La Certitude, 
Système de La Mennai^, — 6*. Les élèves de Philosophie 
astreints à converser en latin pendant les récréations, — 
7. Les Dialogues philosophiques de fin d'année, 

1. Rentré dans le diocèse, après quatre ans d'absence, 
M. Derruppé allait se mettre au service du Petit Sémi- 
naire avec un dévouement sans l'éserve. 

Nous n'insisterons pas sur Tunique année qu'il con- 
sacra à l'enseignement de la Rhétorique. C'est seule- 
ment dans la chaire do philosophie que l'enseignement de 
M. Derruppé a laissé des souvenirs; nous avons à faire 
connaître sa méthode et les points principaux de sa doc- 
trine. 

2. Le fonds de la doctrine philosophique de M. Der- 
ruppé ne pouvait être évidemment que le fjnds commun 
de la philosophie chrétienne, telle qu'on l'enseignait en 
1820. C'était la philosophie telle que Bossuet,Port- Royal 
et Fénelon l'avaient présentée dans leurs Traités de logi- 
que, dans la Connaissance de Dieu et de soi-mêmey dans 
le Traité de V existence de Dieu, Cette philosophie, assez 
cartésienne par sa méthode, empruntait cependant à la 
Scolastlquesa langue et ses rigoureuses déductions. Elle 
était méthodiquement exposée dans cet ouvrage du 
Pj Valla, de l'Oratoire, qui fut si longtemps connu dans 
les écoles sous le nom de Philosophie de Lyon, et que 
Mgr Dooey essaya un peu plus tard de rajeunir. 

Mais dans ce fonds de doctrine philosophique, il y 



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— 206 — 

< 

avait des points sur lesquels M. Derruppé insistait avec 
un soin tout particulier. C'étaient le traité de la Dialec- 
tique, Texistence de Dieu, et la spiritualité de Tâme. 
Il insistait aussi beaucoup sur le traité de la Certitude 
et sur le système de Lamennais. 

3. Avant tout, M. Derruppé croyait devoir exercer 
ses élèves à la dialectique. A ses yeux, cette partie de la 
philosophie avait une importance capitale, tellementqué 
sur Tunique année consacrée à son cours il ne craignait 
pas de lui donner tout le premier semestre. Nos philo- 
sophes actuels, qu'il faut bien nécessairement sevrer 
plus tôt des douceurs de la dialectique, auront delà pei- 
ne à comprendre cette manière d'agir. Pourquoi, diront- 
ils, cette insistance sur d'arides formules?... Est-il né- 
cessaire de savoir par cœur, comme autrefois, toutes 
les règles^ toutes les figures et tous les modei du syllo- 
gisme? Certes, M, Derruppé avait trop debonsens pour 
supposer que ces formules ont une grande importance 
par elles-mêmes ; mais il était persuadé qu'elles sont 
pour l'esprit un exercice des plus utiles, une gymnasti- 
que aussi fortifiante que rude ; il espérait qu'à la longue 
elles donneraient à ses élèves cette pénétration, et cette 
justesse d'esprit avec lesquelles on suit sans s'égarer tous 
les détours d'un raisonnement, on démêle sans peine 
tous les artifices du mensonge et toutes les ruses des 
sophistes. 

Il est impossible évidemment de dire jusqu'à quel 
point les faits ont justifié cette opinion de M. Derruppé, 
et de déterminer tout ce que ses élèves ont dû à sa mé- 
thode. Toujours est-il qu'elle fit du maître lui-même un 
logicien consommé, un jouteur invincible. Ici, nous 
pouvons invoquer avec confiance le témoignage de tous 



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— 207 — 

ceux qui l'ont connu et contre lesquels il voulait bien 
quelquefois, vieillard octogénaire, rompre une lance 
dans les sabbatines de théologie. La passe n'était pus 
longue : un premier syllogismj, d'une clarté parfailo 
et de la plus grande simplicité^ vous mettait dans le 
cas de nier la mineure; un second en faisait la preuve, 
mais si bien, que, sauf la conclusion, vous ne saviez 
plus à quoi vous prendre : soit la majeure, soit la mi- 
neure, il était également dangereux de les accorder ou 
de les' nier; et cependant la conclusion qui en décou- 
lait était inadmissible. Nous avons vu les plus habiles 
argumenlateurs, sans excepter nos maîtres eux-mêmes, 
rendre les armes à ce vétéran des luttes dialectiques, 
qui souriait modestement de sa victoire, et résolvait 
ensuite en quelques mots, cussi simples qu3 précis, le 
nœud qui nous avait paru inextricable. 

4. Après celte longue escrime, M. Derruppé abor- 
dait avec ses élèves les questions fondamentales de la 
psychologie et de la théodicée, c'est-à-dire les preu- 
ves rationnelles de l'existence de Dieu et de l'immor- 
talité de l'âme. 

Si on considère l'état des esprits à l'époque de la Restau- 
ration, on n'aura pas de peine à comprendre pourquoi le 
jeune profes^ur bornait à cela toute sa métaphysique.— 
En un temps où les lettres et les sciences, comme la 
religion, ne s'occupaient qu'à réparer loursbréches, il eût 
été superflu de se lancer dans les profondeurs qu'avaient 
scrutées autrefois Platon, Aristote, Albert le Grand et 
St-Thomas d'Aquin. A la génération qui avait grandi 
dans l'ignorance, au milieu des troubles et des boulever- 
sements politiques, on ne pouvait guère proposer que des 
notions élémentaires ; du reste^ en fait d'erreurs on 



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— 208 — 

n'avait à combattre qu'un matérialisme et un athéisme 
grossiers, triste legs d'un siècle étrangement superficiel. 
Démontrer qu'il existe im Dieu et que l'âme est distincte 
du corps qu'elle anime, c'était autant de philosophie 
qu'il en fallait pour répondre aux disciples d'Helvétius 
et de d'Holbach. 

Mais au moins il était nécessaire que cette démons- 
tration lui bien faite et mise à la portée de tous les es- 
prits. C'est à quoi s'attachait M. Derruppé. Nous en trou- 
vons la preuve manifeste dans les cahiers qu'il nous a 
laissés et où les preuves ordinaires sont reprises et ex- 
posées avec tant de précision, de rigueur et decIarté.Cer- 
tes, depuis vingt-quatre siècles que la philosophie exis- 
te, et qu'elle se joint à la religion pour proclamer l'exis- 
tence de Dieu et la spiritualité de l'âme, nul ne peut plus 
guère se flatter d'apporter des preuves nouvelles à l'ap- 
pui de ces vérités, et M. Derruppé était loin d'une telle 
prétention ; mais il tenait à ce que ses élèves saisissent 
la force des preuves principales qu'on a coutume d'en 
donner. Avec sa merveilleuse lucidité d'esprit et son 
inflexible exactitude, il cherchait parmi les auteurs de 
philosophie ceux qui les ont le mieux exposées, et nul 
développement, nulle explication ne lui paraissaient 
trop longs, quand il les jugeait capables d'ajouter à la 
clarté de sa démonstration. Cependant il est rare qu'il 
les cite en propres termes ; il a préféré les dépouiher 
de tout ornement, les réduire àleur plus simple expres- 
sion et leur donner la forme scolastique. Quelles minu- 
tieuses et patientes recherches ces analyses nous dé- 
voilent ! Lorsqu'on a eu le courage et la patience de par- 
courir ces longs cahiers, (ce qui n'est pas précisément 
très facile, avec les abréviations dont l'auteur avuit 



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— 209j — 

coutume de se servir), on regrette vivement que les 
nombreuses occupations et Textrême modestie de 
M. Derruppé, ne lui aient pas permis de les réunir dans 
une Théodicée et une Psychologie qui auraient été son 
œuvrepersofinelleyet que sçs successeurs auraient pu 
consulter utilement. 

5. Ce travail qu'il n'a pas cru devoir s'imposer sur ki 
tbéodioée, il le fit dans les dernièresannées de sonensei^ 
gaement, sur la Certitude, et, avec un soin tout particu- 
lier, sur le système de Lamennais qu'il avait à cœur 
d'exposer et de réfuter très longuement. La réfutation 
du système de Lamennais était une des trois pensées 
dominantes, de son cours cle philosophie. 

Pour comprendre toute l'importance que M. Der- 
ruppé attachait à cette question, il est nécessaire de 
savoir quel, était de son temps, le principal objet des 
recherches de la philosophie, nous pourrions dire le 
tourment des philosophes. 

Depuis que Descartes a invité sérieusement tout vrai 
philosophe à reconstruire l'édifice de ses connaissances, 
en partant du fameux axiome : « Je pensSy donc je suis, » 
la question du fondement de la Certitude est devenue 
l'indispensable préliminaire de toutes les études philo- 
sophiques. — Le XVII« siècle^ qui fut généralement car- 
tésien^ accepta comme indiscutable le principe du 
maître ; Malebranche seul voulut le discuter et le com- 
pléter par sa doctrine de la Vision en Dieu. Leibnitz 
se préoccupa également d'asseoir les connaissances 
humaines sur des bases inébranlables, et proposa 
dans ce but ses deux méthodes, l'une po»itive 
et l'autre négative, — Le siècle suivant ne fut 
pas, à> vrai çlire, un siècle philosophique ; nous 

14 



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— 210 — 

avons déjà fait observer que sa philosophie, extrême- 
ment superficielle, n*est pas autre chose que la Libre- 
Pensée y. o^ plutôt une incrédtdité railleuse. Néan- 
moins, comme il n'est pas nécessaire d'être architecte 
pour démolir, ou philosophe pour nier, ses négations je- 
tèrent le doute dans les esprits; aucune vérité ne parut 
démontrée à ceux qui prirent ses grands hommes au 
sérieux, et tout l'édifice des connaissances humaines 
leur parut devoir être refait selon les principes de la 
raison, que l'antiquité, croyait-on, avait absolument 
méconnus. 

C'est ainsi qu'au commencement de ce siècle, après 
la Révolution, l'on put croire que tout serait renouvelé, 
la philosophie aussi bien que les institutions politiques, 
les mœurs, les lettres, les sciences et les arts. Il fallait 
du moins démontrer aux sceptiques, que l'ôsprit hu- 
main, malgré sa faiblesse et les ténèbres qui l'environ- 
nent, n'est pourtant pas fatalement condamné à un dou- 
te désolant sur toutes les choses qu'il lui importe de 
connaître, et qu'il existe dans tout ordre de pensées, 
en morale et en religion, comme en histoire et en géo- 
métrie, un moyen certain d'arriver à la vérité. 

Plus on étudie les oeuvres philosophiques de ce temps, 
plus on se convainc que tous les efforts de l'esprit hu- 
main se concentraient sur cette question. C'est à la re- 
cherche d'un principe de certitude que s'attache la puis- 
sante et mélancpliquepeD^éede Jouffroy ; Maine de Bi- 
ran n'a pas d'autre but dans sa patiente analyse de la 
conscience psychologique; la philosophie écossaise, 
avec Thomas Reid et Dugalt-Stewart , semble l'attein- 
dre, en invoquant auprès des hommes de bon sens 
l'autorité du Sens Commun ; mais le Sens Commun, 



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- 211 - 

qu'est-ce que cela pour certains philosophes ? — Les , 
Allemands en faisaient bon marché, Kant avec son Cri- , 
ticisme et ses Antinomies, Fichte avoc son Idéaliame 
svbjectif; Hegel avec son perpétuel devenir; eux aussi : 
s'étaient égarés à la recherche de la réalité objective, 
et leurs puissantes méditations n'avaient abouti qu'à 
créer un abîme de plus en plus profond entra les 
conceptions de l'esprit et une réalité toujours insaisis* 
sable. Apportées en France et vulg3risées par l'éloquen- 
ce de M. Cousin, ces obscures théories passionnèrent les 
esprits et pendant quelque temps le Kantisme fit fureur : 
tant est vrai, même chez le peuple le plus avide de 
clarté, le mot de Tacite : Ignotum pro magnifico. 

Le système de La Mennais n'est qu'une des nombreu- 
ses solutions apportées au redoutable problème. D'après 
Tauteur de l'Essai sur V Indifférence, il n'y a qu'un prin- 
cipe de certitude irréfragable : c*est le consentement 
des peuples. Par malheur, le génie aussi dangereux que 
puissant de La Mennais Tégarait aussi dans une fausse 
voie : il n'avait pas remarqué que le fait même du con- 
sentement des peuples, aussi bien que son autorité, 
relève en définitive du tribunal suprême de la raison» 
qui ne peut prononcer que selon VEvidence. 

Aussi la nouvelle erreur fut-elle bientôt dévoilée et. 
attaquée de toute part, et M. Derruppé, en y revenant 
avec tant d'insistance, ne faisait-il que suivre le mou- 
vement général. A l'heure actuelle, quand le silence, 
s'est fait sur le nom tristement célèbre de La Mennais 
nous ne comprenons guère que la question fût si inapor-r 
tante et l'erreur si dangereuse. Nous penserions peut- 
être autrement, si nous avions été les contemporains du. 
redoutable athlète; si, comme M. Derruppé, nous l'a- 



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viotlëvu dans tont l^éclat de sa gloire et dans le vigou- 
reux épanouissement de son talent; si nous avions es^ 
pé^ un moment qpi'ii serait le Bossuet de notre sièole e(r 
le Héiau ùa Rationalisme ; enfin, si nous avtons partagé 
les tristesses, tes craintes et aussi les indignations qu'ins- 
pifë^ènti pendant vingt ans les conrulsions de* son or- 
gueil désespéré. 

Q(ioi qu'il en soit> sous l'empire de ces diverS) senli-» 
meMs,' M. Derruppé écrivit sur la Certitude un traité 
méttiôdiqùe et complet ; le seul, croyons^nous, auquel iV 
ait mis làf dernière main. Son cahier, resté manuscrit^ 
est -passé à ses successetirs et les additions qu^il porte 
en marge nous montrent desquels secours leur a été 
ce travail si consciencieux et si approfondi. 

En râsumé, la philosoi^ie de M. Derruppé se ré- 
duisait dlôh<l'à quatre ou cinq questions fondamentales 
dont il ne* sortait guère et pour lesquelles le temps dont- 
irdfepoàaît Lui paraissait encore bien insuffisant. 

6: H est sans doute inutile d'ajouter que son cours se 
faillit en latin : qui ne sait que le latin est encore la lan^ 
gue de la phttosopllie dans les Petits Séminaires?... Mais 
M'. Beri^uppéfaisaff bien plus pour imposer et faciliter à 
ses élèves lalanguéde Gicéron. Il voulait que pendautla: 
sëcoiide moitié de l'année, depuis Pâques jusqu'à la sor- 
tie, les' philosophes fussent séparés, durant lesréci^- 
tions-, du reste de llsi communauté,et s'astreignissent dans 
leurs conversations à ne parler que latin. Il tenait beau- 
coup^ à' cet usage, il le recommandait tous les ans avec 
MMàhcè à la bonne volonté de tous, et ne négligeait rien 
de ce qui pouvait engager les élèves à s'y conformer; 
d'est ainsi que l'un d'entre eux, connu de lui seuli, était 
Chargé dé kii rendra compto'de tous les manquements 



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niu'il verrait <viMiaiiieUre contre lar^glç^ieltlespoiupfhles 

avaient à craindre, sinon une grave punition, duBitOÎns 

le mécontentement et un blâme sévère du professeur. 

Sur quoi se fondait cet usage et comment expliquer 

ce zèle de M. D^ruppé en faveur du latin ? 

L^excefleiit professeur agissait d'abord par goût 
d'humaniste. On connaît toute l'importance que le 
latin avait dans les écoles du XYI", du XVII« et du 
XVIir« siècles, et le retour de vogue que la Restaura- 
tion essaya délai procurer. On sait aussi que M. Der- 
ruppé maniait cette langue avec une admirable facilité 
et qu'il aimait beaucoup à l'entendre parler. 

Mais il avait bien d'autres raisons d'exercer ses élè- 
ves à l'intelligence du latin. 

. Si ^Qtte laïque n'est plus, du moins dans i)QtrÇiP^y s, 
la langue de la science, elle est encore Ja langue 
officielle de l'Église; il est donc tout naturel que les 
jeunes séminaristes se familiarisent avec el\ç, et en 
fassent, s'il est possible, comme une autre langue 
maternelle. Les exercices que M. Derruppé }eur faci- 
litait dans ce but, étaient particulièrement népes- 
s^ires, en un temps où beaucoup de jeunes gens en- 
traient en philosophie après des études de latinité très 
incomplètes. C'est surtout cette considération qui avait 
fait accepter le règlement de M. Derruppé et le fit obser- 
.ver pendant quelques années avec le plus grand soin. 

Iliut en vigueur pendant dix ans. Cepeodant on pré- 
' îvit de bonne heure qu'il ne parviendrait jamais à s'éta- 
:btir d'une façon définitive. Nous dirons plus loin com- 
ment M. Magne de Sarrazac, en 4833, lu[i porta le coup de 
. gr&ce en allant commenter aux philosophet^ réunis. ddins 



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— 214 — 

le jardin pendant les récréations, les Gasconismes cor- 
. rigés. 

7. De cet exposé des principes et de la méthode de 
M. Dernippé, il est très facile de conclure quel était 
le premier et le principal résultat de son enseignement : 
c'était avant tout uno excellente préparation aux études 
théologiques. 

Secondairement, et pour ceux de ses élèves qui au 
sortir du Petit Séminaire devaient rentrer dans le mon- 
de, M. Derruppé se proposait encore un autre but : il 
voulait les prémunir et les armar contre les 
sophismes de l'incrédulité contemporaine. On le re- 
connaît surtout, si Von parcourt cette série de Disser- 
tations dialoguées qu'il composa pour les distributions 
des prix , et qui révèlent, mieux peut-être que ses 
leçons elles-mêmes, la pensée intime du maître. Le 
premier de ces dialogues fut prononcé en 1823. 

M. Derruppé avait inauguré au Petit Séminaire le 
cours de philosophie et ses leçons avaient inspiré aux 
élèves une véritable passion pour les études et 
les discussions phiio3ophiqnes. La solennité de la 
distribution des prix fournit aux jeunes philosophes 
l'occasion de manifester leurs sentiments. Jusqu'alors 
les années scolaires avaient pris fin d'une manière fort 
simple; on n'avait pas même imprimé le Palmarès ; 
c'est en 1820 seulement qu'on avait, pour la première 
fois, lancé quelques invitations et proposé à l'admiration 
du public quelques exercices littéraires. En 1823, on 
résolut de donner plus de retentissement à cette fête de 
famille. M. Poujade de la Devèze, vicaire général, avait 
accepté la piésidence; on avait pour rehausser l'éclat 
de la cérémonie (comme on disait alors), les morceaux 



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— 215 — 

de chant préparés sous la direction de M. Vayssette et 
de M. Baduet; mais c'est la philosophie qui devait four- 
nir la pièce principale, celle sur laquelle se porterait 
lout rintérét de la journée. 

En effet, la philosophie ne faillit pas à sa tâche. Le 
jour venu, M. dj la Devèze et la nombreuse société 
dont le supérieur du Petit Séminaire avait tenu à l'en- 
tourer, entendirent d'abord un long compliment d'où 
l'emphase n'est peut-être pas, à vrai dire, assez sévère- 
ment bannie. Puis deux élèves de philosophie soutin- 
rent contre deux de leurs condisciples, une thèse la- 
tine, dans la forme scolastique. Nous n'avons pu re- 
trouver ni le nom des quatre champions, ni le sujet de 
la thèse ; mais le seul fait qu'on ait songé à relever la 
solennité d'une distribution des prix par le spectacle 
d'une argumentation en forme, n'est-il pas suffisant 
pour faire l'éloge du maître, des élèves, et du public 
lui-même qui fut jugé capable de s'intéresser à un pa- 
reil tournoi?... 

Mais nous avons du moins le dialogue composé 
par M. Derruppé et que les philosophes débitèrent 
également après la soutenance de la thèse. Il forme, avec 
tous ceux qui le suivirent jusqu'en 1828, un ensemble 
assez complet, et cela nous permet de donner de tous 
ces travaux une courte analyse. 

M. Derruppé se mettait peu en peine de choisir les 
personnages qu'il devait mettre en scène dans ses dia- 
logues. Ce ne sont pas tout à fait^ comme dans les Dia- 
logues sur V Éloquence de Fénelon, des lettres de l'Al- 
phabet, mais peu s'en faut. Ce sont invariablement cinq 
jeunes gens, dont trois incrédules et deux convertis; 



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— 216 - 

les pf*^miers se nomment ordinairement Isidore, Ariste 
et Auguste ; les seconds, Théodore et Théotime, ou 
Léonce. On perdrait son temps à chercher dans leur 
langage les nuances de leur caractère : il n'y a pas en- 
tre eux d'autre différence que celle de leurs opinions ; 
ils parlent à tour de rôle avec une parfaite régularité. 
---Des personnages abstraits n'ont aucune raison de 
dissimuler leurs sentiments ou d'en atténuer l'expres- 
sicn ; aussi quels mécréants qu'Isidore, Anste et Au- 
guste I et quels fervents néophytes que Théotime, Théo- 
dore et Léonce I Polis d'ailleurs et bien élevés, comme 
il convient à d,es enfants de bonne maison, les premiers 
ont toutes les audaces, et les seconds, toui les courages. 

Après un préambule quelquefois un peu trop long, ils 
abordent sans sourciller les questions les plus hautes 
et les plus difficiles. Leur entretien n'est philosophique 
que dans le sens attaché à ce mot par le XVIII® siècle ; 
c'est-à-dire qu'il roule sur les vérités religieuses mises 
en question, ou niées au nom de la philosophie par les 
incrédules de cette époque. Tout y vient, l'existence 
de Dieu, la spiritualité de l'âme, l'enfer et l'éternité 
des peines, la révélation, les prophéties, les miracles, 
le fanatisme, la tolérance, les scandales qui affligent 
l'Eglise, etc., etc., tout, jusqu'au sort réservé dans l'au- 
tre vie aux enfants morts sans baptême. 

Danscette discussion, les jeunes rationalistes apportent 
naturellement, comme les faux philosophes dont ils sont 
les disciples, beaucoup plus de négations que de preu- 
ves, et les défenseurs de la vérité n'ont pas précisément 
de profonds raisonnements à faire pour les mettre à 
Quia ; aussi la religion sort-elle triomphante de la lutte 



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— M7 — 

6t le mensonge y est-il confondu, un peu comme ie tion 
de la fable : 

(( Par un seul homme terrassé. » 

A la fin on voit régulièrement Isidore, Ariste 
et Auguste, convertis par leurs adversaires, se 
rendre à leurs raisonnements et redevenir eux- 
mêmes de fervents chrétiens. — Du reste Ten- 
l'entretien ne tourne pas seulement à Thonneur de la 
religion, mais aussi à la glorification de la royauté. Un 
des plus forts arguments en faveur de la Foi est tiré 
des excès où le philosophisme a plongé la France pen- 
dant la Révolution. La péroraison renferme toujours 
un éloge enthousiaste du gouvernement de la Restau- 
ration et se termine par le double cri de : Vive la Reli- 
gion I Vive le roi 1 

Tel est en résumé le fond de ces Dialogues qui nous 
paraîtraient aujourd'hui bien longs et bien dénués 
d*inlérêt. Il en était autrement entre 1820 et 1830, 
au sein d'une génération nettement divisée en fidè- 
les catholiques et en disciples déclarés de Voltaire 
et de Rousseau, quand les souvenirs de la Révolution 
étaient encore vivants dans tous les esprits et que la 
cause du trône paraissait inséparable de celle de l'au- 
tel. Le public bienveillant et choisi, qui se pressait de- 
vant le modeste théâtre élevé pour la circonstance, ap- 
plaudissait de grand cœur à des doctrines qui lui étaient 
chères et encourageait par de solennelles approbations 
un enseignement qui tendait à assurer le repos de 
l'avenir. 

Toutefois le fonds d'idées neuves et saisissantes qui 
faisait le succès des Dialogues devait finir par s'épui- 



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— 218 — 

ser ; on sent, en parcourant celui de 1826, que l'auteur 
abrège pour ne pas se répéter. En 1827, un éloge senti 
des Frères Ignorantins et des Jésuites, a^ors en butte 
à toutes les fureurs des libéraux, attira quelques 
représentations de la part de l'autorité civile. En 1828, 
il fallut choisir ui sujet plus inoffensif; on s'entre- 
tint de l'emploi du temps pendant les Vacances • 
c'était la fin des Dialogues. 

L'année suivante, la situation était changée au Petit 
Séminaire de Moiilfaucon ; M. Larnaudie était n)ort, 
et M. Derruppô qui depuis longtemps, du. reste, exer- 
çait les fonctions do supérieur, avait dû enfin en pren- 
dre aussi le titre. Nous allons mainlc^nant considé- 
rer avec quelle activité et quel sucè^ il s'acquitta 
de sa nouvelle charge. 



§ III. — M. Derruppé supérieur du Petit Séminaire 



Sommaire ; i. Nomination de M. Derruppé à la charge de 
Supérieur, — 2, Ses diverses fonctions et son incroyable 
activité. — 3. Son œuvre propre et principale, — 4. Direc- 
tion du personnel. — 5. Direction des élèves. Piété. — 
6. Discipline, — 7. Les études. Séances littéraires, — 
8, Lettre sur la liberté d'enseignement. 

1. En vertu des ordonnances de 1828, la nomination 
de M. Derruppé à la place de M. Larnaudie devait être 
agréée par le gouvernement. 

Malgré les hardiesses de langage que le nouveau 
supérieur s'était permises dans le dialogue philosophi- 
que prononcé en 1827, et dont l'administration paraît 



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— 219 — 

s*ôtre quelque peu formalisée, rien oe montre que cette 
nomination ait rencontré la moindre opposition, ou sus- 
cité ia moindre difficulté; elle fut agréée par Charles X 
le 25 octobre 1829. 

Comme M. Derruppé, ainsi que nous l'avons déjà dit, 
était en fonctions depuis longtemps, on put à peine 
dans les commencements remarquer la transition. Ce- 
pendant ia situation était profondément changée ; dé- 
sormais le Petit Séminaire, qui avait eu en M. Larnau- 
die un fondateur plein de vertus privées et d'initiative, 
plutôt qu'un maître consommé dans l'art d'instruire la 
jeunesse, avait en M. Derruppé un véritable supérieur, 
capable de continuer et d'achever l'œuvre commencée, 
et à qui rien ne manquait de tout ce que la jeunesse 
vient chercher dans une maison d'éducation. 

2. Certes, la conduite d'un nombreux établissement 
n'a jamais été ce qu'on nomme une sinécure, et nos 
supérieurs sont habitués à payer de leur personne ; 
mais c'était surtout un lourd fardeau à l'époque et dans 
les conditions où M. Derruppé en fut chargé. 

Le conflit, si malheureusement survenu entre M. 
Martin et M. Larnaudie, avait clairement démontré que 
l'administration de la paroisse de Montfaucon et celle 
du Petit Séminaire ne pouvaient être corifiées qu'à un 
seul et même prêtre, du moins tant que l'établissement 
n'aurait point sa chapelle particulière. Il fallait donc 
que M. Derruppé succédât à M. Larnaudie non seule- 
ment comme supérieur, mais aussi comme curé. Or, 
un tel prêtre n'était pas homme à se regarder comme 
étant simplement curé de nom, et à se décharger 
sur son vicaire du soin de conduire sa paroisse- 
De plus, en assumant ces nouvelles charges, M. Der- 



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— Q20 ^ 

ruppé ne se délivrait pas de celles qu'il avait aspara^ 
vant. Dans la chaire de philosophie, son autorité était s^ 
grande et sa compétence si spéciale, qu'on n'eut pas 
môme l'idée qu'il pût y être remplacé. Il resta donc 
professeur de philosophie ; et ce ne fut pas jM-ovisoire- 
ment, en attendant qu'on lui trouvât un successeur, 
puisqu'il resta encore chargé de cette classe pendant 
douze ans. 

Il semble au moins qu'il aurait pu céder h d'autres 
ses semaines de surveillance ^^t les promenades que les 
professeurs font ^vec les élèves à tour dorôle ; il aurait 
pu invoquer pour cela, outre ses nombreuses occupa- 
tions, l'inconvénient qu'il y a, pour un supé- 
rieur, à se trouver trop fréquemment en rapiport avec 
les élèves. M. Derruppé no songea pas un seul instant 
à invoquer ces raisons ; avec un personnel très peu 
nombreux, il lui S3mbla qu'il ne pouvait se décharger 
de ses semaines sans trop changer ses collègues. 
Il se dit qu'en réalité quelcjnes courtes récréations et 
quelques rares promenades lui seraient nécessaires 
à lui-même, et qu'autant valait, se récréer en compa- 
gnie des élèves que seul ou en compagnie d'un petit 
nombre de collègues. 

Croira-t-on qu'avec tout cela M. Derruppé ait> encore 
trouvé moyen d'ajouter à sa tâche ordinaire ? En 1^830, 
pendant la maladie de M. de La Roussille, il dut encore 
se charger de corriger les composilions de rhétorique. 
Or, ces corrections, surtout quand il s'agit d'un dis- 
cours ou d'une analyse oratoire, ne sont pas Talfaire 
d'un moment. — On ajoute, il est vrai, et nous le 
croyons volontiers, que pour suffire à tant de travaux, 
M. Derruppé lui-même se vit obligé de^prendre^surle 



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temps de ses récréations et qu'on le vit souvent suivre 
les élèves à la promenade, un paquet de copies à la 
main. 

Quelques merveilles que puisse accomplir un travail 
assidu, et quelle que fût la facilité de M. Derruppé, on 
nous permettra de supposer, que le zélé supérieur nepuà 
venir à bout de tant de travaux, sans quequelques-uns 
et peut-être tous en souffrissent quelque peu. Les élèves 
ne s*en apercevaient peut-èlre pas, mais le maître 
n'avait peut-être pas de peine à s'en apercevoir lui- 
mémo : 

Pluribus intentus minor est ad singula sensus. 

Du reste, nous avons la preuve manifeste du tort que 
M. Derruppé s'est fait à lui-même en assumant ces char- 
ges^mulliples* Que l'on veuille bien songer à ce que pro-^ 
mettaient en 1822, quand il revint de Saint-Sulpice, sa 
puissance de travail, sa santé de fer, son talent incontes- 
tablement supérieur et son admirable netteté d'esprit; et 
qu'on rapp ^oche de ces espérances la science dont il a 
réellement fait preuve. Nous avons entendu louer et 
nous avons loué nous-même la précision de ses con- 
naissances, mais on n'a guère parlé de leur étendue et 
de leur variété. En dehors des questions de philoso- 
phie, relativement peu nombreuses, qu'il entreprit de^ 
traiter à fond, rien ne prouve qu'il ait considérabler 
ment augmenté le fonds de connaissances qu'il avait 
aoquis à Paris. Comment l'aurait-il augmenté ? 
Qôetles. leoturea et quelles études a-t-il pu faire à Mont^ 
faucon, accablé par la multitude de ces travaux qui 
ix'ap^jnennent' rien et qui sont aussi inutiles au pro- 
fesseur que profitables aux élèves ? Or, quand il soctil; 



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— 222 — 

de Montfaucon, il avait près de cinquante ans, et 
dans son nouvel emploi, les soucis de Tadministration, 
la direction du Petit Séminaire qui lui fut em-ore lais- 
sée, et celle des communautés religieuses qui lui furent 
confiées par surcroît, continuèrent sans doute d'absor- 
ber tout son temps. — On peut donc regretter à un 
certain point de vue ce concours de circonstances et 
cet excès de dévouement qui accumulèrent sur la tête 
d'un seul le travail de troi^ ou quatre professeurs ; 
mais qu'importe s'il a glorieusement rempli sa mission 
providentielle et si son labeur a ' produit des fruits 
abondants ? 

3. L'œuvre propre de M. Derruppé, sa mission spé- 
ciale, dont le succès fait son mérite et sa gloire comme 
supérieur du Petit Séminaire, a été de diriger d'une 
main ferme et sûre l'essor d'une maison fondée par un 
autre, mais jusqu'à lui incertaine de sa durée, et de lui 
donner, si je puis ainsi parier, son caractère particu- 
lier, sa marque distinctive. 

M. Larnaudie mourant craignait encore pour l'avenir 
de son œuvre, puisqu'il mit à son dernier legs la condi- 
tion que le Séminaire resterait à Montfaucon. M. Der- 
ruppé plus confiant considéra l'établissement comme 
fixé et consacré en quelque sorte par la mort même de 
son prédécesseur, et ne crut devoir s'occuper que de 
lui donner sa forme définitive et les développements 
dont il était susceptible. 

Cette tâche qui devait lui valoir le titre de second 
fondateur de la maison, il la remplit surtout en péné- 
trant de son esprit un personnel d'ailleurs dévoué, dont 
le zèle intelligent et actif réalisa tous les progrès et 
facilita toutes les ré termes. 



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— 223 — 

4. Aussi son premier soin fut-il d'éclairer ses colla- 
borateurs, et d'acquérir Bur eux tout l'ascendant néces- 
saire à l'exercice de son autorité et à l'exécution de ses 
projets. 

M. Larnaudie avait dirigé pendant quatorze années le 
personnel de la maison sans règles fixes, un peu au 
jour le jour, et en suivant seulement les inspirations 
de son bon sens toujours sûr et d'un cœur également 
excellent ; ce ne fut pas sans passer par quelques épreu- 
ves et sans subir certains désagréments trop bien ex- 
pliqués par la manière dont la maison se recrutait. M. 
Derruppé, qui se trouva d'ailleurs, et surtout vers la 
fin, un peu plus maître dans ses choix, jugea possible 
de formuler avec précision les principes qui doivent 
servir de règle de conduite aux professeurs d'un Petit 
Séminaire, et crut avec raison qu'un exposé méthodi- 
que de ces principes exercerait sur leur pratique jour- 
nalière une influence réelle. C'est pourquoi, sans aban- 
donner le règlement primitif qui so bornait à déterminer 
assez vaguement, comme nous l'avons vu, les principaux 
devoirs des directeurs et des professeurs, il entreprit 
de le refondre et d'exposer avec beaucoup plus de pré- 
cision les devoirs généraux qui s'imposent à tous les 
maîtres, et les obligations particulières de chacun 
d'eux. 

En rapportant ici l'expo&é des devoirs généraux, nous 
ne dévoilerons pas un secret d'état, et nous ferons con- 
naître le bel idéal d'un professeur du Petit Séminaire, 
tel que M. Derruppé l'avait conçu, qu'il le proposait à 
ses collègues, et que nous nous efforçons après lui de 
le réaliser. 

— « La fin principale que chacun doit se proposer, 



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— 224 - 

» après la gloire de Dieu, est de former les jeunes ge.i^ 
» à la vertu, afin d'en faire de bons chrétiens, et, s'il sa 
» peut, de saints prêtres. Par conséquent, il doit tra^ 
» vailler à procurer leur avancement spirituel par tous 
:» les moyens qui sont en son pouvoir, comme bons 
» avis, saintes industries, assistance et surveillance 
» aux exercices de piété. Il doit se prêter volontiers à 
» tout ce qui regarde Tinstruclion religieuse, la direc- 
» tion, etc. Et comme Texemplo est souvent plus puis- 
» sant que les paroles, il doit s'appliquer à les édifier 
» par sa piété, sa ferveur, en un mot par la pratique de 
» toutes les vertus, et éviter tout ce qui pourrait tant 
y> soit peu les scandaliser. 

:» La seconde fin étant de cultiver l'esprit des jeunes 
» gens, chaque professeur doit se faire un devoir rigou- 
» reux de bien préparer ses classes, d'examiner avec 
» soin les devoirs et d'user de tous les moyens qui 
» seront jugés propres à exciter l'émulation et à assurer 
» le progiès. 

» Une troisième fin étant de former les jeunes gens 
)> aux bonnes manières, à ce qu'on appelle dans le 
» monde la bonne éducation, chacun devra s'appliquer, 
» en toute occasion, à réformer ce qu'il remarquera de 
)) défectueux à cet égard ; il exigera que les élèves 
» soient honnêtes et polis, qu'ils se tiennent d'une ma- 
» nière propre et décente, etc. Surtout il agira de ma- 
» nière à pouvoir leur servir lui-même de modèle sur 
» tous les points. 

» Afin d'atteindre plus sûrement les fins dont il est 
» ici question, il s.'efl'orçera de mériter l'estime, l'affec- 
» tion et la confiance des élèves, de conserver si^r qux 
y> toute l'autorité dont il a bes^oin, de leur pjBijsi^ader 



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— 225 — 

y> qu'il ne cherche en tout que leurs intérêts, qu'il leur 
» est sincèrement dévoué et qu'ils lui sont tous égale- 
» ment chers. Il usera toujours de bons procédés à leur 
» égard, il évitera les paroles dures et offensantes, et il 
» s'efforcera de les conduire par le sentiment et ladou- 
» ceur, bien plus que par la crainte et la sévérité. \ 

y> Il doit également s'acquitter avec la plus grande 
» fidélité du devoir de la surveillance, les jeunes gens 
» ayant besoin d'être aidés et soutenus en tout. L'expé- 
» rience ayant démontré que les fortes punitions nui- 
» sent plutôt qu'elles ne profitent, il faut tendre autant 
» que possible à punir rarement, à faire craindre les 
» moindres punitions, à y attacher une sorte de dés- 
» honneur, à faire comprendre qu'on ne les inflige que 
» par nécessité et à regret. On insistera fortement et 
» souvent sur la nécessité d'agir par sentiment, par 
» amour du devoir et non comme des esclaves. 

» L'union étant absolument nécessaire dans une com- 
» munauté, chacun s'efforcera de la maintenir de tout 
p son pouvoir, et évitera avec soin tout ce qui est con- 
» traire à la charité, se rappelant cette parole de 
» l'Écriture : Regnum divisum desolahitur ; et ces au- 
» 1res : Supportantes invicem, etc.; Alier alterius onera 
» portate. 

» A l'union on tâchera de joindre l'unité, Tensemble, 
» agissant d'un commun accord en tout ; faisant, s'il le 
» faut, le sacrifice de sa manière de voir pour se con- 
» former au jugement des autres, surtout à celui de 
» ses supérieurs. » 

Il serait superflu de faire ressortir la sagesse de ces 
dispositions, qui donnent une idée si élevée des devoirs 
du professeur, révèlent une si profonde connaissance 

15 



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— 226 — 

de l'âme des enfants, et témoignent d*un zèle si éclairé 
pour le perfectionnement de la jeunesse. Les succes- 
seurs de M. Derruppé n'ont eu qu'à reprendre, en le 
commentant, chacun à leur manière, ce code abrégé du 
bon professeur. De leurcôlé, nos élèves n'auraient qu'à 
en observer l'application constante dans le Petit Sémi- 
naire pour comprendre les trésors de dévouement et 
d'amour qui se dépensent à leur service. 

Plus heureux que M. Larnaudie, M. Derruppé eut la 
consolation de voir sa pensée généralement bien com- 
prise par les .collaborateurs que la Providence lui 
donnait dans l'accomplissement de sa mission. L'un 
d'entre eux et des plus dévoués, celui-là même qui lui 
succéda en 1842 comme professeur de philosophie, 
nous apprend que tous rivalisaient de dévouement 
aux intérêts de la mai3on et de zèle dans l'ac- 
complissement de leur devoir. L'union, l'ensemble 
et la subordination, tant recommandés par la règle, 
n'étaient pas un vain mot ; c'était l'ère du dévouement, 
correspondant à l'époque héroïque de toutes les insti- 
tutions. Certes, le dévouement était particulièrement 
nécessaire dans les conditions où l'on se trouvait et dans 
les temps qu'il fallait traverser. Obligé de se suffire 
avec ses modestes ressources, le Petit Séminaire avait 
au moins l'avantage d'une certaine autonomie adminis- 
trative ; mais sans l'union et le dévouement, cette 
autonomie n'aurait pas manqué de lui devenir funeste, 
de susciter des rivalités et des coteries, et d'aboutir 
finalement à une triste dissolution. Heureusement cha- 
cun s'intéressait au bien de la maison comme à une 
cause personnelle ; chacun payait de sa personne, selon 
les circonstances, en s'inspirant de l'esprit plutôt que 



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— 227 — 

de la lettre de la loi, et l'harmonie faisait régner le 
bonheur au sein de la pauvreté et du travail. 

C'est sans doute à cet accord touchant que la maison 
est aussi redevable, en partie, de ses succès scolaires et 
de sa réputation toujours brillante, sous des maîtres 
ordinairement improvisés , et quelquefois peut-être 
au-dessous de leur tâche. Dans l'enseignement, comme 
dans la politique, ou plutôt comme en toutes choses, 
c'est l'union qui fait la force. 

Ce tableau presque idyllique nous rappelle une 
maxime que nous avons souvent entendu attribuer à 
M. Derruppé et qui a tout l'air d'un paradoxe. Cet ex- 
cellent maître avait coutume de dire que ce que Tori 
enseigne le mieux c'est ce que l'on savait le moins. En 
parlant ainsi, il se fondait, disait-il, sur sa propre 
expérience, n'ayant jamais mieux fait son cours qu'en 
1823, c'est-à-dire l'année de ses débuts. Faut-il croire 
que M. Derruppé niait absolument les avantages que 
de longues années d'étude et d'expérience peuvent 
procurer au professeur 7... Evidemment non ; il avait 
seulement remarqué et il tenait à faire ressortir les 
étonnantes ressources que des hommes Je talent peu- 
vent trouver dans le sentiment du devoir, par opposi- 
tion aux inconvénients de la routine et de la négligence. 
Rien de plus juste que la maxime de M. Derruppé 
ainsi comprise. 

Et maintenant, ces belles années sont-elles si éloignées 
de nous, et l'ère du dévouement est-elle si bien close 
qu'il faille regretter le passé et maudire le présent? — 
Nous ne le croyons pas. On nous a dépeint le beau côté 
de la médaille; mais n'y avait-il pas un revers?... 
On pourra le voir par la suite de cette histoire. — Du 



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reste, nos chers el vénérés prédécesseurs, s'ils reve- 
naient parmi nous, ne seraient pas totalement dépaysés. 
Ils reconnaîtraient que le successeur des Grainville 
et dos d'Hautpoul, en exigeant de nous une plus lon- 
gue préparation à la carrière de l'enseignement, n'a pu 
nuire ni à la bonne volonté des maîtres, ni à la force 
des études, ni au bon esprit de l'établissement ; ils ver- 
raient que nous les suivons d'assez près dans la carrière 
du dévouement et du sacrifice ; que les liens d'une fra. 
ternelle solidarité ne sont pas entièrement rompus, et 
qu'en face des périls de l'heure présente nous avons 
eu beaucoup à faire à notre tour. A chaque jour 
suffit sa peine, 

5. Celui qui imprimait au personnel du Petit Sémi- 
naire une si sage direction devait aussi être pour la 
jeunesse confiée à ses soins un guide sûr et dévoué. Il 
l'était en cfTet. 

On ne sera pas étonné d'apprendre que le plus grand 
souci du zélé supérieur fût celui de la vertu et de la 
piété des jeunes séminaristes. Le règlement portait que 
la piété et l'instruction devaient aller de pair : aux yeux 
de M. Derruppé cela signifiait que la piété devait être 
cultivée avec le plus grand soin, et la science avec un 
soin égal, autant que cela serait possible. 

Pour la piété, les bons usages qui dataient des pre- 
mières années de la maison lui laissèrent peu à faire. 
Il se contenta de veiller à ce que ceux-ci se maintin- 
ssnt, et à ce que celles-là conservassent leur ferveur 
primitive. 

Sous son administration, les prédications devinrent 
même plus fréquentes, plus soignées, plus régulières. 



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— 229 — 

Lui-même donnait à ses collègues l'exemple d'une pa- 
role tout à fait simple et évangélique, quoique étudiée 
et préparée avec beaucoup de soin. Il ne s'astreignit 
iamajs à écrire et à réciter des sermons ; il se conten- 
tait de méditer profondément son sujet, et de jeter sur 
une feuille volante, en quelques phrases, ou plutôt en 
quelques mots très abrégés, les textes et les pensées 
principales qu'il voulait développer ; après quoi il 
s'abandonnait à l'inspiration et commençait une simple 
causerie dont le ton soutenu captivait l'attention sans 
fatiguer l'esprit. M. Derruppé n'a jamais su ou jamais 
voulu recourir à un autre genre de prédication, et sans 
doute il n'a pas fait pour cela moins de bien. 

Les deux congrégations se maintenant dans l'esprit 
de leur institution, il jugea qu'elles devaient suffire à 
la piété des élèves et ne crut jamais opportun d'intro- 
duire dans la maison d'autres dévotions particulières. 
Cependant il s'est départi de cette règle en faveur de 
Notre-Dame de Roc-Amadour. 

Situé à une faible distance du vénéré sanctuaire, le 
Petit Séminaire de Montfaucon ne pouvait que suivre 
le mouvement général qui ramenait peu à peu les fou- 
les de peuple chrétien aux pieds de la Vierge du Ro- 
cher. En 1834, les élèves de philosophie eurent la 
pensée de se recommander, pour reconnaître et pour* 
suivre fidèlement leur vocation, à Notre-Dame de Roc- 
Amadour, et sollicitèrent l'autorisation de se rendre 
tous ensemble en pèlerinage dans son antique sanc- 
tuaire. M. Derruppé approuva leur pieux dessein et, 
depuis cette époque, le pèlerinage des philosophes à 
Roc-Amadour est devenu un usage auquel on n'a pas 
manqué une seule fois de se conformer. Il est fixé au 



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— 230 — 

premier jeudi de juin ; on part de Montfaucon à trois 
heures du matin, on traverse à pied les Gausses de 
Carlucet et de Couzou, et l'on arrive vers les six heures 
en vue du sanctuaire. De quel saisissement on est 
rempli à l'aspect de ces rochers immenses qui surplom- 
blent la profonde vallée^ de ces églises qui semblent 
attachées au flanc d'une montagne coupée à pic, et de 
ces merveilles que l'art a semées au milieu d'une na- 
ture horriblement sauvage!... Mais bientôt les souve- 
nirs de la foi font oublier les prodiges de la nature et 
de l'art... On salue avec enthousiasme la Madone mira 
culeuse, les précieux restes de Zachée et l'autel de Sdin* 
Martial. Enfinonsetrouveenprésence de la Vierge bénie. 
Avec quelle ferveur on se prosterne .sur ce sol que 
tant de pèlerins ont foulé et baisé I Avec quelle foi oh 
communie : c'est de la main de Marie que l'on croit 
recevoir le corps sacȎ du Sauveur! Surtout,avec quelle 
piété on implore l'assistance de la Reine du ciel dans la 
question si grave et si pressante d'un avenir qui pour 
plusieurs est encore incertain !.... Ordinairement ces 
vœux ardents sont exaucés ; la lumière se fait dans les 
esprits, et les plus hésitants reçoivent de la Mère de 
Grâce une assurance qui ne laisse plus de doutes : 
c'est là que nous avons tous entendu, les uns après les 
jautres, le Veniy sequere me ! — Le soir, on rentre au 
Petit Séminaire, le corps brisé de fatigue, mais le cœur 
content et l'àme inondée des plus douces consolations. 
6. Dans une maison où la piété est ainsi entretenue, 
Tordre et la discipline peuvent régner facilement. Aussi 
M. Derruppé et ses collègues pouvaient-ils se glorifier 
de tenir dans la main le cœur de leurs élèves et de 
régner en souverains sur le petit peuple confié à leur 



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-^ 231 -- 

garde. Il fallait bien que l'autorité des uns et la docilité 
des autres fussent grandes pour que la régularité se 
maintînt dans une maison ouverte de toutes parts, des 
(}ortoirs où l'on s'entassait, et un externat de deux cents 
enfants, ou jeunes gens, sur lesquels on ne pouvait exer- 
cer qu'une surveillance interniitlente !... L'ordre ce- 
pendant se maintenait facilement et l'obéissance était 
entière. 

Nous ne voulons pas dire qu'il n'y eût jamais d'é- 
carts, de fautes, soit individuelles, soit générales ; l'as- 
sertion ne serait pas croyable. Il y eut même par mo- 
ments des désordres assez graves. Pendant les quatre 
années que M. Bonhomme passa loin de la maison^ 
de 4832 à 1836, Nt. Derruppé eut parfois besoin de 
toute son énergie pour contenir quelques mutins. On 
nous a parlé aussi d'un complot contre lequel la lampe 
de sûreté, autrefois en usage dans les lycées, n'aurait 
pas été de trop, s'il n'eût été heureusement découvert 
et déjoué à temps... Ceci se passait en 1848, ce qui a fait 
supposer à quelques-uns que la main des révolution- 
naires et des francs-maçons n'était pas tout à fait étran- 
gère à ces excès. Mais ces cas étaient heureusement 
tiQs rares, et lorsqu'ils se produisaient, ce n'était qu'un 
orage passager dans un ciel ordinairement très serein. 
Du reste, dans ces circonstances, la fermeté de M. Der- 
ruppé était inflexible, et de pareils écarts étaient régu- 
lièrement suivis d'un exemple de justice aussi rigou- 
reux que prompt En raison de la gravité du délit, il 
était entendu que le temps ne créerait aucune prescrip- 
tion en faveur des coupables, et en effet, on a vu des 
élèves de philosophie exclus du Séminaire pour des 
méfaits de ce genre qui remontaient à plua d'un an. 



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— 232 — 

7. Après la vertu et la piété des jeunes séminaristes, 
c'est le travail et le progrès des études qui doivent sur- 
tout préoccuper un supérieur. Aussi M. Derruppé s'en 
occupait-il avec une constante et infatigable sollici- 
tude : rien de tout ce qui peut y contribuer ne le lais- 
sait indifférent, et c'est dans celte fin qu'il a le plus agi. 

On pense bien que cet infatigable travailleur faisait 
une rude guerre à la paresse ; il ne pouvait supporter 
les cancres, et à l'égard des simples paresseux il était 
d'une redoutable sévérité.... Mais il serait puéril autant 
que superflu d'insister sur ce point. 

Nous pouvons aussi nous dispenser d'insister sur le 
programme général des études à son époque. Ce pro- 
gramme était partout à peu près le même depuis long- 
temps, l'Université n'étant pas encore entrée dans cette 
voie d'innovation qui fait le désespoir des vieux maî- 
tres et où nous sommes obligés de la suivre. 

Mais la stabilité des méthodes n'empêchait pas de 
réaliser peu à peu d'excellentes améliorations. Tels 
furent le cours de langue grecque devenu obligatoire 
peu après 1830 ; les cours séparés d'histoire et de ma- 
thématiques, institués entre 1830 et 1838 ; et les cours 
si populaires de musique et de dessin, introduits dans 
la maison après 1840. — Nous racojilerons l'histoire de 
ces importantes modifications, à propos des excellents 
maîtres qui en furent les instruments. 

Enfin, c'est à M. Derruppé que la maison est redeva- 
ble d'un usage très propre à exciter l'émulation et à 
former le goût des élèves : nous voulons parler des 
séances littéraires qui avaient lieu ou dans le courant 
ou à la fin de l'année classique. 

Les premières se donnaient sans aucun appareil et 



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— 233 — 

avec beaucoup de simplicité. Lorsqu'une composition 
était remarquable par la supériorité du fond et de la 
forme, rauteur,sans être aucunement prévenu d'avance, 
était invité, à la suite de la proclamation des notes et des 
places, à en faire lui-même la lecture publique. Evidem- 
ment de tels travaux ne pouvaient avoir qu'une perfec- 
tion très relative ; mais la certitude qu'ils étaient bien 
véritablement l'œuvre de celui qui en avait l'honneur, 
et les applaudissenlents qui leur étaient décernés, ren- 
daient cette distinction extrêmement précieuse et en- 
viée. 

Les séances littéraires de fin d'année étaient plus 
préparées et plus solennelles. On se souvient des thè- 
ses philosophiques soutenues par les élèves de 1823 et 
des dialogues philosophiques de M. Derruppé : de là 
aux séances littéraires il n'y avait qu'un pas ; l'auteur 
des dialogues, devenu supérieur, fut heureux sans 
doute de pouvoir les substituer à un exercice devenu 
fort difficile et dont l'intérêt était un peu tombé, — 
Sans doute il fallait que les travaux qui y figureraient 
fussent soigneusement revus et corrigés : la maison 
devait bien à ses invités l'honneur d'un festin intellec- 
tuel aussi soigné et aussi déHcat que possible ; mais un 
morceau littéraire, composé et corrigé par un élève sur 
les indications d'un professeur,n'en appartient pas moins 
à cet élève, et il a le précioux avantage de lui suggérer 
l'idée de ce que peut être un travail achevé. 

A ce point de vue, la pensée de M. Derruppé était 
excellente et produisit d'excellents résultats. Nous pos- 
sédons encore un grand nombre de ces travaux, les uns 
imprimés au commencement des palmarès, les autres 
conservés dans des cahiers d'honneur. Ce sont des nar- 



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— 234 — 

rations, des discours, des dialogues et des dissertations 
qui sont parfois de^ modèles du genre; nous y trouvons 
jusqu'à des vers lalins(l) que l'on osait encore offrir 
à l'admiration des lettrés et aux applaudissements des 
autres. 

La supériorité de ces compositions ne tarda pas à 
frapper les esprits, et tout en rendant hommage au 
travail dont elles faisaient preuve, quelques-uns se per- 
suadèrent qu'elles étaient en réalité l'œuvre des maî- 

(l)Nous sommes heureux de pouvoir citer ici, parce qu'elle 
se rapporte un peu à noire sujrt, U pièc<î suivante, composée 
par M. J.-B. Couderc, qui fut un excellent élève avant <rê're 
un profess*îur renommé. Il était alors élève Je tioisième. 

LA DISTRIBUTION DES PRIX 

Jam lucet s| ectata dies quâ gratior unquam 
Altéra non venit ; j^navos ad bianda laboris 
Prœmia discipulos accit, quos œmulus ardor 
Excitât : hi claros volvunl sub mente triuniphos 
Arrectis animis ; ai qui lauguére veterno 
Desidiœ lauros torpenti iumine cernunt. 

Ancipiti dudum nutans Victoria paimâ 
(Nam Phœbi pariter Maitisque superbit alumnis) 
Ostentat méritas oculis, jam certa, coronas : 
Dulcia serta quidem, non fuso fœda cruore, 
Parta sed ingenio, nec tristibus horrida curis. 
quam victori pertentant gaudia mentem 
.Suavia ! Felici juvat induisisse labori, 
Nec trivisse brèves nugis pueriiibus horas. 

Haec inter properans hilari vestigia gressu 
Victor adest : simul inflexâ cervice coronam 
Excipit. Ingentes subito tum maximus orbis 
Solvitur in strepitus, et late plausibus sether 
Personat j hinc juvenis gerainatum nomen ovantis 
Cuncta per ora volât. Cœtûs tum prseses in imo 
Corde movet veteres quos rettulit ipse triumphos, 
Quœque puer quondam accepit,nunc oscula blando 
Porrigit ore senex. Quantis ad sidéra toUit 
Laudibus ingenium tenero quod fulget ab œvo 
Egregium donec patriœ decus addat et aris ! 



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— 235 — 

très, non celle des élèves. M. Derruppé crut devoir 
protester contre une opinion qui, en se répandant, 
aurait pu produire* un fâcheux efiet. La protestation 
figure en tête du palmarès de 1835. M. Derruppé y 
atfirme sur l'honneur qu'il n'y a pas, dans ces travaux, 
une seule phrase qui ne soit l'œuvre des élèves. 
Les distributions de prix tirèrent pendant longtemps 

Ilicet, haud vano tumidus praecordia fastu, 
Sed grates referens, mirantis lumina turbae 
EfFugit, et médius sociis confunditur héros. 

Intereà genitor, speculatus in agmine longo 
Orania, continuo cari inter brachia nati 
Irruit, injussoque genis madentibus imbre 
Exultât talem cœio genuisse secundo 
Progenieui, trislis senii perdulce levamen. 
Denique panduntur portie, juvat ire volucri 
Vectus equo, et tenerarn niatrem eu ni fratribus unà 
Anrjplecli, patriaraque et nota revisore rura. 
— Salve, laeta doinus ! Salve, domus alraa parentum ! 
Exilio agnoscis reduceni ?... Salvete vireta 
Parvus ubi varios niiscebam in graraine ludos ! 
, Piérides, posthàc silvaruni cedite faunis : 

Vos modo pervigilans noctuque dieque colebara ; 

Jam meus, optatâ mentem laxabo quiète. 

Etsi vestra mihi placeant doctissima pensa 

Majori tamen arridet dulcedinelusus. 

Jam salis atque super, bis quinque ex ordine menscs, 

Versavi carthas et fœda volumina pœnis I 

Pro gravibus calamis jucunda mihi arma supersunt. 
Nt^quaquam tutis lepores trepidate latebris : 
Vos canibus tetrâ que agitabo glande fugaces. 
Ne levibus, volucres, jam sit fiducia pennis ! 
Fiamma micat, rapidumque ferit pernubila lelum. 
Squaramigeros pisces infestis perfidus hamus 
Decipiet dapibus. Gonvivia laita tumultu 
Sic epulis crebro celebrare hcebit inemptis, 
Dum pateris spumans comités hilarabit lacchus 
Invisis quom parca manus non miscuit undis. 

J.-B. COUDERG, de Dégagnac. 
(30 août 1831). 



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- 236 — 

de ces lectures une grande solennité. H faut dire que 
l'éclat en était aussi rehaussé par la représentation 
d*une petite pièce comique. — Mais Tusage des comé- 
dies, si cher aux élèves et au public, fut supprimé en 
4853. (1) 

8. Absorbé par les devoirs de sa charge, M. Der- 
ruppé, n'avait guère de temps à consacrer à la politi- 
que et aux journaux. Cependant il suivait d'un œil 
attentif les discussions engagées, au sein de nos assem- 
blées politiques, sur les questions relatives à la religion 
et à l'enseignement. Une lois même, malgré son hor- 
reur pour tout ce qui pouvait mettre sa personnalité 
en évidence, il se vit obligé d'intervenir publiquement. 

En janvier 1836, presque dans les derniers jours du 
cabinet du 11 octobre, M. Guizot avait déposé un projet 



(1) L'usage de ces petites représentations remonte aux pre- 
mières années du Petit Séminaire. Sous M. Larnaudie, elles 
occupaient une séance distincte de celle que devaient remplir 
les argumentations et les dialogues. Sous M. Derruppé, elles 
avaient lieu dans la même séance ou se lisaient les exercices 
littéraires. 

En 1853, on finit par trouver que la préparation des pièces 
faisait perdre un temps précieux, et entretenait dans la mai- 
son, pendant plusieurs semaines, trop d'agitation et de désor- 
dre. Une opposition puissante se forma contre elles et finit par 
en avoir raison. Elles furent donc supprimées, et l'éclat de la 
fête ne fut plus rehaussé que par la séance littéraire et par 
l'exécution de quelques morceaux de musique. 

D'autres que nous auront sans doute à raconter comment le 
thème, d'aill-mrs peu varié, des compositions littéraires, ayant 
paru s'épuiser, on revint pendant trois ou quatre ans aux re- 
présentations plus ou moins comiques. 

Depuis quelques années nous nous conformons à l'usage 
universitaire des discours prononcés par un des professeurs 
de la maison. 



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^ 237 -- 

de loi sur renseignement secondaire. Ce projet se res- 
sentait des préjugés du temps ; toutefois, « le principe 
de la liberté s'y trouvait loyalement et nettement posé. 
Plus (ï*autorisarion préalable ni de certificat d'étude ; 
qualques conditions de grade et de brevet étaient im- 
posées aux chefs d'établissement, aucune aux profes- 
seurs. Des Petits Séminaires il n'était pas question ; à 
leur égard le statu quo, c'est-à-dire le régime des or- 
donnances de 1828, était maintenu... En somme cepen- 
dant et malgré ses lacunes, ce projet était le plus large 
et le plus équitable de tous ceux qui devaient ètro 
ultérieurement présentés en 1841, en 1844 et en 1847. 

« La commission de la Chambre entra dans l'esprit du 
projet, et son rapporteur, M. Saint-Marc Girardin, quoi- 
que universitaire, se montra animé du libéralisme le 
plus sincère, le plus soucieux d'établir l'accord de 
l'Eglise et de l'Etat. Elle souleva môme la question des 
Petits Séminaires, que le ministre avait cru devoir 
laisser de côté, et proposa de soumettre ces établisse- 
ments au régime des établissements libres, en leur fai- 
sant recueillir les avantages et subir les charges du 
droit commun. M. Sauzel, ministre de la justice et des 
cultes dans le cabinet du 22 février, estima convenable 
de prendre à ce sujet l'avis des évoques, et leur adressa 
une circulaire où il exprimait son désir d'être éclairé 
sur les vœux de Tépiscopat et les besoins réels de l'ins- 
truction secondaire ecclésiastique. 

« Or, des deux systèmes en puésence, du statu quo 
maintenu implicitement par le projet de M. Guizot, ou 
du droit commun proposé par la commission, aucun ne 
pouvait satisfaire pleinement l'épiscopat. Si le cjçrnier 



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— 238 — 

avait aux yeux des évêques Tavanlage de soustroire les 
Petits Séminaires au régime précaire et arbitraire des 
ordonnances, il avait aussi cet incoiivéniont gravje qu'il 
les dépouillait de leur caractère d'établissements pu- 
blics, ayant qualité pour recevoir, et do leur spécialité 
d'établissements ecclésiastiques placés sous la seule 
autorité épiscopule et par suite dispensés de toute con- 
dition de grades universitaires pour leurs directeurs et 
professeurs. 

« Aussi ne paraît-il pas que les réponses des évêques 
aient été très nettes et très concordantes. Il s'en déga- 
geait cependant le vœu d'une solution mixte qui eût 
pris à chacun des deux systèmes ses avantages sans ses 
inconvénients, aurait maintenu le caractère public et 
spécial des Pelits Séminaires et aurait supprimé les 
restrictions des ordonnances. (1) » 

C'est M. Derruppé qui dut répondre au nom de 
Tévêque de Gahors, et sans doute il ne fallait rien 
moins que ce concours de circonstances pour l'obliger 
à se produire et à sortir de sa timide réserve. 

Nul doute que le sage et zélé supérieur du Petit Sé- 
minaire de Montfaucoii ne se soit placé sur le terrain 
mixte dont nous venons de parler, (^elui qui avait ins- 
piré et soutenu ses collègues, en 1828, dans leur opposi- 
tion aux ordonnances de M. de Martignac, et avait fait 
tant de difficultés pour déclarer qu'il n'appartenait à 
aucune congrégation .non autorisée, quoique ce fût la 



(1) Thureau-Dan^in : Histoire de la Monarchie de Juillet, 



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— 239 — 

pure vérité, ne pouvait que protester avec énergie 
contre le joug odieux imposé arbitrairement à TEglise, 
et contre des lois que leurs auteurs eux-mêmes avaient 
dû renoncer à faire observer rigoureusement, sous 
peine de fermer les plus grand nombre des Petits Sé- 
minaires de France. Lo régime du droit commun lui 
eût paru sans doute préférable ; mais pouvait-il i*ac- 
cepter sans compromettre les intérêts et altérer le 
caractère de Tcçuvre qu'il avait entrepris de conti. 
nuer?... 

Nous savons que la réponse de M. Derruppé 
fut remarquée, et s*il est inexact qu'elle ait été 
citée à la tribune (quoiqu'on nous l'ait affirmé d'après 
des souvenirs un peu vagues) elle fut au moins, au 
sein de la commission, l'objet d'une discussion appro- 
fondie. 

On sait quel fut le sort du projet de M. Guizot. — 
« La discussion publique coînmença le 14 mars 1837, 
et se prolongea pendant douze séances. Quelques dé- 
putés s'alarmèrent des avantages que le clergé pouvait 
tirer de la liberté : à leurs yeux c'était l'instruction 
publique livrée aux jésuites, et M. Vatout fit adopter 
un amendement qui obligeait les directeurs des Petits 
Séminaires à jurer qu'ils n'appartenaient à aucune con- 
grégation non autorisée. — Quelques jours après M. 
Guizot quittait le pouvoir, et son projet ne lui survivait 
pas : il ne fut même pas porté à la Clhambre des Pairs. 
Lui-même ne tenait plus à le voir aboutir. — « Par les 
» amendements qu'il avait subis, dit-il dans ses mé- 
» moires, ce projet de loi, en restreignant expressé- 
» ment, surtout pour l'Eglise et pour sa milice, la 



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— 240 - 

» liberté que la charte avait promise, envenimait la 
» querelle au lieu de la vider : il ne méritait plus au- 
» cun regret. » (1) 

Mais revenons à M. Derruppé, et considérons main- 
tenant ce saint prêtre dans l'accomplissement de ses 
devoirs de pasteur, bien plus conformes à ses goûts. 



§ III. — M. Derrnppé pasteur et conlesBear. 



SoMMxmE : i. Etat de la pay^oissede Montfaucon à la mort 
de M. Larnaudie. — 2. Zèle et succès de M. Derruppé, — 
3. M, Derrnppé confeisenr. — 4. Madame Clolilde Murât. 
— 5. Démission de M. Derrnppé. 

1. Nous avons dit qu'en l'état de la maison, tel qu'il 
se trouvait en 1830, le supérieur du Petit Séminaire 
diîvait aussi nécessairement être curé de Monlfaucon, 
et qu'un tel pré" :rc n'était pas homme à se reposer sur 
son vicaire des devoirs et des soucis du minis\ère 
sacré. En efTel, pendant les cinq années qu'il resta 
chargé de la paroifse, quelque nombreuses que fussent 
ses autres OLCupalions,M. Derruppé remplit si bien ses 
devoirs de pasteur que les fidèles auraient pu le croire 
uniquement occupé d'eux et que son ministère produi- 
sit un bien immense. Pour apprécier exactement l'œu- 
vre qu'il a accomplie comme pasteur, il faut auparavant 
se rendre compte de la situation de la paroisse à la 
mort de M. Larnaudie. 



(I) Mémoires de M. Guizot. — Histoire de la Monarchie 
de Juillet, par M. Paul Thureau-Dangin. 



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— 241 — 

Le zèle ardent et l'inépuisable charité de ce saint 
-prêtre n'avaient pas été stériles ; cependant à sa mort 
il restait encore beaucoup à faire. (1) A Montfaucon, 
comme dans la plupart des paroisses du diocèse, l'igno- 
rance de la religion était profonde et l'état des mœurs 
se ressentait encore beaucoup des désordres de la Ré- 
volution. Il ne faut pas oublier que la génération venue 
au monde entre 4775 et 4790 avait été privée de toute 
instruction religieuse et n'avait grandi qu'au bruit des 
crimes de la Révolution et des guerres de l'Empire. 
Or, c'est cette génération qui sous la Restauration 
atteignit et traversa son âge mûr ; c'est elle par consé- 
quent qui formait en 4830 le fond et la partie domi- 
nante de la société : c'est donc elle qu'il fallait instruire, 
convertir et ramener, s'il était possible, aux pratiques 
de la foi. Grande et difficile tâche, surtout pour un 
clergé qui sortait de ses ruines, meurtri, décimé, man- 
quant de tout, et n'ayant pour toute ressource que son 
dévouement et le respect qu'inspiraient ses malheurs. 

Heureuses les paroisses qui reçurent à cette époque 
des pasteurs dont l'instruction égalait la vertu ! Il en 
fut ainsi de Montfaucon avec M. Martin, M. Larnaudie 
et M. Derruppé ; mais ce ne fut pas trop de ces trois 
prêtres pour mener à bonne fin la restauration reli- 
gieuse de cette vaste paroisse. A l'arrivée de M. Der- 
ruppé il y avait encore des scandales permanents, de 
vieux révolutionnaires souillés de crimes, que l'on re- 
gardait il est vrai comme des pestiférés, mais qui 



(4) Nous traçorts ce tableau d'après les indications fournies 
par un prêtre du diocèse, des mieux placés pour être bien 
renseigné. 

46 



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— 242 — 

semblaient défier tous les eiforls et toutes les indus- 
tries du zèle apostolique. El parmi ceux qui se disaient 
chrétiens, combien ne Tétaient que de nom ! — A peine 
une moitié des hommes faisait ses Pâques ; à peine quel- 
ques femmes pieuses fréquentaient les sacrements; lous 
les autres en vivaient éloignés, indifférents ou insensi- 
bles à toutes les exhortations et à tous les exemples. 

2. Avec M. Derruppé, que secondaient d'ailleurs de 
toutes leurs forces son vicaire, M. Jean Baptiste Lar- 
naudie, et M. TaDbé Aurusse, que nous avons fait con- 
naître ailleurs, la transformation fut complète. Les pé- 
cheurs endurcis se convertirent, les vieux ennemis de la 
religion et du prêtre se sentirent désarmés par l'ascen- 
dant et la parole pressante du saint prêtre, et se rendi- 
rent à lui presque sans résistance ; la masse des fidèles 
revint à l'accomplissement du devoir pascal, et il se 
forma un noyau considérable de personnes pieuses dont 
la ferveur servit d'exemple à la génération nouvelle : 
ce fut dans toute !a paroisse une véritable résurrection 
de la foi et des habitudes chrétiennes. 

Le mouvement s'étendit même jusqu'aux parois- 
ses voisines. Vaillac, Séniergues, alors administrées 
par des prêtres infirmes, commencèrent à envoyer des 
troupes d'enfants aux catéchismes de Montfaucon, et 
comme il était impossible de les admettre tous, M. Der- 
ruppé profita de l'enthousiasme général pour exhor- 
ter les personnes instruites des hameaux les plus 
écartés à se faire catéchistes volontaires. Ses con- 
seils furent suivis, et l'on put admirer pendant quel- 
ques années un spectable vraiment merveilleux : le 
zèle des paroissiens suppléant partout à l'impuissance 
des pasteurs, et, dans les meilleures maisons, des caté- 



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- 243 — 

chismes tout à fait laïques mais nullement libre-pen- 
seurs : preuve manifeste de la vigueur de cette foi qui 
trouve en elle-même, dans les périls les plus pressants, 
Ténergiç nécessaire pour se 'sauver, combler ses lacu- 
nes et réparer ses ruines ! 

3. Ces merveilles produisirent bientôt un autre ré- 
sultat que M. Derruppô n'avait pas prévu et qui le mit 
parfois dans un pénible embarras. De toute part, sur- 
tout à répoque du carême et à la veille des fêtes, les 
bon3 villageois accouraient à Montfaucon pour se con- 
fesser à lui, sans songer qu'ils achevaient de l'accabler. 
Ne pouvant suffire à tout et ne voulant pas cependant 
repousser d'humbles paysans qui pouvaient avoir un 
besoin spécial de ses lumières, M. Derruppé prit le parti 
de renvoyer à ses collègues la plupart des élèves qui 
étaient ses pénitents. De là ses constants efforts pour 
réduire aux seuls philosophes sa clientèle de sémina- 
ristes. Il devenait ainsi plus libre de se dévouer aux 
petits et aux humbles. 

4. Cependant à la suite de ceux-ci les grands du 
monde vinrent à leur tour recourir à ses lumières. 
Comme les saints, M. Derruppé n'avait pas seulement 
le don de convertir les pécheurs, il avait aussi d'inef- 
fables consolations pour calmer les plus grandes dou- 
leurs morales et adoucir les peines les plus cruelles. 
C'est pour rempUr ce charitable office, qu'il se vit 
appelé, en 1830, au château de Labaslide-Murat. 

Les plus vieux habitants de cette petite ville se sou- 
viennent encore d'un ange de douceur et de bienfai- 
sance, qui passa autrefois parmi eux sous le nom de 
Madame Clotilde. La nièce du roi Murât n'avait trouvé 
daps l'élévalion de sa famille qu'une source d'amertu- 



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— 244 — 

mes. Sacrifiée à des convenances politiques, elle avait 
épousé, avant 48d5, pn mari indigne d'elle (1), ,et quel- 
ques années après, en secondes noces, son cousin ger- 
main, le colonel Eugène Bonafous, qu'une mort préma- 
turée ne tarda pas à ravir à sa tendresse. Rentrée à La- 
bastidô, cette princesse était inconsolable ; la douleur 
avait ;bri§é celte âme pure et limpide comme le cristal, 
mais déliicate et fragile comme lui. Seule la religion pa- 
raissait capable de répandre sur sa plaie un baume salu- 
taire, mais encore fallait-il pour l'appliquer une main 
aussi sûre que douce. Le respectable M. Tibal, curé de 
la paroisse, n'osant pas même compter sur sa longue 
expérience, donna le conseil de recourir à celui qu'il 
regçirdait comme un maître, non seulement dans l'art 
de former les âmes, mais encore dans celui de les gué- 
rir, à M. Derruppé. 

Avec la modestie que nous lui connaissons, et défiant 
de lui-même au dernier point, celui-ci s'effraya beau- 
coup à la pensée d'assumer une telle responsabilité. Il 
n'osa pourtant pas refuser son ministère et, ayant pro- 
mis son concours, se dévoua, dans la mesure du possi- 
ble, à la consolation et au salut d'une âme tentée de 
désespoir. Il lui enseigna d'abord la résignation à la 
volonté de Dieu, puis lui révéla la fin et la grandeur de 
la souffrance endurée au pied de la croix, et finit par 
lui faire bénir la main de Celui qui ne nous frappe que 
pour notre propre bien. La paix rentra ainsi dans une 
âme naturellement chrétienne ; arrivée au sommet du 
Calvaire, Madame Clotilde sut dire comnie le divin 



(1) Le duc de Gorrigliano^ dont la chute de Napoléon ruina 
les espérances. 



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- 245 — 

maître : « Seig;neur, que votre volonté s'accomplisse et 
non la mienne, » et mourir de la mort des saiiilîs; le 29 
décembre 1831. 

Queltjues temps avant de rendre à Dieu sa belle âme, 
Madame Clolîlde crut devoir* rédoihpénser le Petît^ Sé- 
minaire du bien que lui avait fait son directeur, et elle 
dis(pcèa par testament, eh sa faveur, d'une soihme de 
trente mille francs ; mais elle avait compté sans* la' 
délicatesse scrupuleuse du saint prêtre. Ml Derruppé, 
averti k temps du don princifer qui lui était fait indi- 
rectement, s'éleva au-dessus d'une vulgaire considéra- 
tion d'intérêt , que son dévouement à la maisoil aurait 
dû pourtant faire admettre; et repoussa toutes les offres 
qui lui étaient faites avec instance non seulement par 
la mourante, mais par toute la famille. Il donna pour 
conseil à Madame Clotilde de consacrer la somme en- 
tière à une œuvre de bienfaisance locale, et' c'est sur 
ses indications que les trente mille francs furent légués 
à la commune de Labastide, pour fonder un couvent où 
les religieuses de Nevers se consacreraient à l'éduca- 
tion dès enfants et au soin dés malades. — Si l'on 
songe qu'à la veille de 1832, le Petit Séminaire de'Mont- 
faocon se disposait à entreprendre une vaste construc- 
tion, et que, manquant de fonds, il se voyait en môme 
temps obligé de recourir à une souscription diocésaine, 
on trouvera que M. Derruppé donnait un rare exemple 
de désintéressement. 

5. Tel était M. Derruppé ; son zèle ramenait à la re- 
ligion les pécheurs endurcis, réveillait la ferveur dans 
les âmes chrétiennes et consolait les affligés ; mais ni 
les succès n'altéraient sa modestie, ni les offres les plud 



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- 246 -^ 

brillantes ne l'exposaient à la tentation de la cupidité. 
En 1835, le Petit Séminaire ayant enfin sa chapelle 
particulière, M. Derruppé insista pour qu'il lui fût 
permis de se renfermer dans ses seules fonctions de 
supérieur et de professeur de philosophie. M. Larnau- 
die (Jean-Baptiste), vicaire de la paroisse depuis 1827, 
fut nommé curé, et, formé à bonne école, eut à son 
tour un ministère aussi fructueux que long. Cher au 
premier fondateur du Petit Séminaire, profondément 
estimé de M. Derruppé, il fut ensuite le plus intime ami 
et le principal confident de M. Garayol... C'est dire 
que, sauf le nuage si malheureusement élevé en 1823, 
les meilleurs rapports ont constamment régné entre la 
cure de Montfaucon et l'établissement. 



§ IV. ~ M. Derruppé supérieur et vicaire général. 



Sommaire: i. M, Derruppé est nommé vicaire général par 
Mgr d'Hautpoul. Démission du vénérable prélat. — 2, Le 
nom de M. Derruppé est mis en avant pour VEvêché de 
Cahors. Nomination de Mgr Bardou. — 3. M, Derruppé 
est nommé vicaire général par le nouvel évêque. — 
4. Arrangements. M. Derruppé va résider à Cahors en 
conservant la direction du Petit Séminaire. Inconvé- 
nients de ce régime. — 5. M. Derruppé se démet d'abord 
de la préfecture des études, puis de la charge de Supé- 
rieur Son attachement à la maison. 

1. Tant de travaux et de succès, racontés au loin par 
la renommée et par l'admiration reconnaissante des 
élèves, avaient fait peu à peu à M. Derruppé un grand 



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— 247 — 

renom de sainteté, d'autorité et de savoir, lorsque, en 
4842, la retraite imprévue de M. Martin, vicaire général 
• du diocèse, obligea M«^ d*Hautpoul à se donner inopi- 
nément un nouveau collaborateur. — Son choix tomba 
sur M. Derruppé qui fut nommé le 46 mai 4842, sans 
même, à ce qu'on nous assure, avoir été consulté. Le 
vénérable prélat avait voulu ainsi prévenir ses refus. 
Du reste, cette nomination n'apportait pour le moment 
aucun changement à la situation du titulaire ; elle 
le laissait à la fête ilu Petit Séminaire et dans sa chaire 
de philosophie ; en somme, il était nommé vicaire gé- 
néral sans être appelé à prendre part à l'administration 
du diocèse. 

C'est que, h cette époque. Me»" d'Hautpoul, succom- 
bant sous le poids de ses infirmités, était déjà démis- 
sionnaire ; bien plus, son successeur, qui devait être 
M»*" Bardou, était connu de tout le monde. 

Ces diverses circonstances rassurèrent rhjimble su- 
périeur, en lui persuadant que sa nomination n'était au 
fond qu'une simple formalité, un acte tout à fait provi- 
soire, qui n'aurait aucune suite sous le nouvel évêque. 
Il ignorait encore les négociations qui avaient été en- 
tamées depuis peu à son sujet, et sa modestie ne soup- 
çonnait en rien ce que l'avenir lui réservait. 

2. Que s'était il passé ? Quand les premiers bruits de 
la démission de Me^ d'Hautpoul avaient commencé à se 
répandre, on s'était préoccupé, comme il arrive tou- 
jours, de savoir quel serait son successeur. Aussitôt, il 
s'était formé un courant d'opinion en faveur de M. 
Derruppé. On se disait que nul n'aurait ni plus d'ascen- 
dant sur le clergé, ni plus de connaissance des besoins 
du diocèse que le supérieur du Petit Séminaire ; que 



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— 248 — 

TEglise de Cahors n'avait vu depuis longtemps aucua: 
de ses membres sortir du rang et s'élever à l'épiscopat ; 
que le gouvernemenl ne pouvait refuser à ses désirs un 
prêtre du mérite de M. Derruppé, et qu'enfin l'occasion 
était excellente de l'élever à la plus haute des dignités, 
sans priver le diocèse des services qu'il pouvait rendre. 
Certes le clergé du diocèse vit avec bonheur se former 
ce courant d'opinion et il le favorisa de tout son pou- 
voir ; mais il n'en fut ni l'auteur ni le principal fauteur. 

C'est dans la société laïque, plus préoccupée alors 
sans doute qu'aujourd'hui de l'avenir religieux de notre 
pays, que cette idée avait été émise, et ce furent des 
laïques influents qui entreprirent de la faire réussir. 
M. CaUnon, père, alors Directeur général des domaines, 
de V enregistrement et du timbre^ et très puissant au- 
près de Louis-Philippe, en fît pour ainsi dire son 
affaire. Il avait pour M. Derruppé, qu'il visitait quel- 
quefois au Petit Séminaire quand ses rares visites au 
Sol del Pech lui en laissaient le temps, autant d'affec- 
tion que d'estime, et il se chargea avec empressement 
de soutenir sa candidature auprès du ministre des cul- 
tes. Malheureusement pour les amis du vénérable su- 
périeur, une autre influence s'était déjà exercée auprès 
du roi lui-même, et le maréchal Soult avait emporté 
pour ainsi dire d'assaut la nomination de M&»' Bardou. 
— En réalité le diocèse n'y perdit rien, puisque la 
Providence lui donnait en son nouvel évêque un ange 
de piété, qui s'empressa d'associer M. Derruppé à son 
administration. 

Quant à M. Derruppé, il ne connut cette histoire 
qu'un peu plus tard, et loin de s'affliger du résultat, il 
remercia avec effusion la Providence d'avoir éloigné de 



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lui un honneur dont il se proclamait absolument indi- 
gne. 

3. Il se croyait donc désormais à l'abri de la tentation 
des grandeurs quand, vers le milieu du mois de juillet, 
un véritable coup de théâtre lui apprit, de manière à ne 
pouvoir plus en douter, qu'il était loin d'être oublié. — 
Un jeudi, le Petit Séminaire avait reçu la visite d'un an- 
cien élève, bien cher à tous ses maîtres qui le i^egar- 
daient déjà comme un collègue et se plaisaient à lui pré- 
dire un brillant avenir; c'était M. Carayol, sortant de 
Saint-Sulpice où il venait de terminer à 49 ans ses 
études théologiques. Après le dîner, les professeurs 
conduisirent leur hôte au salon de compagnie où la 
conversation s'engagea tout d'abord sur Saint-Sulpice , 
puis sur le nouvel évêque de Cahors. — « Il est venu 
nous voir au Grand Séminaire, dit M. Carayol, et nous 
avons pu causer longtemps avec lui. Il est plein de 
bonté, de douceur et d'affabilité ; sa conversation est 
extrêmement édifiante : nous aurons un saint évêque. 
Extérieurement il est d'une beauté angélique ; on 
n'imaginerait pas un plus beau type de figure épisco- 
pale. Il nous a entretenus avec la plus grande familia- 
rité ; il nous a même fait connaître les noms de ses 
vicaires généraux. — Bien sûr ? dit M. Derruppé, et 
quels sont-ils ? — M. Sénizergues conserve naturelle- 
ment sa place ; l'autre, nous a-t-il dit, c'est M. le supé- 
rieur du Petit Séminaire I t» 

Il faut renoncer à dépeindre l'effet produit sur M. 
Derruppé par cette révélation inattendue. « J'avoue , 
disait plus tard M. Carayol, que le coup avait été pré- 
paré et que je m'étais promis de jouir un peu de son 
embarras ; mais je ne connaissais pas toute la profon- 



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— 250 — 

deur de son humilité ; il fut atterré, foudroyé, et en 
voyant de combien j'avais dépassé mon but, je regret- 
tai sincèrement d'avoir parlé. » — « Espérons, dit M. 
Derruppé, pour couvrir sa retraite, que si le nouveau 
prélat a pu avoir cette pensée, ce n'aura été qu'en 
passant et que la léilexion lui inspirera quelque autre 
choix. J'ai toujours été professeur et je n'entends rien 
à Tadministration. — D'ailleurs, je suppose bien que 
S. G. n'arrêtera pas celte nomination sans mon con- 
sentement. :» 

Ce consentement, il fut pourtant obligé de le donner, 
mais ce ne fut pas sans peine ; sa nomination est datée 
seulement du 22 octobre et elle fut agréée le 16 décem- 
bre par le gouvernement. 

4. En élevant M. Derruppé à la charge de vicaice 
général, Me^ Bardou avait considéré principalement les 
intérêts du diocèse, mais il n'avait pas voulu sacrifler 
le Petit Séminaire. Dans l'état présent de la maison, il 
parut impossible de remplacer de suite l'éminent supé- 
rieur, et nécessaire de lui laisser ce titre, qu'il conserva 
encore pendant plus de quinze ans, ainsi que la direc- 
tion générale des études. 

En conséquence son départ n'occasionna, du moins 
en apparence, que très peu de changements dans la 
maison. M. Bonhomme fut nomm.é vice- supérieur, mais 
il l'avait toujours été de fait sous M. Derrippé. M. Bla- 
viel fut nommé professeur de philosophie ; mais il 
parait que cette chaire lui était d'ailleurs réservée et 
qu'en toute hypothèse il allait l'occuper prochaine- 
ment. — Quant à M. Derruppé, pour remplir effective- 
ment son devoir de supérieur et de préfet des études, 
il entreprit de visiter régulièrement tous les huit jours 



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— 251 — 

le Petit Séminaire, pour y faire la lecture des notes e 
des places, se tenir au courant de tout et donner au 
personnel la direction indispensable. Pendant plusieurs 
années il fut fidèle à sa résolution, et ne commença à 
faire ses visites plus rares que lorsque la nomination 
d'un nouveau préfet des études eut diminué en grande 
partie sa responsabilité. 

Nous nous sommes demandé si cet arrangement 
n'avait pas nui à son autorité. Comment un maître qui 
n'apparaît dans la maison que tous les huit ou quinze 
jours peut-il exercer un grand ascendant sur le per- 
sonnel et sur les élèves?... Si étrange que ce fait puisse 
paraître, le témoignage de tous les contemporains est 
là pour nous assurer que loin de s'affaiblir par l'éloi- 
gnement, l'autorité de M. Derruppé et le respect qu'on 
avait pour sa personne ne firent au contraire qu'y ga- 
gner. — (c Lorsque sa visite était prochaine, nous écrit 
un des élèves de ce temps les mieux placés pour juger 
de l'impression générale, la communauté semblait en- 
vahie par une sorte de crainte salutaire ; chacun re- 
doutait d'être du nombre des élèves qui lui seraient 
signalés comme ayant donné en son absence quelque 
sujet de mécontentement. Et dans le fait, ces cas étaient 
traités par lui avec une extrême sévérité. Tout le temps 
qu'il restait dans la maison, il n'y avait pas à craindre 
que l'ordre fût troublé et qu'il se produisît quelque cas 
sérieux d'indiscipline. La légèreté du jeune âge ne 
reprenait son empire qu'après son départ, signal ordi- 
naire d'une détente dangereuse et redoutée. C'est alors 
que M. Bonhomme avait besoin de rappeler par quel- 
ques exemples frappants qu'en l'absence de M. Der- 



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— 252 — 

ruppé il était véritablement le maître et que le règle- 
ment n'était pas tombé en désuétude. 

Cependant, il faut bien le dire, malgré le respect 
dont la personne du supérieur était environnée, il était 
impossible qu'un tel régime se prolongeât plusieurs 
années sans qu'il en résultât de graves inconvénients. 
Il était indubitable qu'à mesure que le personnel des 
maîtres et des élèves se renouvellerait, il serait moins 
connu de M. Derruppé et par suite eh recevrait une 
direction moins sûre ; que les professeur seraient plus 
exposés soit aux négligences inséparables de tout mi- 
nistère abandonné à lui-même, soit à des mésintelli- 
gences plus ou moins sérieuses ; enfin, que les élèves, 
si soumis sous l'œil du maître, se laisseraient plus ou 
moins envahir par l'esprit d'indiscipline. — En effet, le 
Petit Séminaire, pendant ces quinze années, m lut pas 
entièrement préservé de ces misères. M. Deiruppé qui 
avait jusque-là dirigé la maison avec une parfaite sû- 
reté de vues, parut à partir de 1843 ne plus savoir 
aussi bien se défendre contre l'esprit d'utopie. « Chaque 
samedi, nous dit un professeur de ce temps, il nous' 
arrivait avec des plans et des projets nouveaux ; heu- 
reusement il n'y avait pas d'homme moins obstiné que 
lui ; il se rendait aux observations qu'on lui présentait 
et la plupart de ses projets tombaient à l'eau. S'il réus^ 
sissait quelquefois à en faire adopter quelques-uns, ils 
avaient encore, avant d'être essayés, à traverser un 
redoutable défilé : je veux dire la critique de M. Bon- 
homme, qui ne se gênait pas pour les traiter d'absurdes 
et n'en faisait ni plus ni moins. » — Ce tableau, mani- 
festement un peu exagéré , nous autorise cependant à 
conclure que M. Derruppé lui-même ne pouvait pâs^ 



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— 253 — 

en restant à Cahors, diriger la maison aussi bien qu'en 
demeurant sur les lieux. 

Nous ne parlerons que pour mémoire des manifesta- 
tions d'indiscipline qui se produisirent parmi les élèves 
en son absence. Elles furent en somme très rares et peu 
sérieuses. Comme elles se rapportent presque toutes à la 
période de 4848, quelques-uns ont supposé, comme 
nous l'avons déjà dit, que l'action des sociétés secrètes 
n'y était pas tout à fait étrangère. C'est une hypothèse 
qui n'a été ni ne peut être vérifiée ; comme en définitive 
l'autorité eut raison, il n'y a pas lieu d'insister sur ces 
faits. 

Un péril beaucoup plus grave était celui qui mena- 
çait l'union entre les maîtres, tant recommandée parla 
règle. Le bon accord ne fut jamais sérieusement trou- 
blé; mais on verra par la suite de ce récit que plusieurs 
fois il se manifesta de grandes divergences entre les 
opinions des professeurs sur divers points de doctrine ; 
et si elles ne purent altérer l'union qui doit régner 
entre des prêtres dévoués à la même œuvre, elles pou- 
vaient au moins diminuer l'unité et la conformité de 
conduite indispensables dans la direction des jeunes 
gens. 

5. M. Derruppé, que son extrême humilité préservait 
sûrement des illusions de l'amour-propre, se rendait 
sans doute compte de ces divers inconvénients, et il ne 
tenait pas à lui qu'on n'y apportât un prompt remède 
en lui nommant un successeur. Lui-même paraissait le 
chercher. C'est ainsi qu'en 1849 il fit donner à M. Grata- 
cap, la charge de préfet des études. Il espérait qu'on 
pourrait bientôt le nommer supérieur ; mais l'épreuvç 



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— 254 — 

ne fut pas heureuse, et le statu quo parut encore pré- 
férable à une tentative dangereuse. 

Ce fut seulement en 4858, que M. Garayol par la 
renommée de son talent et de son savoir, par une expé- 
rience déjà longue et par son grand ascendant, parut 
enfin capable de recueillir sa succession. 

Débarrassé d'un fardeau, que son âge déjà avancé 
commençait d'ailleurs à trouver un peu trop lourd, M. 
Derruppé n'eut garde d'oublier cette chère maison de 
Montfaucon où il avait passé les plus belles et les plus 
fécondes années de son sacerdoce... Son esprit s'y re- 
portait toujours avec une visible complaisance; il aimait 
à en parler, et on ne pouvait lui causer un plus grand 
plaisir que de lui dire du bien de Montfaucon. C'était 
pour lui un grand bonheur d'y reparaître toutes les 
fois que l'occasion s'en présentait ; et sans doute il 
aurait fait naître plus souvent ces occasions, si toujours 
la reconnaissance du Petit Séminaire n'eût gâté son 
bonheur par des témoignages de filiale vénération qui 
gênaient extrêmement sa mode?tie. Dans les rares cir- 
constances où il lui fut donné d'y revenir, il ne prenait 
la parole devant les élèves que pour féliciter la com- 
munauté de sa fidélité aux traditions de piété et de 
travail qui remontent à l'époque de sa fondation, et des 
progrès qu'il avait pu constater. Devant les élèves de 
M. Garayol, il n'était pas ce vieillard dont parle Ho- 
race : 

(( Laudator temporis acti 
Se puero, castigator censorque minorum. » 

c'était le bon père, c'était l'aïeul qui s'enorgueillissait des 
progrès et de la gloire de sa postérité. — Le personne 



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— 255 — 

s'étant en quelques années presque entièrement renou- 
velé, il ne pouvait plus guère, dans les derniers temps, 
connaître les professeurs que de nom ; n'importe, il 
suffisait qu'ils eussent ce titre pour être l'objet de sa 
particulière bienveillance. Le lendemain de la clôture 
de la retraite ecclésiastique, qui a lieu tous les ans à 
Cahors dans le courant de septembre, il se faisait une 
fêle de réunir à sa table tous ceux d'entre eux qui y 
avaient assisté. Nous pouvons dire que sa pensée fut 
toujours au milieu de nous ; et nous aurons bientôt 
l'occasion de rappeler que le nom du Petit Séminaire 
fut presque, dans le délire de l'agonie, sa dernière pa- 
role : ex ahundantiâ cordis os loquitur. 



§ V. — M. Derruppé, vicaire général. 



Sommaire : 1, M. Berruppé à Cahors, — 2. Candidature à 
V Assemblée Constituante, en 1848, —S. Concile d'Alhy ; 
décrets relatifs aux Petits Séminaires.— 4. Les Statuts Sy- 
nodaux et le Propre du Diocèse de Cahors, — 5. Décoration 
de M. Derruppé. — 6. Direction des Communautés reli- 
gieuses. — 7. M. Derruppé vicaire capitulaire. —8. Amer- 
tumes. — 9. Austérités. — 10. Mort de M. Dei^uppé. — 
îi. Hommage rendu à sa mémoire par Mgr VEvêque de 
Cahors, - i2. Honneurs funèbres et tombeau de M. Dei*- 
ruppé au Petit Séminaire de Mont faucon. 

4. Les actes de M. Derruppé comme vicaire général 
n'appartiennent qu'indirectement à l'histoire du Petit 
Séminaire. Néanmoins nous croyons opportun d'en 
présenter au moins un récit abrégé, ne serait-ce que 



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— 256 — . 

comme achèvemertt d'uae vie si bien remplie, et nous 
espérons qu*on nous saura gré de n'avoir voulu rien 
omettre. 

Jamais M. Derruppé n'avait cherché à se mettre en 
vue ; mais à partir du jour où devenu vicaire généra^ 
il eut fixé sa résidence à Cahors, il sembla encore plus 
préoccuppé du soin de se cacher et de passer inaperçu- 
— Dans cette retraite silencieuse qu'il avait eu le bon- 
heur de trouver auprès du Grand Séminaire et de 
l'évôché de Gahors, il se traça tout d'abord ce règle- 
ment de vie sans lequel il ne peut guère y avoir de vie 
vraiment sacerdotale, et qui seul peut permettre de me- 
ner de front les exercices de la piété et les travaux, soit 
du ministère sacré, soit de l'administration. Ce règle- 
ment est à peu près le même pour tous les prêtres, et 
ses dispositions facultatives sont nécessairement subor- 
données aux nécessités d'une situation où on ne s'ap- 
partient plus à soi-même. M. Derruppé s'accommodait 
aux circonstances avec une parfaite et facile simpli- 
cité; mais aussitôt qu'il lui était possible, il s'em- 
pressait de revenir à la stricte observance de sa 
régie. Dès ce moment, on ne le voyait pour ainsi 
dire plus. Sans les bonnes œuvres qu'il faisait faire de 
préférence et par modestie, par d'autres mains, et sans 
les cérémonies où il était obligé de paraître, M. Der- 
ruppé aurait été auprès du public cadurcien comme 
s'il n'eût pas existé. Jamais homme d'étude, jamais 
religieux dans son cloître n'a meiîé une vie plus modes- 
tement silencieuse. — Le Séminaire lui-même aurait 
eu quelque peine à soupçonner son voisinage, s'il ne 
^'avait vu tous les jours dire sa messe de très grand 
matin et réciter son bréviaire en se promenant à 



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— 257 — 



petits pas dans le jardin, après la récréation de 
midi (1). 

Il assistait régulièrement à tous les examens et à 
toutes les sabbatines de théologie. Dans les examens, 



(4) La véritable humilité ne peut supporter les louanges, 
et lorsqu'elle est obligée de les subir, c'est pour elle un atro- 
ce supplice. Nous pourrions rappeler une infinité de circons- 
tances où M. Derruppé eut ainsi à souffiir cruellement des 
éloges qu'on s'obstinait à lui donner. Voici un des cas les plus 
plaisants et peut-être des moins connus. 

Pendant les premières années Je son séjour à Gahors, M. 
Derruppé fut assez indisposé pour que son médecin lui pres- 
crivît une station thermale dans les Pyrénées. Il s'y trouva en 
mô/ne temps que M^r de Saunhac, évêque de Perpignan, an- 
cien chanoine et vicaire général de Gahors . 

Le prélat, informé de la présence d'un prêtre du Quercy, 
voulut le voir et lui posa une multitude de questions sur l'état 
piésent du diocèse, sur les changements survenus depuis son 
départ, sur un grand noûibre d'amis qu'il y avait laissés, sur 
Mgr Bardou, etc., etc. Enfin, il en vint à lui parler du vicaire 
général que Mgr Bardou avait choisi en remplacement de M. 
Martin, et qu'il regrettait, disait- *l, de ne pas connaître, 
parcequ'il en avait entendu dire infiniment de bien. 

Alors s'engagea le plus intéressant dialogue qu'on puissa 
concevoir : d'un côté Mgr de Saunhac célébrant les vertus, 
le savoir et les services de M Derruppé ; de l'autre, M. Der- 
ruppé lui-môme n'osant pas se faire connaître, s'efibrçant de 
détourner la conversation, trouvant ces éloges quelque peu 
exagérés, et prétendant que le nouveau vicaire général de 
Cahors, n'ayant vécu jusque là qu'avec des enfants, au- 
rait beaucoup à faire pour justifier une réputation inexpli- 
cable. 

Ge langage étonnait beaucoup l'excellent évêque ; il ne com- 
prenait pas qu'un prêtre du diocèse de Cahors manifestât si 
peu d'admiration et de sympathie pour un personnage aussi 
éminent que M. Derruppé. Il finit par lui demander si, par 
hasard,il aurait eu à s'en plaindre. M. Derruppé ayant ré- 
pondu qu'il I, 'avait eu qu'à se louer des bons procédés de l'au- 
torité à son égard : — « Allons, poursuivit l'évéque de Per- 
pignan, ceci flous prouve, uue fois de plus, que nul n'est pro- 
phète dans son pays 1 » 

Mais M. Derruppé n'était pas encore au bout de ses épreu- 
ves. Tout à coup, Mgr de Saunhac, terminant par où il aurait 

17 



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— 258 — 

ses questions admirablement précises mettaient à Taise 
tous les élèves qui avaient étudié sérieusement, et on 
aimait en général à passer dans son bureau. On aimait 
aussi beaucoup sa manière d'interroger dans les sabba- 
tines ; mais ses objections étaient toujours redoutables. 
Le vieux dialecticien était toujours invincible, et il 
était rare, ainsi que nous Tavons dit plus haut (1), que 
le répondant et le maître ne fussent obligés, l'un après 
l'autre, de lui rendre les armes. Mais il n'avait garde 
d'abuser de sa victoire et, dans les explications qui ve- 
naient à la suite, il trouvait toujours quelque moyen de 
démontrer que la véritable solution avait été donnée 
au moins implicitement. 
2. Cependant, plus il se cachait, plus la Providence 



dâ commencer, s'avisa de lui demander son nom et celui de sa 
paroisse. 

— Monseigneur, répondit Thumble vicaire général, je ne 
suis qu'un pauvre prêtre, à qui V. G. a déjà fait beau* oup 
trop d'honneur. Je la supplie de me permettre de lui rendre 
mes devoirs. 

— A condition quo vous voudrez bien, monsieur le curé et 
cher compatriote^ me dire votre nom. 

— Mon Dieu !... Monseigneur... 

— Hé bien?. . 

M. Derruppé ne savait plus que répondre et gardait le si- 
lence. C'est alors seulement que Mgr de Saunhac devina ce 
qu'on refusait de lui dire : 

— Ah ! s'écria-t-il, j'aurais dû m'en douter ! Vous êtes 
M. Derruppé ! N'est-il pas vrai ?... Monsieur le vicaire géné- 
ral, je vous fais mes excuses et je retire toutes mes paroles : 
il est entendu que vous ne méritez que des reproches et que 
vous êtes un orgueilleux ! Et maintenant, ôtes-vous content de 
moi ? 

— Monseigneur, répondit M. Derj-uppé, ceci est en effet 
bien plus vrai que tout le re^te ! 

Mgr de Saunhac aimait beaucoup à raconter cette histoire, 
et il ne manquait jamais d'ajouter que M. DtiTuppé était le 
prêtre le plus humble qu'il eût jamais rencontré. 

(1) V. pages 206 et 207. 



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— 259 — 

semblait multiplier lets occasions de mettre en évidence 
ses talents, ses mérites et ses vertus. 

Quels furent sa surprise et sans doute son embarras 
lorsque, après la Révolution de 1848, à la veille des 
élections pour V Assemblée Constituante^ il apprit tout 
à coup que son nom avait été mis en avant, et que dans 
le péril de la société, non seulement le clergé tout en- 
tier, mais tous les amis de la religion lui faisaient une 
obligation d'accepter une candidature 1 Nous n'avons 
pas besoin de dire que son premier mouvement fut de 
décliner absolument toute offre de ce genre, et d*aver. 
tir les conservateurs qu'ils n'eussent garde d'égarer 
leurs voix sur un nom aussi peu connu et aussi peu 
politique que le sien. 

Mais cet acte d'humilité, qu'il considérait comme un 
acte élémentaire de prudence, né lui fut pas mêm e 
permis : l'opinion se pi énonçait avec tant de force ej 
les circonstances étaient si graves, qu'il fut contrain 
non seulement de s'incliner, mais encore de publier 
qu'il acceptait, et de faire lui aussi sa profession de foj 
politique. Il est vrai qu'il le fit à sa manière et avec un 
enthousiasme qui témoignait d'une ambition fort mo- 
dérée. Le 11 avril 1848, VEcho du Lot publiait la circu- 
laire suivante, adressée à tous les curés du diocès e 

« Monsieur le curé, 

» Plusieurs de mes amis me sollicitent de fairecesse 
» les doutes que l'on cherche à répandre sur mon ac 
» ceptation ou même sur la pureté de mes sentiments 
» Ne voulant pas me refuser absolument à ces près 
» santés invitations, je viens vous prier, monsieur \q 
» curé, de répondre vous-même en mon nom à ceux 



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— ÎMD — 

» qui detaaaieat à être bien fix^ sur ces deux points. 
» Quelques mots suffiront pour voue mettre à mémedd 
» leê Bfttîsfoire : 

» 1«> J'ai accepté par dév<)uemdnt et par devoir U 
> candidature qui m'a été offerte, et je perâste tou- 

# jours dans ma première détermination. 

» âp Pour toute réponse à des accusations ou Um^ 

# nuat«Mid fondées 6ur de très injustes défiances^ je 
» déclare que, à l'exemple de tous nos dignes et v^é«- 
» râbles préiats, j'adhère sans arrière-pensée à )a nou- 
l'velltt fiirme de gouvernement ; que je repousse toute 
» alliance avec des candidats qui n'auntient pas fraii'- 
» chement renoncé à tout esprit de parti ; que je veux, 
» dans le sens le plus vrai et le plus étendu^ la liberté, 

# r^lgalité, la fraternité ; que mes vœux les plus sincè- 
» res sont en £aveur de la classe ouvrière et des pau- 
» vres, et enSn, que je n'ai d'autre vue que celle de 
» ptxKSurer ée toutes mes forces le bien public. 

]» J'ai l'honneur^ etc. 

» DERRUPPÉ, vie. g. » 

Quelques jours après^ le même journal recomman- 
dait aux électeurs du Lot la candidature de M. Der- 
ruppé avec celle de MM. Murât (le prince Lucien), de 
Saint-Priest, Cavaignac, Ambert, Roland, de Laraber- 
terie, etc. En même temps paraissait un remarquable 
article de M. l'abbé Soulié, aumônier du lycée, reven- 
diquant pour le clergé le droit d'exprimer son opinion 
et d'exei^er toute son influence pour asi^rer l'électian 
des meilleurs candidats. L'article, un peu dithyrambi- 
que, de M. Soulié se terminait ainsi : « Comme toutes 
las autres classes de citoyeiis^ te deiigé est débileur dte 



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ses tecultés^ de ses sacriflcos, de &em vartea, cld m» 
talents à la République. Qu'il examine ses P8fig8»^t»')| 
i^y trouva quolquf un dont la tenmetéKtftprudMfie« tes 
lumières, r^ufnour de toutes lo&libôrid9,:%oimt \km jpnk 
rantie de salut et d'ordre, 49'U \m 4^ : my^fi «m d# 

sea(ai]it9 <te lu nation yeilWr au ««4ut d^ tout* ^^ V^ttk 
o^ fOd doit feirele cdei^gê » pourquoi ne to G^fia^ttil 
pas?..»» 

C'est à ces é&mi actes que se bomc toute lar CHmjpi^ 
gne électorale de M. Bek*ruppé : une eire«>ldl<pe k If If . 
l€S curés, et urn artioie ehatouretix qa« M. SouM pu* 
bti», satie doute avec sa permission plulôlqud^fwrsM» 
orA»e. 

* Le résultat, sans répondre aux espérances des amis 
ducfergé, fit honneur cependant au candidat et à fa 
puissance du sentiment religieux dans le diocèse/ Le 
département avait à nommer 7 députés. Sur 36 candi- 
dats qui sollicitèrent alors plus ou moins sérieusement 
les suffrages des électeurs, M. Derruppé arriva le 9« 
avec 21,502 voix ; il était le deuxième de ceux qui ne 
ftirent pas élus. 

L'humble prêtre n'eut pas de peioo,oorome m \ê^ 
pense bieny h se consoler de son échec. N'awrait^il pas 
été beaucoup plus désolé de se trouver élu ? Qmmd ii 
vit les noms si jwsteroeot populaires de ae^ he^ur^qx 
concurrents : EM.. Gavaignac, Roland, Murai, de Saint*- 
Priest, Caria, Ambçrt et Labrousse,, il dut béair. deux 
fois la Providence. 

Quelques jours après, le Patriote du lo^y journâi ëir 
partie aywcé, aceusait IMnespérieiiae' du safihaga ymb» 



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— 262 — 

vereel^ et trouvait que la loi électorale avait besoin 
d'être refaite. 

ibn souvenir de ces temps, de ces illusions et de ces 
dôvoueiriènts généreux, une leçon se dégage, à notre 
avis, pour les témoins et les acteurs de nos luttes pré- 
sentés! Cette adhésion si complète que M. Derruppé 
déclare donner, en compagnie des évoques de France, 
à fà nouvelle forme de gouverneaient qui s*inaûgura- 
dans les journées de Février, semblerait maintenant 
fort étrange... Qu'est-ce donc?... L'Église aurait-elle 
changé de doctrine, ou ses plus illustres représentants 
en 1848 auraiént-ils mieux compris que ceux de nos 
jours éon esprit et leur devoir ?... Ni l'un, ni l'autre. 
Ce fait prouve tout simplement, une fois de plus, que 
l'ÉgJi^e ne condamne en principe aucune fornie de gou- 
vernement, qu'elle demande seulement à tous les régi- 
mes la pleine liberté de faire le bien, et qu'à cette seule 
condition il sera toujours facile de s'entendre avec elle. 
Pourquoi la profession de foi républicaine de M. Der- 
ruppé nous paraît-t-elle aujourd'hui si naïve? Evidem- 
ment, c'est parce que la République de 1848 ne tint pas 
ses promesses, et que ses continuateurs, depuis 1875, 
dominés par l'esprit antireligieux, ne sont manifestement 
retenus dans la voie de la persécution que par la crainte 
de se nuire à eux mêmes. Mais qui blâmera nos pères- 
d'avoir accordé quelque crédit à un gouvernement nou- 
veau, quand celui de la Restauration avait fini pour 
ainsi dire sur les ordonnances de 1828, et quand la 
monarchie de Juillet, après avoir toléré sournoisement 
le sac de Saint-Germain et de Tarchevêché, mariait les 
fils de France à des princesses protestantes, et s'obsti- 
nait à refuser toutes les libertés que la charte avait 



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— 263 — 

promises ? Dieu, qui sonde les cœurs, ne se trompe 
jamais sur les vraies dispositions de tous les gouverne- 
ments ; mais TÉglise est obligée d'accepter leurs pro- 
messes, sous bénéfice d'inventaire, et de regarder les 
actes. 

3. Parmi les premiers avantages que TÉglise de 
France retira de rétablissement du régime nouveau, 
un des plus précieux fut la liberté de tenir des Conciles 
provinciaux. En 1850 se tint celui de la province d'Alby, 
aux travaux duquel M. Derruppé prit une part très 
importante et dont plusieurs décrets relatifs aux Petits 
Séminaires doivent trouver ici leur place. 

M&' Bardou fut assisté au concile d'Alby par M. de 
La Roussilhe, chanoine et curé de la cathédrale, et par 
MM. Derruppé et Joseph-Marie Bardou, vicaires géné- 
raux. 

Suivant la tradition, M. Derruppé aurait été le secré- 
taire du concile ; nous ne voyons pas cependant que 
l'auguste assemblée ait nommé un secrétaire propre- 
ment dit. Elle se divisa en plusieurs congrégations, et 
M. Derruppé fut seulement vice-président de la Con- 
grégation des Décrets ; mais à ce titre, comme l'œuvre 
du concile devait se résumer dans ses décrets, presque 
tout le travail de la rédaction devait en effet lui incom- 
ber. — Quand le concile fut terminé et qu'il fallut 
publier le compte-rendu de toutes ses délibérations, 
c'est encore M. Derruppé qui les réunit dans le recueil 
qui fut imprimé en 1853, et dont on admira beaucoup 
la belle latinité. — Toutefois l'élégance de la forme 
n'est rien ici, en comparaison de la sagesse du fond. 

Dans le chapitre des Études ecclésiastiques ^ trois 
décrets se rapportent aux Petits Séminaires. Le pre- 



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— 264 — 

mier a pour objet la choix et les conditions d'admis^on 
des jeunes séminaristes ; le second détermine les études 
auxquelles on doit les appliquer ; le troisième s'occupe 
du choix et de la condition des directeurs et des pix)- 
fesseurs. 

Sur le premier point, le concile renouvelle les pres- 
criptions du concile de Trente, et, se conformant à son 
esprit, désapprouve las Séminaires mixtes où, dit-il, 
l'avantage d'éle/er chrétiennement quelques enfants 
destinés aux carrières du monde, ne compense pas suf- 
fisamment le tort que ce mélange peut faire aux futurs 
ministres des autels. Ensuite il ordonne de renvoyer, 
sans pitié (inclernenterj ^ non seulement les élèves dont 
les mœurs seraient corrompues, mais encore tous ceux 
qui violent la règle habituellement et de parti pris, de 
môme que tous les jeunes gens qui inspireraient trop 
de doutes sur leur intelligence, leur aptitude aux fonc- 
tions ecclésiastiques et' leur vertu. 

Sur le deuxième point, les prescriptions du concile 
d'Âlby sont très précises et.ont produit depuis d'excel- 
lents résultats. 

L'auguste assemblée aurait voulu que/ dans la pro- 
vince, le programme des études dans les Petits Sémi- 
naires fût fixé par une assemblée de délégués de cha- 
que diocèse. Malheureusement ce vœu n'a jamais pu se 
réaliser ; la liberté de l'enseignement, telle que nous 
l'ont donnée les lois de l'État,* ne va pas jusqu'à nous 
affranchir absolument des programmes de l'Université, 
et les directeurs de nos maisons d'éducation sont ré- 
duits à s'accommoder le mieux possible d'un program- 
me qui n'est pas fait pour eux. Du moins, le concile 
pouvait prescrire et prescrivit en effet de donner la 



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— 265 — 

plas grande importance à renseignement delà doctrine 
catholique, par Texplication du catéchisme, par Ses 
conférences graduées selon la force des élèves et par 
des prédications suivies. 

Ge fondement posé, les élèves s'appliqueront, éit le 
concile, i° à l'élude de la langue française, qu'ils s*exer- 
ceront à parler avec correction et élégance ; 2® à l'élutW 
de la langue latine, qu'ils apprendront avec le fijsm 
grand soin comme étant la langue propre de TEglise ; 
30 au greC; qui est cependant reconnu moins important 
que le latin et le français ; 4° à l'histoire, qu'on tâchera 
de leur enseigner dans un esprit vraiment catholique ; 
5» aux mathémîttiques et aux sciences naturelles ; Gp à 
la philosophie, dortt le cours devra durer deux ans et 
où Ton insistera principalement sur la logique, la mé« 
taphysique et la morale, en s' éclairant des lumières de 
la Foi et en se servant autant que possible de la forme 
scolastique ; 7° au chant et aux cérémonies ; 8<» aux 
arts d'agréments, qui occuperont peu de temps, parce 
que, dit le concile, ils occasionnent ordinairement la 
dissipation de l'esprit, la perte du temps, l'amouir dea 
choses mondaines et le dégoût des choses les plus sé- 
rieuses. — On trouvera que les pères du concile d'Alby 
n'étaient pas tendres pour la musique et la peinture. 
— 90 et 10®. Les dernières prescriptions déterminent les 
moyens d'exciter l'émulation; elles recommandaient 
expressément les séances littéraires, l'institution de 
petites académies composées des meilleurs élèves des 
classes supérieures et les examens solennels. 

Pour le personnel des directeurs et des professeurs, 
le saint concile recommande aux évoques : 1» de les 
choisir généralement parmi les anciens élèves de la 



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— 266 — 

maison ; 2® de leur être particulièrement bienveillants, 
de lefUr fournir un traitement convenable (4) et de se sou- 
venir ensuite de leurs services, s'ils ont persévéré dans 
TaccompUssement de leur tâche laborieuse. — « Om- 
nés autem vduti cooperatoreB dilectissimos haheant épis- 
copiy condignam ipsis re pendant mercedem, eorumqiie 
meriti in posterum sint memores, modo in hoc laho- 
rioso' opère perseveraverint, » 

Le chapitre se termine par de sages recommanda- 
tions adressées aux maîtres, soit du Petit Séminaire, 
soit du Grand ; ce sont à peu près les mêmes que M. 
Derruppé adressait depuis longtemps ù ses collabora- 
teurs, en leur expliquant le règlement dont nous avons 
parlé. 

La .plupart de ces excellentes dispositions étaient 
observées d'avance et depuis longtemps à Montfaucon ; 
une seule restait à introduire: c'étaient les deux an- 
nées de philosophie. C'était pour nos jeunes sémina- 
ristes une année de plus à passer dans la maison, et 
pour leurs parents une nouvelle charge, qu'on eut bien 
quelque mérite à accepter. Les philosophes de 4850, 
qui avaient fait leur cours en une année, ne furent pas 
astreints à en faire une seconde ; mais ceux de l'année 
suivante n'entrèrent au Grand Séminaire qu'en 4852. 

4. La publication des décrets du concile d'Alby fut 
suivie à bref délai de celle des Statuts synodaux et du 
Propre du diocèse de Cahors. Ce double travail fut 
aussi confié à M. Derruppé ; néanmoins nous n'avons 
que peu de chose à en dire. 

(4) C'est sans doute conformément à cette prescription du 
concile d'Albv que les traitements les plus élevés atteignent le 
chiffre de 600 francs. 



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— 267 — 

On admira dans la rédaction des Statuts synodaux^ 
tout comme dans les décrets du concile d*Alby, cette 
langue correcte et sévère, quoique élégante et facile, 
dont le secret est bien près d'être perdu aujourd'hui. 

Le concile d*Âlby, dans sa 6« session, avait ordonr.é 
le retour à la liturgie romaine dans les trois diocèses 
de la province qui suivaient encore en 1850 le rit galli- 
can. Le diocèse de Cahors était de ce nombre. Le bré- 
viaire cadurcien, publié en 1746 sous Tépiscopat de Mgr 
Bertrand-René Duguesclin, était cher au clergé pslr sa 
brièveté, son heureuse disposition des psaumes, sa 
belle latinité et les airs populaires de son chant ; néan- 
moins le rit romain fut adopté avec une parfaite doci- 
lité. Du reste, comme TÉglise romaine n'a jamais fait 
obstacle aux dévotions locales lorsqu'elles sont fondées 
sur des traditions authentiques, le clergé fut autorisé à 
célébrer comme par le passé toutes les fêtes qui étaient 
populaires dans le pays, à la seule condition de les 
célébrer selon les formes de la liturgie romaine. De là, 
la nécessité de rédiger à nouveau un bon nombre d'of- 
fices qui devaient composer le Propre du diocèse de 
Cahors : PROPRIUM CADURCENSE. — M. Derruppé, 
chargé de ce travail, comme de toutes les œuvres 
d'érudition et de patience, se borna scrupuleusement 
aux seuls changements dj forme indispensables. 

5. Après ces divers événements et ces travaux, où il 
est si lacile de reconnaître son empreinte, mais d'où 
son nom fut sévèrement banni, M. Derruppé ne sortit 
pour ainsi dire plus du silence et de là retraite où il 
aimait à se tenir. Vainement M«r Bardou, signalant au 
gouvernement de Napoléon III les mérites de l'éminent 
vicaire général, obtint pour lui, en 1856, la croix de la 



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Légion d^honneur : M. Derruppé sut faire en sorte que 
sa décoration passât ÎDâperçne. La croix ne brilUtt sur 
sa poitrine que dans les visites officielles k la préfee^ 
ture, de sorte qu'on peut compter le nombre de fois 
qu'il Ta portée : c'est 21 fois de 1857 à 1878 ; ou plutôt 
â2, car elle figura en 1879^ sur son cercueil. 

6. En 1858, il donna, comme nous l-avons déjà dit^ 
sa démission de supérieur du Petit Sémiaaire, avec lu 
consolation^ de psusner c<^tte charge^ qu'il avait si biea 
remplie, à un prêtre qui avait depuis longt^nps iouta 
sa confiance, M. l'abbé Carayol. — Comme pour remr 
placer dans son cœur le Petit Séminaire confié à d'au- 
tres mains, Mis^ Bardou lui confia la direction de tociies' 
les^ communautés religieuses du diocèse, ù l'exception 
des sœurs de Gramat et de Vaylats. 

Autant la conduite d . s jeunes séminaristes avait cosi!-^ 
venu, durant son âgo mûr, à son amour de Tétude, et à 
l'autorité de son caractère, autant celles des saintes 
âmes qui peuplent nos couvents^ convenait dans sa 
vieillesse à son éminente piété. A qui pouvait-on eon^ 
fier la direction des communautés religieuses du dio*^ 
cèse, plutôt qu'à celui qui avait toujours vécu an mir 
lieu du clergé séculier, comme un véritable et fervent 
religieux ? Aussi M. Derruppé apporta-t-il à l'accom- 
plissement de. ses nouveaux devoirs une application 
aussi minutieuse que soutenue. Il s'occupait constam- 
ment de ses chères communautés. Pour lui, le ^irir 
tuel était tout, et ses lettres, que les vénérables direo» 
triées ont bien voulu nous communiquer, ne sont 
guère que des lettres spirituelles révélant toute Fhu- 
milité, toute la candeur^ toute la perfection de son 
âme, comme aussi toute la ferveur des saintes âmee 



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— iW9 — 

avec iescjueUes il entretenait cette correspondance 
tonte céleste. Quant aux intérêts temporels de ces di- 
verses maisons, M. Derruppé s'en occupait fort peu ; il 
n'avait de goût ni pour les grandes réparations, ni pour 
iôB affaires de Téconomat, et il laissait, sur tout le 
matériel, une entière liberté d'initiative à Jours admi- 
nistrations particulières. 

7. Nommé vicaire capitulaire une première fois après 
la mort de M«' Bardou (1863), une seconde après celle 
de }Êe^ Peschoud fl865), il dut, à ce litre, prendre une 
part plus active à l'administration du diocèse. Les choix 
qu'il sut inspirer à ses collègues pour les postes émi- 
nenls furent remarqués : ils portèrent généralement sur 
des prêtres recommandés par leur austérité. 

8. Croira-t^on qu'un tel prêtre a eu des ennemis ? 
Pour pouvoir l'admettre, il faut vraiment se souvenir 
que Notre-Seigneur lui même a eu les siens. M. Der- 
ruppé n'en a pas eu beaucoup, mais ceux qui le pour- 
suivaient de leur haine compensaient leur petit nombre 
par la violence de l«urs attaques. Les administrations 
les plus bienveillantes ne sauraient satisfaire tout le 
monde ; elles ont souvent l'occasion de déplaire, et 
M. Derruppé ne savait pas plus reculer devant ce 
devoir pénible que devant les autres. De là, sans 
doute, quelques froissements qu'il occasionna et les 
amères rancunes auxquelles il fut en butte. A l'égard 
d'»n prêtre s^i estimé et si profondémeiit vénéré, de 
tels sentiments n'étaient pas avouables et nul n'aurait 
09é les manifester publiquement ; mais la méchan- 
ceté n'est jamais entièrement désarmée, et faute de 
moyens décents elle ne recule prs devant les plus 
ignobles, G'çst ainsi que M. Derruppé ftit longtemps 



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— 270 — 

poursuivi par les lettres anonymes les plus outra- 
geantes, même dans ses dernières années. Le bon 
vieillard, fort de la droiture de ses sentiments et de son 
immense charité, n'avait jamais su prendre, une fois 
pour toutes, l'énergique résolution de brûler sans les 
lire ces lâ;îhes factums, et chacun d'eux le tourmentait 
cruellement. Dans son extrême humilité, il en tirait 
toujours quelque conclusion contre lui-même, s'accu- 
sant d'être inférieur à sa situation, indigne de son rang, 
et de ne mériter que le mépris ; en conséquence, il 
réitérait chaque fois ses offres de démission que les 
évêques repoussaient toujours avec indignation. 

9. Ces amertumes et ces déboires, auxquels il se mon- 
trait si sensible, étaient sans doute, dans les desseins de 
la Providence, un moyen d'ahever ce qui pouvait encore 
manquer à ses vertus et de compléter sa ressemblance 
avec le divin Maître. Ce n'est pas lui qui aurait pu, en 
cette matière, méconnaître la main de Dieu. — Mais 
depuis longtemps il ne se contentait pas de subir avec 
une humble résignation les épreuves dont sa vie était 
abreuvée : il est avéré qu'il pratiquait en secret de 
grandes mortifications. Avant même d'être vicaire gé- 
néral, et tandis qu'il était encore à Montfaucon, les 
exercices ordinaires de la piété sacerdotale et un labeur 
incessant ne suffisaient pas à sa religion ; malgié le 
soin qu'il prenait de cacher ses austérités, on avait très 
bien deviné, en observant sa démarche, la présence 
d'un rude cilice sous ses habits. Plus tard, il ne profita 
de son élévation aux honneurs que pour accroître ses 
mortifications. Voici ce que nous écrit à se sujet un 
témoin de sa vie. 

— « Etant enfant, je me trouvais souvent dans la 



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— 271 — 

maison qu'il a toujours habitée à Cahors. Comme il 
avait ordinairement à prêcher ou à dire Vêpres le di- 
manche à quatre heures, il pouvait rester dans sa 
chambre pendant l'heure qui précède, et, en supposant 
que nous fussions allés aux Vêpres de la Cathédrale, se 
croire seul dans la maison. Mais nous n'avions pas 
toujours autant de dévotion qu'il voulait bien le croire, 
et nous restions souvent plus près de lui qu'il ne pen- 
sait. Que dj fois, dans ces circonstnnces, nous l'avons 
entendu gémir et produire un bruit pareil à celui d'une 
violente flagellation. Ses gémissemj3nts étaient quel- 
quefois si plaintifs que Mad. de B. et moi, allions 
frapper à sa porte et lui demander s'il était malade. — 
Il nous rassurait aussitôt et nous n'entendions plus 
rien. Je n'ai jamais douté qu'il n'eût coutume de se 
donner en ce moment la disciphne, et j'ai été confirmé 
dans cette pensée lorsque, après sa mort, j'ai trouvé 
dans un des meubles de sa chambre une discipline 
de cordes et deux bracelets de crin. 

» Toutefois il y avait un genre de mortification que sa 
santé ne lui permettait pas : c'était le jeûne. Un cau- 
tère qu'il entretenait par ordre des médecins lui cau- 
sait un appétit remarqué. C'était pour lui un sujet 
d'humiliation, et son directeur (1) ne se trompait pas 
sur ses véritables sentiments, lorsqu'il lui imposait, 
pour pénitence, de bien déjeuner pendant tout le ca- 
rême. 

» Nous avons vu qu'à parlir du jour de sa Première 
Communion, sa conscience avait toujours été fort timo- 

(1) D'abord M. Albessard, puis M. Guyot, directeurs au 
Grand Séminaire. 



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— 272 — 

rée. On se souvient aussi des scrupules qui retardèrent 
son entrée dans la carrière ecclésiastique ; ces scrupu- 
les ne se dissipèrent jamais entièrement. A Montfau- 
con, son directeur, M. Bonhomme, qui n'avait point la 
même maladie, eut souvent des difficultés pour le 
ifanquiltiser et le décider à monter à l'autel. Vers la 
fin de sa vie, ses inquiétudes le reprirent plus vives que 
jamais, et Ton peut dire, sans crainte d'erreur, que ce 
fut sa plus grande croix. Heureusement, celui à qui 
Dieu permettait de le troubler sans relâche, n'eut 
jamais la faculté d'ébranler son obéissance ; on sait que 
cette vertu est le seul remède efficace contre le scru- 
pule : il n'est pas douteux que M. Derruppé lui-même 
ne lui ait dû son salut. 

10. Après avoir dirigé, de la manière que nous avons 
lâché do raconter, pendant près de quarante ans, le 
Petit Séminaire de Monlfaucon en qualité de supérieur, 
et le diocèse comme vicaire général, M. Derruppé 
était mûr pour le ciel. Vers la fin de 4879, Dieu lui fit 
comprendre que le jour des suprêmes récompenses 
était proche. Jusque-lù sa robuste constitution avait 
triomphé de toutes les causes d'affaiblissement ; vers 
1840, il avait résisté à une forte fièvre typhoïde ; en 
1866, à l'âge de 71 ans, il était encore guéri d'une 
fluxion de poitrine, non cependant sans que les méde- 
cins lui eussent prescrit de détourner par un cautôio 
permanent les humeurs qui menaçaient d'envahir la 
poitrine. Cependant les années s'accumulaient et 
quoiqu'il commandât toujours à la machine, il était 
visible qu'elle ne lui obéissait plus avec la même doci- 
]ité que par le passé. — C'était une pitié, nous dit-on, 
de le vc ir marcher, la tête se penchant en avant et tes 



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— 273 — 

pas se précipitant en quelque sorte pour la suivre ; à 
chaque instant, il paraissait devoir tomber. 

— « Au mois de novembre 1879, un dimanche, par 
un froid sec et vif, M. Derruppé était allé, suivant son 
habitude, faire une heure de catéchisme aux Filles re- 
penties de la Miséricorde, Comme il revenait seul, par 
le jardin de Tévèché, il se laissa choir au bord d^une 
allée et fit de vains efforts pour se relever. Personne 
ne l'avait aperçu ; à cette heure le jardin est ordinai- 
rement solitaire, et sa faible voix ne pouvait se faire 
entendre assez loin pour appeler du secours. Il resta 
donc couché sur le sol ou plutôt sur la neige, jusqu'à 
ce que la personne qui le servait, inquiète de ne pas le 
voir rentrer, se décida à aller le chercher au Refuge. 
On suivit sa trace et on le trouva déjà engourdi par le 
froid ; on l'emporta sans connaissance dans sa maison 
et on le crut perdu. Cependant la chaleur le ranima, il 
revint à lui, et pendant quelques jours on put croire 
qu'il ne se ressentirait pas trop de l'accident. Seuls, le 
manque de forces, une somnolence plus marquée et des 
défaillances de mémoire plus fréquentes témoignèrent 
bientôt qu'il avait reçu une atteinte mortelle. Au com- 
mencement du mois de décembre, dont il ne vit pas la 
fin, il était encore capable de dire la Messe et de réciter 
son Bréviaire; mais, à l'autel, il avait besoin d'un Diacre 
pour l'assister et l'empêcher à tout moment de se 
tromper ; son office était devenu interminable ; la vue 
baissait ; il oubliait à chaque instant ce qu'il avait 
récité, et de huit heures du matin à neuf heures du 
soir on le voyait retourner avec inquiétude les feuillets 
du Bréviaire. 

« On se bâta de le dispenser d'une si pénible obli- 

18 



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— 274 — 

galion et de remplacer l'office par la récitation de quel- 
ques chapelets ; il en fut bientôt également incapable. 
Comme il se perdait entre les Mystères du Rosaire, il 
s'en fit écrire la liste sur une bande de papier, et puis, 
le chapelet d'une main, et un doigt de l'autre sur l'un 
des quinze mystères indiqués, il ne pouvait jamais se 
persuader qu'il eût fini; après un ou deux jours, il fallut 
encore supprimer cette obligation : il aurait passé la 
nuit à terminer un Rosaire qu'il avait récité plus de 
vingt fois. » (4) 

Le 12 ou le 13 décembre, au son de la cloche du 
Séminaire, à 5 heures du matin, il voulut encore se 
lever comme à son ordinaire, et suivant la règle qu'il 
observait depuis plus de soixante ans ; mais une fois 
sur le plancher de sa chambre, soit demi-sommeil per- 
sistant, soit engourdissement causé par un froid très 
rigoureux, il s'embarrassa dans ses vêtements et ne 
put s'habiller... A six heures et demie il n'était pas en- 
core dans sa chanjbre. M. l'abbé Albessard, appelé en 
toute hâte, s'empressa d'accourir et lui rendit les ser- 
vices que son état réclamait, non toutefois sans qu'il 
fallût rassurer sa modestie. 

Le corps affaibli du vénérable vieillard ne résista pas 
à cette impression d'un froid trop prolongé. Il fut obligé 
de s'aliter ; la fièvre survint, et le coma, comme un feu 
caché sous la cendre, dévora silencieusement sa proie. 
— (( Dans l'état d'inconscience où le mal l'avait réduit, 
aux paroles qui échappaient au malade, on reconnais- 
sait la trace des pensées qui l'avaient habituellement 
occupé. Dieu, le saint sacrifice, le Bréviaire, le caté- 

(i) Relation de M. Tabbé Albessard, chanoine. 



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— 275 — 

chisme, la prédication, les communautés auxquelles il 
avait donné ses soins, son cher Montfaucon, étaient 
dans son délire Tobjet de ses préoccupations. Presque 
jusqu'au dernier moment, ses lèvres semblaient mur- 
murer une prière. » (4) Parfois il ouvrait les yeux et 
levait vers le ciel ses mains suppliantes : c'étaient sans 
doute les dernières lueurs de son intelligence, et les 
derniers élans de son cœur vers le Dieu qu'il avait si 
longtemps servi et si tendrement aimé. 

Il rendit son âme à Dieu le vendredi matin, 19 dé- 
cembre, presque sans agonie, — « Dieu avait épargné 
à son âme, trop facile à se tourmenter, les suprêmes 
angoisses. i> 

dl. Cette mort, quoique attendue depuis longtemps, 
causa dans la ville de Gahors et dans Je diocèse tout 
entier un sentiment unanime de regret, dont Monsei- 
gneur l'évêque se fit aussitôt l'éloquent interprète, dans 
une lettre adressée à son clergé. Dans ces pages 
émues, nous sommes heureux de trouver à la fois, et 
l'éloge le plus autorisé du saint prêtre qui venait de 
mourir, et le complément de son histoire. 

— « Oui, disait Monseigneur, M. Derruppé était 
» vraiment un prêtre digne de ce nom, un prêtre selon 
» l't^rdre de Jésus-Christ... Sa vie entière fut une conti- 
» nuelle et éloquente prédication... Quel poids don- 
» naient à sa parole sa touchante modestie, l'austérité, 
» Tégalité de ses mœurs, cette innocence, cette piété 
» toujours demeurées sans reproche, et ce consente- 
» ment admirable de sa vie et de sa doctrine I... 



(4) Lettre de Mgr Griraardias au clergé de son diocèse, 
à l'occasion de la mort de M. Derruppé. 



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— 276 — 

t> Sous ce calme apparent, quelle ardeur de dévoue- 
» iiient et de sacrifice I... Il aiaiait Dieu et les âmes...; 
» épris de ce double amour, qui donnait à son énergie 
» un élan surhumain, aucune lâche, aucun dévouement 
» ne Teffrayait ; ec, s'il faut le dire, Thésitalion devant 
» un devoir, devant un sacrifice, où qu'il l'aperçût, 
» l'élonnait douloureusement : son âme généreuse ne 
» pouvait la comprendre. Lui, il n'avait jamais hésité. 
» Dès que Dieu parlait — et pour lui il parlait toujours 
» par la voix de Tautorité — il ne savait qu'obéir, ne 
» reculait devant rien et suffisait à tout... 

» Ouvrier de Dieu, il voulait que l'ouvrier fût digne 
» de son œuvre. H lui semblait que ses mains ne se- 
» raient jamiis assez pures, ses lèvres et son cœur 
» assez saints pour y travailler et réussir. Aussi quel 
» souci de sa propre sanctification ! Quel zèle pour 
» orner son âme de toutes les vertus chrétiennes et 
» sacerdotales !... Quel soin minulieux pour écarter de 
» son âme tout ce qui eût pu en troubler la pureté 
» angéUquo ! Cette existence si calme, si limpide, ne 
» connut d'autres troubles que ceux qui lui vinrent de 
» son inquiète sollicitude de la justice et de la vertu, 
u II la poussa jusqu'à l'extrême, jusqu'aux scrupules, 
» qui devinrent la croix d'une âme qui avait tant de 
» raisons de ne pas les connaître. 

» Le nom de M. Derruppé restera l'honneur de ce 
» diocèse ; nous avons le droit d'en être fiers ; on peut 
> nous envier cette gloire : nous croyons qu'il n'y en a 
» pas de meilleure ni de plus pure. » 

12. Après avoir ainsi rendu aux vertus de ce saint 
prêtre un hommage plus précieux aux yeux de la Foi 
(}oe les plus pompeuses apothéoses. Monseigneur ex- 



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— 277 — 

primait le désir que chaque prêtre du diocèse offrît 
pour lui 'le Saint Sacrifice de la Messe, prescrivait un 
office dans chaque chef-lieu de canton, ainsi que dans 
toutes les communautés au bien desquelles M. Der- 
ruppé avait travaillé, et annonçait un service solennel, 
qui serait célébré le jeudi 3 janvier 4880 dans la cathé- 
drale de Cahors. 

La fin de cette même lettre fera connaître à nos 
lecteurs, beaucoup mieux que nous ne saurions le faire 
nous-même, par quelle heureuse inspiration de la piété 
d'un évêque les restes vénérés de M. Derruppé furent 
transportés dans le seul lieu que son cœur aurait pu dé- 
sirer, si son extrême humilité lui eût permis d'exprimer 
un désir à cet égard. 

— « A l'heure où nous écrivons, les funérailles de 
» M. Derruppé viennent d'avoir lieu avec tous les hon- 
» neurs dûs à son rang... Immédiatement après, ses 
» restes vénérables ont été remis à M. le supérieur du 
» Petit Séminaire, pour être transportés à Montfaucon. 
» -— Nous avons voulu qu'il dorme là son dernier 
i> sommeil, dans cette maison qui demeurera son œu- 
» vre, sa création, sa gloire. Il n'en parlait jamais, il 
» n'en entendait jamais parler sans émotion : il y avait 
» laissé une grande partie de son cœur. Il nous semble 
» que ses cendres tressailliront en touchant cette terre, 
» où il vécut les premières et les plus vivantes années 
» de sa vie sacerdotale. Il y re[ osera plus doucement, 
» sous la garde de ces maîtres continuateurs de son 
» œuvre, près de ces enfants qu'il a. toujours aimés, au 
» milieu d'un peuple qui le connut et en gavde un sou- 
» venir ému. Il y sera comme on un reliquaire^ entouré 



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- 278 — 

» d*un religieux respect ; on viendra prier et s'inspirer 
» à sa tombe... 

» Ghers maîtres de Montfaucon, nous vous donnons 
» ces restes bien aimés pour qu'ils vous soient un en- 
» couragement, une consolation et un enseignement. 
» Vous avez gardé les traditions, l'esprit de votre an- 
» cion supérieur : vous garderez ses cendres avec vé- 
y> nération et amour. 

» Et vous aussi, chers enfants de notre Pelit Sémi- 
» naire, nous vous confions les restes bénis de cet 
» homme de Dieu. Vous lui devez en grande partie ce 
» que vous êtes, ce que vous serez, tous les bienfaits 
:i> de votre éducation si chrétienne. Souvenez-vous en 
» et soyez reconnaissants. Que ces cendres soient au 
» milieu de vous l'objet d'un véritable culte et une 
» continuelle leçon ! Qu'elles vous redisent l'amour 
» dont il aima ceux qui vous ont précédés, dont il aima 
» vos âmes, le cas qu'il en faisait, celui qu'en fait 
» l'Église pour les confier en de telles mains ; qu'elles 
» vous rappellent les soins vigilants dont il les entou- 
» rait pour les garder pures; qu'elles vous inspirent à 
» votre tour quelque chose de son zèle pour le bien, de 
» sa régularité, de son amour du travail, de son angé- 
» lique pureté. 

» ...Et vous, âme généreuse et bien-aimée, dans la 
» gloire où vous êtes déjà ou dans laquelle vous entre- 
» rez bientôt, souvenez-vous de ceux que vous avez 
» laissés ici. Souvenez-vous de cette maison que vous 
» avez tendrement aimée ; de ces maîtres, de ces en- 
» fants, de ces communautés, de ces prêtres que vous 
» avez formés ou contribué à former ; de ces fidèles 
» que vous avez instruits, de ce diocèse qui vous doit 



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— 279 — 

» tant ; souvenez- vous du pontife qui vous aima et qui 
» conservera de vos vertus et de vos services un impé- 
» rissable souvenir ! (i) » 

Docile aux instructions de Monseigneur, et d'ailleurs 
toujours plein du souvenir de M. Derruppé, le Petit 
Séminaire de Montfaucon recueillit en effet et honora 
sa dépouille mortelle, comme des fils bien nés reçoi- 
vent et honorent les restes d'un père chéri. Sur sa 
tombe vénérée il versa d'abord un large tribut de priè- 
res, et fit construire ensuite un monument dont l'ar- 
chitecture simple et grave convient spécialement aux 
vertus et à la dignité du personnage qu'il honore. — Sur 
les trois principales faces on lit les inscriptions suivantes : 



HIC. lACET 

SVIS. DECVS. ATQVE. PR^SIDIVM 

FRANCISCVS-MARIA-GYPRIANVS 

DERRVPPE 

NATVS. LVZECH. ANNO. MDGCXCV 
OBIIT. GADVRCI. ANNO. MDCCCLXXIX 

R. I. P 



OBSERVANTIORE. VITA 

AVGTORITATE. ET. DOGTRINA 

MATVRE. CONSPIGVVS 

HEIG. XX. ANNIS. IVNIORES. GLERIGOS 

AD. PIIILOSOPHIAM 

SVMMA. GVM. LAVDE. INSTITVIT 



MINORIS. HVIVS. SEMINARII 

ALTER. CONDITOR 

EIQVE. XXX. ANNIS. PR.EPOSITVS 

AG. TANDEM. SVB. TRIBVS. GONTINVO. EPISCOPIS 

DIŒGESEOS. VIGARIVS. GENERALIS 

QVOS. OPTIMIS. DISGIPLINIS. IMBVERAT 

IN. BONI. PASTORIS. OFFICIO. DIREXIT 

(1) Lett'e de Mgr Tévêque de Gahors au clergé de son 
diocèse, à Toccasion de la mort de M. Derruppé. 



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CHAPITRE II 



M. BONHOMME 



§ I. — Vie de M. Bonhomme jusqu'à sa nomination 
à la charge d'économe 



Sommaire : i. Naissance et éducation de M. Bonhomme.— 
2. Son entrée dans la carrière ecclésiastique, — 3, M. 
Bonhomme professeur de seconde. 

1. M. Bonhomme a laissé au Petit Séminaire de Mont- 
faucon une mémoire, moins vénérée peut-être que celle 
de réminent supérieur dont il était en quelque sorte le 
bras droit, mais non moins populaire et non moins 
bénie. Dans Tintérieur de la maison, son expansive 
cordialité a excité des sympathies plus vives, et à l'ex- 
térieur son action a été beaucoup plus remarquée. Aux 
yeux du plus grand nombre, c'est en lui que se résume 
tout le passé du Petit Séminaire pendant près de qua- 
rante ans, et beaucoup le considèrent comme l'unique 
fondateur de la maison, quoiqu'il ne soit en réalité que 
le troisième. Nous devons donc à nos lecteurs, et parti- 
culièrement ù ses nombreux amis, son histoire aussi 
développée que des documents, malheureusement bien 
incomplets, nous permettent de la donner. 

M. Jean-Baptiste Bonhomme naquit le 30 avril 1792 
à Mialet, petite paroisse du canton de Lacapelle-Mari- 
yal. Ses parents, simples cultivateurs, étaient d'excel- 



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_ 284 — 

lents chrétiens et jouissaient d'une assez belle aisance ; 
ils eurent trois enfants dont Jean-Baptiste fut le second. 
M. Bonhomme père mourut jeune, mais heureusement 
il laissait à ses trois fils Une mère capable, par son in- 
telligence et par son caractère, de les élever chrétien- 
nement et de veiller avec autorité sur leur jeunesse. 

Celte femme, vraiment forte, donna des preuves de 
sa piété et de son courage pendant la Révolution, en 
offrant un asile dans sia maison à quelques prêtres 
fidèles qui n'avaient point émigré. Cet acte de dévoue- 
ment était d'autant plus méritoire, que l'habitation de 
la famille Bonhomme était contigiie à celle d'un révo- 
lutionnaire exalté, qui est mort, comme la plupart de 
ses pareils, assez misérablement. La Providence ré- 
compensa le couroge de la pieuse femme par la.même 
bénédiction qui fut accordée à la plupart des protec- 
teurs des prêtres persécutés : je veux dire par la voca- 
tion d'un de ses enfants à l'honneur du sacerdoce. 

Le jeune Jean-Baptiste .Bonhon?me reçut à Mialet, 
dès l'enfance, quelques leçons très élémentaires de 
français ; ensuite il fut confié par sa mère à M. l'abbé 
Rouquette, curé de Lissac, auprès duquel il fît au moins 
ses premières études de latin. (\) 

Il entra en 1809 au Grand Séminaire de Gahors, et, 
le 7 avril 1810, reçut la tonsure cléricale des mains de 

(1) Nous n'avons pu savoir où il termina ses classes. Suivant 
une tradition, ce serait au collège de Martel, mais ce collège 
n'ayant été fondé qu'en 1809, cette tradition, que ne confirme 
d'ailleurs aucun souvenir des habitants de Martel, est au 
moins fort douteuse. Nous supposerions plus volontiers qje ce 
fut à Gahors où il fut reçu bachelier, et où il compta de bonne 
heure de nombreux et fidèles amis ; entre autres M. Pauty et 
M. Goulonge. L'amitié qui régnait entre ces trois prêtres avait 
tous les caractères d'une amitié de collège. 



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— 282 — 

M«^ de Grainville ; il entrait ainsi dans la carrière ec- 
clésiastique en même temps que M. Larnaudie, dont.il 
devait être un des plus utiles auxiliaires el recueillir en 
partie la succession. Toutefois il paraît avoir hésité quel- 
que temps à s'y engager irrévocablement : le fait est 
qu'il ne reçut les ordres mineurs qu*en 1812. Après cela 
il s'arrête encore au seuil du sanctuaire, et ne peut se 
décider à franchir le pas redoutable du Sous-Diaconat ; 
cependant il garde l'habit ecclésiastique et son entrétî 
dans les ordres sacrés n'est heureusement q jc différée . — 
Quel fut remploi des cinq années qui suivirent sa sortie 
du Grand Séminaiie, de 1812 Ix 1817 ?... C'est encore 
ce que nous ne saurions dire avec certitude : il est 
probable qu'il fut employé, pendant ce temps, comme 
maître d'étude dans une petite pension de Paris. 

En 1817, M. Bonhomme entra pour la première fois 
dans ce Petit Séminaire de Monlfaucon, dont il devait, lui 
aussi, faire son œuvre personnelle et voir tour h tour les 
plus belles et les plus tristes années. Il y resta d'abjrd 
trois ans, pendant lesquels il fut successivement pro - 
fesseur de sixième, de cinquième et de quatrième. 

Au bout de ce temps, soit que ses hésitations aient 
cessé, soit plutôt pour y mettre fin en s'éclairant de 
plus vives lumières, il suit l'exemple de M. Derruppé 
et part pour Saint-Sulpice. Rassuré et fixé par ses nou- 
veaux maîtres, il est ordoniié Sous-Diacre le i^^ juin 
1822, Diacre le 21 décembre de la même année, et enfin 
prêtre le 24 mai 1823. 

3. Non moins fidèle et dévoué que M. Derruppé à 
l'œuvre du Petit Séminaire, et sans doute également 
sollicité par M. Larnaudie de lui consacrer son exis- 
tence, M. Bonhonmîe revint l'année suivante à Mont- 



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— 283 — 

faucon où on lui réservait la chaire de seconde. Pen- 
dant six longues années, il fut donc professeur de 
belles-lettres et de poésie. Aucun fait important ne 
signale cette période de sa longue carrière, et nous ne 
saurions insister sur son enseignement. Nul doute, quoi- 
qu'on ait pu dire à ce sujet, qu'avec son intelligence 
plus fine qu'elle ne paraissait, il n'ait su s'élever à la 
hauteur de sa tâche : le seul fait qu'il occupa la chaire 
de seconde pendant six ans, suffirait à le prouver ; mais 
il est aussi avéré que l'enseignement littéraire n'était 
pas sa spécialité. M. Bonhomme était un homme d'un 
grand bon sens et instruit, mais nullement un maître 
distingué dans l'art de parler et d'écrire. 

En même temps qu'il professait les belles-lettres, M. 
Bonhomme s'initiait à la connaissance et à la direction 
des intérêts matériels de la maison. M. Larnaudie, sans 
se dessaisir de la direction supérieure et effective de l'é- 
conomat, mettait souvent h contribution son aptitude e t 
son savoir-faire. Le vénérable fondateur paraît avoir com- 
pris que son jeune auxiliaire serait un jour son succes- 
seur, du moins comme économe, et avec une abnégation 
qui n'est pas toujours facile à la nature, il se prêta volon- 
tiers à lui préparer les voies. En 1829, là mort de M. Lar- 
naudie plaça M. Bonhomme dans son véritable élé- 
ment. 



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~ 284 — 
§ II. — M. Bonhomme économe du Petit Séminaire 



Sommaire : i Aptitude de M, Bonhomme aux affaires, — 2, 
Le projet et le plan d^un Petit Séminaire nouveau. Sous- 
cription du clergé. — 3. Intérim de M. Vernet et de M. 
Pelras, Construction de la grande bâtisse. — 4. Retour 
de M. Bonhomme, fin des travaux. — Construction des 
classes et du grand dortoir. — 6. Acquisitions de M. 
Bonhomme. 

1. Les affaires, le temporel, telle était en effet la pre- 
mière spécialité de M. Bonhomme. En celte matière, 
du moins tant que l'âge et les soucis ne vinrent pas 
affaiblir ses facultés, il a toujoui-s fait preuve d'un sens 
pratique admirable et d'une rare habileté. 

Son savoir-faire se fondait sur la connaissance des 
hommes. Ouvert, expansif, et causeur infatigable, M. 
Bonhomme avait dans son affabilité même un moyen 
infaillible d'étudier les caractères, et de les amener à 
se faire connaître avec leurs qualités et leurs défauts, 
avec leur fort et leur faible. Il les maniait ensuite avec 
une extrême facilité, et il était rare qu'il ne pût les 
conduire à ses fins. Ses succès dans les négociations 
tenaient souvent en apparence du prodige. Quel éco- 
nome, quel gardien de la caisse d'une nombreuse com- 
munauté a jamais réussi, soit avant, soit après M. Bon- 
homme, à satisfaire tout le monde ?... M. Bonhomme 
faisait mieux : il inspirait des admirations et des sym- 
pathies qni allaient jusqu'à fenthousiasme. C'était une 
sorte d'honneur d'avoir conclu une affaire avec lui, et 
ce sentiment était si profond qu'il lui a survécu et lui 



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— 285 — 

survit encore. Que d'ouvriers, que de propriétaires, 
que de gens d'affaires, en nous parlant de lui, se sont 
fuit une gloire de ce qui n'élail au fond qu'un vulgaire 
marché ! Et pas un n'a manqué d'ajouter : « l'excellent 
M. Bonhomme ! qu'il avait bon cœur I comme il faisait 
bien les affaires et que nous étions lienreux de traiter 
avec lui !» 

Avec cela, comme nul n'est sans défauts, il faut bien 
reconnaître que M. Bonhomme avait les siens» Sentant 
sa force et connaissant Si^s avantages, il était porté à 
en abuser ; il fallait que sa volonté fit loi, et jamais il 
ne put admettre un contrôle quelconque de sa gestion. 
Ce n'est pas tout : comme l'a dit spirituellement un de 
ses successeurs, il avait une jurisprudence toute per- 
sonnelle. Ennemi des formalités, il ne s'y conformait 
jamais qu'à contre-cœur et ne cherchait qu'à s'en dis- 
penser. Son plaisir était de traiter une affaire en tôte-à- 
tête, dnns son cabinet, où il pouvait déployer toutes les 
ressources de son esprit, prendre les gons par le senti- 
ment et triompher de toutes les résistances. L'accord 
ainsi obtenu lui paraissait plus que suffisant : il le regar- 
dait comme définitif, et agissait en conséquence. 

En d'autres temps et en d'autres lieux, cette ten- 
dance aurait pu créer à la maison de sérieuses difficul- 
tés ; ici nous devons reconnaître qu'on n'a pas eu 
jusqu'à présent trop sujet de s'en plaindre.— Du reste, 
Je plus souvent ses conventions étaient inattaquables, 
parce qu'elles étaient également avantageuses aux deux 
parties contractantes. 

On a aussi formulé contre sa gestion d'autres repro- 
ches qui ne manquent pas de gravité, mais ils se rap- 
portent aux dernières années de sa vie et lui sont sa^5 



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- 286 .- 

cloute moins imputables. Nous les mentionnerons bien- 
tôt ; pour le moment, ne us avons hâte d'arriver aux 
actes de son administration. 

2. En 1830, le temps était venu de mettre à profit 
toutes les ressources et toute Thabilelé du nouvel éco- 
nome ; on allait commencer les grandes construc- 
tions. 

On se souvient de l'état matériel du Petit Séminaire 
sous M. Larnaudie. Le vénérable fondateur, dominé 
par Tappréhension d'une nouvelle Révolution, et d'ail- 
leurs manquant encore de l'espace nécessaire, n'avait 
jamais voulu faire que des réparations provisoires. Ce- 
pendant il n'avait manqué aucune occasion favorable 
de déblayer le terrain autour de la maison, et avait 
ainsi constamment travaillé pour un avenir qu'il ne 
devait pas voir. Ses craintes ne l'empêchaient point de 
supposer que tout irait pour le mieux, et d'espérer qu'au 
moins ses successeurs recueilleraient les fruits de sa 
sage prévoyance. En effet, en 1832, après quelques 
nouvelles acquisitions qui complétaient son œuvre, on 
eut enfin l'espace indispensable pour construire un 
vaste Petit Séminaire : on s'en occupa sans délai. 

Par suite de la disposition des lieux, il fallait néces- 
sairement pk'ccr l'axe de la maison dans la direction du 
sud au noid. On résolut donc de construire au milieu 
des terrains déblayés, un grand bâtiment tourné vers le 
midi et aux extrémités duquel s'ajouteraient plus tard, 
sur ledevanl, deux ailes embrassant une vaste cour 
d'honneur. 

Dans ce sens, on demanda un plan et un devis à l'ar- 
chitecte diocésain, M. Malo ; et comme on peut s'y 
attendre lorsqu'on s'adresse à des hommes compétents, 



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— il87 — 

on eut le plan d'une maison admirablement condition- 
née, de celle grande bâtisse comme nous rappelons 
eJicore, que ses larges proportions et sa régularité ont 
rendue si commode et si propre à toute sorte d'aména- 
gements. 

Mais avec le plan on avait aussi le devis, un devis 
formidable qui évaluait la dépense à quarante mille 
francs, sans compter les dépenses imprévues ! En pré- 
sence de ce chiffre, on examina sans doute de nouveau 
<|uelles étaient les ressources de la maison, et comme 
elles étaient loin de s'élever à une telle somme, Mfi"^ 
d'Hautpoul résolut de faire un appel à la générosité de 
son clergé. Dans son mandement pour le carême de 
1832, il annonça une souscription qui fut organisée 
Tannée d'après par la circulaire suivante : * 

« Cahors, 8 juillet 1833. 

» Monsieur le curé, 

» Dans mon mandement pour le carême de 4833, je 
fis un appel à la générosité du clergé en faveur du Petit 
Séminaire de Montfaucon.Je lis connaître la position 
précaire de cette maison, l'insuffisance des bâtiments 
pour le nombre des élèves qui se présentent tous les 
ans, et l'indispensable nécessiié d'élever de nouvelles 
constructions pour remplacer successivement les an- 
ciennes, sous peine de voir dans peu l'établissement se 
disloquer et se dissoudre. Un tel résultat serait trop 
funeste à la religion dans notre diocèse pour ne pas 
éveiller notre sollicitude et nous devons prendre tous 
les moyens de le prévenir. 

)) Il y a deux ans que messieurs les ecclésiastiques, 



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- 288 - 



n 



préoccupés encore des événements récents qui pour- 
raient compromettre leur avenir, ont pu croire qu'il 
serait prudent d'ajourner le sacrifice qu'ils se propo- 
saient de faire pour cette œuvre éminemment utile au 
clergé lui même. Nous croyons que le calme dont nous 
jouissons, et qui paraît devoir se prolonger, présente 
assez de sécurité pour reprendre notre premier projet 
et proposer une eouscription modique et proporlionnée 
aux ressources de chacun. 

» Vous ne nous refuserea pas votre concours, mon- 
sieur le curé. Voici notre plan pour assurer le succès 
de Tenlrcprise. 

» Souscription en faveur du Petit Séminaire 

y> lo Une souscription sera ouverte dans le chef-lieu 
de chaque conférence. M. le président inscrira les noms 
de messieurs les souscripteurs et nous le transmettra 
sans délai. 

» 2« La quotité de la souscription sera : pour M. 
révêque de Gahors de 600 francs ; pour messieurs les 
curés de première classe, do 80 francs; pour ceux de 
deuxième classe, de 60 francs ; pour messieurs les rec- 
teurs suctursaux, de 40 francs; pour messieurs les vicai- 
res, de 20 francs. 

» 2» Le montant de la souscription sera payé en deux 
termes : la moitié dans le courant de 1833 et l'autre 
moitié l'année prochaine. 

» 4® Le produit sera déposé entre les mains de mes- 
sieurs les présidents des conférences, qui le feront par- 
venir à l'économe du Petit Séminaire. 

» Votre affectionné, 

» f PAUL, év. de Gahors. » 



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-^ 289 — 

Cet appel fut entendu ; nous avons le détail des sous- 
criptions recueillies dans chaque canton du diocèse. 
Presque partout ce fut un élan de générosité d'autant 
plus admirable, que les sommes versées se prélevaient 
sur un budget où la parcimonie de TÉtat ne laisse point 
de superflu. Et cependant, au taux fixé par Tévôque, 
c'est tout au plus 20,000 francs qu'un personnel de 
moins de 500 prêtres pouvait donner; encore fallait-il 
compter avec les réductions que plusieurs seraient obli- 
gés de faire sur le chiffre demandé. En fait, la souscrip- 
tion atteignit environ 15,000 francs. Même avec les 
réserves de l'établissement ce n'était pas assez pour 
venir à bout de l'entreprise. Néanmoins on s'était mis 
à l'œuvre, et l'on continua sans hésiter en comptant sur 
la Providence. 

3. Chose étonnante, cette œuvre importante ne de- 
vait pas être conduite par celui-là seul qui pouvait faci- 
lement la conduire à bonne fin. 

Quand on posa la première pierre du nouvel édifice, 
M. Bonhomme n'était plus économe du Petit Séminaire. 
Nous devons dire à quel fâcheux concours de circons- 
tances il faut attribuer son départ. 

M. Bonhomme, avons-nous dit, fort de son talent et 
de la conscience de son entier dévouement aux intérêts 
de la maison, était impatient de tout contrôle. Or si Ton 
avait pu s'en rapporter aveuglément pour la direction 
du temporel à la sages:e de M. Larnaudie, parce qu'il 
avait fondé la maison à ses risques et périls, et parce 
que sous lui on ne cessa guère de vivre au jour le jour» 
il ne devait pas nécessairement en être de même pour 
M. Bonhomme, surtout au moment où la construction 
d'un immense édifice allait absorber des sommes con- 

19 



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— 290 — 

sidérabics dues en partie à une souscription du clergé 
diocésain. Mis en demeure de présenter ses comptes 
pour les années précédentes, M. Bonhomme, qui avait 
géré l'économat en père de famille plutôt qu*en comp- 
table, s'ofTensa de cette demande comme d'un manque 
de confiance, et offrit sa démission avec des instances 
qui ne permettaient pas de la refuser. C'était le temps 
où la cure de Mialet, sa paroisse natale, était vacante : 
il témoigna le désir de l'obtenir et Mgr d'Hautpoul la 
lui accorda en effet. A leur retour, après les vacances 
de 1832, les élèves s'étonnèrent de ne pas retrouver à 
l'économat le plus aimé de leurs directeurs. A sa place 
ils trouvèrent M. Vernet, descendu, bien malgré lui 
sans doute de la chaire de troisième : c'était Apollon 
exilé de l'Olympe, et préposé dans la maison d'Admète 
à des soins bien vulgaires 1 

Nous ne ferons point le récit des multiples incidents 
qui se produisirent au cours des grands travaux de 
maçonnerie et de charpente. Nous mentionnerons seu- 
lement la bonne volonté dont les élèves firent preuve 
et à laquelle on eut souvent recours pendant les quatre 
longues années qu'il fallut y consacrer. Ils savaient 
qu'on travaillait pour eux, et ils n'ignoraient pas les 
sacrifices qu'on s'était imposés de toute part pour leur 
plus grand avantage ; aussi, ne pouvant contribuer de 
leur bourse,prétaient-ils volontiers le concours de leurs • 
bras. Quand il fallait élever au premier ou au second 
étage les lintaux des fenêtres ou les grosses poutres de 
chêne qui traversent les deux tiers de l'édifice, ils se 
réunissaient par troupes de dix, de quinze, de vingt, et 
les plus grands poids s'élevaient comme par enchante- 
ment. Le bon M. Vernet, qui présidait à tout,les encou- 



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— 291 — 

rageait en leur citant ces beaux vers de Virgile, rémi- 
niscences de sa chère Troisième ; 

Instant dirdentes juvenes : pars ducere muros, 
Molirique arcem et manibus subvolvere saxa, 
Pars optare iocum tecto, et conciudere sulco I 



Qualis apes, aestate nova; per florea rura 
Ëxercet sub sole labor 



Fervet opus ! 

fortunati quorum jam mœnia surgunt ! 
iEneas ait et fastigia suspicit urbis. (1) 

Cependant les accords d'Amphion n'ont jamais élevé 
des remparts que par métaphore, et les murs du Petit 
Séminaire/ malgré le travail des élèves, les beaux vers 
de fc Virgile et quelques libations, ne montaient que 
lentement. A peine ils dépassaient le niveau du premier 
étage que les fonds commencèrent à manquer. M. Vernet 
découragé demanda à être remplacé, et la direction des 
travaux fut confiée à M. Pelras^ qui commit à son tour 
une grande imprudence en acceptant. 

La situation n'était pourtant pas désespérée, car le 
produit de la souscription diocésaine restait encore en 
grande partie à percevoir. Avec ces fonds qu'il s'em- 
pressa de faire rentrer, M. Pelras eut la satisfaction et 
l'honneur de conduire l'entreprise assez près de son 
terme. Le jour où on vit l'immense construction couverte 
modestement de tuiles creuses, Montfaucon put être 
dans Tallégresse; le Petit Séminaire, logé pour ainsi 

(4) Eneid. 1, 423 - 440. 



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— 292 — 

dire jusque-là sous des tentes, était enfin irrévocable - 
nient fixé et avait un abri convenable. 

Cependant on n'était pas encore au bout de toutes 
les peines. Qui ne sait qu'une maison, après la pose de 
la toiture, n'est encore qu'à moitié faite et que les tra- 
vaux d'intérieur coûtent toujours presque autant que 
la maçonnerie?... Or cette fois il n'était que trop vrai 
qu'on restait sans ressources. Fallait-il donc, après tant 
d'efforts, avouer son impuissance et attendre encore 
plusieurs années avant de se servir d'une maison si 
nécessaire?... Dans cette extrémité, un seul homme 
parut capable de sauver l'honneur ot le crédit de la 
maison : c'était M. Bonhomme et tous les cœurs le rap- 
pelaient. 

4. Mais M. Bonhomme était parti sous le coup d'un 
blâme et mécontent. Était-il possible de recourir en- 
core à lui ? Irait-on faire amende-honorable et subir 
les conditions qu'il ne manquerait pas d'imposer?... Il 
fallut bien s'y résoudre, et même reconnaître que le 
plus tôt serait le mieux. 

M. Derruppé, qui avait conservé son amitié, fut le 
Nestor de cette ambassade auprès du nouvel Achille ; 
heureusement il n'eut pas à le fléchir autant de peine 
qu'on aurait pu le craindre. Déjà depuis longtemps le 
Petit Séminaire manquait à M. Bonhomme autant que 
M. Bonhomme au letit Séminaire. Par une sorte de 
transaction sur la question principale et délicate du 
contrôle, il fut convenu que le Conseil de la maison 
laisserait à l'Économe une entière liberté dans l'admi- 
nistration de toutes les affaires temporelles,et que celui- 
ci de son ^ôté rendrait compte de sa gestion à l'aiito- 



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Googk 



— 293 — 

rite épiscopale. Avec Mgr d'Hautpoul cette condition 
n'avait rien qui pût effrayer M. Bonhomme. Cest de 
ce jour (1836) que date un article du règlement ainsi 
conçu : « Les Directeurs sont absolument déchargés 
de tout ce qui regarde le temporel : l'économe de la 
maison n'est comptable qu'à Sa Grandeur. (1) 

A cette condition, M. Bonhomme triomphant rentra 
au Petit Séminaire et se chargea de refaire la situation 
financière. Le crédit dont il jouissait personnellement 
lui permit d'y réussir en peu de temps; dans l'espace 
d'une année les travaux d'intérieur furent terminés et 
Ton put se loger dans la nouvelie maison à la rentrée 
de 1837. 

Lorsque le plan d'une maison est bien conçu,il se prête 
â toutes les divisions, à tous les aménagements. Il en 
fut ainsi de l'œuvre dessinée par M. Malo. Le côté 
oriental fut disposé en une chapelle parfaitement con- 
venable. (2) Au couchant, on ménagea une vaste salle 
d'étude pour la division des grands. (3) On put même 
isoler sur la façade méridionale des chambres où les 
professeurs, auparavant logés dans des réduits, eurent 
enfin des appartements convenables (4). Un seul esca- 
lier ce .itral (5) donnait accès à toutes ces pièce», indé- 
pendantes les uiies des autres. 

5. Aussitôt qu'on eut de la place et qu'on put rece- 
voir un grand nombre de pensionnaires, les demandes 

(1) Gel article a été rayé du règlement de la main même de 
Mgr Grimardias. 

(2) A la place qu'elle occupait se trouvent maintenant le n^- 
fectoire et le dortoir St-Joseph. 

(3) Salle actuelle des Exercices. 

(4) Elles ont fait place depuis au 2o corridor. 

(5) Pas-perdu de la tribune. 



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— 294 — 

affluèrent,et bientôt les trois dortoirs se trouvèrent en- 
core insuffisants. D'ailleurs, les salles de classe man- 
quaient toujours. En 1845, M. Bonhomme, se voyant de 
nouveau plus qu'au courant, jugea possible d'ajouter 
une aile à la grande maison et entreprit de faire cons- 
truire ce joli bâtiment que nous appelons encore le 
Grand Dortoir, 

Hélas I il faut bien le dire : M. Bonhomme fut très 
mal inspiré dans le choix de l'emplacement que devait 
occuper l'édifice nouveau. Sa pensée avait toujours été 
qu'il convenait de se rejeter autant que possible vers 
le Nord, afin de n'être pas gêné, dans les développe- 
ments ultérieurs de la maison, par les voisins que l'on 
avait encore au Levant et au Midi. Persévérant dans cette 
pensée, et libre de se déployer de ce côté par l'acquisi- 
tion récente des terrains environnants, il plaça l'aile 
nouvelle au Nord-Est de la grande bâtisse. Il supposait 
qu'on ne manquerait pas de construire plus tard le pen- 
dant au Nord-Ouest, et qu'en raccordant ensuite ces 
deux ailes par un nouveau bâtiment parallèle au pre- 
mier, on aurait un immense établissement à peu près 
carré où l'on pourrait recevoir jusqu'à 300 pensionnai- 
res. Assurément, ce plan était grandiose, et nous con- 
naissons bien des personnes qui, par suite, regrettent 
qu'on l'ait abandonné ! Nous ne saurions cependant 
partager ces regrets; car en réalité le plan de M. 
Bonhomme, outre les sommes énormes que son exécu- 
tion aurait coûté, avait de graves inconvénients ; entre 
autres,il détruisait, sans pouvoir la remplacer,cette cour 
des grands, si saine, si vaste, si bien isolée, et la cour 
des petits qui eût été si bien placée à l'orient de la 
chapelle actuelle. 



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— 295 — 

Si,au lieu de ce bâtiment si beau à voir, et d'ailleurs 
si bien conditionné en lui-même, mais si gênant pour 
toutes les réparations ultérieures, M. Bonhomme eût 
entrepris de faire construire, avec le même soin, celui 
qui s*est élevé en 1871 au Sud-Ouest, le pendant serait 
déjà construit, le Petit Séminaire serait achevé et il se- 
rait plus que suffisant pour le chiffre normal de nos 

élèves Maintenant, on ne voit plus aucun moyen 

pratique de régulariser la maison : il faudrait pour cela 
détruire l'œuvre de M. Bonhomme ; on ne s'y résou- 
dra pas. 

6. Tandis que le nouveau bâtiment s'élevait, M. 
Bonhomme poursuivait, avoc son habileté ordinaire 
et un plein succès, les multiples négociations qui 
avaient pour but d'acquérir la plupart des terrains 
compris dans l'enceinte actuelle de l'établisse- 
ment. (1) Dès lors le Petit Séminaire possédait non 



(i) En 1844 une occasion se présenta d'acheter les deux im- 
meubles qui étaient nécessaires pour que la maison fût fermée 
au Midi. La commune de Mont faucon avait acheté pour s«>n 
école communale une vieille maison entièrement délabrée. 
Pour la metlre en état,la municipalité avait pris le parti de dé- 
molir l'ancienne maison commune, désormais inutile, et de 
mettre en vente l'emplacement avec le» matériaux. M. 
Bonhomme proposa alors de faire exécuter, aux frais du Petit 
Séminaire, les réparations dont la nouvelle maison commune 
avait besoin, à la condition qu'on lui céderait Tancienno telle 
qu'elle se trouvait. La proposition était trop avantageuse aux in- 
térêts de la commune pour ne pas être acceptée. Le Petit Sé- 
minaire fit donc remettre à neuf la Mairie actuelle de Mont- 
faucon et entra en possession de l'ancienne, qui sert mainte- 
nant de conciergerie. 

Peu après, en 1846, la commune Ct^da également au Petit 
Séminaire tout ce qui lui restait encore du communal de Traé- 
la-Salle. 

Restaient à acheter les propriétés appartenant à MM. Ghalvet, 
Gaussil, Mespoulet, Front et Balayé, entre lesquelles la maison 



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— 296 — 

seulement l'espace nécessaire à son développement 
normal, mais encore cet enclos d'environ deux hecta- 
res, qui est si utile aux méditations et aux récréations 
d'un personnel studieux. A vrai dire, tout cela était en- 
core bien en désordre, et il fallait de grandes sommes 
pour le mettre dans un état convenable ; mais l'essen- 
tiel était d'acquérir l'emplacement ; le reste pouvait se 
faire peu à peu avec du temps et de l'économie. 

A notre avis, la date de 1851 marque l'apogée de la 
carrière de M. Bonhomme. Jusque là, sauf l'erreur que 
nous avons signalée un peu plus haut, tous les actes 
de l'habile économe dénotent un sens pratique d'une 
admirable justesse et contribuent puissamment à la 
prospérité de la maison. Peu après, la gêne commence 
à se faire sentir ; M. Bonhomme n'est plus aussi sûr de 
lui-même ; ses projets sont moins heureux, et ses rela- 
tions avec l'autorité supérieure plus embarrassées. 
C'est la décadence qui commence, non pour l'établisse- 
ment qui verra plus tard ses plus beaux jours, mais pour 
celui qui le personniQe et le représente le plus souvent 
aux yeux du public— Mais le moment n'est pas encore 
venu de retracer ce triste tableau ; nous devons faire 
connaître auparavant M. Bonhomme comme préfet de 
discipline, et comme vice-supérieur. 



était encore étroitement resserrée. La première fut acquise 
par M. Derruppé en 1843, les autres par M. Bonhomme à di- 
verses dates entre 1844 et 1851. L'acte définitif fut signé le 23 
mars 1851, (Voir la planehe ir^J. 



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297 



m. — M. Bonhomme Préfet de discipline 
et vice-Supérieur. 



Sommaire : i. Bonté et familiarité de M. Bonhomme, — 
2, Son énergie et son extrême sévérité — 3. Parallèle 
entre M. Bonhomme et M. Derruppé, 

4. M. Bonhomme n'avait pas seulement le talent des 
affaires, il avait aussi le don de Tautorité ; aussi fut-il 
chargé en même temps et de l'économat et de la disci- 
pline intérieure de la maison. Dans cet emploi, où Tau- 
torités'use quelquefois très vite, M Bonhomme vit au con- 
traire la sienne s'accroître pour ainsi dire constamment, 
et lorsque M. Derruppé, appelé comme nous l'avons vu 
auprès de Mgr Bardou en qualité de vicaire-général,dut 
aller fixer sa résidence à Cahors, M. Bonhomme parut 
seul capable de le suppléer au Petit Séminaire. Il reçut 
alors le titre de vice^ Supérieur ; en même temps il fut 
nommé chanoine honoraire de la Cathédrale de Cahors. 

Pour résoudre les difficultés que suscitent chaque 
jour la légèreté de Tenfance et l'inexpérience des jeunes 
gens, il avait deux facultés précieuses qui se conci- 
lient rarement : une bonté sans bornes qui s'abaissait 
jusqu'à la plus libre familiarité, et une énergie de vo- 
lonté capable de briser toutes les résistances. 

La bonté faisait certainement le fond de son carac- 
tère. Elle lui était d'un grand secours dans la gestion 
des affaires ; elle faisait aussi sa principale force dans 
le maintien de la disciphne. M. Bonhomme ne pouvait 
ni agir ni paraître en public sans que son amour pour 



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— 298 — 

la jeunesse et son désir de faire des heureux se trahis- 
sent, souvent même malgré lui. Vivre au miheu des 
élèves, contempler leurs joyeux ébats, causer, rire avec 
eux et les amuser lui-môme de toute manière, c'était 
son bonheur, et il était complet quand ils paraissaient 
contents. En public cependant, nulle effusion de ten- 
dresse; ces effusions d'une sentimentalité quelquefois 
ridicule ne convenaient ni à sa franche nature, ni à son 
genre un peu négligé. Ses vrais sentiments trouvaient 
bien mieux leur expression originale et spontanée dans 
ce langage incorrect, et vulgaire jusqu'à la trivialité, 
dont maîtres et élèves s'égayaient à juste litre. 

En particulier, avec les élèves qui allaient le trouver 
dans Si chambre, il était beaucoup plus ëxpansif, et se 
laissait aller à des cajoleries, dont ceux qui en ont été 
robjetsourient maintenant comme des tendresses et des 
gâteries d'un aïeul. N'en avait-il pas le droit,celui qui,dès 
son entrée dans la maison, avait pris à lâche de suppléei^ 
auprès de ses chers séminaristes la famille absente, et 
n'avait jamais su les appeler que : « mes chers en- 
fants 9» De nos jours, hélas I et dans cette société qu'une 
civilisation trop avancée a renilue froidement phari- 
sienne, le maître n'a plus pour ainsi dire le droit d'a- 
voir du cœur : on lui permet tout au plus d'avoir du 
dévouement et du savoir ; nos élèves ne sont plus que 
des Messieurs ; ni le laïque ni le simple prêtre ne peu- 
vent plus s'en taire appeler du doux noni de père ; 
seuls, les religieux, le Jésuite et le Dominicain ont ce 
droit qu'ils ont su conserver; et cependant la plupart 
de nos élèves ne sont guère que des enfants, et nous re- 
présentons auprès d'eux non seulement l'autorité pa- 
ternelle mais encore l'amour paternel ; c'est du moins 



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— 299 — 

notre devoir et celui qui ne le remplirait pas ne serait 
pas digne de l'honneur d'être maître. M. Bonhomme 
en suivant, dansses rapports avec les élèves, les seules 
inspirations de son cœur, comprenait ou du moins rem- 
plissait mieux que nous la véritable mission de l'édu- 
cateur et du prêtre. Nous n'en voulons pas d'autre 
preuve que la confiance dont il était environné : pour 
faire quelque bien aux jeunes gens il faut mériter leur 
confiance, et ils ne la donnent jamais qu'à la confiance 
et à l'amour. 

La familiarité, dit un proverbe, engendre le mépris, 
et lorsqu'elle a pour unique principe un vain amour de 
la popularité, il est bien rare qu'elle ne conduise pas à 
de cruels mécomptes. Dans M. Bonhomme elle partait 
d'un excellent cœur, aussi recueillait-il amour pour 
amour. Autant, et plus peut-être que M. Larnaudie, il 
était adoré des élèves, et comme il leur témoignait ea 
toute occasion sa bienveillance, ils n'en négligeaient 
aucune de lui témoigner leur vive gratitude. C'est sur- 
tout au jour de sa fêto qu'il pouvait goûter le plaisir 
d'être aimé ; tous les ans elle se célébrait avec un éclat 
nouveau, et comme la reconnaissance est infiniment in- 
génieuse, on trouvait toujours le moyen de lui procu- 
rer les plus agréables surprises. (1) 

(1) Puisque la description des fêtes de Marly et du carrou- 
sel de 1662 a pu trouver sa place dans l'histoire de Louis XIV, 
nous pouvons bien rappeler ici la comédie du Petit agneau 
blanc, qui eut un si pleii> succès ; elle intéressera du moins nos 
plus jeunes lecteurs. 

La communauté est réunie toute entière dans la salle d'é- 
tude des Grands pour fêter l'excellent économe ; déjà le com- 
pliment a été lu, et toutes bs mains applaudissent à la réponse 
qui contient la promesse d'un congé, quand tout-à-coup la 
porte s'ouvre avec fracas. — Quel est donc ce retai dataire qui 



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— 300 — 

2. Les professeurs les plus populaires ne sont pas 
toujours les mieux obéis, et ils se voient souvent obli- 
ges de payer par beaucoup dMndulgence les compli- 

li'arrive qu'à la fin ? — surprise ! c'est un berger ; du moins 
il en porte le costume, le chapeau de paille aux larges boi<ls, 
les gros sabots et la houlette. Derrière lui, tenu en laisse par 
un large ruban, marche un petit ag eau, blanc comme la neige 
et qui n'a pas Tair trop effrayé. Apparemment le pauvre 
Guillot s'est fourvoyé en entrant dans cette salle.... Mais non, 
le voici qui s'avance a^ec résolution, au milieu des éclats de 
rire, et demande en son patois au premier élève qu*il rencon- 
tre, où donc se trouve Moussu Bounhommé.ei b'îI pourrait lui 
parler. — Le voilà, lui dit on, devant vous ! Il l'aborde en tré- 
Duchant et lui tient ce discours : 

« Moussu Bounhommê^ oben sotztt qu*éro huei/ hostro festo, 
» et c >umo ses^dins oquesté poys^ Vomit et lou bienfailour de 
» tout lou moundé, obtn hougut, seloun no,stré déber, lo bous 
» souéta, Bibo Moussu Boun homme ! y> 

(Vivat, immense éi lat de lire, tonnerre d 'applaudis.se- 
ments/. — L'orateur champêtre continue : 

« Que poudia7i boas oujfrl^ Moussu^ en soubènir d*oquesté 
» tzourf... Sen pas ritzés^ 'inais bous doutwn de boun cur ço 
» qu'oben de pus bel. OquèsVoijnel es bostré se boules Voc- 
» cepta. 

(Il passe le ruban à M. Bonhomme qui le prend en riant.) — 
Moussu^ oqui ohés moun présent. Oyci lau dé lo nostro ! » Et 
le berger f»ui liant ses poches en retire une douzaine d'œufs 
dont, deux ou trois échappent de ses mains et se cassent sur le 
plancher. — Nouveiux éclats de rire, applaudissements e't va- 
carme pendant lesquels M. Bonhomme essaie en vain de re- 
connaître cet étrange complimenteur ; ses traits ne lui sem- 
blent pas inconnus, mais il ne saurait dire son nom; il doit 
pourtant répondre. 

— Met'ci bien, moun omit ; mais digas mé cal ses ? 

— Eh, Moussu, me counessés pas 9... m,é semblabo pour- 
tant... suy Tzonet... Mais tout-à-coup l'illusion se di<?sipe, et 
sous le sarrau d'emprunt du prétendu berger, M. Bonhomme 
a reconnu le plus turbulent des élèves : Jean Chabert, de 
Dégagnac!.. — Ah! mon enfant, s'écrîb-t-il, je vous connais!... 
C'est bien digne de vous ! — et il le serre dans ses braa avec 
tendresse. 

L'agneau participa à tout le reste de la fête ; il fut même in- 
vité au réfectoire, où les friandises qu'on lui prodigua ne va- 
laient pas pour lui l'herbe des champs ; le lendemain il était 
mort ! 



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- 301 - 

ments qu*ils ont reçus. Il en était tout autrement pour 
M. Bonhomme, et ce n'est pas un des traits les moins 
étonnants de son histoire. 

C'est un fait reconnu et attesté par tous ceux qui 
l'ont vu à l'œuvre : cet homme si bon, si familier, 
si vivement affectionné, obtenait h son gré l'o- 
béissance, et maintenait dans la maison, mieux que 
M. Derruppé lui-même, une exacte discipline. 

Une soûle chose peut expliquer ce fait étrange : c'est 
l'énergie inflexible de sa volonté. M. Bonhomme était 
de la trempe de ces hommes qui ne savent pas fléchir ; 
sa volonté s'était affirmée de bonne heure devant l'au- 
torité, et nous savons ce qu'il en avait coûté à lui-même 
et aux autres; h mesure qu'il était devenu, avec M. 
Derruppé, l'âme de la maison, elle s'était accentuée, et 
ce n'est pas quand lesintérêts del'ordre et delà discipline 
étaient en jeu qu'elle aurait pu faiblir. Du reste,il savait 
se commander à lui-même auspâ bien qu'aux autres, et 
l'on voyait s'opérer en sa personne de subites et éton- 
nantes métamorphoses. En un ins^^nt il passait du ton 
le plus familier à l'accent le plus sévère, et nul no pou- 
vait jamais compter sur sa bonne humeur du moment 
pour se permettre en sa présence une action ou une 
parole déplacées ; s'il a toléré parfois quelques abus, 
c'est sans doute qu'il n'en reconnaissait pas la gravité, 
non par entraînement ou par faiblesse. — Le malheur 
ordinaire du maître qui est entré une fois dans la voie 
de la tolérance, c'est de ne pouvoir s'arrêter sur cette 
pente dangereuse ; M. Bonhomme jouait donc un jeu 
fort difficile '. mais il était sûr de lui-même et s'arrêtait 
en effet à la limite qu'il avait fixée : on le savait et on 
n'avait garde de le pousser au delà. 



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— 302 — 

La prudence d'ailleurs en faisait un devoir; eneffet au- 
tant M. Bonhomme était bienveillant et dévoué, autant, 
quand il le croyait nécessaire, il se montrait rigoureux. 

Ses rigueurs étaient redoulables, et nombreux sont 
encore ceux qui pourraient en témoigner. Moins encore 
que M. Larnaudie et M. Derruppé il aurait pu se sou- 
mettre à cette règle que la sensiblerie contemporaine a 
fait enfin prévaloir, de n'infliger aucun châtiment cor- 
porel. Le règlement primitif de la maison l'autorisait à 
administrer le fouet dans les circonstances exception- 
nelles : il usait sans scrupule de ce droit, et,avec plus 
de liberté encore, des autres modes de correction an- 
ciennement en usage dans les écoles. 

Il fallait donc, à tout prix, éviter sa colère et ses 
justices ; mais quelque tort qu'on se fût doni:é et quel- 
que justice qu'il en eût faite, l'expiation effaçait tout. 
Comme tous ceux qui connaissent le cœur humam, et 
surtout les jeunes gens, il les regardait comme plus 
insconstants et plus légers que pervers et méchants ; 
ou plutôt il ne croyait jamais à la méchanceté. Après 
le châliment,il semblait perdre absolument tout souve- 
nir de la faute, et n'avoir pas même à rendre aux cou- 
pables une estime, une affection et une bienveillance 
qu'ils n'avaient point perdues. De leur côté, ceux-ci 
prenaient résolument leur parti de la mésaventure; 
échappés de ses mains, ils l'aimaient encore plus, et se 
montraient d'ordinaire les plus ardentsàpréparer sa fêle. 

3. Ce don de l'autorité, qui doit être inné, et que rien 
ne supplée quand on ne l'a point reçu de la nature, fai- 
sait de M. Bonhomme, autant que l'habileté dans la 
conduite des affaires, l'indispensable auxiliaire de 
M. Derruppé. Certes, l'autorité du vénérable supé- 



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— 303 — 

rieur était grande ; mais elle n'était pas, comme 
celle de M. Bonhomme, entraînante, irrésistible ; elle 
consistait dans le prestige exercé par le spectacle de 
ses vertus et la considération de son savoir plutôt que 
dans la force du commandement. Aussi était-il plus 
respecté encore qu*obéi ; c'était le contraire pour 
M. Bonhomme qui se montrait uniquement soucieux 
d'obtenir l'obéissance et n'imposait le respect que par 
surcroît. On a vu M. Derruppé désobéi ouvertement, et 
la communauté presque entière révoltée contre lui : 
dans ces circonstances, c'est presque toujours M. 
Bonhomme qui était chargé d'apaiser la sédition et dont 
l'aspect rétablissait le calme : 

Si forte virurn quem 

Gonspexere, silent, arrectisque auribus adstant. 

Il est inouï qu'on ait résisté à M. Bonhomme, et l'on 
peut se demander ce qui serait arrivé s'il se fût heurté 
à une résistance collective et obstinée... Mais l'hypo- 
thèse elle-même est invraisemblable : les rares ingrats, 
que la reconnaissance et la sympathie n'auraient pas 
retenus, auraient reculé par le sentiment moins noble 
de la crainte. 



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- 304 - 
IV. — Fin de M. Bonhomme. 



Sommaire : 1. Changements dans M. Bonhomme avec le 
progrès de Vâge. — 2. Il commence par se montrer plus 
faible dans le maintien de la discipline. — 5. Spécula* 
tions agtncoles. — 4. Le domaine de Vernel. — Acquisi- 
tion. — Exploitation. — 5. Années mauvaises et pé- 
nibles. — 6. Mécontentement de Mgr Bardou.— 7. Cons- 
truction d'un réfectoire, — 8. Af. Bonhomme est 
nommé chanoine de la cathédrale de Cahors. ^ 9, Le 
procès de Vernel. — Cause. — Instances. — Transaction. 
— iO. Mort de M. Bonhomme. 

1. Nous avons marqué à la date de 1851 l'apogée de 
la carrière et des succès de M. Bonhomme: il nous 
reste à retracer le tableau moins consolant de sa déca- 
dence. 

Pendant les quinze dernières années de son adminis- 
tration, il avait fait de véritables merveilles; comme 
économe, il avait terminé une immense con'struction, 
ajouté une aile magnifique h la maison et acheté tous 
les immeubles environnants qui étaient nécessaires au 
développement du Petit Séminaire ; comme préfet de 
discipline, il avait mieux que tout autre contribué au 
maintien de l'oidre et à Tobservalion du règlement ; 
aussi rétablispement,favorisé encore par son excellente 
réputation, avait-il vu sa prospérité s'accroître cons- 
tamment, et le nombre dos élèves dépasser considéra- 
blement son chiiïi'e normal. Mais à partir de 1851 il se 
produisit un changement très profond et très marqué. 
La prospérité matéjielle fit place à une gêne pénible ; 
la main jusque-là si vigoureuse de M. Bonhomme sem- 



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- 305 — 

bla faiblir, et sa situation se trouva fortement ébranlée. 
Etait-ce le progrès de Tâge altérant insensiblement ses 
facultés, ou simplement la force des circonstances 
qu'il n*est au pouvoir de personne de dominer ? C'était 
peut-être l'un et l'autre ; en tout cas il n'est que trop 
certain que les dernières années de M. Bonhomme fu- 
rent marquées par de graves difficultés et une profonde 
tristesse. 

2. Un premier symptôme de cette lente décadence 
se manifesta dans les rapports de M. Bonhomme avec 
les élèves, et dans la manière dont il exerçait Tautorité 
disciplinaire. On remarqua qu'il paraissait tenir, un peu 
plus qu'il ne convient, au grand nombre des élèves, et 
que la naissance et la fortune étaient auprès de lui une 
bonne recommandation. Qu'il était éloigné sur ce point 
des principes de M.Derruppé I Le vénérable supérieur, 
tout en désirant que le Petit Séminaire fût en état de 
suffire abondamment au recrutement du clergé diocé- 
sain, déclarait hautement qu'à ses yeux quarante élè- 
ves de plus ou de moins n'étaient rien, et qu'il n'hési- 
terait pas à les renvoyer s'il le fallait pour le maintien 
du bon esprit et du bon ordre. Et ce n'étaient pes là 
de vaines paroles : quelques exemples mémorables 
démontrèrent clairement qu'elles étaient sincères. 
M. Bonhomme, du moins dans ses dernières années, 
n'aurait pas eu cette énergie ; trop dominé par la 
considération des intérêts du moment, il ne se rendait 
pas compte qu'un mauvais élève, renvoyé à propos, 
est ordinairement remplacé par deux de bons, et que 
jamais un Petit Séminaire n'a eu à se repentir d'une 
exclusion nécessaire. Cependant les élèves, à qui rien 
n'échappe, soupçonnèrent bientôt ce faible du Préfet 

20 



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— Sué- 
de discipline et plusieurs s'en prévalurent. Il en résul- 
ta parfois des troubles assez graves et quelques conflits 
fâcheux. 

3. DanslenDème temps, sa gestion elie-méme devint 
moins heureuse. 11 s'était laissé aller peu à peu à la 
manie d'acquérir des propriétés et de spéculer sur les 
produits de la ferme et des terres. En cette matière 
comme dans les autres, les occasions paraissent sou- 
vent meilleures qu'elles ne sont en réalité, et il faut 
savoir résister aux tentations. Tant que les acquisi- 
tions de M. Bonhomme n'avaient eu pour but que de 
donner au Petit Séminaire plus d'air et plus d'espace, 
on avait applaudi sans réserve à toutes ses opérations ; 
mais lorsqu'on le vit acheter de divers côtés des prés, 
des champs, des vignes et des bois, la louange fit place 
à la critique. Gomment, en effet, M. Bonhomme pouvait- 
il se flatter d'exploiter avec grand profit ces diverses 
propriétés ? Et n'étail-il pas au contraire bien plus 
probable qu'il serait exploité lui-même par cette mul- 
titude de domestiques et de journaliers, qui ne travail- 
lent d'ordinaire que sous l'œil du maître ? Quand les 
meilleurs propriétaires ne se sauvent qu'en mettant 
eux-mêmes la main à la charrue, comment un écono- 
me, retenu habiluellement à son bureau, aurait-il pu se 
promettre des revenus considérables ? Et d'ailleurs 
tous nos biens ne sont-ils pas également des prés de 
Moines 9 

4i. La principale de ces acquisitions faites par M. 
Bonhomme remonte à 1848. C'est celle du domaine de 
Vernel. Comme elle donna lieu plus lard à un procès 
retentissant, il convient d'en rappeler ici les principa- 
les circonstances. 



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— 307 — 

En 1848, le château et le domaine de Vernel appar- 
tenaient à Madame Madeleine de Lapize, veuve 
Balayé. Cette honorable dame était dans une situation 
très pénible. Agée de 90 ans, chargée d*un de ses frères 
qu'elle avait recueilli dans Tinfortune, et poursuivie 
par de nombreux créanciers, elle n'avait pour vivre et 
faire face à toutes ses obligations, que les produits 
d'un domaine évalué plus lard à une vingtaine de mille 
francs, et depuis longtemps mal entretenu et mal cul- 
tivé. En outre, elle avait à se défendre contre la cupi- 
dité de ses nombreux neveux. 

Dans celle malheureuse situation elle eut la pensée 
de recourir à M. Bonhomme qui était alors, comme 
nous l'avons vu, la providence du pays, et de lui céder 
tous ses biens moyennant les conditions suivantes : 
une rente viagère, le paiement de toutes ses dettes et 
le droit, pour son frère et pour elle, d'habiter jusqu'à 
leur mort dans le château qui les avait vu naître. M. 
Larnaudie, curé de Montfaucon, fut chargé de faire cette 
proposition à l'économe du Petit Séminaire qui refusa 
d'abord, mais finit par accepter. 

L'acte de vente fut passé, le 30 juin 1848, au nom de 
M. Bonhomme, qui devint ainsi personnellement pro- 
priétaire de la terre de Vernel. Toutefois il est évident 
que l'acheteur avait l'intention de la céder plus tard au 
Petit Séminaire; par suite il ne crut aucunement né- 
cessaire de la faire exploiter séparément. Dès le pre- 
mier jour, l'administration de Vernel fut confondue en- 
tièrement avec celle des autres biens de la maison. 
C'est de là que devait sortir, dix ans plus tard, tout le 
procès. 

En attendant, M. Bonhonûme s'attacha à sa nouvelle 



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- 308 — 

propriété, et Vernel devint promptement l'objet de sa 
prédilection, de sa constante sollicitude. Il ne négligea 
rien pour mettre en parfait état la ferme qu'il avait 
trouvée entièrement ruinée ; il renouvela le cheptel, 
remplaça tous les outils et tous les instruments de tra- 
vail hcrs d'usage, fit défoncer les terres et relever tous 
les murs de clôture ; il voulait que ce petit domaine 
devînt en peu de temps une sorte de ferme modèle. En 
effet, tout y changea rapidement d'aspect, et M. 
Bonhomme put faire, avec une satisfaction un peu naïve, 
les honneurs de Vernel à de nombreux visiteurs qui ne 
lui épargnaient pas les compliments : les apparences 
étaient magnifiques. 

Mais la réahlé était bien différente. A côté des re- 
cettes il aurait fallu évaluer les dépenses, et le petit 
nombre de ceux qui se rendaient compte de tout consta- 
taient, en faisant la balance, un déficit considérable. 

Il arrivait ce qu'on aurait dû prévoir : le nombreux 
personnel des ouvriers qu'on employait constamment à 
Vernel faisait bonne chère et prenait du bon temps; 
M. Bonhomme fermait les yeux et ne souffrait même 
pas qu'on lui dénonçât la vérité. Une seule chose pour- 
rait expliquer son aveuglement : sans doute il escomp- 
tait l'avenir ; mais outre que l'avenir lui réservait une 
déception bien amère, les circonstances présentes lui 
imposaient la plus grande circonspection. 

5. En effet, tandis que Vernel absorbait inutilement 
de grosses sommes, la situation pécuniaire de la mai- 
son était devenue extrêmement critique. Un laps de 
plus de trente ans et la misère actuelle n'ont pas en- 
core entièrement effacé le souvenir de la crise que le 
pays eut à subir de 1854 à 4858. La màsère fut grande 



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— 309 — 

partout, et le prix du blé s'éleva au chiffe effrayant de 
40 francs rhectolitre. Le Petit Séminaire ne pouvait 
pas ne pas se ressentir de la misère commune ; il eut 
beaucoup de peine à traverser cette triste période, et 
M. Bonhomme lui-même se vit bientôt à bout d'expé- 
dients et de ressources. Pendant ce temps, les élèves 
ne furent pas les seuls à connaître les privations et à 
boire un vin mélangé de beaucoup d'eau Pour com- 
ble de malheur, tout tournait contre l'économe, même 
les efforts qu'il faisait pour conjurer la crise; c'est 
ainsi qu'en faisant personnellement ses achats de blé 
sur le marché de Labastide, il voyait le prix de l'hecto- 
litre s'élever de 2 francs par le seul fait de sa présence. 
Ces embarras lui furent très pénibles à supporter et lui 
causèrent de grands chagrins ; il devint morose et in- 
quiet, et plus d'une fois on le vit verser des larmes 
en exposant les difficultés inextricables de sa situation. 

6. On se demande sans cloute si, dans la détresse, 
M. Bonhomme n'avait pas la faculté de s'adresser à 

Mgr Bardou ? Hélas I nous devons dire encore qu'il 

s'en était lui-même ôté le moyen. 

Le successeur de Mgr d'IIautpoul n'avait pas cru 
pouvoir se désintéresser au même degré de l'adminis- 
tration de son Petit Séminaire. Dès son arrivée dans le 
diocèse, il avait été aussi choqué que surpris de l'arti- 
cle du règlement qui n'imposait à M. Bonhomme aucun 
contrôle excepté celui de l'autorité épiscopale, et tout 
en respectant une situation acquise il s'était bien pro- 
mis de rendre au moins ce contrôle effectif. Vains 
efforts, vaine résolution ; à la fin de chaque année, il 
pouvait bien connaître les résultats généraux et cons- 
tater l'état de la caisse, mais le détail ne lui était 



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— 310 — 

jamais soumis. Tant que la prospérité dura et que le 
compte annuel se solda par un excédant quelconque, 
le bon évoque eut égard à l'âge, aux services et à la 
réputation de Téconome ; mais quand celui-ci, h la fin 
de Tannée, dut accuser un déficit énorme, Mgr Bardou 
devint plus impatient, et lorsque l'embarras fut si 
grand qu'il fallut faire appel à la caisse diocésaine, il 
se crut en droit de faire des reproches et de s'élever 
contre des procédés d'administration trop personnels. 
M. Bonhomme ne pouvait plus se faire illusion. Mani- 
festement, il avait encouru la disgrâce de son évêque ; 
ses demandes de secours ne pouvaient plus qu'être 
importunes et accroître un mécontentement déjà très 
accentué. 

7. Ce mécontentement n'empêcha pourtant pas Mgr 
Bardou de contribuer, pour une large part, à la cons- 
truction d'un bâtiment qui devait servir de réfectoire 
et dont on ne pouvait plus se passer. Depuis la fonda- 
tion du Petit Séminaire, les pensionnaircjs étaient en- 
tassés, pendant lei; repas, dans le rez-de-chaussée de 
l'ancien prieuré, et cet appartement bas et humide était 
à la fois incommode et malsain. Dès les premières an- 
nées de son épiscopat, Mgr Bardou avait exprimé le dé- 
sir de voir construire un réfectoire plus convenable, 
mais divers obstacles avaient toujours empêché de réa- 
liser ce projet. Enfin, en 1857, quand on commença 
d'espérer le retour de la prospérité, le prélat résolut 
de ne pas attendre plus longtemps et ordonna qu'on 
se mit à l'œuvre sans délai. En d'autres temps, on aurait 
entrepris à cette occasion de construire l'aile que le 
. plan définitif du Petit Séminaire comporte au sud-est ; 
mais les circonstances prescrivaient une sévère éco- 



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— 311 — 

nomie. On se proposa donc tout simplement, en pre- 
mier lieu, de construire un vulgaire rez-de-chaussée ; 
on parvint ensuite pourtant à y ajouter un premier 
étage ; mais on n*eut à ta fin qu'une construction pro- 
visoire quai ne répond en rien à Tarchitecture générale 
du bâtiment principal de la maison, et qui doit en effet 
disparaître dans un avenir plus ou moins prochain. 

8. Cependant la situation do M. Bonhomme ne s'amé- 
liorait pas et il ne pouvait guère espérer que Tavenir y 
porterait remède. Aussi songeait-il depuis quelque 
temps aux moyens de se retirer avec honneur. L'occa- 
sion lui en fut offerte vers la fin de 1858, après la mort 
de M. Ortal, chanoine titulaire de la Cathédrale. 

La stalle vacante par ce décès lui fut offerte et il 
l'accepta avec reconnaissance. Sa nominalion fut agréée 
du gouvernement le 27 janvier 1858, et son titre lui fut 
expédié le 16 mars. Quelques semaines lui suffirent 
pour régler tous ses comptes et mettre son successeur 
au courant des affaires. 

Le matin du 3 mai, jour de l'Invention do la Sainte- 
Croix, la communauté apprit avec une douloureuse 
stupéfaction que M. Bonhomme était parti avant le jour, ^ 
sans doute pour éviter toutes les manifestations de re- 
gret qui n'auraient pas manqué de se produire, et 
s'épargner à lui-même des adieux déchirants. Le len- 
demain, M. Derruppé venu de Cahors, réunit la com- 
munauté et annonça officiellement que le prélat avait 
enfin daigné le décharger d'un fardeau devenu trop 
lourd pour ses faibles épaules, et qu'il serait lui-même 
très avantageusement remplacé par M. Carayol ; enfin 
que M. Carriol prenait la place de M. Bonhomme. 

Ce n'est pas sans un sentiment de profonde amertu- 



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— 312 — 

me que Tancien collaborateur de M. Larnaudie et de 
M. Derruppé avait quitté ce Petit Séminaire qui était 
aussi son œuvre, ces élèves pour lesquels il se sentai^ 
un cœur de père, ce personnel de professeurs au milieu 
desquels, avec sa bonté, il ne pouvait avoir que 4es amis, 
et ces lieux mêmes de Montfaucon où son nom était si 
populaire. De son côté le Petit Séminaire raccompagna 
de ses regrets les plus sincères ; le jour de son départ 
fut sombre comme un jour de grand deuil et il y avait 
des larmes daus tous les yeux. 

9. Si triste que fût la retraite de M. Bonhomme, elle 
devait avoir une preuiière conséquence plus malheu- 
reuse encore : c'était le procès de Vernel, dont nous 
avons à résumer maintenant les douloureuses péri- 
péties. 

Peu de temps après la signature de l'acte dû 30 juin 
1848, un des beaux-frères de Madame Balayé, M. Du- 
faure de Prouillac, avait élevé quelques réclamations ; 
mais M. Bonhomme avait refusé d'en tenir compte et 
M. de Prouillac n'avait pas insisté. Ce fut seulement 
onze ans après, que son fils, M. René-Auguste Dufaure 
de Prouillac, annonça l'intention de revenir à la charge 
et d'intenter à l'Evêque de Gahors un grand procès, 
un procès monstre, qu*il était, disait-il^ assuré de per- 
drCy mais qui aurait au moins pour résultat de com- 
battre Ve^prit d' envahissement du clergé. Toutefois il 
h'ésitait encore, lorsqu'un événement imprévu vint fixer 
ses irrésolutions : la voix de M. Jules Favre allait se 
faire entendre dans le prétoire de Gourdon peu accou- 
tumé à tant d'éloquence!... L'illustre avocat venait 
plaider dans une affaire très peu importante : il ne re- 



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— 313 — 

fuserait pas de plaider contre l'Evoque de Cahors. M. 
de Prouillac avait trouvé l'avocat qu'il lui fallait. 

En conséquence, après une citation de pure forme 
en conciliation, les administrateurs du Petit Séminaire 
furent cités devant le tribunal civil de Cahors afin d'en- 
tendre prononcer la nullité de la convention du 30 juin 
1848. Les demandeurs alléguaient que cet acte était 
une donation déguisée sous forme de vente, et que 
M. Bonhomme était tout simplement une personne in- 
terposée entre la donatrice et le Petit Séminaire. 

Nous savons déjà ce qu'il en était réellement. 
Madame Balayé, quelque désir qu'elle eût pu avoir 
de favoriser une œuvre qui avait assurément ses sym- 
pathies, avait dû avant tout songer à elle-même, sortir 
de ses embarras, et trouver un moyen, pour elle et pour 
son frère, de passer honorablement les derniers jours de 
leur vieillesse attristée. Quant à M. Bonhomme, il n'est 
pas contestable qu'il eût l'intention de* transmettre un 
jour au Petit Séminaire sa propriété de Vernel. Mais 
s'il avait voulu l'acheter au nom de l'établissement, il 
en aurait obtenu l'autorisation avec la même facilité 
qu'il l'avait obtenue pour les autres acquisitions de 
même nature : il n'avait donc aucune raison de s'inter- 
poser et de recourir, dans une affaire si séieuse et si 
importante, à une ruse aussi dangereuse que mala- 
droite et illégale. Toutefois, il faut bien convenir que 
le trop confiant économe n'avait pris aucune précau- 
tion pour se mettre à l'abri de l'accusation intentée 
contre lui ; au lieu de servir personnellement à Madame 
Balayé la rente convenue, il la payait aux dépens de la 
caisse du Séminaire ; au lieu de faire exploiter le do- 
maine par un personnel distinct de domestiques et 



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— 314 — 

d'ouvriers, il y employait ceux de la maison ; enfin il 
versait dans la caisse de rétablissement tous les reve- 
nus de la propriété. Pour comble d'imprudence, en 
quittant le Séminaire, il lui avait provisoirement trans- 
mis ses droits par une simpte convention verbale. — 
Aussi, dansTopinion commune, le domaine de Vernel 
n'appartenait-il qu'au Petit Séminaire. C'était plus qu'il 
n'en fallait aux magistrats do Gahors, entraînés par 
l'éloquence de M. Jules Favre, pour constater une in- 
terposition et annuler la vente. 

En effet, par son jugement du 29 mors 1859, le tri- 
bunal déclara Tacte du 30 juin 1848 de nullité radicale, 
et condamna M. Bonhomme à délaisser à M. de Prouil- 
lac tous les biens en litige. 

Cet arrêt contenait une injustice choquante : il attri- 
buait au demandeur la totaUté d'un bien dont un quart 
au plus pouvait lui revenir, car M. de Prouillac ne re- 
présentait qu'une seule des quatre branches d'héritiers 
naturels de Madame Balayé. Mais indépendamment de 
cette faute inconcevijblo, le Petit Séminaire ne pouvait 
accepter une décision si contraire à son droit. Il en 
appela donc devant la cour d'Agen ; mais celle-ci, en 
évitant l'erreur gros'sière des premiers juges, confirma 
néanmoins le jugement qui dépossédait la maison. 
C'était un grave échec : nos ennemis en triomphèrent, 
et M. Bonhomme, comme nous allons le voir, en fut 
extrêmement affecté. 

Cependant iMgr Bardou ne désespéra pas. L'excellent 
évèque voyait dans cette question, non seulement l'in- 
térêt de son Petit Séminaire, mais encore celui de tous 
les autres établissements religieux exposés à être ainsi 
dépouillés 4e leurs droits les plus sacrés. Il résolut 



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— 315 — 

d'épuiser toutes les juridictions et ordonna de se pour- 
voir en cassation. 

Après les deux jugements qui avaient été rendus, il 
n'était plus possible de plaider sur le fait de l'interpo- 
sition, mais il restait à savoir si l'interposition elle- 
même annulait de plein droit la prétendue donation. Les 
Petits Séminaires n'étant pas incapables de recevoir, et 
l'autorisation requise pouvant être donnée même après 
le décès du donateur, co point de droit, sur lequel les 
premiers juges n'avaient eu aucun doute, était encore 
très contestable. 

D'éminenls jurisconsultes se prononçaient pour la 
négative et la cour do cassation elle-même avait semblé, 
dans une affaire récente, se ranger à leur avis. En effet, 
contre toute espérance, la cour suprême accepta le 
pourvoi du Petit Séminaire, non seulement sur le 
moyen de forme, mais encore sur le moyen de fond, 
cassa l'arrêt de la Cour d'Agen, et renvoya les parties 
devant la Cour de Bordeaux (27 mai 1862). 

L'affaire en était à ce point quand Mgr Bardou vint à 
mourir. Son successeur, Mgr Peschoud, no put se faire 
à la pensée de débuter dans Tépiscopat par un procès 
qui avait déjà été perdu en première instance et en 
appel. Refusant d'entrer dans la voie tracée par son 
prédécesseur, il résolut de transiger, si c'était possible, 
à des conditions honorables. En effet, rien n'était plus 
facile ; l'arrêt de la cour de cassation avait effrayé les 
adversaires du Petit Séminaire, et eux-mêmes ne de- 
mandaient pas mieux que d'en finir par un arrange- 
ment à l'amiable. Cet arrangement fut conclu devant 
M. Fournie, notaire, à Cahors, le 27 décembre 1863. 
Le procès de Vernel était fini ; il avait duré cinq ans, 



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- 316 — 

occasionné beaucoup de frais, et vivement passionné 
Topinion. 

10. M. Bonhomme n'avait pas eu la consolation de 
voir cette affaire prendre enfin une meilleure tournure ; 
il était mort peu api es l'issue de son instance en cour 
d'appel. Séparé de sa chère communauté et transplanté 
un peu tard sous un climat assez différent de celui de 
Montfaucon, M. Bonliomme avait compris (jue tout était 
fini pour lui. Ravivé quelque temps par la nécessité de 
défendre une de ses œuvres, il avait vu ses procédés 
et sa conduite indignement travestis par un des princes 
du barreau, qui n'avait su garder envers lui aucun mé- 
nagement ; puis ses droits avaient été solennellement 
méconnus. Les deux condamnations qu'il subit à 
Cahors et à Agen lui portèrent un coup mortel. Bien- 
tôt après il fut pris d'une fièvre violente qui le condui- 
sit rapidement au tombeau. Il expira le 17 janvier 
1861, entre les bras de son fidèle ami et confrère, M. 
Pauty. 

Le clergé du diocèse et la maison de Montfaucon ne 
furent pas seuls à pleurer sa mort : tout le départe- 
ment le connaissait et l'aimait. En apprenant la triste 
nouvelle tousse disaient : M. Bonhomme est mort !... 
Qu'il a bien justifié le beau nom qu'il portait I Le Dieu 
de toute justice^ qui s'appelle aussi le hon Dieu, n'aura 
pu que récompenser magnifiquement cet homme bon 
et juste, comme celui dont parle rév:\ngile : vir bonus 
etjustus. 



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CHAPITRE III 



LE COURS D'HISTOIRE 



t; I. — L'Easeignement de THistoire 



Sommaire : i. L Enseignement de V Histoire avant le XVI^ 
siècle. — 2. Innovation des Jésuites. —3. XV 11^ siècle. — 
4. Coyiseils de Rollin. — 5. Etablissement définitif du 
cours d'histoire. 

d.Sons M. Larnaudie, le Petit Séminaire de Mont- 
faucon n'eut pas de cours particulier d'Histoire. Avant 
d'en raconter l'institution et de faire connaître les pre- 
miers maîtres qui en furent chargés, il nous paraît 
utile de présenter un tableau abrégé de l'origine et des 
vicissitudes de l'enseignement historique dans notre 
pays ; en un mot, d'écrire l'histoire du cours d'his- 
toire. 

Avant le XVI^ siècle, dit M. Gréard, le latin était 
le fond à peu près unique de l'enseignement dans les 
collèges ; l'histoire et la géographie n'y figuraient ab- 
solument en rien ; on n'avait même pas l'idée que ces 
deux sciences pussent entrer dans le cadre des exer- 
cices scolaires. Rabelais qui trace dans son livre une 
sorte d'idéal d'un système parfait d'éducation, et qui 
voulait faire de son écolier un ahisme de science^ ne 
mentionne même pas l'histoire parmi les sciences qu'il 
veut lui enseigner. 

2 Ce furent les Jésuites qui eurent le mérite et Thon- 



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— 318 — 

neur de songer les premiers à instruire leurs élèves 
des faits du temps passé. 

— « Dans leur programme d'études, écrit M. Gréard, 
rérudilion (c'est le nom qu'on donnait aux notions his- 
toriques de toute nature) était admise à titre de com- 
mentaire des textes, avec toute sorte de réserves, il est 
vrai. 11 était entendu notamment que ce commentaire, 
considéré comme divertissement, ne devait jamais em- 
piéter sur les exercices littéraires. L'histoire propre- 
ment dite, la géographie, les éléments de calcul, etc., 
étaient compris dans ce que le plan d'études nommo les 
accessoires, et on leur accordait environ une demi- 
heure par jour dans les classes de grammaire. » 

3. Au XVIl® siècle on fit un pas de plus, n Dans un 
plan rédigé sous sa direction, pour la création d'un 
collège au profit de la ville qu'il avait dotée de son nom, 
Richelieu prescrivait en sixième lieu l'étude de la chro- 
nologie, de l'histoire et de la géogniphie. » Le fon- 
dateur de l'Académie française eut ainsi l'honneur de 
suggérer aux maîtres de l'enseignement une réforme et 
une innovation des plus utiles. 

Avec les Oratoriens cette réforme fut sérieusement 
tentée et heureusement réalisée ; « Juilly avait un 
professeur particulier pour l'histoire, et celte science 
était entrée dans le plan général des exercices chez les 
Oratoriens : histoire sainte en sixième et en cinquième; 
histoire grecque et histoire romaine dans les trois di- 
visions^ ou, comme on disait^ dans les trois chambres 
{suivantes ; histoire de France dans la chambre des 
grands. 

« A Port- Royal, il n'existait pas Aq cahiers d'histoire 
proprement dite, mais on y lisait les historiens grecs et 



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- 319 — 

latins comme historiens, et on éclairait les réflexions 
qu'ils provoquaient par l'étude de la géographie et de 
la chronologie, que Guyot appelle (avant le président 
Hérault) les deux yeux de l'histoire. » 

4. Ces idée^ de progrès forcèrent enfin les portes de 
l'Université : « Le sage Rollm, qui relatait dans son 
traité des Etudes, au commencement du siècle suivant, 
ce qu'il avait vu pratiquer par ses maîtres, faisait aussi 
une largo place à l'histoire sainte, à l'histoire profane, 
à la fable et aux antiquités. Cerl aines vues particu- 
lières de ce maître autorisé dépassèrent de beaucoup 
les idées de ses contemporains : c'est ainsi qu'il re- 
gardait l'histoire comme le premier livre qu'il faut 
donner aux enfants. Il ne faisait de réserve — chose 
singulière — que pour l'histoire do France Non, tant 
s'en faut, qu'il fût disposé à en regarder la connais- 
sance comme indifférente. « Je vois avec douleur, dit- 
» il, qu'elle est négligée par beaucoup de personnes à 
» qui pourtant elle serait fort utile, pour ne pas dire 
» nécessaire » ; il se reprochait à lui-même de ne s'y 
être point appliqué ; il avait honte d'être en quelque 
sorte étranger dans sa propre patrie, après avoir par- 
couru tant d'autres pays ; mais il ne croyait pas qu'il 
fût possible de trouver du temps à lui donner au cours 
des classes, tant les matières étaient déjà pressées ; et 
il se bornait à souhaiter qu'on tachât d'en inspirer le 
goût aux jeunes gens, en citant de temps à autre quel- 
ques traits qui leur fissent naître l'envie de l'étudier 
quand ils en auraient le loisir (1). 

(1) Fleury dans sa classification des Etudes ne place l'His- 
toire qu'au second rang paçmi les études utiles, les études 
nécessaires tenant le premier. 

Malebranche était tout à fait contraire à l'enseignement 



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— 320 — 

« Tout le XVIII® siècle a professé pour Rollin un 
respect attendri ;... néanmoins, vingt ans après sa 
mort on avait dévié des voies pratiquées par l'auteur 
du Traité des Etudes, à la suite des Jansénistes et des 
Oratoriens, et l'on avait laissé se refermer celles qu'il 
avait commencé à entr'ouvir. — « Presque personne 
n'a mis à exécution le plan de M. Rollin, écrivait-on 
en 1762. Où sont les collèges où l'on enseigne suffisam- 
ment aux enfants la géographie, l'histoire; la chrono- 
logie et la fable ? Où sont ceux où on leur fasse lire 
assidûment, et d'une manière suivie, VHistoire ancienne 
et VHistoire romaine qui n'ont été composées que pour 
eux ?... ;) 

On le voit, l'histoire s'imposait à l'ancienne univer- 
sité, mîiis elle n'y avait pas obtenu droit de cité, et 
elle y était encore traitée en étrangère quand la Révo- 
lution éclata. 

Aussi, plusieurs des cahiers de 1789 demandaient- 
ils, qu' « elle fût traitée dans les collèges progressive- 
ment et suivant la force des classes.» Elle eut, en effet, 
sa place dans les divers projets sur l'Instruction publi- 
que élaborés sous la Révolution par Talleyrand, Con- 
dorcet, Lepellelier, Romme, Lakanal et Daunou. Mais 
au milieu de la pertuibation générale et après la ruine 
de toutes les vieilles institutions, ces programmes 
éphémères pouvaient-ils fonder quelque chose de du- 
rable?... 

de rhistoire, par la raison qu'il y a plus de vérité dans un 
seul principe de métaphysique ou de niorale que dans tous les 
livres histoiiques. 

Par contre Bossuet (Lettre au Pape Innocent XI) n'admet- 
tait pas que son élève « ignorât Wiistoire du genre humain » 
et composait pour lui le Discours sur VHistoire Universelle. 
Gréard, Education et instruction, Ens. sec. t. 2. 



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_ 321 — 

5. L'histoire ne fut introduite définitivement dans le 
programme de l'enseignement public que par l'arrêté de 
1809, qui l'inscrivit parmi les matières des cours de 
grammaire et d'iiumanités, sans l'admettre encore 
cependant ni en rhétorique ni en philosophie. 

En 1814^ la Restauration parut compléter la réforme: 
elle introduisit l'histoire dans toutes les classes depuis 
la sixième jusqu'à la rhétorique, et la division qui fut 
faite alors des matières historiques a été généralement 
suivie dans l'Université jusqu'en 1851 , et dans les 
Petits Séminaires jusqu'à ces derniers temps. Cepen- 
dant la Restauration elle-même ne s'engagea dans cette 
voie qu'avec une sorte de crainte et de défiance. Le 
statut du 28 septembre 1814, dont nous venons de 
parler, vt prescrivait au professeur de consacrer à 
l'histoire et à la géogmphie, pendant les mois d'été, 
une demi- heure après chaque classe du soir, et cette 
disposition, renouvelée des premières réformes du 
XVIII® siècle,tomba elle-même en désuétude. Peu après, 
il est vrai, un arrêté du 15 mai 1818, provoqué par 
Royer-Collard, décida que l'enseignement historique 
serait donné par un professeur spécial ; mais des ins- 
tructions furent aussi données pour éviter tout ce qui 
pourrait appeler les écoliers dans le champ poUtique et 
servir d'aliment aux discussions des partis ; bien plus, 
en 1821, l'histoire fut supprimée des programmes de 
rhétorique et fondue avec l'histoire moderne qui fai- 
sait partie du programme de seconde ^ (1). On ne re- 
vint sur cette disposition qu'en 1829. 

Néanmoins la question était résolue en faveur du 

(1) (Gréard, ouv. cité.) 



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— 322 — 

cours nouveau demandé à la fois par les esprits les 
plus sages et par les novateurs. A partir dé 1830 il n'a 
cessé de prendre, dans tous les établissements, une plus 
grande importance. Le programme officiel de 1880 lui 
réserve quatre heures par semaine dans la classe de 
rhétorique. 11 est vrai que celui de 1886 ne lui donne 
plus que trois heures ; serail-ce un commencemenl de 
réaction?... 

Ce rapide aperçu sur le passé de l'enseignement his- 
torique était nécessaire, ce nous semble, pour expliquer 
l'absence d'un cours particulier d'histoire au Petit 
Séminaire de Montfaucon pendant les quatorze premiè- 
res années de l'existence de la maison. Nous ne sau- 
rions dire à la vérité, que l'institution de ce cours eût 
été une innovation, du moins après 1818 ; mais il ne 
convenait ni à M. Larnaudie ni a M. Derruppé d'adop- 
ter à première vue toutes les réformes de l'Université, 
surtout dans une maison naissante. Il était à la tois plus 
facile et plus sage d'attendre que l'expérience en eût 
montré la nécessité et les avantages réels. 

Enfin en 1830 l'expérience était faite et décisive ; M. 
Derruppé n'hésita plus ; l'institution du cours d'his- 
toire fut en quelque sorte son don de joyeux avène- 
ment au Petit Séminaire dont il venait d'être nommé 
supérieur. 



§ IL » Les premiers professeurs d'Histoire à 
Montfaucon. 



M. DE LA ROUSSILHE 
Le diocèse de Cahor? a possédé, pendant la première 



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— 323 — 

moitié de ce siècle deux abbés de La Roussilhe, long- 
temps voués à réducalion de la jeunesse cléricale. 

Le premier fut M. Alexandre de La Roussilhe, qui 
fut, plusieurs années, professeur de théologie au Grand 
Séminaire de Gahors et devint ensuite curé de Sous- 
ceyrac, sa paroisse natale. 

Le second, celui que nous avons à faire connaître, 
fut M. Elie de La Roussilhe, neveu du précédent. 

M. Elie- Jean-Marie de La Roussilhe naquit à Sous- 
ceyrac en 1799, au sein d'une famille très ancienne, vrai- 
ment patriarcale, et qui a conservé fidèlement jusqu'à 
nos jours toutes les traditions de la Foi et de Thonneur 
antiques. Le jeune Elie de La Roussilhe ne se crut pas 
tout d'abord appelé à l'état ecclésiastique. Après trois ou 
quatre années d'études au Petit Séminaire de Pleaux, 
dont il fut un des premiers élèves, un oncle maternel, 
qu'il avait à Salers, et qui avait été Garde du corps 
sous Louis XVI, l'engagea à entrer dans la carrière des 
armes. Quand parut l'ordonnance du 3 août 1815, ins- 
tituant les légions départementales, Elie de La Rous- 
silhe, à peme âgé de 16 ans, s'enrôla sous le drapeau 
blanc et fit partie de la légion du Gantai qui fut en- 
voyée à Tarbes. Au bout de trois ans, l'ordonnance de 
1 818 ayant réduit l'effectif des légions, M. de La Rous- 
silhe fut libéré et rentra dans sa famille. Il y passa quel- 
ques années encore, incertain de la direction qu'il de- 
vait donner à son existence et partageant son temps 
entre la lecture qu'il aima toujours avec passion, les 
honnêtes divertissements de la vie de famille et de fré- 
quentes visites à son oncle de Salers. G'est auprès de 
ce respectable vieillard que la grâce l'attendait pour lui 
révéler tout à coup le secret de sa véritable vocation. 



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— 324 — 

La parole éloquente d'un homme de Dieu, prêchant une 
mission à Salers, commença par ie ramener à la prati- 
que de la religion qu'il avait négligée quelque temps ; 
puis, touché jusqu'au fond de l'âme, le jeune homme 
fit plus que se convertir : il comprit la vanité des hon- 
neurs, des biens et des plaisirs du monde, renonça au 
brillant avenir que son nom, sa fortune et ses belles 
qualités semblaient lui assurer, et résolut de se consa- 
crer à Dieu par le sacerdoce. 

Après avoir mûri son projet en silence fondant quel- 
ques mois, il annonça brusquement à sa famille stupé- 
faite son intention de devenir prêtre, et son désir d'al- 
ler faire, pour s'y préparer, un cours sérieux de philo- 
sophie chrétienne au Petit Séminaire d'Issy. Son parti 
était pris et sa famille n'eut garde d'essayer de l'en dé- 
.tourner. Fidèle à sa résolution et confirmé dans sa vo- 
eation par les directeurs de Saint-Sulpice, il fit suc- 
cessivement à Paris sa philosophie et sa théologie, re- 
çut les ordres, et rentra dans le diocèse en 1827. C'était 
l'année où M. Mazet, renonçant enfin définitivement à 
la carrière ecclésiastique, laisssût vacante la chaire de 
rhétorique au Petit Séminaire de Montfaucon. Mgr de 
Grainville l'offrit à M. de La Roussiihe qui l'occupa un 
peu plus de deux ans. Ses élèves nous apprennent, et 
on le eomprendra facilement, que le nouveau profes- 
seur, dont l'éducation avait été singulièrement tronquée, 
eut quelque peine à faire oublier son brillant prédé- 
oesseur. Nul doute cependant qu'avec sa belle intelli- 
gence et son »mour du travail il n'eût pu l'égaler, si le 
commencement de cette maladie de foie qui devait 
faire des trente ans de son sacerdoce une longue souf- 
Irance, ne fût venu paralyser tous les efforts de sa vo- 



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- 325 - 

lonté. Suppléé d'abord par M. Callé (t), dont le jetine et 
beau talent obtint dès le premier jour un plein succès, 
puis par M. Dalet, qu'on vit pendant un an remplir à !a 
fois les fonctions de professeur de rhétorique et de curé 
de Lamothe-Cassel, il dut renoncer enfin à un labeur 
trop pénible. H allait même abandonner renseigne- 
ment quand M. Derruppé, fondant la chaire d'histoire, 
crut encore possible d'utiliser son dévouement et son 
savoir. 

Les deux cours d*histoire générale que sa mauvaise 
santé lui permettait de faire, montrèrent son talent 
sous un nouvel aspect. M. de La Roussilhe avait étudié 
et. professait l'histoire en philosophe. Les Considéra- 
tions de M. de Maistre et de Madame de Staël sut la 
Révolution française ; la Législation primitive de M. 
de Bonald ; enfin VEssai de Chateaubriand sur les 
révolutions anciennes et modernes comparées à la 
Révolution française^ avaient vivement frappé son 
esprit, et il saisissait avec empressement toutes les oc- 
casions d'en rappeler les théories, d'en placer des cita- 
tions. Par suite, ses cours ressemblaient moins à des 
classes qu'à des conférences philosophiques sur l'his- 
toire. 

La'ssant volontiers de côté la partie technique et ari- 
de de cette science, les dates, les noms propres et la suc- 
eession des faits, qui lassaient sa patience, d'ailleurs fort 
courte, il retenait seulement les événements principaux 
et s'attachait à en reconnaître, avec les grands esprits 
de notre siècle, les causes, le sens et les conséquence^' 
morales. Peut-être cette manière de pixicéder' était- 

(1) Depuis, curé de Gastelnau-Monlratîer, mort en 1830. 



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— 326 — 

elle un peu trop élevée pour le plus grand nombre des 
élèves d'un Petit Séminaire : avant de se lancer dans 
les grands aperçus sur les principaux événements de 
l'histoire du monde, il faut pourtant qu'on pénètre un 
peu dans les détails, sous peine de ne faire que des 
raisonnements en l'air et d'arranger les faits en faveur 
de la thèse au lieu de déduire celle-ci des faits eux- 
mêmes, tels qu'ils se sont réellement passés. Néanmoins 
l'enseignement de M. de La Roussilhe a porté d'heureux 
fruits. A ceux de ses élèves qui devaient revenir plus 
tard aux études historiques il avait donné des idées 
saines, un peu générales et un peu vagues peut-être, 
mais qui n'en étaient pas moins capables de les diriger 
dans la conduite de la vie. 

Avec le titre de professeur d'histoire, M. de La 
Roussilhe reçut en 1830 celui d'aumônier de la maison ; 
il était ainsi spécialement chargé de tout ce qui con- 
cerne les intérêts spirituels des élève >, la prédication 
et les confessions ; toutefois, aidé dans ces fonctions 
par MM. Derruppé, Bonhomme, Aurusse, Vernet, etc., 
le jeune prêtre n'eut guère de ce chef que l'honneur 
de son titre ; il est à croire que M. Derruppé, voulant 
attacher à la maison ce zélé collaborateur, avait créé 
exprès pour lui un emploi qui convenait à sa piété 
sans lui imposer de bien rudes travaux, ni de graves 
soucis. 

Il n'en fut pas de même des fonctions de Préfet de 
discipline qui lui furent confiées en 1832, lorsque M. 
Bonhomme quitta le Petit Séminaire dans les circons- 
tances que nous avons fait connaître. M. Derruppé 
l'avait jugé seul capable, par la gravité de son carac- 
tère et son ascendant sur les élèves, de remplacer Tan- 



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— 327 — 

cien économe ; et il sut en effet imposer le respect ; 
mais il eût vainement espéré de conquérir la popula- 
rité de son prédécesseur. Sa gravité un peu compassée 
ne rappelait en rien la familiarité un peu vulgaire sans 
doute,mais entraînante et irrésistible de M. Bonhomme; 
et le souci de sa dignité, le ton acerbe de ses repro- 
ches, et les accès d'humeur dont sa maladie était cause, 
l'empêchaient de paraître aussi bon qu'il l'élait réelle- 
ment. Aussi les quatre années de sa préfecture, trou- 
blées d'ailleurs par le désordre inséparable d'une im- 
mense réparation, furent-elles agitées et pénibles ; il y 
eut des moments de crise redoutables, dont on ne 
sortit qu'à force de prudence, de sang-froid et d'éner- 
gie. Quand M. Bonhomme fut rappelé pour reprendre 
la direction de l'économat, il est bien a réré que sa 
présence n'était pas moins nécessaire pour rétablir la 
discipline. 

Débarrassé de ce soin, M. de La Roussilhe aurait 
encore pu rendre de grands services à la maison ; il 
préféra se retirer. Du reste, à mesura qu'il s'était ins- 
truit lui- môme en enseignant les autres, son esprit na- 
turellement élevé n'avait fait que se pénétrer d'un 
amour toujours croissant pour la science, et depuis 
longtemps il ne formait qu'un vœu : celui de pouvoir 
retourner à Paris et s'y retremper dans les hautes étu • 
des ecclésiastiques, l'Ecriture sainte, le Droit canon, et 
particulièrement la théologie mystique. 

Libre enfin, à force d'instances, en 1836, de satis- 
faire son plus grand désir, il quitta le Petil Séminaire, 
et à l'âge de 37 ans, après dix années d'enseignement, 
il repartit pour Paris où on le vit se remettre à étudier 
avec toute l'ardeur d'un jeune séminariste. 



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-^ 328 — 

Cependant Mgr d'Hautpoul ne l'avait laissé partir 
qu'à regret, et n'avait nullement l'intention de se pri- 
ver de ses services au moment où de nouvelles et fortes 
études le mettaient en mesure d'occuper et d'honorer 
les premiers postes du diocèse. Après deux années, qui 
durent paraître bien courtes à sa passion de s'instruire, 
M. de La Roussilhe se vit tout à coup rappelé par une 
voix qu'il ne pouvait méconnaître : Mgr d'Hautpoul 
lui imposait inopinément la cure de la Cathédrale de 
Gahors. 

« Nous ne pouvons qu'indiquer ici les principales 
œuvres de sa féconde administration. On lui doit le dé- 
veloppement de diverses associations pieuses ; l'éta- 
blissement de l'œuvre de l'Archicontrérie lui appartient 
pour la plus grande pgirt, et il contribua puissamment 
à l'organisation du Bureau de Bienfaisance de Cahors. 
Il fut nommé chanoine en 1843 (1). » 

Plus tard, si ses opinions légitimistes eussent été 
moins connues, ou plutôt moins affichées, d'autres 
distinctions seraient venues à lui ; mais son humilité 
ne les enviait pas et sa foi pohtique les repoussait. 

Au sein de la société cadurcienne, on remarqua de 
bonne heure « son caractère plein de dignité, son édu- 
cation parfaite, la distinction de ses manières, sa con- 
versation toujours correcte » (2) où les aphorismes 
sentencieux et les traits d'esprit se mêlaient dans une 
heureuse proportion. 

M. de La Roussilhe mourut à Cahors le 27 février 
1859, à peine âgé de 60 ans. Il léguait aux pauvres la 



(1) Extrait du Courrier du Lot, 2 mars 1859. 

(2) Ibid. 



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plus grande partie de sa fortune personnelle, et sa mai- 
son de Gahors devait être vendue pour que le prix en 
fût dépensé en bonnes œuvres. Un legs spécial en fa- 
veur du Petit Séminaire témoigne du vit intérêt qu'il 
avait toujours porté à cette œuvre et du bon souvenir 
qu'il avait gardé de la maison. 

M. DELGROS 

Le successeur de M. de La Roussilhe, M. Jean-Pierre 
Delcros, était né en 1787 à Sénaillac, près Lauzès. Il 
avait fait toutes ses études à Gahors et y avait été reçu 
bachelier en 1840. Entré Tannée suivante au Grand 
Séminaire, il avait avancé régulièrement dans les 
saints Ordres et avait été ordonné prêtre le 23 Décem- 
bre 1815. 

Chose très rare, du moins de nos jours, il n'entra 
dans l'enseignement qu'après douze années de minis- 
tère. D'abord vicaire de Gaussade, il avait été ensuite 
successivement curé de Gassagnes, puis de Notre-Dame, 
à Gahors, enfin de Roc-Amadour. Le scrupule seul, (1) 

{ij A cette époque, le clergé de France comptait encore 
plusieurs survivants du siècle dernier, et se trouvait en gran- 
de partie sous l'influence de ces maximes d'une sévérité ou- 
trée, à l'aide desquelles le Jansénisme avait autrefois séduit un 
bon nombre d'excellents esprits et perdu hypocriferaent une 
infinité de chrétiens en les jetant dans le désespoir. Trompé 
par l'apparence du tien, M. Delcros, qui ne connaissait que le 
devoir et qu'aucune rigueur n'effrayait, se croyait obligé d'être 
au Tribunal de la pénitence aussi sévère envers les autres qu'il 
rétait d'ordinaire envers lui-même ; oubliant que la faiblesse 
de rhomme est ordinairement plus grande que sa malice, il 
suivait, sans le savoir, les principes qu'Arnaud a exposés dans 
son livre de La Fréquente Communion^ et soumettait le fer- 
me propos de ses pénitents à d'incroyables épreuves. Son inflexi- 
ble rectitude imposait à la volonté humaine une constance et 
des efforts qui ne peuvent être que le fruit du sacrement. On 
comprendra qu'un prêtre qui s'est fait de telles idées n'ait pu 
porter longtemps le fardeau du ministère. 



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— 330 — 

cette maladie des consciences trop délicates,ravait con- 
traint de demander à Mgr d'Hautpoul une place au 
Petit Séminaire, et par suite il avait accepté avec recon- 
naissance la première place qui s'était offerte, celle de 
maître d'étude et de professeur de mathématiques élé- 
mentaires. Il conserva ces fonctions pendant trois ans 
qui durent paraître bien longs, même à sa patiente hu- 
milité. Gomment un maître si rigide put-il s'accommoder 
de la légèreté, des espiègleries et de l'incurable négli- 
gence dont il dut être parfois le témoin désolé ? Il est 
vrai que le soin incessant de la surveillance le dispen- 
sait de siéger au Tribunal de la Pénitence, et que ce 
n'était pas à ses yeux un médiocre avantage'. 

Enfin, la retraite de M. de La Roussilhe et de M. 
Magne de Sarrazac permit de lui offrir la seule chaire 
qui pût convenir à la nature de son esprit et à ses goûts 
studieux : la chaire d'histoire. Il fut nommé en même 
temps professeur de grec : il paraît que M. Delcros 
avait appris cette langue sans le secours d'aucun maî- 
tre et qu'il était arrivé à la connaître parfaitement ; 
mais c'est surtout comme professeur d'histoire qu'il a 
laissé dans l'esprit de ses élèves et dans la maison un 
profond souvenir. Plus heureux et mieux inspiré dans 
l'étude de cette science que dans celle de la théologie, 
il sut entrer dans le véritable esprit de l'histoire et fut 
aussitôt un excellent professeur. 

Pour apprécier et interroger les événements, le nou- 
veau professeur eut le mérite de se placer au point de 
vue le plus élevé et en même temps le plus sûr, qui 
est celui de l'Eglise et de la Pdpauté ; et ce mérite est 
d'autant plus remarquable qu'à l'époque où enseignait 
M. Delcros, le préjugé gallican avait encore dans le 



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— 331 — 

clergé de France un grand nombre de partisans et de 
défenseurs. Sans doute, les doctrines ultramontaines 
gagnaient da terrain, mais leurs adiiérents étaient en- 
core obligés de combattre pour se faire une place ot ils 
comptaient plus d'ardents publicistes que de hautes 
autorités; comme historiens de TEglise on ne connais- 
sait encore, en dehors des anciens auteurs jansénistes, 
tels que Noël Alexandre, Berruyer et Tillemont, que 
Fleury et Bérault-Belcastel, gallicans déclarés. Rohr- 
Bacher, il est vrai, avait déjà paru et recueillait avec 
des labeurs inflnis, les matériaux de son Histoire Uni- 
verselle de r Eglise Catholiqiie ; mais son nom était 
encore peu connu, et il n'avait brillé que comme une 
étoile de troisième grandeur dans la pléiade de La 
Mennais. M. Delcros eut la gloire de devancer Rohr- 
Bacher lui-môme et de poser avant lui ce principe dont 
le grand historien devait faire si justement l'épigraphe 
de s^n livre : Le Principe et la raison de tout^ c'est 
V Eglise Catholique. Aussi, quand parut, en 1842, le pre- 
. mier volume de VHistoire universelle^ M. Delcros fut- 
il au comble du bonheur et de l'enthousiasme, non- 
seulement parce qu'une grande autorité confirmait ses 
opinions personnelles, mais aussi, parce qu'à ses yeux 
l'apparition de cet ouvrage et son immense succès, 
annonçaient infailliblement le retour de l'Eglise de 
France aux saines traditions de l'Eglise universelle: 
c'était le triomphe de la Foi. Le zélé prof3sseur était 
persuadé qu'il assistait à une véritable révolution 
dans l'enseignement historique, et pour favoriser autant 
qu'il était en lui un mouvement si conforme à ses pro- 
pres tendances, il ne négligeait aucune occasion d'ex- 
poser à ses élèves les thèses de Rohr-Bacher ; il leur 



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— 332 — 

prédit un jour qu'avant vingt ans Tesprit gattican 
aurait entièrenient disparu de tous les Séminaires de 
France, et Tévènement a justifié ses prévisions. 

Cependant la Providence ne devait pas lui laisser la 
consolation de voir ses vœux pleinement réalisés. Il ne 
lui fut même pas donné de terminer la lecture de son 
historien favori. Quand il reçut le 26*^ volume de 
VHistoire Universelle, il était déjà atteint de la fluxion 
de poitrine qui devait le conduire au tombeau. Il vou- 
lut néanmoins en parcourir les premières pages ; mais 
le livre lui tomba des mains, et quelques jours après, 
le 19 décembre 1847^il expirait sous les yeux conster- 
nés de ses collègues et de ses meilleurs élèves ; ceux- 
ci Tensevelirent de leurs mains et le Petit Séminaire 
lui rendit les derniers honneurs comme à un saint. 

M. Delcros léguait, en mourant, au Petit Séminairo 
le peu d'argent qu'il avait pu économiser pendant une 
carrière sacerdotale de 32 ans ; ce n'était pas une for- 
tune, tant s'en faut, car cet excellent prêtre avait beau- 
coup travaillé sans autre profit que pour le ciel. Néan- 
moins la maison lui en garde une vive reconnaissance, 
et son nom est inscrit à côté de celui de nos plus grands 
bienfaiteurs. 

Après M. Delcros, la chaire d'histoire fut confiée à 
M. Pélissier, clerc, originaire d'Albas, qui fut rem- 
placé au bout d'un an par M. Couderc. 

M. COUDERC 

M. Jean-Baptiste Couderc était né à Dégagnac le 9 
mai 4813. Il avait commencé ses études à Gourdon, 
sous M. Cébé d'Horther, un excellent maître laïque qui 



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— 333 — 

donnait un enseignement très religieux et très chrétien. 
Après deux ans passés au collège de Gourdon, M. Cou- 
derc fut envoyé au Petit Séminaire de Montfaucon où 
ses progrès furent rapides et ses succès brillants. En 
d831, étant encore simple élève de troisième, il lut à la 
distribution des prix une pièce de vers latins dont le 
souvenir est resté et que nous avons citée en son lieu. 
Deux ans plus tard, élève de rhétorique, il lisait en- 
core devant un brillant auditoire un discours sur les 
Avantages de VEloqtience, et avait le talent de sortir 
de la banalité en traitant ce lieu commun. Quelques 
jours après, il était candidat au baccalauréat, et obte- 
nait son diplôme, suivant ce qu'on raconte, à la pointe 
de Tépée. 

Son cours de philosophie terminé, M. Couderc, se 
trompant sur sa véritable vocation, renonça au bénéfice 
de la Bourse ou place gratuite au Grand Séminaire, 
qu'il avait méritée par ses succès, et alla à Paris étu- 
dier la médecine. Son séjour dans la capitale ne fut pas 
long. Au bout de quelques jours, écœuré de tout ce 
qu'il lui fallait voir et entendre dans le temple d'Escu- 
lape, il comprit enfin que Jésus Christ l'appelait à une 
autre école, et n'hésita pas à s'y rendre : sa famille 
apprit en même temps son changement de résolution 
et son entrée au Grand Séminaire de Cahors. 

Il n'était pas encore prêtre lorsque, au commence- 
ment de l'année 1838-39 il fut appelé au Petit Sémi- 
naire de Montfaucon. La mort de M. Aurusse, surve- 
nue en 1837, avait laissé vacante la chaire de seconde, 
et M. Mazélié, après l'avoir occupée un an, était nom- 
mé professeur de rhétorique. M. Couderc fut heu** 



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— 334 — 

reux de pouvoir se dévouer à renseignement de la 
jeunesse (l) particulièrement dans une classe de litté- 
rature, à laquelle ses succès scolaires et son admiration 
enthousiaste pour les poètes français l'avaient préparé 
depuis longtemps. 

Pour remplir la belle mais difficile tâche du pro- 
fesseur de seconde, M. Gouderc avait en outre un 
avantage très précieux : il connaissait à fond la langue 
fninçaise : sa syntaxe et son vocabulaire. — C'est bien 
le moins, dira quelqu'un, et ce n'est pas là un savoir 
bien extraordinaire I — Qu'on se détrompe ! On com- 
mence tout au plus à savoir sa langue, quand on vient 
à soupçonner qu'on ne la connaît pas. Que dérègles, 
dans cette syntaxe si compliquée, échappent au plus 
grand nombre surtout dans ces contrées où domine un 
vieux patois, très différent lui-même de celui de 
Jasmin ! 

Que de termes dont nous ignorons le sens précis ! 
Au dire d'un crilique, ily a peu de personnes, même 
parmi les gens instruits, qui en possèdent plus de six 
cents : seuls les grands écrivains en ont plusieurs mil- 
liers à leur usage. Aussi l'orateur romain, qui se glo- 
rifiait à juste titre d'en posséder une immense quantité 
(verha quihus àbundo) voulait-il que son élève en 
acquît avant tout comme une épaisse forêt : Sylvam 
rerum ac verhoi'um. 

Cette connaissance faisait de M. Couderc un puriste 
sévère ; son langage était toujours d'une correction 
irréprochable, et fes termes d'une admirable justesse. 

(1) Sa mauvaise santé, une voix très faible, et une difficulté 
notable pour la prédication lui avaient toujours fait redouter 
d'être employé dans le ministèi e paroissial. 



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— 335 — 

Peut-être même porlait-il ce soin jusqu'à l'excès, s'il 
est vrai qu'il fallût attribuer à cette cause la lenteur de 
sa parole. C'étaient aussi les qualités qu'il recherchait 
avant tout dans les devoirs de ses élèves, redisant con- 
tinuellement ce précepte de Boileau : 

Surfout qu'en vos écrits la langue révérée 

Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée. 

En vain vous me frappez d'un son mélodieux : 

Si le terme ptt impropre ou le tour vicieux, 

Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, 

Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme. 

(Art Poet. I.) 

Mais si la correction est la plus nécessaire des qua- 
lités du style, elle n'est pas la plus brillante : aussi 
M. Couderc voulait-il qu'on joignit à la régularité la 
magnificence et l'éclat. Il aimait beaucoup la solennité, 
peut-être trop : du moins lui en a-t-on fait le repro- 
che. On a dit qu'il écrivait lui-même d'une manière 
ampoulée, et telle ou telle de ses phrases, dont le sou- 
venir est resté, n'est pas exempte de phébus. On ajoute 
même qu'il poussait les élèves dans celte voie, au grand 
détriment du naturel et de la simpHcité. Cependant 
rien ne prouve que ce fût son défaut habituel ; et s'il 
est vrai qu'il a quelquefois admiré de faux brillants, il 
a son excuse dans cette extrême timidité qui enchaîne 
ordinairement l'esprit de nos élèves et coupe les ailes à 
leur imagination. 

« Serpit humi tutus nimium timidusque procellae » 

Trop de sagesse ne convient pas aux jeunes gens ; 
la jeunesse doit avoir besoin du frein et non de 
l'éperon. 

A cette époque le programme de seconde comprenait 
un cours de Poétique, c est-à-dire, l'exposé des règles 



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et l'histoire de la Poésie. Or, on était en même temps 
au fort de la lutte entre les classiques et les romanti- 
ques, et les deux partis ignoraient encore qu'ils de- 
vaient également succomber. Sous quel drapeau s'en- 
rôla M. Couderc ?.. .. Nous avons à peine besoin de le 
dire, il se montra défenseur intrépide des vieux prin- 
cipes et dé la tradition. Malgré son goût pour la ma- 
gnificence, l'éclat du romantisme ne le séduisit jamais : 
il était surtout révolté de ce droit de cité que le chef 
des romantiques prétendait assurer au grotesque à 
côté du sublime (1). M. Couderc homme de règle, de 
bienséance, de tenue, n'a jamais compris que le grotes- 
que pût se présenter décemment et se faire admettre 
en bonne société. Dans la pratique ordinaire de là vie, 
s'il admettait la plaisanterie ce n'était qu'à la condi- 
tion qu'elle serait toujours de bon goût, fine et déli- 
cate autant que spirituelle ; il apportait la même sé- 
vérité de principes dans son cours de littérature. 

Après avoir occupé pendant onze ans la chaire de 
seconde, M. Couderc fut chargé du cours d'histoire 
qu'il garda jusqu'à sa mort c'est-à-dire pendant 18 
ans. 

Dans cet enseignement nouveau pour lui, M. Cou- 
derc devait rencontrer des obstacles bien difficiles à 
surmonter. Avec sa mémoire ingrate il eut sans doute 

(1) « Voilà un principe étranger à l'antiquité, un type nou- 
» veau introduit dans la poésie, et comme une condition de 
» plus dans l'être modifie l'être tout entier, voilà une forme 
» nouvelle qui se développe dans fart : ce type c^est le gro- 

» tesque, cette forme c'est la comédie Nous venons d'indi- 

» quer le trait caractéristique, la différence fondamentale qui 
» sépare, à notre avis, l'art moderne de l'art antique, ou la 
)} laiérature romantique de la littérature classique. » 

Y^GTOii HucrO : Préface de Gromwell, p. 17, 



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~ 337 — 

beaucoup de peine à graver dans son esprit cette lon- 
gue série de dates, de faits et de noms propres, qui 
forment, si nous pouvons ainsi parler, la partie techni- 
que de l'histoire, et qui doivent, en dépit des plus 
belles théories pédagogiques, rester le fond de l'ensei- 
gnement historique dans les collèges et les Petits 
Séminaires. En outre, pour enseigner avec succès, il se 
trouvait dans les plus mauvaises conditions : il ne dispo- 
posait que de deux heures par semaine dans chaque clas- 
se, et il devait parcourir, en ce peu de temps, des auteurs 
longs et diffus (1). Aussi lui arrivait-ilbienrarement d'ob- 
tenir une récitation passable et de voir dans l'année toutes 
les matières prescrites. « Développez votre pensée ! » 
nous disait-il sans cesse, mais ce n'était pas aussi facile 
qu'il aurait pu le croire. 

Rarement heureux dans l'exposé des événe- 
ments, M. Gouderc reprenait l'avantage lorsqu'il 
arrivait à la partie morale de l'histoire, à l'ap- 
préciation des faits et aux jugements sur les personnes. 
En retrouvant dans nos cahiers quelques-uns de ces 
jugements , recueillis autrefois sous sa dictée , 
nous en avons admiré la justesse et la largeur, et 
prenant notre bien, comme Molière, partout oii nous le 
trouvions, nous avons été heureux de pouvoir nous les 
approprier. Il aimait surtout les parallèles à la manière 
de Plutarque, et il y excellait. Ceux de François P^ et 
de Charles-Quint, de Vallenstein et de Tilly, de Ri- 
chelieu et de Mazarin, sont encore présents à la mé- 
moire de ses anciens élèves. Prêtre fervent et enfant 
respectueux de la sainte Eglise, il en faisait ressortir 
avec amour toutes les gloires et eh défendait les 

(i) D'abord Drioux ; puis Emile Lefranc. 

22 



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— 338 — 

droits avec une chaleur de dévouement que la contra- 
diction excitait et que Tespièglerie écolière mettait 
quelquefois à une rude épreuve. 

Les élèves avaient pourtant bien tort de tourmenter 
à plaisir un maître dont le dévouement égalait le savoir. 
M. Gouderc aimait la jeunesse : il n*y a point de ser- 
vice qu'il n*eût voulu lui rendre, d'agréments qu'il ne 
cherchât à lui procurer. Mais hélas ! comme dit le fa- 
buliste, cet âge est sans pitié ! Des accusations ridicu- 
les avaient été d'abord émises contre lui, et le respect 
qu'il méritait à tant de titres en souffrit grandement. — 
Pourquoi faut-il que des vétilles nous fassent perdre, 
auprès de nos élèves,le bénéfice des plus hautes et des 
plus solides vertus, du savoir le plus rare, et du dé- 
vouement le plus admirable ! C'est sans doute pour 
cela que l'enseignement est regardé à juste titre comme 
le plus ingrat des métiers. 

M. Gouderc n'était pas seulement un maître dévoué 
et instruit et un excellent prêtre : c'était aussi un très 
bon confrère; son éducation était parfaite, ses manières 
au-dessus du commun et ^a société extrêmement agréa- 
ble. Dans la conversation il n'avait pas seulement le mot 
juste, maisaussi le trait fin, délicat et quelquefois acé- 
ré. En apprenant la mort de M. Dupin: « Le voilà donc 
enfin fixé I» s'écria- t-il. — A un élève qui éternuait trop 
bruyamment : « Apprenez M. T***, dii-il, que les ins- 
truments les plus sonores ne sont pas les plus pleins!^ 
Nous pourrions citer une infinité de traits sembla- 
bles qui font le plus grand honneur à son esprit. 

M. Gouderc avait une constitution assez frêle. En 
1867, un cancer à l'estomac, dont il portait depuis 
longtemps le germe, se développa et l'obligea d*inter- 



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— 339 — 

rompre son cours. Retiré dans sa famille, il dut bientôt 
renoncer à tout espoir de guérison. Ses soufTrances 
furent longues et cruelles ; il sut toutefois les suppor- 
ter avec une parfaite résignation. Dans les rares mo- 
ments de repos que lui laissait l'implacable maladie, il 
entretenait ses amis, avec Tautorité et la gravité d'un 
sage, de la vanité des biens de ce monde. 
Il mourut le 24 mars 1868, à Tâge de 55 ans. 



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CHAPITRE IV 



COURS SECONDAIRES 



§ 1. — Cours de Géographie 



Le cours d'Histoire a pour complément naturel le 
cours de Géographie. M. Derruppé institua au Petit 
Séminaire de Montfaucon un cours de Géographie 
générale, qui fut confié successivement à M. Magne de 
Sarrazac et à M. Darnal, mais qui cessa en 1839 d'avoir 
un titulaire particulier et fut confié dans chaque classe 
au professeur ordinaire. 

La conséquence de cette dernière modification de- 
vait être la négligence des études géographiques; aussi 
pendant longtemps cette science, qui a pris de nos 
jours une si large place dans l'enseignement secon- 
daire, fut-elle peu en honneur à Montfaucon. On lui 
donnait une heure par semaine, et les élèves n'avaient 
qu'à rendre compte, avec l'atlas sous les yeux, de la 
leçon indiquée. Au fur et à mesure qu'on avançait dans 
la récitation, le professeur complétait la nomenclature 
géographique, selon l'abondance ou la variété de ses 
connaissances personnelles, par de nombreux dé- 



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— 341 — 

veloppements historiques, littéraires, artistiques, scien- 
tifiques, économiques, etc. Malheureusement, d'une 
leçon ainsi récitée et commentée, il ne pouvait guère 
resier, dans la mémoire des élèves, que des souvenirs 
éphémères et vagues. 

Plus tard on a compris que le compte-rendu d'une 
leçon de géographie ne peut graver dans les jeunes 
esprits quelques notions précises qu'à la condition 
d'être double, et de se faire une première fois avec la 
carte ouverte sous les yeux, et une seconde avec le 
seul secours de la mémoire. Les nouveaux manuels 
sont généralement assez étendus pour dispenser le 
professeur des développements qui s'imposaient à nos 
devanciers, et le cours de Géographie demande main- 
tenant beaucoup pins de travail à l'élève qu'au maître. 
Mais le travail personnel n'est-il pas le seul véritable- 
ment profitable ? Aussi croyons-nous que la géogra- 
phie serait en général mieux connue qu'autrefois, si la 
surcharge des programmes n'obligeait à parcourir trop 
rapidement le cercle,de plus en plus étendu, des ques- 
tions géographiques. 



§ II. — Cours de langue grecq[ue 



Sommaire : i. De la langue grecque eu génêraU^ 2. Vêtu- 
du grec en Angleterre, en Allemagne et en France.— 3. Le 
grec doâts les Petits Séminaires et en particulier à Mcmt- 
faucon . 

1. Il n'est que trop facile de comprendre le tort que 
la Révolution avait fait aux éludes classi(çaaâiiiôn^ c^h- 



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— 342 — 

sidérant la difficulté avec laquelle se sont fondés les 
nouveaux établissements d'instruction secondaire. Mais 
un fait singulier le rend encore plus manifeste : c'est 
l'absence dans ces établissements, pendant plusieurs 
années, de plusieurs cours qui forment le complément 
nécessaire da l'éducation classique, notamment l'ab- 
sence du cours de langue grecque. Certes on peut être 
un homme instruit, un bon citoyen et un bon prêtre, 
sans savoir le grec. Que seraient cependant de nos 
jours un collège, un séminaire où on n'apprendrait pas 
même à le lire *? Quelle lacune ! quel déshonneur I 

C'est en vain que l'insouciance écolière s'obstine à 
ne prendre de cette langue que le moins possible, et 
que chez nous le grec doit forcément céder le pas au 
français, qui est notre langue nationale, et au latin qui 
est la langue officielle de l'Eglise ; il n'en, est pas moins 
vrai que le grec possède les premiers et peut-être les 
plus parfaits modèles du beau, et qu'au jugement d'un 
grand connaisseur, c'est la plus belle langue que les 
hommes aient jamais parlée (i), 

Mgr Dupanloup fait remarquer, avec raison, que par- 
mi les langues anciennes, le grec est la langue philo- 
sophique par excellence et qu'il a produit à lui seul 
toute la philosophie antique, Platon, Aristote, et les 
autres écoles célèbres. « On a observé, poursuit l'évo- 
que d'Orléans, que la définition des plus mystérieux 
énoncés du dogme chrétien se fît en grec, avec une 
précision à laquelle il eût été beaucoup plus difficile au 
latin de parvenir d'abord. Cette langue païenne a su 
se fléchir tout d'abord au christianisme et lui fournir 
son vocabulaire sans s'altérer : le grec de saint Basile 

(1) De Maistre. 



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— 343 — 

est encore le grec d'Homère après tant d'années et de 
révolutions diverses. Le latin a eu bien plus de peine à 
subir l'épreuve : il a fallu le rompre au christianisme : 
le grec s'y est plié. » (1) 

« La langue grecque est infiniment souple, délicate 
et nuancée..,. Quelle force, quelle richesse, quelle fé- 
condité ne lui donne pas sa concision î que de temps 
il faut aux autres langues pour dire la môme chose et 
l'exprimer avec beaucoup moins de vivacité et de va- 
riété !... On sait que tous nos mots scientifiques qui 
expliquent des idées complexes sont empruntées au 
grec : géographie, astronomie, mythologie, philoso- 
phie, et raille autres qui sans le secours de la langue 
grecque ne pourraient être exprimés que par des pé- 
riphrases plus ou moins traînantes. » (2) 

2. Aussi « en Angleterre et surtout en Allemagne 
l'ardeur pour la langue grecque lient de l'enthousias- 
me. En France, surtout pendant le XVI® et le XVII® 
siècle, la langue grecque fut cultivée avec un grand 
zèle. Les mémoires contemporains nous montrent la 
jeunesse apportant à l'étude des poètes, des orateurs, 
d«es philosophes, des historiens grecs, une ardeur et 
une constance vraiment extraordinaires... M. de Mes- 
mes raconte qu'en sortant du collège il récita deux 
mille vers grecs et savait Homère par cœur d'un bout à 
l'autre : « après dîner, ajoute-il, nous lisions parfoi'me 
de jeu Sophocle ou Aristophane, ou Euripide, et quel- . 
quefois Démostliènes. » On sait les prodiges de travail 
et aussi les fautes que la passion du grec fît faire à 
Racine... Fénelon l'avait étudié avec enthousiasme... 

(1) Mgr Dapanloup : De la Haute Education, 

(2) Mgr Dupanloup : Ibid, 



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Bossuet avait étudié si parfaitement les auteurs grecs 
que, dans un âge très avancé, il en récitait souvent de 
longs fragments, quoiqu'il ne les eût pas relus depuis 
un grand nombre d'années. » (1) 

Il est vrai que le XVIIIe siècle montra pour les étu- 
des grecques beaucoup moins d'enthousiasme, et que 
les philosophes de ce temps, notamment Voltaire, igno- 
raient profondément la langue d'Aristote et de Platon. 
Cependant le grec figurait toujours dans le programme 
général des études, aussi bien dans les établissements 
de l'Université que dans ceux des Jésuites, et sous ce 
rapport le plan d'études de VAlma Mater différait 
assez peu du Ratio Studiorum de la Compagnie de 
Jésus. 

De toutes les destructipns opérées par la Révolu- 
tion, celle des études grecques fut, sinon la plus cruel- 
le, du moins la plus complète. Il est très clair que le 
grec figure pour la parade seulement dans tous les pro- 
grammes de l'enseignement qui furent pubhés depuis 
1791 (projet de Talleyrand) jusqu'à l'arrêté impérial de 
1^09. Rien depuis cette époque n'a pu le ressusciter, 
ni les programmes, ni les examens, ni les plus doctes 
travaux. 

3. Faut-il s'étonner que des établissements fondés à 
grand peine, dans la seule vue de préparer la jeunesse 
chrétienne aux études théologiques et au ministère des 
autels, et où tout manquait en commençant, le per- 
sonnel, le matériel, et jusqu'à l'espace nécessaires, se 
soient pendant longtemps bornés aux seules études 
absolument indispensables, et contentés d'un bon cours 

(1) Mgr Dupanloup : Ouvrage cité. 



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— 345 — 

de latin, remettant à des temps plus heureux le soin 
de former des hellénistes *? 

Ce fut le cas d'un grand nombre de Petits Sémi- 
naires, et en particulier du Petit Séminaire de Mont- 
faucon. Sous M. Larnaudie, il n'entra pas dans la mai- 
son un livre grec, et tous ces maîtres dont nous avons 
raconté la vie dans l'histoire de cette époque, les 
Mazet, les Pelras, les Bonhomme, les de La Roussilhe 
n'apprirent que plus tard, tout au plus à lire la langue 
d'Homère. 

Cependant, un tel état de choses ne pouvait durer 
toujours. Malgré l'abandon général d'où le grec n'a pu 
sortir dans notre siècle, il occupait une grande place 
dans tous les programmes officiels, et sans une tein- 
ture de cette langue le baccalauréat devenait inabor- 
dable. Quand M. Derruppé succéda à M. Larnaudie, il 
était temps que cette lacune fût comblée. Au bout d'un 
an, l'arrivée de M. Magne de Sarrazac permit enfin d'y 
pourvoir. C'est le palmarès du 30 août 1831 qui annonce 
pour l'année suivante l'institution d'un cours particu- 
lier de langue grecque. Pendant cinq ans ce cours fut 
encore facultatif et les élèves qui le suivaient durent 
payer, comme plus tard pour la musique et le dessin, 
un supplément au prix ordinaire de la pension. 

Cependant, par le fait même qu'il était facultatif, le 
cours de grec ne pouvait être suivi que par un nom- 
bre restreint d'élèves, et il importait à l'honneur même 
de la maison de le faire figurer dans le programme gé- 
néral des études obligatoires. C'est ce qui eut lieu en 
1836-37. 

Depuis cette époque les exercices de thème grec et 
de version grecque ont alterné régulièrement avec les 



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— 346 - 

exercices de Jatin. Toutefois nous devons reconnaître, 
et sans doute beaucoup d'autras maisons d'éducation 
partagent notre infortune, que ce ne fut jamais avec le 
même succès. Les diverses générations d'élèves qui se 
sont succédé sur les bancs de nos classes, ont toutes 
manifesté peu de goût pour le grec. 

A quelle cause faut-il attribuer cette univei'selle an- 
tipathie pour la plus liar.nonieuse d3s langues? Serait- 
ce que le tour d'esprit des peuples latins, mieux façonné 
aux formes analytiques des langues néo-latines, ne 
peut plus se faire qu'a>ec peine aux procédés du génie 
grec ?... Toujours est-il que les hellénistes sont infini- 
ment rares, ef que si le Petit Séminaire de Montfaucon, 
si fécond en latinistes, en a compté quelques-uns, 
leurs noms ne sont pas parvenus jusqu'à nous. 

Il y a quelques années, on espéra que l'introduction 
du thème grec dans les classes supérieures, pourrait 
faire quelque bien ; miis le résultat n'a pas ré- 
pondu aux espérances que l'on avait conçues. 

L'esprit écolier, si fécond en ressources, a trouvé 
mille moyens d'éluder un travail et une étude discré- 
dités. Finalement, nous en sommes venus à essayer 
comme remède ce que nos anciens avaient regardé 
comme un poison mortel, et nos élèves ont maintenant 
entre leurs mains, comme les professeurs, la traduc" 
tion des auteurs qu'ils doivent expliquer.. Apprendront- 
ils par ce moyen beaucoup plus de gre3 que par le 
passé ?... Nous ne saurions le dire ; mais, en mettant 
les choses au pire, il est certain qu'ils n'en apprendront 
pas beaucoup moins. 



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— 347 — 
§ m. — Cours de Politesse 



On lit d3ns le premier paragraphe du règlement 
composé par M. Derruppé pour les directeurs et les 
professeurs de la maison : 

« Une troisième fin (de l'œuvre du Petit Séminaire) 
étant de former les jeunes gens aux bonnes manières, 
à ce qu'on appelle dans le monde la bonne éducation, 
chacun devra s'appliquer en toute occasion à réfor- 
mer en eux ce qu'il remarquera de défectueux à cet 
égard. Il exigera qu'ils soient honnêtes et polis, qu'ils 
se tiennent d'une manière propre et décente, etc., et 
surtout il agira de manière à pouvoir leur servir lui- 
même de modèle sur tous ces points. » 

Le sage législateur ajoute : 

« Afin d'atteindre plus sûrement la fin dont il est ici 
question, il s'efforcera de mériter l'estime, la confiance, 
et Taffection des élèves,... et d'user toujours de bons 
procédé/S à leur égard. » 

M. Derruppé avait bien raison de supposer que cet 
enseignement pratique, surtout confirmé par l'exemple 
et par les bons procédés, serait la meilleure manière 
d'enseigner la politesse aux jeunes séminaristes. 

Cependant il ne croyait pas qu'il fût suffisant pour 
venir à bout de corriger la gaucherie native de la plu- 
part de nos élèves, et, sous son administration, il y 
eût toujours un directeur spécialement chargé de les 
former, suivant les termes du règlement, aux bonnes 
manières ; ce directeur avait le litre de Préfet de 
Politesse, et, dans le règlement particulier, un para- 
graphe spécial lui traçait ainsi son devoir principal ; 



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— 348 — 

« i^ Le préfet de politesse en donnera des leçons 
une fois tous les quinze jours, dans chaque salle 
(d'étude) ; il veillera à ce que ses leçons soient mises 
en pratique, et avertira, soit en public, soit en parti- 
culier, des défauts qu'il aura remarqués. >> 

Le premier préfet de politesse au Petit Séminaire de 
Montfaucon fut encore M. Magne de Sarrazac. Après 
lui cette fonction fut successivemenl dévolue à M. La- 
troucherie, à M. Gouderc, et à M. Gratacap. Quelques- 
uns de ces noms sont déjà connus du lecteur ; les 
autres le seront prochainement. 



§ IV. ~ Bibliothèque à Tusage des élèves 



Le Palmarès de 1832 contenait l'annonce suivante : 
« Il y aura désormais dans rétablissement une bi- 
bliothèque composée d'ouvrages choisis, propres à oc- 
cuper très utilement le temps que les élèves peuvent 
consacrer à la lecture. Chaque élève paiera 2 fr.50c. par 
an pour contribuer aux frais de cette bibliothèque. » 
Les élèves accueillirent cette promesse avec bonheur 
et ne firent aucune difficulté de payer la modique coti- 
sation qui leur était demandée : ainsi fut fondée cette 
hihliothèqtie des élèves dont les volumes, déjà vieux 
pour la plupart,dequaranteàcinquantean»,sontmainte- 
nant plus que fatigués. Ils ont passé par tant de mains !.. 
tant de doigts destructeurs se sont a.îharnôs sur leurs 
couvertures et sur leurs feuillets I... Au bout de quel- 
ques années, elle comptait plus de mille volumes, et, à 
l'heure actuelle, quelle bibliothèque particulière pour- 



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— se- 
rait lui être comparée, si on avait continoé d^exiger la 
cotisation annuelle pour son agrandissement et pour 
son entretien 7..... 

Nous nous sommes demandé à qui il fallait faire 
honneur d*une si utile institution, et nous avons eu le 
regret de ne pouvoir le découvrir avec certitude. 
Cependant, y)ien des raisons nous inclinent à croire que 
les élèves soa aussi redevables de ce bienfait à M. 
Magne de Sarrazac. 

Il est temps que nous fassions connaître , du moins 
en peu de mots, la vie assez agitée de ce maître qui 
inaugura dans le Petit Séminaire tant d'utiles institu- 
tions. 

M. MAGNE DE SARRAZAC- 

M. Jean- Joseph-François de Maigne de Sarrazac (1) 
était né en 1778 (2) d'une famille alliée à la plus haute 
noblesse du pays (3), et très riche avant la Révolution 
mais ruinée depuis et maintenant disparue. Obligé par 
le désastre de sa maison à se faire par le travail une 
position quelconque, il avait choisi la médecine, et 



(1) Tel était en effet son véritable nom, un peu différent de 
celui sous lequel il est connu. 

(2) Au village de Jolis, commune de Sarrazac. 

(3) Il était fils de messire Pierre de Maigne, seigneur de 
Sarrazac, conseiller du roi au présidial de Brive ; et de Dame 
Marie Gaiiote de Marqueyssac. — Il eut pour parrain son 
grand oncle, messire J( seph-François de La Porte, seigneur 
de Lispac, ancien maor de Toulon, sous-chevalier de Tordre 
royal militaire de Saint Louis, lieutenant de messieurs les ma- 
réchaux de France au département du Limousin ; et pour mar- 
raine, Dame Jeanne-Marie du Ghastaing,veuve de messire Gi- 
gnet, seigneur de Milhac. Los deux parrains furent représen- 
tés au baptême par des procureurs non moins distingués par 
leur naissance. 



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— 350 — 

avait appris cette science à la faculté de Montpellier (1). 
Homme d'esprit, intelligent et laborieux, il avait acquis 
une instruction solide et variée en même temps qu'il de- 
venait un habile praticien ; mais l'inconstance, qui fut 
le défaut dominant de son caractère et ût le malheur de 
sa vie, Tcncpêcha de tirer de ses connaissances aucun 
avantage sérieux. Dissipateur rejeté de sa famille elle- 
même, et dégoûté de la médecine, il eut l'idée d'entrer 
dans l'enseignement, et fut admis, comme frère ensei- 
gnant, dans la congrégation des Pères des SS. Cœurs, 
dits de Picpus. Les ordonnances de 1828 l'obligèrent à 
aller chercher fortune ailleurs. Il passa quelque temps 
à Versailles, puis à Meaux, ensuite au Dorât, et solli- 
cita enfjn par l'entremise de son ami, M. Lauvel, une 
place au Petit Séminaire de Monlfaucon. Il y fut ad- 
mis comme professeur de quatrième en 1831-32. 

L'année suivante, il fut chargé du cours de langue 
grecque qu'il avait inauguré, comme nous l'avons vu, 
dans l'établissement. En 1834 il commença également 
un cours de géographie générale ; en même temps il 
donnait des leçons de grammaire française raisonnée. 

L'esprit si cultivé de M. Magne était extrêmement 
choqué des fautes de français qu'il voyait et entendait 
commettre tous les jours, et son cours de langue fran- 
çaise avait surtout pour objet de remédier à ce mal- 
heureux défaut. Rempli d'un saint zèle pour la pureté 
de la langue, il sollicita et obtint, non sans peine, de 



(4) Il eut pour condisciple à Montpellier M. Lauvel qu'il de- 
vait retrouver plus tard maire de Montfaucon et médecin du 
Petit Séminaire. 



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— 351 — 

M. Derruppé la faculté de commenter, pendant les ré- 
créations, les Gasconismes corrigés (1), aux élèves de 
philosophie, encore tenus à cette époque de converser 
en latin. Il fut écouté avec intérêt, et la connaissance 
de la langue française y gagna sans doute facilement 
ce que celle du latin pouvait y perdre. C'est à partir de 
ce jour que les conversations latines commencèrent à 
tomber en désuétude. 

M. Magne de Sarrazac passa ainsi cinq ans au Petit 
Séminaire de Montfaucon : c'était beaucoup pour sa 
constance ; il était à la fin très impatient d'un chan- 
gement. En 1836, la retraite annuelle fut préchée aux 
élèves par un prêtre du diocèse de Montpellier qui avait 
entrepris de fonder une vaste maison de retraite pour 
les prêtres âgés et infirmes. M. Magne, touché de la 
beauté de cette œuvre, eut la pensée de s'y dévouer et 
offrit son concours au vénérable fondateur ; il fut ac- 
cepté, et voyagea pendant quelque temps en qualité de 
frère quêteur pour les vieux prêtres. La mort le sur- 
prit exerçant cet office charitable, dans un hôtel de 
Bordeaux. 

Si on veut bien considérer cette vie dans son ensem- 
ble, on trouvera sans dcute avec nous que l'incons- 
tance avait condamné cet homme de talent et de sa- 
voir, d'ailleurs honnête et d'un commerce très agréa- 
ble, à une singulière existence I Le Petit Séminaire 
de Montfaucon est sans doute le seul qui ait gardé de 
lui un souvenir durable. Les cinq années qu'il y passa 

(5) Livre précieux, malheureusement incomplet. 



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— 352 — 

furent apparemment les mieux remplies et les plus 
utiles de sa longue carrière ; et il regretta sans doute 
bientôt de l'avoir quitté. Malheureusement il n'est pas 
le seul qui après en être sorti ait remarqué un peu 
plus tard qu'il avait dévié de sa véritable voie. 



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CHAPITRE V 



LE COURS DE SCIENCES 



§ I. — Introduction des sciences dans 
renseignement secondaire 



Sommaire : i. L'enseignement des sciences, liepuis le Moyen- 
Age JîisqWau dernier siècle. — 2, Efforts tentés au XVIÎI^' 
siècle. -— S. Vicissitudes de l'enseignement scientifique^ 
depuis la Révolution jusqu'à nos jours. 

Il ne seia pas inutile d'exposer ici en quelques mots, 
comme nous l'avons fait pour l'histoire, les vicissitudes 
de l'enseignement scientifique en France pendant les 
trois derniers siècles (1). 

1. « Le Moyen âge, tout entier aux discussions soule- 
vées par la philosophie proprement dite, ne s'était oc- 
cupé de sciences que d'jjne façon incidente, et pour y 
chercher en quelque sorte de nouveaux thèmes à argu- 
mentation. 

» L'enseignement scientifique des collèges fut aussi 

à peu près nul durant tout le XVI® siècle On est 

étonné, en lisant les statuts de la Faculté des Arts, 
que les sciences y soient à peu près passées sous si- 
lence 

(1) Comme pour l'Histoire, nous avons la bonne fortune de 
trouver déjà réunis presque tous les éléments de cette étude. 
C'est dans le savant ouvrage de M. l'abbé Sicard : Les Etudes 
classiques avant la Révolution. — Nous citons, en le résu- 
mant, le chapitre intitulé : Enseignement des sciences. 

23 



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— 354 — 

» Les découvertes scientifiques du Xyil^et du XYIII® 
siècles obligèrent les instituteurs à faire une plus large 
place à cette partie de renseignement. Cependant jus- 
qu'au XVIII« siècle j l'éducation littéraire absorba la 
plus grande partie du temps consacré à l'instruction 
secondaire. On reléguait l'enseignement des sciences à 
la fin des hautes classes et elles étaient comprises dans 
le cours de philosophie. Lorsqu'on ouvre un des nom- 
breux traités de philosophie parus à cette époque, on 
y aperçoit à la fin de la philosophie proprement dite, or- 
dinairement divisée cnlogique^mélaphysiquie et éthique, 
une dernière partie embrassant sous le x^om de physique 
l'ensemble des sciences qui, avec la philosophie, 
devaient occuper exclusivement les deux dernières 
années de collège. Les mathématiques elles-mêmes 
furent encore placées par RoUin, et même par des au- 
teurs qui lui furent postérieurs de trente ans, sous la 
rubrique générale de philosophie. » 

2. Le XVIIIe siècle appela, plutôt qu'il n'accomplit, 
sur ce point, une réforme complète. On connaît l'en- 
gouement que ce siècle manifesta pour les sciences, 
l'orgueil que leurs connaissances scientifiques inspirè- 
rent aux philosophes et les vaines espérances que leur 
impiété fonda sur les récentes ou futures découvertes. 
A vrai dire, presque tous ces philosophes, sauf Voltaire, 
furent plutôt des hommes de sciences que de vrais 
philosophes dans le sens légitime du mot. — « Dans 
ces conditions, les maîtres chargés de l'enseignement 
secondaire ne pouvaient refuser une place dans leurs 
programmes à des questions passionnant à ce point 
l'opinion publique. Ils comprirent les besoins des temps 
nouveaux, et, en comparant les différents traités de 



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— 355 — 

philosophie élémentaire parus dans le cours du XVII« 
et du XVIII® siècles, nous voyons les sciences y pren- 
dre une part de plus en plus large. 

« Mais ce n'était pas assez de donner aux sciences 
entrée dans les collèges, il fallait encore suivre dans 
cet enseignement la méthode qui lui convient. Or, il y 
avait sur ce point plusieurs réformes profondes à ac- 
complir. D'abord, le Moyen Age avait légué aux écoles 
l'habitude de disputer sur les sciences, et d'argumenter 
sur les principes, quand il aurait fallu observer les 
faits... Les manuels mis entre les mains d^s élèves n'é- 
vitaient pas assez les généralités dans l'enseignement 
scientifique, et les meilleurs espr.ts se plaignaient en 
vain qu'on négligeât d'unir, en physique les expérien- 
ces aux préceptes, et en mathématiques le dessin à la 
spéculation... 

3» Une autre réforme devait aider puissamment au pro- 
grès des sciences : c'était de les enseigner en français. 
Où trouver dans le latin des expressions pour décrire 
d'une façon claire, intelligible, intéressante des instru- 
ments nouvellement inventés, des découvertes récen- 
tes ? L'usage du français paraissait d'ailleurs le moyen 
le plus sûr pour chasser toute ergoterie de l'exposition 
des sciences... Cette réforme était en train de s'accom- 
plir, malgré quelques résistances, avant la Révolu- 
tion. 

« Enfin il s'agissait de déterminer quelles sciences 
devaient entrer dans les programijies d'instruction se- 
condaire. 

» A cette question les réformateurs de l'enseignement 
répondaient : toutes. L'arithmétique, la géométrie, 
l'astronomie, la mécanique, la physique naturelle, la 



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— 356 — 

chimie, Fanatomie, Thistoire naturelle, devaient trou- 
ver place dans l'éducation à côté de la littérature, de la 
philosophie, de la géographie, de Thistoire et des 
langues vivantes. 

» C'est ainsi que ce siècle, enorgueilli de ses décou- 
vertes scientifiques, affîcha la prétention de faire à 
quinze ans des mathématiciens, des physiciens, des 
moralistes, des orateurs... d'assez bons agriculteurs, 
des naturalistes instruits^ de prudents économes, des 
commerçants entendus, des politiques éclairés, de pro- 
fonds métaphysiciens, des géomètres prodigieux ; et 
tout cela sanj préjudice des arts et métiers, de la 
chimie, de la musique et du dessin, de la géographie 
universelle, de l'histoire tant ancienne que moderne ; 
sans préjudice de la langue française, quelquefois 
même des langues anglaise et allemande et d'un peu de 
latin ; sans préjudice encore du blason, de la danse et 
de l'escrime, du manège et surtout de la natation... On 
arrivait, ou plutôt on prétendait arriver à remplir cet 
immense programme en abrégeant l'étude du latin, en 
supprimant les dictées des professeurs, en utilisant 
chaque jour, chaque minute, et en allumant dans le 
cœur de la jeunesse une ardeur qui devait la rendre 
capable de tous les efforts et de tous les triomphes. 
C'était au fond la suprématie dévolue des lettres 
aux sciences ; c'était aussi la ruine des études classi- 
ques. » 

Il est juste de reconnaître que les meilleurs esprits 
savaient résister à ce fol entraînement ; l'Université, 
fidèle EU plan de Rollin, s'efforçait de tenir un juste 
milieu entre la routine dont on l'accusait et les témé- 
raires nouveautés qu'on voulait lui imposer ; les jé- 



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— 351 — 

suites s'en tenaient toujours au Ratio stitdîorum, sauf 
quelques modifications très légères ; et le clergé sécu- 
lier, qui les remplaça dans leurs collèges après la sup- 
pression de Tordre en 1762, conservait toujours la 
première et la principale place à renseignement litlé*- 
raire. 

3. Ce tableau des démêlés entre renseignement des 
sciences et celui des lettres au dernier ^ècle, n'est-il 
pas, sous des formes à peine changées, l'histoire des 
vicissitudes qu'ont subies et que subissent encore dans 
le siècle actuel les programmes de l'enseignement pu- 
blic ? 

Après une forte réaction qui eut lieu sous le pre- 
mier Empire contre la domination exclusive des scien- 
ces, la Restauration essaya de rendre aux lettres leur 
antique prestige. Elle commença par refouler l'ensei- 
gnement scientifique dans les classes supérieures : 
seconde, rhétorique et philosophie. Puis, en 1821, 
tous les cours de mathématiques furent concentrés en 
philosophie. On ne tarda pas à reconnaître que le pro- 
gramme des études était devenu trop étroit, et en 
1826 Frayssinous fit rentrer les sciences en rhétoriq^ie 
et en seconde, de façon à leur assurer une place dans 
les quatre dernières années. « De 1830 à 1848 ballotté en 
sens divers, soumis par le second Empire à un mal- 
heureux essai de bifurcation, revenu ensuite à l'unité, 
partagé enfin de nos jours à parts presque égales entre 
les sciences et les lettres, noire enseignement au mi- 
heu de ces révolutions s'est incessamment modifié. 
Chaque fois qu'on y touche pour le simplifier cm l'al- 
léger, on aboutit finalement, sous une forme ou sous 
une autre, à en compliquer la marche et en aggray^r 



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— 358'— 

le fardeau » (1). Présentement l'enseignement public est 
redevenu encyclopédique et le concert des plaintes 
contre la surcharge des programmes est presque una- 
nime... C'est ainsi que notre siècle a rép3té le précé- 
dent... Le vingtième sera peut-être plus heureux. 



§ IL — L'enseignement des sciences au Petit 
SéminaiFe de Montfaucon 



i. Les Petits Séminaires, quoique indépendants des 
programmes universitaires, ne sauraient diriger le 
mouvement des esprits : ils sont donc plus ou moins 
obligés de le suivre ; ne faut-il pas que leurs élèves 
apprennent ce qui s'apprend partout ailleurs? Au 
Petit Séminaire de Montfaucon (et nous pouvons sup- 
poser qu'il en fut de même dans les autres), on devait 
nécessairement se conformer à la pratique générale. 
Fondée en 1816 et complétée seulement en 1822 par 
l'introduction du cours de philosophie, la maison se 
conforma d'autant plus facilement au plan d'études de 
1821, qu'il lui aurait été plus difficile à cette époque de 
se procurer un bon professeur de sciences. Pendant 
onze ans, de 1822 à 1833, M. Derruppé, comme pro- 
fesseur de philosophie, donna seul quelques leçons de 
mathématiques et de physique : nous devons dire 
quelques leçons, car l'éminent professeur, tout entier 
à la dialectique, au système de La Mennais et aux preu- 
ves de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, 
n'accordait aux sciences que très peu de temps. Il sup- 

(1) Gréard : Education et instruction : Enseignement se- 
condaire, t. 2. 



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— 359 — 

posait avec raison que ce n'était pas la peine de se lan- 
cer, au détriment de la philosophie, dans des études 
qui seules auraient demandé presque tout le temps 
dont on pouvait disposer. Quelle que soit pour le clergé 
Tulililé des connaissances scientifiques, elle ne saurait 
être comparée à celle de la philosophie, qui est absolu- 
ment indispensable. (1) 

Ce fut seulement en 1833-34 que M. Derruppé, deve- 
nu supérieur et se rendant compte de l'importance que 
prenait l'enseignement des sciences dans tous les éta- 
blissements, jugea nécessaire d'organiser dans la mai- 
son un cours de sciences régulier et complet. Ce cours 
s'étendit de la troisième à la philosophie. M. Delcros 
fut professeur de mathématiques en troisième et en 
seconde, et M. Derruppé dans les deux classes supé- 
rieures. En outre, M. Derruppé renonçant à la physique 
surannée du P. Valla, commença en français pour les 
philosophes un cours plus moderne. 

2. Cette organisation dura trois ans.Enfin le palmarès 
du 24 août 1836 portait cette mention : a: Un profes- 
seur, prêtre, sera uniquement chargé des divers cours 
de mathématiques. » Ce prêtre, le vrai fondateur do 
l'enseignement scientifique à Montfaucon, devait être 
M. Darnal. 



(1) Voici comment était divisé le cours de sciences dans la 
Philosophie de Lyon y qne yi, Derruppé suivit pendant toute 
cette période. 

/. Phydca generalis : 1 ., De materiœ extensione et divisi- 
bilitate. — 2. De figura corporum. — 3. De impenetrabilitate. 
— 4. De porositate. — 3. De loco. — 6 De mobilitate, seu 
de Mechanicâ. — 7. De gravitate. — //. Physica specialis : 
1. De Gosmographiâ. — 2. De terra et corporibus ttTrestri- 
bus. — 3. De Meteoris. 

Il faut convenir que ces généralités étaient un peu suran- 
nées, et que tout cet enseignement était à renouveler, ou plu- 
tôt, à créer. 



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- 3«Ô - 
M. DARNAL 



I. JEUNESSE DE M. DARNAL. 

Sommaire : i. Naissance^ famille et première éducation. — 

— 2. M, Damai au Collège de MarteL Sa piété précoce, 

— 3. Vocation à Vétat ecclésiastique. M, Darnal au 
Grand Séminaire de Cahors . 

1. M. Jean-Honoi*é Darnal naquit à Martel,le 16 mai 
1812, dans une famille très chrétienne, très honorable 
et très aisée. En 1789, cette famille, qui appartenait à 
la classe bourgeoise, avait cru aux promesses de réfor- 
me contenues dans la Révolution et avait suivi le mou- 
vement général qui entraînait les esprits vers un ordre 
de choses nouveau. Par suite, elle avait joué un rôle 
important à Martel pendant la période révolutionnaire ; 
mais elle avait su éviter les excès, et dans les crimes 
qui épouvantaient le pays, elle n'eut aucune part de 
responsabilité ; à Martel, comme partout, les crimes 
qui se commirent furent l'œuvre d'un petit nombre de 
scélérats qui s'imposèrent par l'audace et régnèrent 
par la terreur. Les grands parents de M. Darnal, en re- 
niant ces horreurs, demeurèrent fidèles aux principes 
d'une sage liberté et les transmirent à leurs enfants, 
M. Darnal lui-même fut élevé dans les idées libérales, 
et quoiqu'il ait eu souvent à gémir sur l'abus qu'en fai- 
saient leurs partisans, il s'en montra toujours plus ou 
moins imbu : tant il e3t vrai que rien ne saurait effa- 
cer les impressions, bonnes ou mauvaises, de la pre- 
mière enfance. 

Aussitôt qu'il fut capable d'apprendre à lire, ses pa- 



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— 361 — 

rents l6 confièrent à une de ses tantes qui résidait à 
Turenne. Cette honorable demoiselle consacrait à l'ins- 
truction des petits enfants les loisirs que lui créait uns 
situation de fortune avantageuse. Elle accueillit ave« 
bonheur ce neveu pour lequel elle devait être une se- 
conde mère et qui ne tarda pas sans doute à devenir 
son meilleur élève. Mais elle ne se borna pas à lui en- 
seigner la lecture et récriture ; elle s'attacha surtout à 
lui enseigner sa religion, une religion solide et éclairée, 
telle que la réclamaient l'esprit déjà réfléchi et le ca- 
ractère énergique de l'enfant. Elle eut la consolation 
de le voir se pénétrer de ses enseignements et confor- 
mer sa conduite à ses principes. Du resie, M. Darnal 
n'a jamais compris que l'on pût faire autrement ; pour 
lui la pratique a toujours découlé de la théorie, comme 
la conclusion résulte invariablement d'un théorème. 

2 En 1822, à peine âgé de dix ans, après avoir reçu 
dans sa famille quelques leçons de grammaire latine,M. 
Honoré Darnal entrait en sixième au collège de Martel' 
Il s'ymontra, dès le début, tel qu'on devait letrouver jus- 
qu'à la fin, déjà sérieux, excellent au fond, mais très 
différent de ses condisciples par sa manière d'agir, de 
parler et même de se récréer, en un mot déjà original. 
— Les enfants ne comprennent ot n'aiment guère l'ori- 
ginalité, et les jeunes élèves du collège de Martel, ap- 
préciant peu, dès l'abord, les qualités solides de leur 
grave condisciple, le poursuivirent quelque temps de 
leurs tracasseries : il les désarma par sa patience. Il 
avait aussi sa manière personnelle de travailler, et ce 
n'était pas sans doute la meilleure, car ses progrès ne 
répondirent pas de suite à sa constante application. Ses 
maîtres eux-mêmes purent donc méconnaître son ta- 



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— 362 -< 

lent, et ce n'est que plus tard qu'ils apprécièrent la 
pénétration et la vivacité de son esprit. Ces qualités se 
manifestèrent dès le jour où ils durent appliquer leur 
jeune élève aux études mathématiques ; dans cet or- 
dre de connaissances ses progrès furent assez rapides 
pour révéler en lui une aptitude spéciale et firent de- 
viner à quelques-uns le secret de sa vocation à l'ensei- 
gnement des sciences. 

Mais ce qui distinguait surtout M. Darnal parmi ses 
condisciples, c'était sa précoce piété. L'histoire de ce 
saint prêtre présente ce trait particulier et si rare, que 
son existence tout entière fut uniformément exemplaire. 
Il préluda par la piété de son enfance aux vertus de sa 
jeunesse, et par celles-ci à la ferveur soutenue d'un sa- 
cerdoce sans tâche ; ou plutôt, M. Darnal n'eut pas 
d'enfance : dès ses plus jeunes années il était déjà 
prêtre par sa gravité, par sa foi et par sa conduite. A 
douze ans,il suivait déjà un règlement de piété, faisant 
tous les jours, à la même heure, sa visite au Saint 
Sacrement et à la Sainte Vierge, et tous les vendredis 
son chemin de la croix ; et cela, malgré les railleries 
de quelques camarades pour qui sans doute une telle 
conduite ressemblait à un reproche ; il est vrai que le 
respect humain n'a guère de prise sur les caractères de 
sa trempe. Du reste ses jeunes condisciples ne le per- 
sécutèrent pas longtemps : ils prirent vite leur pjrti 
de le regarder comme un saint, et la moquerie fit place 
h une sincère admiration. 

L'amour de Dieu ne ferme ^int le cœur à l'amitié. 
Au collège de Martel, la communauté de sentiments et 
une sainte émulation dans la pratique des vertus chré- 



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y 



— 363 — . 

tiennes furent, pour M. Darnal, le principe d'une intime 
amitié avec un de ses compatriotes, M. Carbois. A cau- 
se de cette liaison leurs condisciples se plurent à leur 
donner les surnoms d'Oreste et de Pylade ; si à ces 
deux noms suggérés par des souvenirs mythologiques 
on avait substitué les noms chrétiens de S. Basile et 
de S. Jean Ghrysostome, la comparaison aurait été bien 
plus juste. 

3. On ne fut donc pas étonné de voir M. Darnal se 
destiner à l'état ecclésiastique et entrer au Séminaire. 
Il arriva à Montfaucon en 1827-28 pour faire sa rhé- 
thorique ; Tannée suivante il fit sa philosophie sous 
M. Derruppé. 

Au mois de novembre 1829, il entrait au Grand Sémi- 
naire de Cahors. Sa première année de théologie fut 
troublée par la Révolution de Juillet. On sait comment 
notre diocèse fut dépouillé une seconde fois, par cette 
Révolution,de l'établissement qui lui appartenait à tant 
de titres. M. Darnal racontait plus tard à ses élèves, et 
d'une façon très dramatique, les tristes scènes dont il 
fut alors le témoin. Il avait vu la maison occupée mili- 
tairement sous le prétexte de protéger les personnes et 
les propriétés ; mais cette protection, d'ailleurs déri- 
soire (1), ne devait pas couvrir la maison elle-même 

(1) M. Darnal faillit éprouver par lui-même que les sémina- 
ristes couraient bien plus de périls de la part des soldats que 
de la part de la population cadurcienne : « J'occupais, nous 
a-t-il dit lui-même, une chambre dont la fenêtre s'ouvrait sur 
la cour d'honneur. Un moment j'eus la pensée de regarder ce 
qui se passait au dehors. A l'instant le soMat qui était en fac* 
tion sur la porte d'entrée épaule son arme et me vise en face. 
Etait-ce tout simplement une mauvaise plaisanterie, ayant uni- 
quement pour but de faire peur à un jeune abbé ? Etait-ce 
une menace sérieuse et l'effet de cette rage universelle qui était 



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— 964 — 

dont on avait résolu de faire une caserne. Quelques 
jours après la rentrée de 4830, le vénérable supérieur, 
M. Brioude, fut averti que si les séminaristes persis- 
taient à demeurer dans le Séminaire, le Maire de Ca- 
hors ne répondait même plus de leur sûreté person- 
nelle. Ils sortirent donc les uns après les autres, non 
sans être accompagnés par des cris et des insultes. 
Apparemment ces outrages humilièrent assez peu M. 
Damai : « Ibant gaudentea, quoniam digni habiti sunt 
pro nomine Jesu contumellam pati, » 

Quand l'orage fut passé, la ville de (iahors ne rendit 
pas son Séminaire au diocèse : Tannée suivante les 
séminaristes se réunirent dans une vieille maison du 
faubourg Cabessul. Peu après cependant la municipa- 
lité cadureienne mit à la disposition de Tévêque Fan- 
cienne maison des chanoines de Saint Augustin de 
Chancelade, masure fort délabrée à cette époque^ et 
très insuffisante pour une communauté nombreuse, 
mais depuis réparée el complétée par les soins de Mgr 
Grimardias. C'est dans la chapelle du nouvel établisse- 
ment que M. Damai reçut les saints ordres. Il avait ter- 
miné son cours de théologie 3 ans avant l'âge prescrit 
par les saints canons pour recevoir le sacerdoce. Il pas- 
sa les deux premiers au collège de Martel, comme pro- 
fesseur de mathématiques, et le troisième au Petit 

alors surexcitée contre le clergé ?... Je fus tenté de le savoir 
et de braver le péril en me croisant les bras. Mais l'heure n'é- 
tait pas aux bravades,et ce n était pas par des défis de ce gen- 
re qu^on pouvait espérer de produire l'apaisement. Je me con- 
tentai de me mettre lentement à couvert en fermant ma fenê- 
tre, et je m'en félicite ; le sacrifice de ma vie que j'avais failli 
faire dans un moment d'irréflexion aurait été aussi insensé 
qu'inutile : il n'aurait pu que charger un malheureux égaré 
d'un crime odieux. » 



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— 365 — 

Séminaire de Montfaucon où il fut chargé en même 
temps de la classe de huitième et du cours de mathé- 
matiques en rhétorique et en seconde. Il fut ordonné 
prêtre le 28 mai 1836. 



II. M. DARNAL, PROFESSEUR. 



Sommaire : 1. M. Damai en iS36. Son caractère. — 2. 
Connaissances variées. Philosophie. Littérature. — S Es- 
prit mathématique. Réputation. — 4. Acquisition du ca- 
binet de physique. — 5. Leçons de M. Damai. — 6. Qua- 
lités et défauts de son enseignement. 

4. A l'époque où M. Damai arriva à Montfaucon, rien 
encore ne le distinguait du commun des ecclésiasti- 
ques réguliers et fervents. Cependant, en considérant 
les qualités de son esprit et la tournure particulière de 
son caractère, un observateur habile n'aurait pas eu de 
peine à prévoir que ce jeune professeur ne tarderait 
pas h se faire un nom et une place à part dans le clergé 
du diocèse. 

Brillant de jeunesse et de santé ; possesseur, sinon 
J^une fortune considérable, au moins d'une large aisance, 
et joignant à des connaissances très variées des goûts 
d'artiste, il ne s'attachait pas encore, comme on le vit 
faire pfus tard, à exténuer son corps par les austérités et 
les privations. Sa tenue n'était pas seulement convena- 
ble, elle était toujours soignée et élégante. Croira-t-on 
qu'il fut pendant quelques années, suivant une expres- 
sion dont on nous garantit la parfaite exactitude, le plus 
élégant des professeurs de la maison ? 



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— 366 — 

Son caractère surtout tranchait parmi les autres. La 
religion et la vertu avaient amendé sans le détruire, le 
fond d'originalité dontil avait fait preuve desibonneheu- 
re. Heureux quand il pouvait rendreservice,toujours gai 
sans sortir de sa gravité native, et homme de société, 
il était assurément un excellent confrère et un collègue 
dévoué ; mais il était rare qu'il partageât les opinions et 
les sentiments de ceux qui Tenlouraient. Prorapt à la 
contradiction et à la réplique, et disputeur infatigable, 
il était le fléau de toutes les conversations banales, de 
toutes les propositions douteuses, de tous les termes 
vagues. Pas une assertion tant soit peu hasardle ne 
trouvait grâce devant lui, et d'un mot toujours le môme 
il désarçonnait les plus intrépides et les plus intéres- 
sanis causeurs : « Prouvez cela : je vous le nie I » 
s'écriait-il tout à coup et il fallait alors ou abandonner 
la partie en riant, ou soutenir contre lui une discus- 
sion acharnée. — Nous nous fatiguons vite d'un inter- 
locuteur qui semble prendre à tâche de démolir toutes 
nos assertions, et M. Dàrnal qui aimait pourtant beau- 
coup à se trouver en compagnie, se vit plus d'une fois 
évité par des groupes d'amis qui voulaient être hbres 
de causar à l'aventure. 

2. Ce terrible disputeur était armé de pied en cap 
pour soutenir la lutte. Il possédait, avons nous dit, les 
connaissances les plus variées : théologie, philosophie, 
littérature, beaux-arts, sans parler encore des mathé- 
matiques ; en un mot,tout ce qui orne le mieux l'esprit 
d'un prêtre lui était familier ; non qu'il prétendît à 
l'universalité, mais il croyait avec raison, et nous le lui 
avons entendu dire bien des fois, que le prêtre doit pos- 
séder au moins les éléments de toutes les sciences. 



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— 367 — 

Partant de là, il s'était fait d'après la Philosophie de 
Lyon, d'après les leçons de M. Derruppé, et d'après les 
dissertations du P Buffîer, son auteur favori, un fonds, 
d'ailleurs assez restreint, de doctrine philosophique, à 
Taide duquel, dans les sessions d'examen, il combattait 
à outrance les thèses de M. Blaviel, de M. Carayol, de 
M. Massabie, à la grande satisfaction des candidats qui 
goûtaient fort ce mode d'examen. 

M. Darnal était aussi bien loin d'être étranger à la 
littérature ; il s'était borné à l'étude des chefs-d'œuvre 
de la poésie et de l'éloquence, mais il les connaissait 
admirablement. Toutefois, il faut bien le dire, il les 
jugeait en mathématicien, c'est-à-dire fort mal. A 
force de soutenir, pour contredire son infortuné collè- 
gue M. Couderc, la prééminence des sciences sur les 
lettres, ou plutôt à force de rabaisser les lettres (car il 
portait toujours la guerre en pays ennemi), il avait fini 
par s'aveugler lui-même et ne voir dans les monu- 
ments de l'éloquence et de la poésie que desimpies jeux 
de l'imagination et de la sensibilité. Il est certain, par 
exemple, que la notion du beau ne lui paraissait avoir 
rien d'absolu, et que le traité du Vrai, du Beau et du 
Bïeyi^ qu'un hasard imprévu lui fit lire à soixante ans, 
lui révéla tout un monde. Aussi se permettait-il d'étran- 
ges affirmations, en présence desquelles le champion 
de la littérature n'avait plus qu'à se voiler la face. 
Malherbe, assure-t-on, était d'avis qu'un poète n'est 
pas plus utile à l'état qu'un bon joueur de quilles : 
nous avons besoin de ce souvenir plus ou moins histo- 
rique, pour oser rapporter ici qu'au dire de M. Darnal, 
V Iliade et V Odyssée ne valent pas un boisseau de pom- 
mes de terre I 



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Sur ce, on nous permettra, je le suppose, de lais- 
ser de côté dans M. Darnal le littérateur et le phi- 
losophe, pour nous occuper désormais du mathéma- 
ticien. 

3. Celte manie de contester, ce besoin d'argumenter 
et de pousser les preuves jusqu'au dernier degré de 
l'évidence, ce mépris, plus affecté sans doute que réel, 
de tout ce qui ne peut se calculer ou se peser exacte- 
ment, dénotaient chez M. Darnal ^'esprit mathémati- 
que avec tous ses avantages, comme aussi avec tous 
ses travers. 

« L'élude des mathématiques, dit Madame de Staël, 
habituant à la certitude, irrite contre toutes les opi- 
nions opi»osées à la nôtre. Les mathématiques indui- 
sent à ne tenir compte que do ce qui est prouvé, tandis 
que les vérités primitives, celles que le sentiment et le 
génie saisissent, ne sont pas susceptibles de démons- 
tration. T? 

Mais, si M. Darnal avait les défauts de l'esprit ma- 
thématique, il en avait aussi les qualités, la pénétra- 
tion, la solidité, la patience. Il s'était déjà signalé, com- 
me nous l'avons vu, sur les bancs du collège de Mar- 
tel, par son aptitude merveilleuse à toutes les opéra- 
tions du calcul, aux déductions géométriques, aux étu- 
des naturelles. Au Grand Séminaire de Cahors, c'est 
dans ces sortes de travaux qu'il cherchait ses distrac- 
tions, et lorsque à la fin de sa théologie, il rentra,com- 
me professeur de mathématiques, dans la maison où il 
avait fait ses études il était largement en mesure de 
remplacer ses anciens maîtres ; de sorte qu'on pourrait 
presque dire qu'il avait un nom avant même que sa si- 
tuation lui permît de le mériter. 



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— 369 — 



Ses débuts comme professeur au Petit Séminaire 
furent heureux et répondirent à l'attente générale. En 
peu de temps rétablissement de Montfaucon, jusque-là 
renommé seulement par les bons principes de latin et 
de philosophie qu'on y puisait, vit sa bonne réputa- 
tion se compléter et approcher, croyons-nous, de son 
apogée! — Quant à M. Darnal, il acquit dans le diocèse 
un renom de science que nous confirment tous les sou- 
venirs des contemporains. Plus de trente ans après 
nous avons rencontré dans le monde bien des person- 
nes qui nous ont parlé de M. Darnal, comme d'un vrai 
savant dont le Petit Séminaire et le diocèse ont le droit 
de s'honorer. Cette renommée franchit même les limi- 
tes du département ; partout il fut considéré comme 
faisant partie du monde savant, et les vestiges que 
nous avons pu retrouver de sa nombreuse correspon- 
dance nous montrent des ingénieurs, des physiciens, 
des hydrographes sollicitant son suffrage et s'éclairant 
de ses lumières. Nous verrons bientôt par quel excès 
d'humilité et par quelle erreur manifeste M. Darnal 
crut pouvoir dans la suite se dispenser d'accroître une 
si belle renommée. 

4. Le cours de sciences était donc fondé au Petit Se- 
minaire de Montfaucon et confié à un professeur de 
grand talent ; mais cela ne suffisait pas : parmi les 
sciences il y a la physique et la chimie qu'on ne peut 
guère enseigner clairement qu'à l'aide d'expériences 
multipliées : il fallait donc encore un cabinet de phy- 
sique et de chimie. 

M. Darnal )e réclama dès la première année, mais il 
devait avoir beaucoup de peine à l'obtenir. C'était une 
dépense à faire de trois à quatre mille francs, pour le 

24 



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— 370 — 

moins, et la maison se ressentait encore des sacrifices 
énormes qu'il avait fallu faire pour achever Ja cons- 
truction du principal bâtiment. M. Bonhomme, gardien 
vigilant de la caisse, se refusait à l'ouvrir ; M. Der- 
ruppé n'osait point commander, et Mgr d'Haiitpoul se 
réservant pour la protection administrative du Petit 
Séminaire, semblait avoir pris le parti de laisser les 
professeurs se débrouiller comme ils pourraient dans 
les questions d'enseignement. 

M. Darnal lutta pendant trois ans, avec sa patience or- 
dinaire, contre une situation impossible. Au bout de ce 
temps, il résolut de tenter un suprême effort auprès de 
l'autorité épiscopale et de brûler, comme on dit, ses 
vaisseaux. Ses instances furent vives. Pour réaliser la 
somme nécessaire, il osa suggérer à Mgr d'Hautpoul la 
pensée de solliciter un secours du gouvernement. Mais 
le bon prélat, légitimiste par sa naissance et par ses 
principes, n'était nullement rallié à la branche cadette ; 
il repoussa cette pensée avec indignation. « Comment! 
s'écria t-il, tendre la main à l'usurpateur ! au fils d'Éga- 
lité I » M. Darnal aurait dû s'incliner : il ne le fît point, 
et, en désespoir de cause, osa répondre à son évêque 
que ce gouvernement, après tout, en valait bien un au- 
tre ! C'en était trop. Mgr d'Hautpoul, à bout de patience, 
le congédia sans ajouter un mot, et son indignation était 
telle, qu'il refusa le lendemain de recevoir se3 excuses. 
Cependant, avec le temps, la réflexion survint. L'évê- 
que ne put s'empêcher de reconnaître, qu'au fond le 
zélé professeur ne réclamait qu'une chose indispensa- 
ble au succès de son enseignement ; il lui pardonna le 
libéralisme de son langage, et sans consentir à em- 
ployer le moyen qu'il lui avait suggéré, l'autorisa à se 



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— 371 ~ 

procurer les instruments indispensables. C'est à cette 
occasion que M. Darnal fit le voyage de Paris et com- 
posa, auprès des meilleurs constructeurs, le cabinet de 
physique qui a servi jusqu'à sa mort. Il y dépensa une. 
somme d'environ 4,000 francs. 

5. Ayant ainsi obtenu tout ce qu*il désirait, M. Dar- 
nal n'avait plus qu'à s'occuper des progrès de ses élè- 
ves. Il s'y dévoua sans réserve et ne négligea rien de 
tout ce qu'il crut en son pouvoir pour les favoriser. A 
sa demande quatre heures par seniaine furent accor- 
dées aux sciences en philosophie, et deux en rhétori- 
que, en seconde, en troisième et en quatrième. Dans 
chacune de ces classes, sauf la dernière, M. Darnal 
seul pendant plus de trente ans suffit à tout ; son ar- 
deur était infatigable et son exactitude exemplaire; 
jamais, ni la répétition fastidieuse des mêmes choses, 
ni la négligence ou l'indiscipline des élèves ne lui arra- 
chèrent un signe d'impatience ou de dégoût : on peut 
croire cependant qu'avec le temps, l'enthousiasme des 
premières années s'était éteint, et vers la fin de sa vie, 
nous lui avons plus d'une fois entendu dire que, de- 
puis plus de vingt ans, il ne professait plus que par 
devoir. Surtout, il s'ingéniait en mille manières d'exci- 
ter l'intérêt des élèves en faveur des sciences et de pro- 
voquer ce qu'il'appelait une noble émulation. Explica- 
tions réitérées , comparaisons familières , correction 
régulière des devoirs, bonnes notes, témoignages d'es- 
time et de confiance aux bons élèves, récompenses et 
bons points, rien ne lui coûtait. En philosophie, par 
exemple, il exigea que les points obtenus en mathéma- 
tiques comptassent pour un tiers dans les conditions 
de l'Excellence générale et de la Bourse qui était alors 



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— 372 — 

attachée à ce prix : cette sdge mesure obligea' les par- 
tisans exclusifs des lettres à surmonter leur antipathie 
pi*étendûe contre les chiffres, et produisit ainsi d'ex- 
cellents résultats. 

6. Malgré cela M. Darnal ne parvint pas à faire fleu^ 
rir et prospérer autant qu'il l'aurait désiré l'en- 
seignement scientifique. C'est surtout des màthé- 
matiqtres que Boileau, après Quintilîen, aurait pu 
dire : 

C'est avoir profilé que de savoir s'y plaire. ^ 

Pour le commun des jeunes gens ces notions abs- 
traites n'ont absolument aucun attrait; et comme il n'en 
est pas de l'état ecclésiastique comme de quelques 
autres carrières auxquelles les mathématiques seules 
donnent accès, nos élèves leur ont toujours piéféi^é les 
études (ittéràires, historiques ou philosophiques. 

De son c6té M. Darnal, malgré soft ^aA-oir et soft dé- 
vouement, n'était peut-être pas le maître le plus propre 
à èxcîfer en leur faveur cet enthousiasme qui fait sur- 
monter tous les obstacles. S'étant formé lui-même sans le 
secours d'aucun înaître éminent, il ne possédait ni les 
méthodes les plus simples, ni l'art de varier les expli- 
cations selon les besoins des jeunes esprits qu'il de- 
vait éclairer. — Peut-être aussi après plusieurs années 
d'étude et d'enseignement fut-il trop prompt à se per- 
suader qu'il n'avait plus à faire d'études personnelles. 
Les bons professeurs travaillent toujours à compléter 
leur propre instruction, et l'expérience démontre que 
c'est toujours au grand profit de leurs élèves : celui 
qui cesse de travailler pour son compte se condamne à 
la routine, et la routine lïe peut engendrer à ïa longue 
que i'ehhui et le dégoût. 



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^ 3S3 — 

Enfin M. JP^n>^l, (Jpnt la jQ,ai)pj5se .avait été si 
exemplaire, se défiait trop pou do Tespièglôrie des en- 
fants, et de rhabileté des écoliers à éluder leurs 
pliAs gi\avis^s >obli^a1;ip^s. On nous ag^jire qu'à se3.jjé- 
-buts M. Darnal était le modèle dçs swrvôijjants.fit la 
't^M^ur de rindisciplio^ ; si oela est, il faut supposer 
qu*à la fin le progrès de l'âge avait ^singulièfemeat mo- 
difié son tempérament, car il était régulièrement victi- 
me des tours les plus pendables. — « Il y a quarante 
ans que j*ai des élèves, disait-il, je les connais et je 
vous ass,ure qu'ils ne m'en vendront pas î » — C'était 
un comble ! Jamais professeur ne fut plus respecté 
personnellement que M. Darnal, et n'imposa si peu le 
respect de la règle. 

Pour ces divers motifs, les résultats ne répondirent 
pas entièrement à ses espérances et à son dévouement. 
Ce n'est pas à dire cependant qu'il n'ait formé un grand 
nombre de bons élèves. Dans chaque cours il se dessi- 
ne toujours, par la force des choses, un groupe de ma- 
thématiciens, et ceux de ses élèves qui avaient voulu 
profiter de ses leçons ne se trouvèrent jamais ailleurs 
dans des conditions d'infériorité. 

Le professeur qui ne travaille que par amour du de- 
voir travaille toujours avec la môme ardeur. Il en fut 
ainsi de M. Darnal ; nous verrons bientôt qu'il était 
encore loin de demander le repos quand la mort le 
surprit. 



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— 374 — 

m. VERTUS DE M. DARNAL. 



Sommaire : i. Sainteté et vertu dominante de M. Damai, - 
2. Détachement des biens de la fortune, — 3. Détache- 
ment de lui-même. — 4. Mortification. — 5. Prédica- 
tions. — 6, Mort de M. Damai, 

\. M. Darnal, professeur, se crut permis de s'arrêter 
à moitié' chemin dans la carrière de la science ; mais 
coinme chrétien et comme prêtre, engagé dans la voie 
de la perfection, il agit tout autrement. Ici il retrouve 
tous ses avantages, et en entreprenant de raconter ses 
vertus, nous n'avons à craindre que d'en retracer un 
tableau bien inférieur à la réalité. 

Le pieux jeune homme qui dans sa première ado- 
lescence édifiait déjà la petite ville de Martel, ne pou- 
vait devenir qu'un excellent prêtre, et en marchant 
toujours de vertus en vertus il devait atteindre un haut 
degré de sainteté. — Cette ascension dans le bien, dont les 
degrés sont quelquefois, dans la vie des saints, très dif- 
ficiles à marquer, quelques traits particulièrement frap- 
pants de la vie de M. Darnal, nous permettent d'en sui- 
vre chez lui assez distinctement les progrès. Il suffit pour 
cela d'observer quelle fut sa vertu dominante et com- 
ment il parvint à la pratiquer peu à peu dans toute sa 
perfection. Or, cette vertu fut le détachement. Ce saint 
prêtre semblait avoir pris pour devise et pour règle de 
conduite ces paroles de l'Evangile : « Si on ne renonce 
pas à tout ce qu'on possède^ on ne peut être mon disci- 
ple Que celui qui veut marcher à m.a suite^ 

renonce à lui-m^ême, prenne sa croiçp et me suive ! » 

2. A la différence de tant d'autres qui poursuivent en 



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— 375 — 

vain la fortune, ce fut la fortune qui poursuivit en vain 
M. Darnal. Jouissant par lui-même, comme nous l'avons 
déjà dit, (l'une très belle aisance, il se vit, à une épo- 
que, mis en demeure d'accepter un héritage relative- 
ment considérable. Il refusa longtemps, et avec une 
telle obstination qu'on désespérait d'obtenir son consen- 
tement. Il prétendit d'abord que cette donation était 
une sorte de fidéi-Oommis, interdit par la loi et auquel 
sa conscience se refusait ; puis, rassuré sur ce point, 
il ne put dissimuler que le vrai motif de son refus était 
la crainte de s'attacher plus qu'il ne convient aux biens 
de ce monde, et de manquer à la pauvreté évangélique. 
Il fallut pour triompher de ses scrupules lui faire une 
sorte de violence morale, et son consentement fut plu- 
tôt extorqué que donné. 

Après la mort du testateur, on le vit, scrupuleux ob- 
servateur des lois, acquitter tous les droits de succes- 
sion, sans vouloir rien celer,^ pas même les titres au 
porteur, et il ne permit même pas que les meubles 
fussent évalués au minimum de leur valeur. 

Devenu riche malgré lui, il fit de sa fortune l'usage 
le plus digne d'un prêtre. Ceux qui ont vu à Montfau- 
con la pauvre chambre, ou plutôt le réduit obscur qu'il 
habita pendant plus de quarante ans, et qui, du reste, 
n'a pas encore changé d'aspect, peuvent dire si M. 
Darnal se paya le moindre luxe dans son ameublement. 
Quel usage faisait-il donc de ses revenus ? C'est aux 
pauvres qu'il faut le demander. Cl) Il aimait surtout à 

(1) Tous le& ans à l'approche des vacances les pauvres «le 
Martel attendaient impatiemment sa venue. En effet il leur 
donnait abondamment, sans compter et aussi quelquefois 
sans trop regarder au maurais emploi qu'on ferait de ses au- 
mônes. En outre, le dimanche, il avait coutume d'en réunir 
une dizaine à sa table ; après dîner il leur faisait le 
catéchisme. 



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— 376 — 

secourir les pauvres honteux. Que ne pouvons-nous 
rapporter ici, sans manquer à la discrétion, tout ce 
qu'il a fait pour préserver de la ruine et du déshonneur 
des familles entières î... Mais sa main gauche ignorait 
ordinairement ce que faisait la droite, et le plus grand, 
nombre des aumônes dans lesquelles s'écoulait 
tout son argent n'est connu que de Dieu seul. 

Tonlefois, l'aumône n'est pas la seule forme sous 
laquelle la charité puisse s'exercer, et la fortune peut 
quelquefois se dépenser d'une manière plus utile. M. 
Darnal le savait, et il eut la pensée de consacrer un ca- 
pital considérable à un essai qui pouvait avoir, pour la 
prospérité de son pays natal, les plus heureuses consé- 
quences. Il entreprit d'inaugurer à Martel la culture du 
ver à soie et du mûrier. Le succès ne répondit pas à 
ses espérances ; néanmoins il ne regretta jamais la 
perte qui en résultait pour lui. Que lui importait 
d'ailleurs?., c'était un souci et une responsabilité de 
moins : il tenait si peu à la fortune I 

En mourant, il se crut permis de répondre à la se- 
crète espérance de son bienfaiteur, en rendant à peu 
près intact, à ses neveux l'héritage qu'il en avait reçu. 
Mais le reste de son avoir, c'est-à-dire tout son bien 
personnel fut distribué ou légué en bonnes œuvres, 
pour les pauvres, pour une mission à Martel, pour 
favoriser les vocations ecclésiastiques, etc., etc. 

3. Il est un sacrifice encore plus difficile que le 
renoncement aux biens de la fortune : c'est le renon- 
cement à soi-même. 

Nous avons déjà fait observer que, pendant les pre- 
mières années de son séjour à Montfaucon, M. Darnal 



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— 377 — 

alliait encore à sa grande vertu un soin parfait de son 
extérieur et quMl ne dédaignait même pas les recher- 
ches de Télégance ; nous avons ajouté que ce mathé- 
maticien avait des goûts d'artiste ; en effet, il aimait la 
musique avec passion, et ne connaissait point de plus 
chères délices que d'exécuter lui-même sur son violon, 
ou d'entendre exécuter par une habile main, les mor- 
ceaux des grands maîtres. Nous avons mentionné éga- 
lement son goût pour la discussion, son inclination à 
contredire et sa promptitude à relever dans les conver- 
sations tout ce qui pouvait choquer son inflexible rai- 
son. Dans ses observations et dans ses répliques il 
n'était pas seulement prompt et acharné, il était aussi 
parfois extrêmement caustique. M. Pelras, M. Delcros, 
M. Couderc et beaucoup d'autres en surent quelque 
chose. — Tenue élégante, goûts d'artiste, vivacité de 
caractère et d'esprit!., le monde admire volontiers 
tout cela, car, pour les mondains, ce sont de belles et 
précieuses qualités. Mais pour le prêtre qui se propose 
à lui-même, en même temps qu'aux autres, l'idéal de 
la perfection, il y a là trop de satisfactions et trop de 
complaisance pour la nature, et par conséquent un 
abus à réprimer. Facilement le soin de la tenue dégé- 
nère en vanité ; la musique amollit l'âme et les saillies 
les plus heureuses de l'esprit offensent bien souvent la 
charité chrétienne. Sans doute M. Damai s'était dit 
tout cela de très bonne heure, mais il fallait ici se vain- 
cre soi-même, et qui ne sait que c'est là la plus 
difficile des victoires ? Il finit cependant par l'ob- 
tenir. 

En 1854 ou 1855, il eut la pensée d'aller faire à Tou- 
louse, chez les P. Jésuites, une retraite spirituelle sui- 



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— 378 — 

vaut la méthode des Exercices de Saint Ignace. G*est là 
que Dieu l'attendait. Nous n'avons pu retrouver dans 
ses papiers les impressions que cette retraite lui laissa, 
mais nous avons mieux ; nous avons les actes qui sui- 
virent. 

^ partir de cette époque M. Damai ne fut plus le 
même homme ; un changement profond se manifesta 
dans toute sa conduite : sa tenue resta convenable, 
mais elle s'éloigna de la recherche et ne fut plus re- 
marquable que par son extrême simplicité. Il se priva 
désormais des douceurs de la musique, et sa voix, si 
douce et si mélodieuse, ne se fil plus entendj*e que pour 
chanter, dans le lieu saint, les louanges de Dieu. Â la 
grande satisfaction de M. Gouderc, il renonça même à 
l'esprit de contradiction, et n'accepta plus aucune dis- 
cussion que sur les questions les plus abstraites où les 
personnalités n'ont point de place. Même alors il avait 
hâte de courir à la fin. A peine la question était posée, 
qu'avec la promptitude et la netteté de son intelligence, 
il poussait au point précis sur lequel portait la diver- 
gence des opinions et posait Drusquement l'alternative : 
— « Voulez- vous dire ceci ? Je suis avec vous. Voulez- 
vous dire cela ? Je suis contre... Tout est là I > Si l'on 
insistait, le redoutable jouteur se redressait aussi puis- 
sant qu'autrefois, mais on n'avait plus à craindre de sa 
part un trait méchant. A la première parole un peu vive, 
il s'arrêtait. — « C'est fini, disait-il, c'est fini ! par- 
lons d'autre chose et ne manquons pas à la charité l'un 
envers l'autre I » Sur ce dernier point en particulier 
sa vigilance était extrême. Aussitôt qu'en sa présence 
une conversation paraissait tourner à la satire, k la mé- 
disance, à la raillerie, M Darnal, trop humble pour 



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- 379 -. 

prendre sur lui d'en remontrer à qui que ce fût,protestait 
en s'éloignant. 

4. « Celui qui veut marcher à ma suite, dit le Sau- 
veur, doit renoncer à lui-même, prendre sa croix et me 
suivre, i M. Damai n'avait renoncé aux biens du mon- 
de et à lui-même que pour s'attacher à la croix de 
Jésus-Christ, méditer sur les souffrances du Rédemp- 
teur et s'y associer par d'incessantes mortifications. 

La grande dévotion de M. Damai fut le chemin de 
la croix. On remarqua de très bonne heure à Montfau- 
con qu'il faisait cet exercice tous les jours, entre onze 
heures et midi. Comme à cette heure de la journée la 
chapelle de la maison est oi dinairement déserte, on ne 
put savoir à quelle époque il s'était imposé cette règle; 
mais il est certain qu'il y fut invariablement fidèle, 
dans la suite, jusqu'au troisième jour avant sa 
mort. 

C'est sans doute au pied de la croix que ce saint 
prêtre trouvait le courage nécessaire pour s'imposer 
les mortifications dont sa vie était remplie. Sans re- 
courir aux haires et aux cilices, il pouvait bien dire 
comme Saint Paul : « Je châtie mon corps et je le 
réduis en servitude. » Il ne lui accordait aucune dou- 
ceur, se privait constamment de déjeuner le matin, 
même avant d'aller faire son cours, et sa boisson n'était 
que de l'eau rougie. Vainement essaya-t-on de lui faire 
comprendre que son faible tempérament demanderait 
quelques toniques ; quand il consentit à le croire, il 
était trop tard : c'était la veille de sa mort. L'opinion 
commune fut alors que ses privations et ses austérités 
avaient abrégé considérablement sa vie. Enfin, il est 
constaté qu'il restait ordinairement à genoux pendant 



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-. 380 — 

toutes ses longues méditations et pendant la.récltation 
de son Bréviaire. 

Dans son amour pour la pénitence, M. Damai gémis- 
sait de toutes les concessions qu*il a fallu faire de nos 
jours à raffaiblissement prétendu des constitutions et 
à la délicatesse du siècle : et sans blâmer Tautorité 
suprême, dont la condescendance ménage ainsi la fai- 
blesse humaine, il déplorait hautement les adoucisse- 
ments apportés à Tancienne rigueur de Tabstinence. 
Certes, ce n*est pas lui qui les eût demandés : il 
n'en profita jamais que malgré lui. et par pure obéis- 
sance. 

Néanmoins sa direction spirituelle n'avait rien d'ou- 
tré, ni de rigoureux, pas même de sévère : les pé- 
cheurs ne trouvaient dans sa bouche que des paro- 
les de miséricorde et d'encouragement. En réalité, 
comme Jes saints, il n'était sévère que pour lui- 
même. 

5. Si la bouche parle de l'abondance du cœur, on 
peut bien supposer qu'un tel prêtre parlait de Dieu et 
des choses divines avec un accent particulier. M. Dar- 
nal n'avait pas reçu à un degré supérieur le don de la 
parole, et il manquait totalement de la faculté d'impro- 
viser ; jamais il ne parvint à pouvoir faire un sermon, 
pas même un catéchisme, du moins au Séminaire, sans 
avoir écrit et appris mot à mot tout ce qu'il devait dire. 
Néanmoins il ne se dispensa jamais des prédications 
qui lui incombaient, et ses instructions produisirent 
toujours une impression profonde et salutaire. On sou- 
riait quelquefois de son ton un peu déclamatoire et de 
ses raisonnements un peu étranges, car il ne craignait 
pas de porter en chaire des raisonnements mathéma- 



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- 381 — 

tiques ; mais il paraissait si pénétré des grandes véri- 
tés' qu'il annonçait, qu'on ne pouvait s'empêcher d'être 
ému et de faire de sérieuses réflexions. Lorsqu'il par- 
lait des fins dernières, il lui arrivait de trouver dans sa 
foi profonde le secret de l'éloquence : on tremblait avec 
lui à là pensée des justices divines. 

L'excellent prêtre comptait cependant sur la miséri- 
corde de Dieu et exprimait volontiers l'espérance d'é- 
chapper à la damnation étemelle. « Mais, disait-il, qui 
de nous évitera les flammes du Purgatoire, aussi vives, 
aussi cruelles, sauf la durée, que celles de l'enfer *?. . . 
Combien de temps y passerai- je ?. . . Tel ou tel que j'ai 
connu y est peut-être encore I Saint Auguètin, plus de 
vingt ans après la mort de sa mère, ofl'rait encore le 
saint sacrifice pour le repos de son âme I II faut être si 
pur pour paraître devant Dieu ! Heureux l'enfant au 
berceau qui meurt avec l'innocence baptismale ! Que 
_ne suis-je mort moi-même dans toute la ferveur de mon 
sous-diaconat I . . » Un jour pourtant, sur ce dernier 
point sa conviction fut ébranlée : on lui représenta que 
dans le courant d'une longue vie, nos mérites ne cessent 
de s'accumuler pendant l'état de grâce, et que, si nous 
venons à les perdre par le péché, ils nous sont du moins 
intégralement rendus après l'absolution : tandis que la 
rechute ne nous fera jamais imputer une seconde fois 
les péchés pardonnes : d'où il suit qu'une longue vie 
ajoute beaucoup plus à nos espérances de gloire dans 
le ciel qu'au péril de noire éternité. Il ne sut que ré- 
pondre, et reconnut que l'argument était spécieux. — 
(( franchement, ajoula-t-il, vous me feriez désirer une 
longue vieillesse. » 

Hélas I celte longue vieillesse, ce grand âge pendant 



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lequel nous nous serions plus à l'entourer de nos res- 
pects, il ne devait pas les atteindre. Quoiqu'il eût tou- 
jours prétendu, surtout quand il était question de s'ac- 
corder quelques soins, que sa santé était excellente, 
• M. Darnal avait en réalité le sang très pauvre, et un 
tempérament très faible. Sa pâleur habituelle en était 
un indice frappant ; en 1868, une enflure qui lui survint 
aux jambes en donna une preuve nouvelle et ne dispa- 
rut qu'après un temps très long. La plus petite blessure 
dégénérait chez lui en une grande plaie. Vers le mois 
de février 1878, il fut frappé d'une hémiplégie dont il 
refusa de tenir compte, mais qui déforma sensiblement 
ses traits. 

Enfin, le dimanche, 5 mai, on conçut dans 
la maison des appréhensions très vives en apprenant 
que M. Darnal éprouvait une faiblesse extrême, qu'il 
avait eu beaucoup de peine à dire la sainte messe, et 
qu'ill'avait dite de très grand matin afin de pouvoir 
plus tôt déjeuner et prendre quelques forces. Le méde- 
cin appelé reconnut une lésion au cœur. Cependant la 
journée se passa sans accident, et le soir M. Darnal se 
rendit encore au réfectoire ; bien plus, il annonça l'in- 
tention de faire encore le lendemain malin ses deux 
heures de classe : M. le Supérieur dut le lui défendre 
absolument. Un peu avant minuit,comme il sentait tou- 
jours ses forces diminuer, il résolut de prendre un cor- 
dial énergique qui lui permettrait de dire sa messe lo 
lendemain. 

Il la dit, en efl'et, le lundi ; mais c'était pour la derniè- 
re fois qu'il montait au saint autel. Ses forces diminuaient 
rapidement. Néanmoins il refusait toujours de s'aliter, 



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— 383 — 

alléguant qu'il ne ressentait aucune souffrance, et que, 
par conséquent, il n'était pas malade. 

Le mardi il put encore se lever, et dire son office. Il 
était si loin de soupçonner la gravité de son état qu'il 
formait encore des projets d'avenir et qu'il faisait écrire 
à un de ses amis en lui promettant de venir, dans 
huit jours , bénir son mariage. Quand il eut signé 
cette lettre, il se sentit plus faible et se mit au lit. 
Au bout de quelques instants il demanda qu'on l'ai- 
dât à se lever ; à* peine soulevé, .sa tête s'mclina : il 
venait d'expirer. Sa mort fut si prompte qu'on n'eut 
même pas le temps de lui administrer l'Ëxtrôme- 
Onction. Heureusement après une vie si bien remplie 
la mort de M. Darnal ne pouvait être que sainte et pré- 
cieuse devant Dieu . 

11 avait vécu 66 ans, moins 9 jours. 

Il lut pieusement enseveli par les mains de ses col- 
lègues et de ses élèves, qui se firent également un de- 
voir d'aller prier auprès de sa dépouille mortelle. Le 
lendemain, 8 mai, ses restes allèrent reposer auprès de 
ceux du vénérable fondateur du Petit Séminaire. Les 
cendres de ces deux grands serviteurs de Dieu et de 
l'Eglise, se mêlèrent ainsi sous la pierre du sépulcre, 
comme leurs âmes se sont déjà réunies, nous en 
avons la douce confiance^ dans le sein de Dieu. 



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CHAPITRE VI 



HUMANITÉS 



§ I. — Classe de Rhétorique 



M. LATROUCHERIE 

Sommaire: i. Commencements de M, Latroucheirie, — 2. 
Méthode de Vabbé Marcel, — 3. SuHe et fin de Vhistoire 
de M. Latroucherie. 

4. M. Bernard-Augustin Latroucherie, qui succéda à 
M. de La Roussille, après un court intérim rempli par 
M. Dalet, était né à Lherm,'le 23 novembre 4808 ; il 
avait fait la plus grande partie de ses études à Cahors, 
et n'était venu à Montfaucon qu'en 1825-26 pour y faire 
sa rhétorique, sous M. Mazet. Plus heureux que ne le 
sont ordinairement les nouveaux, il obtint dans celle 
classe les plus brillants succès. Entré au Grand Sémi- 
naire de Cahors en 1827, il n'était encore que diacre, 
lorsqu'il fut rappelé à Montfaucon pour succéder à M. 
de La Roussilhe, qui venait d'être nommé professeur 
d'histoire. 

2. Pendant trois ans le jeune et brillant professeur 
d'éloquence suivit la méthode ancienne de rhétorique; 
il inaugura ensuite à Montfaucon une méthode nou- 
velle qui eut quelques années de vogue et que nous 
devons par conséquent faire connaître, M. Latrouche- 



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-- 385 — 

rie, dans le palmarès de 1834, en donna lui-môme le 
précis, d'après l'abbé Marcel, et nous ne saurions mieux 
faire que de le citer 5 peu près textuellement. 

MÉTHODE DE RHÉTORIQUE DE L'ABBÉ MARCEL 

« Plan général. On me dit : Faites une classe de 
rhétorique. C'est comme si l'on me disait : enseignez 
l'éloquence à vos élèves, formez-le?, à l'éloquence. Dès 
qu'on fait de l'éloquence l'objet d'un enseignement, on 
la considère comme un art. Pour apprendre un art, on 
écoule les leçons du maître, on le regarde travailler et 
on travaille soi-même. Ainsi : élude des principes, étu- 
de des modèles, exercice dek composition, voilà la 
rhétorique. ^ 

» Au lieu de cela, on fait de tout en rhétorique : diî^ 
grec, du latin, du français, des vers, de l'histoire, de la 
mythologie, etc., etc., sans compter le temps donné 
aux mathématiques. Pourquoi appolez-vous cela une 
classe de rhétorique "? Ou ne doit faire que trois choses 
en rhétorique : apprendre les principes, étudier l'es 
modèles, s'exercer à la composition. Examinons la 
marche d'une classe où on se conforme à ceprogramme. 

» Enseignement des principes. - C'est par l'ensei- 
gnement des principes qu'il faut commencer, car ils 
sont destinés à préparer la voie. Nous nous hâtons de 
parcourir la rhétorique afin de donner aux élèves une 
idée de l'ensemble. Cette idée sera d'abord très vague 
et très superficielle; nous prenons notre temps pour 
l'approfondir et pour la développer dans le courant 
de l'année par la lecture et la critique des modèles. 

Etude des modèles, — Une étude consciencieuse des 

25 



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— 386 — 

modèles ne peut se faire que par l'analyse de quelques- 
uns et par la lecture d'un grand nombre. 

Nous n'analyserons que les chefs-d'œuvre les plus 
parfaits. Je prends Démosthèno chez les Grecs, Gicé- 
ron chez les Latins, Bossuet chez les Français. Avec 
deux ou trois discours de chacun d'eux j'ai de quoi 
occuper mes élèves pendant une année. — Tous ne 
sont pas capables de faire une analyse oratoire, mais je 
ne demande ce travail en premier lieu qu'aux plus 
forts : les autres le feront après eux. Nous commen- 
çons par la lecture du chef-d'œuvre ; puis nous jetons 
un coup d'œil général sur le sujet ; nous déterminons 
le but que l'auteur s'est proposé, et les moyens qu'il a 
employés pour l'obtenir. Nous faisons ensuite ressortir 
la perfection de l'ensemble et les beautés de détail. 
Tandis que le professeur parle, les élèves prennent 
note ; après chaque classe, les analystes rédigent. Enfin, 
quand le travail est terminé, la meilleure rédaction est 
dictée à toute la classe avec mention de son auteur. 

« On ne peut analyser ainsi qu'un petit nombre de 
discours ; mais on peut et ( n doit en lire un très grand 
nombre N'est-ce pas une honte que de jeunes fran- 
çais sortent d'une classe de rhétorique sans connaître 
nos orateurs autrement que par quelques citations fu- 
gitives ou quelques fragments appris de mémoire ? 

Dans cette lecture, trêve de préventions religieuses, po- 
litiques ou nationales. Prenez l'éloquence partout où 
elle se trouve ; ne donnez l'exclusion à aucun genre, 
encadrez la leiîture des orateurs dans l'histoire de l'élo- 
quence, caractérisez les écoles. — Après les orateurs 
grecs et romains, asseyez-vous pour écouter les voix 
chrétiennes, saint Basile, saint Grégoire, saint Jean 



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— 387 — 

Ghrysostome et saint Augustin ; puis, franchissez les 
siècles, prêtez l'oreille en passant aux mélancoliques 
accents de saint Bernard ; vous entendrez ensuite 
Fléchiei-, Massillon, Fénelon et Bossuel. Menez enfin 
vos élèves entendre les chefs-d'œuvre de la tribune 
française. De temps en temps vous pouvez aussi leur 
faire entendre le langage des dieux, depuis David et 
Homère jusqu'à Victor Hugo et Lamartine- Pleins d'ad- 
miration pour des modèles si parfaits et si divers, et 
mis au courant des secrets de l'éloquence, les jeunes 
gens seront impatients d'essayer leurs propres forces ; 
nous n'aurons garde d'éteindre un si beau feu^ nous 
l'exciterons au contraire par l'exercice de la composi- 
tion. 

.'^"i Exercice de la composition. — Cet exercice, tel 
qu'il est prescrit psr la routine, est à peu près nul. 
Les règlements ordinaires disposent qu'il se fera deux 
discours par semaine, sans compter les vers latins et 
les versions. — Deux discours par semaine ! C'est pro- 
digieux ! Au milieu de tant de travaux, où trouver le 
temps de méditer son sujet, de créer un plan, de déve- 
lopper une preuve,de ménager les transitions, de tracer 
un tableau, de soigner son style?... — Ce n'est pas 
tout : on fait concourir ensemble tous les élèves d'une 
classe, sans considérer qu'il n'y a pas de sujet égale- 
ment proportionné à leurs facultés si diverses... 

» Je tâche de parer à tous ces inconvénients par la 
méthode suivante : Je partage ma classe en deux di- 
visions, chaque division en deux séries, et l'année en 
trois époques 

» Je donne à chaque division un sujet en rapport 
avec sa capacité moyenne, et les élèves de chaque sé- 



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— 388 — 

rie concourent ensemble. A la fin de la première et de 
la deuxième époque, je proclame les vainqueurs dans 
chaque série et je les fais monter dans la série immé- 
diatement supérieure, tandis que les derniers descen- 
dent au contraire dans la série inférieure... 

}^ Arrive la troisième époque. Alors, pour ne décou- 
rager personne, les quatre ou cinq élèves qui marchent 
habituellement à la tête de la classe sont mis à part, ie 
recompose quatre séries qui continuent entre elles le 
même concours que par le passé. - Mais pour vous, 
eoldats d'élite, bras à deux chevrons, poitrines deux 
fois décorées, hors des rangs ! Au vainqueur qui sor- 
tira de vos rangs est réservé le privilège de prononcer 
son discours à la distribution des prix : c'est ce que 
j'appelle Prix d'honneur. 

» Je laisse, dit l'auteur en terminant, à bon enten- 
deur le soin de déduire les avantagés de cette métho- 
de. » — Suit une charge à fond de train, et .qui serait 
fort du goût de nos élèves actuels, contre le discours 
latin, accusé d'être un labeur insensé, parce que nous 
n'avons plus à former des jeunes gens pour un bar- 
reau latin, pour une tribune latine, pour une chaire 
latine. 

Appréciatioyi, — Telle est en résumé la méthode de 
rhétorique de l'abbé Marcel. On voit qu'elle se ramène 
à deux principes : 1° Réduire la rhétorique au seul 
enseignement de l'éloquence ; 2» organiser un sys- 
tème de concours qui ne décourage aucune bonne 
volonté. 

Il est incontestable qu'en fixant pendant toute une 
année l'attention des jeunes gens sur la rhétorique 



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seule, on doit avancer considérablement leur formation 
à l'art d'écrire et de parler. Cependant il y à Heu do 
s'étonner que M. Marcel et les professeurs zélés qui 
adoptèrent sa méthode, n'aient pas remarqué que la 
rhétorique no saurait avoir pour unique ou même pour 
principal objet de former des orateurs, et qu'il est im- 
prudent de les détourner entièrement, pendant toute 
une année, des autres études qui font le complément 
d'une éducation libérale. Admi^ttons qu'on faisait autre- 
fois trop de discours pour pouvoir les bien soigner, 
quoique cependant aucun d'eux ne dût avoir l'impor- 
tance de la Milonnienne : il n'y a rien de plus facile 
que d'en donner moins et de laisser aux élèves plus 
de temps pour les faire. Mais ne consentons jamais à 
ferm :r,au sortir de la seconde, nos auteurs grecs et nos 
auteurs latins, nos auteurs d'histoire et de mathéma- 
tiques. On peut faire bien des choses dans une année, 
et l'esprit des élèves ne peut que gagner à la variété 
des exercices, pourvu que cette variété n'aille pas 
jusqu'à morceler leur temps en fractions infinitési- 
males. 

Reste à apprécier le système de concours imaginé 
par l'abbé Marcel, la distribution des élèves de rhéto- 
rique en deux divisionset en quatre séries qui se mo- 
difient à la fin de chaque trJihestre, et la formation, à 
la fin de l'année, d'une cinquième série composée de 
lauréats qui concourent pour le prix d'honneur. L'il- 
lustre professeur avait voulu prévenir ainsi les ir:con- 
vénients qui résultent du concours de tous les éîèves 
sur un seul et même sujet ; entre autres, le découra- 
gement auquel les derniers de chaque classe doivent 
fat3lement se laisser aller. Mais il nous semble' que 



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— 390 — 

l'abbé Marcel n*évîtait ni la série des derniers, ni les 
derniers de chaque série ; il arrivait, tout simplement, 
à placer les derniers do la première série presque au 
même rang que ceux de la quatrième : ce qui n'est pas 
précisément le triomphée de la justice. 

Quoi qu'il en soit, la méthode de l'abbé Marcel fut 
suivie rigoureusement à Montfaucon pendant trois ans. 
De 1834 à 4837, nos jeunes rhétoriciens n'eurent à étu- 
dier et à composer que des discours ; à la fm de l'année 
on ne leur décerna que des prix d'éloquence. Pendant 
cette période, au jour de la distribution des solennelles 
récompenses, le premier des soldats d'élite, — hras à 
deux chevronsy poitrines deux foi^ décorées — haran- 
gua l'assistance et traita en style pompeux une ques- 
tion de rhétorique. Ces sortes d'exercices auraient 
maintenant peu de succès ; à celte époque ils exci- 
taient le plus grand enthousiasme (1). 

Néanmoins au bout de trois ans, l'expérience sembla 
condamner une méthode manifestement entachée d'u- 
topie. Après M. Verdie, qui la suivit encore en 1836, 
M. Leconte réhabilita le discours latin, auquel il ne 



(l) Le 27 août 1834, IVI. Gavaillac Edouard, de Gastelfranc, 
montra le génie et la destination de l'Eloquence sacrée du- 
rant les premiers siècles. 

Le 26 août 1835, M. Blaviel Thimothée, de Cajarc, prouva 
que la chairs est un plus beau champ pour Véloquence 
que la tribune et le barreau. 

Enfin, le 24 août 1836, sous M. Verdie qui remplaça pen- 
dant une année M. Latroucheria, M. Larribe Etienne de Ca- 
hus, lut un travail intitulé : Coup d'œilsur Bossuet. — On 
trouvera que ces litres étaient bien ambitieux et ces sujets 
bien vastes ; néanmoins les jeunes lauréats s'en tiraient avec 
donneur. 



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— 391 — 

craignit même pas de décerner le prix d'honneur ; et 
M. Latroucherie lui même, qui reprit sa chaire en 
1838, n'osa pas remettre en vigueur une méthode dont 
il avait reconnu finalement le caractère peu prati- 
que. 

3. Nous venons de mentionner les deux professeurs 
qui occupèrent la chaire de rhétorique à Montfaucon 
pendant les années 1837 et 1838. En effet, des circons- 
tances indépendantes de sa volonté avaient obligé M. 
Latroucherie à quitter le Petit Séminaire et à chercher à 
Paris une position plus avantageuse. Il l'avait trouvée au 
collège Stanislas. Il y arriva à l'époque même ou M. Bu- 
quet fut nommé supérieur, et il fut chargé, dès la premiè- 
re année, de \ol Discipline dans lasection du Petit Collège. 
Il exerça ces délicates fonctions avec assez de zèle et de 
succès pour mériter la confiance et l'amitié de l'abbé 
Buquet ; mais Montfaucon avait encore besoin de lui, 
et l'obéissance lui fit un devoir d'y rentrer. Ce ne fut 
toutefois que pour un an ; en 1839-40, l'arrivée de 
M. Gouderc permit d'offrir la rhétorique à M. Mazéhé. 

A partir de cette date, la vie de M. Latroucherie 
n'appartient plus à l'histoire du Petit Séminaire. Il nous 
suffira de dire qu'après son retour à Paris, l'amitié de 
M. Buquet lui assura dans le clergé de la capitale une 
place en rapport avec ses grandes qualités. Il fut d'a- 
bord second aumônier du collège Henri IV ; puis au- 
mônier du Sacré-Cœur. En 1864,Mgr Peschoud le nom- 
ma chanoine honoraire de la Cathédrale de Cahors. En 
1869 il fut nommé chanoine titulaire de Notre-Dame, à 
Paris. 

Il s'était retiré depuis quelques mois dans sa famiile 



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— 392 — 

lorsqu^il succomba le l«r Février 1882 à une attaque 
d'apoplexie ; c'est à l'autel, tandis qu'il offrait le Saiut 
Sacrifice, qu'il fut frappé de la foudroyante maladie. 

M. VERDIE ET M. LEGONTE 

1. Nous n'avons que très peu de choses à dire sur 
les premiers successeurs de M. Latroucherie. 

M. Verdie^ qui avait dirigé pendant quelques années 
une petite institution à Soturac, n'a fait que passer à 
Montfaucon ; c'est aux églises de Souillac et de Gour- 
don, de conserver et de perpétuer le souvenir de son 
talent et de ses vertus. 

M. Leconte n'était pas prêtre, pas même clerc. Le 
Petit Séminaire eut à regretter que l'inconstance de 
son caractère et ses habitudes mondaines ne lui per- 
missent pas de se fixer à Montfaucon. Il avait beaucoup 
de talent et de savoir. 

M. MAZÉLIÉ 

M. Pierre-François Mazélié, né à Castelnau en 4814, 
entra comme élève de quatrième au Petit Séminaire de 
Montfaucon en 1828-29, et y obtint de brillants succès 
dans toutes les classes supérieures. Pendant trois ans, 
S la distribution des prix, il représenta glorieusement 
son cours en lisant, devant un nombreux auditoire, des 
travaux de sa composition. L'année de sa rhétorique, il 
fut désigné pour être le champion de l'éloquence dans 
un dialogue où elle était mise en parallèle avec la phi- 
losophie. On s'accorda à reconnaître qu'il aurait fait 
triompher sa cause, si la conclusion obligée du dialo- 



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— 393 — 

gue n'eût été que Téloquence et la philosophie ont une 
égale importance et doivent toujours rester unies : 

Alterius sic 

Altéra poscit opem res et conjurât amice. 

Ces essais littéraires étaient, pour le jeune rhétori- 
cien, un prélude et un présage. Avant même d'avoir 
terminé sa théologie à Saint-Sulpice, il fut redemandé 
par M. Derruppé, que la mort de M. Aurusse et le dé- 
part de M. Latroucherie mettaient dans un grand em- 
barras. 

M. Mazélié ne fut professeur de se seconde qu'un an et 
suivit ses élèves en rhétorique. Quel fut son enseigne- 
ment? Avecquel succès parut-il dans cette chaire où, par 
une exce.ition nécessaire et convenue, Téclat et la ma- 
gnificence sont de mise?... Sa modestie, à laquelle 
nous ne voulons pas faire violence, nous interdit de le 
dire. Cependant nous avons le droit de constater la 
double tâche qu'il eut à remplir,et dont il s'acquitta en 
effet de la manière la plus heureuse. M. Mazélié avait 
d'abord à remettre en honneur la méthode tradition- 
nelle de rhétorique, que les innovations de M. Latrou- 
cherie avaient rendue assez impopulaire ; en même 
temps,il devait ramener les espnts vers la simplicité et 
le naturel, un peu faussés, dit-on, par la recherche 
des sujets ambitieux et du style solennel. Son goût dé- 
licat et son ferme jugement l'empêchaient d'être séduit 
parles faux brillants aussi bien que par l'utopie, et il 
eut facilement raison d'un mal qui ne pouvait encore 
avoir poussé de profondes racines. Ce n'en était pas 
moins un grand service rendu à la maison : au point 
de vue de l'enseignement; rien ne saurait être plus 



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— 394 — 

funeste à un Petit Séminaire que l'invasion du mauvais 
goût. 

Avec la finesse de son esprit ce qui servait le mieux 
M. Mazélié, c'était son extrême bonté et l'aménité de 
son caractère. Professeurs et élèves étaient unanimes à 
le reconnaître, et nous comprenons facilement qu'il ait 

régné par elles pendant 7 ans au Petit Séminaire 

Mais encore une fois, abstenoas-nous d'un éloge trop 
facile I... 

M. Mazélié fut ensuite successivement curé-doyen de 
Souillac et de Lauzès. 

Maintenant sa vieillesse s'écoule, toujours aimée et 
de plus en plus respectée, à l'ombre de la Cathédrale 
de Cahors. Ses vénérables collègues recherchent à 
l'envi sa compagnie, et la jeunesse écoute avec un vif 
intérêt ses longs récits du temps passé. On dit de lui 
ce que Télémaque disait du v^ieux Termosyris : « il ra- 
contait si bien les choses passées qu'on croyait les voir 
et jamais ses histoires ne m'ont lassé... La jeunesse la 
plus enjouée n'a point autant de charmes qu'en avait 
cet homme dans un âge si avancé... » Aussi nous par- 
donncra-t-on facilement d'avoir fait fléchir en sa faveur 
la règle que nous nous sommes imposée, de ne citer 
ici que nos préiécesseurs déjà disparus. 

M. GARAYOL 

3. Le successeur de M. Mazélié fut un de ses élèves, 
M. Garayol, qui devait fournir dans l'enseignement une 
longue carrière et se voir un jour à la tête de la mai- 
son à la place de M. Derruppé. La vie et les œuvres 
de M. Garayol feront le sujet du quatrième livre de 
cette histoire. 



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- 395 — 

M. DELPECH 

4. La maison garde aussi du trop court passage de 
M. Delpech un excellent souvenir ; ses anciens élèves 
nous sauront gré de leur rappeler les principales cir- 
constances do sa vie, et les grandes qualités d'esprit et 
de cœur qui lui attirèrent partout les plus honorables 
amitiés et les plus vives sympathies. 

M. Jean-Baptiste i5elpech était né à Gramat, en 4823, 
d'une famille d'artisans : son père était armurier. Elevé 
par une de ses tantes, il avait fait ses premières études 
de latin au collège de Gramat. Il était ensuite venu à 
Montfaucon, en 4837, comme élève de troisième, et y 
avait terminé ses études en partageant les succès de 
M. Larnaudie (4), de M>. Carriol et de M. Baras. Ses 
classes terminées, il entra au Grand Séminaire de 
Gahors en 4844 et fut ordonné prêtre en 4845. — C'est 
à cette époque que remontent ses aspirations vers la 
vie religieuse. On sait que, malgré plusieurs tentatives, 
le mauvais état de sa santé ne lui permit jamais de les 
satisfaire. 

Redoutant le ministère paroissial, il demanda et ob- 
tint la faculté de se vouer à l'enseignement dans ce 
même collège de Gramat où il avait fait ses premières 
études, et dont il prit la direction après s'être fait rece- 
voir bachelier, en 4847. 

Depuis quelque temps cette maison était en souf- 
france. M. Delpech la ranima par une mesure énergi- 
que ; préférant avec raison la qualité à la quantité, il 

(4) Le missionnaire. 



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— 396 — 

réduisit le nombre des élèves pour ne garder que Félite, 
et se fit pour celle-ci professeur de français et de latin. 
Il avait assu'ïié de la sorte un travail accablant, mais il 
forma d'excellents élèves. Néanmoins ii sa demandait 
s'il pourrait longtemps suffire à la besogne, lorsque en 
4854, M. Carayol étant nommé professeur de philo^^o- 
phie, la chaire de rhétorique devint encore vacante à 
Monlfaucon. On eut Theureuse pensée de l'offrira M. 
Delpech, qui l'accepta avec empressement. 

Il était plus hon rable que facile de succéder à M. 
Carayol. M. Delpech ne fut pas inférieur à sa tâche. 
Son admirable taleiit d exposition, sa parole brillante, 
et même plus fleurie que celle de son prédécesseur, 
charmèrent tous les esprits. Seuls le ton général et 
l'allure de la classe furent modifiés. M. Delpech avait 
pris peu à peu à Gramat l'habitude de vivre avec ses 
élèves, comme en famille, dans une sorte d'intimité 
pleine d'abandon : il les tutoyait tous et les traitait 
avec la plus grande familiarité sans rien perdre de leur 
respect. 

L'enseignement des éléments de la grammaire,auquel 
il s'était tenu pendant 7 ans, ne lui avait pas permis 
d'acquérir les vastes et solides connaissances de M. 
Carayol, et pendant les premières années sa science 
faillit bien quelquefois S3 trouver en défaut ; mais ces 
surprises dont il se tirait avec sa bonne humeur et son 
esprit habituels, ne nuisaient ni à la confiance que les 
élèves avaient en lui, ni à la réputation de son talent 
d'ailleurs incontestable. 

Mais où il nous paraissait exceller principalement, 



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— 397 — 

c'était dans la chaire chrétienne. Là, de l'avis de tous, 
il était infiniment supérieur à tous nos autres maîtres, 
sans en excepter M. Garayol lui-naême. L'élévation de 
ses pensées, la chaleur, l'onction et l'éclat éblouissant 
de sa parole ; tout, jusqu'à la douceur de sa voix si 
.sympathique, captivait et charmait ses auditeurs : 
C'était toujours une fête de l'entendre. 

Avec cela, musicien habile, hom.re de société, cau- 
seur intarissable et charmant, enfin généreux comme 
un roi — trop généreux même, comme l'ont prouvé à 
sa mort ses finances à grand peine équilibrées — il ne 
pouvait que faire le bonheur de tous ceux qui Tenlou- 
ryient. On nous dit que pour les relations des profes- 
seurs entre eux,les six années de son séjour à Montfau- 
con, ont été le bon temps... l'âge d'or I... et qu'après 
son départ il fut extrêmement regretté. 

Chose qui nous a toujours paru inexplicable, M. Del*- 
pech si bien doué pour la rhétorique, aurait préféré 
enseigner la philosophie et se sentit froissé lorsqu'il 
vit offrir à M. Massabie cette chaire devenue vacante 
par l'élévation de M. Carayol à la charge de supérieur. 

D3UX ans après, il quittait le Petit Séminaire et de- 
venait curé de Puy-l'Evêque, où il mourut en 1869, 
laissant pour unique héritage le souvenir de ses vertus, 

de son excellent cœur, de sa grande générosité A 

deux reprises pendant son court ministère, il avait 
voulu embrasser la vie religieuse, et se faire admettre 
dans la pieuse famille de Saint Vincent de Paul. Jamais 
sa mauvaise santé ne lui avait permis de prolonger son 
noviciat au delà de quelques jours. Heureusement, 



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après chaque essai malheureux, il avait pu rentrer 
dans sa paroisse et s'y voir accueilli avec des transports 
d'allégresse. 



§ II. — Classe de Seconie 



M. DELMAS 



Avec M. Del mas, successeur de M. Aurusse et de 
M. Couderc, le rom'.ntisme jusque-là sévèrement pros- 
crit à Montfaucon, fit bruyamment irruption dans la 
classe de seconde. M. Delmas n'en mérite pas moins 
d'être compté parmi les meilleurs professeurs qui aient 
enseigné dans l'établissement. — Par son talent, ses 
vertus, son activité et son heureux caractère, cet excel- 
lent prêtre a fait partout un bien immense. Disons au 
moins celui qu'il a fait à Montfaucon. 

M. r.ouis Delmas était né à Agen, le 11 janvier 1821. 
Sa famille s'étant peu après transportée à Gramat, l'en- 
fant n'eut pas de peine à acquérir le tempérament gra- 
matois ;* il fit dans cette ville ses éludes de français et 
ses premières études de latin, en compagnie de M. 
Delpech avec lequel il resta toujours uni par les liens 
d'une étroite amitié. Il entra ensuite au Petit Séminaire 
de Montfaucon où il fut admis comme élève de seconde 
le 3 novembre 1838. 



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— 399 - 

Dans celte classe, il eut la chance, redoutable à quel- 
ques égards, de rencontrer un groupe de jeunes con- 
disciples dont le précoce talent annonçait ce qu'ils se- 
raient un jour. C'étaient M. Gar^yol, futur supérieur du 
Petit Sénjinaire M. Léon Valéry, qui devait bientôt 
se faire un nom dans les lettres et dans la poésie, et 
quelques autres sans doute un peu i.iférieurs par le ta- 
lent mais qui n'eii sont pas moins devenus l'honneur 
du diocèse. 

Enrôlé dans ce bataillon d'oîiie, M. Louis Delmas ne 
pouvbût guère aspirer au premier rang ; mais il conquit 
de suite une place honorable, et excella dans les facul- 
tés brillantes, particulièrement en narration et en his- 
toire. 

En même temps qu'il étonnait ses maîtres par des 
succès si rarement réservés aux nouveaux, il apportait 
à la société de ses can^arades, déjà bien disposés à pas- 
ser joyeusement leurs heures de récréation, le charme 
d'une conversation dont la variété était inépuisable,rin- 
térét \oujours saisissant, et la gaieté à l'épreuve de tous 
les ac« idents. 

Un tel élève devait avoir plus d'un démêlé avec le 
préfet de discipline : il n'y manqua pas ; mais on re- 
marqua bientôt que sa turbulence n'avait rien de 
commun avec l'insubordination; il n'était turbulent qu'à 
ses heures, et, pour ceux qui le connaissaient, ses ac- 
fès de folle gaieté n'étaient que l'explosion d'un natu- 
rel trop longtemps contenu par un travail opiniâtre. 
C'est le témoignage que lui a rendu plus tard auprès 
de nous celui de ses condisciples qui était le mieux en 
mesure de l'observer et de le bien connaître, M. Ca- 
rayol lui-même. Aussi, malgré les orages qui trou- 



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— 400 - 

blaicnt fréquemment Ja sérénité de sa vie d'écolier, 
était- il également cher 5 ses camarades et à ses maî- 
tres. 

Du reste, tout cela s'alJiait chez lui à un fond très 
solide de religion et de piété. Il aspirait depuis son en- 
fiin^je à rhonneur d'être prêtre et il se disposait en 
même temps par le travail et fa vertu à un sacerdoce 
fructueux. Sorti du Petit Séminnire au mois d'août 
4840, il y rentra comme professeur de quatrième en 
4844, n'étant encore que diacre. 

Dans l'accomplissement de ses nouveaux devoirs il 
ne tarda pas à trancher, au milieu de ses collègues par 
une allure et un genre jusque-là peu usités chez les 
dépositaires de l'autorité. Né gascon et naturalisé gra- 
matois, il apporta dans son enseignement la faconde un 
peu exubérante de ses deux patries. Ce ne fut pas saTis. 
éprouver parfois quelques désagréments dont il prenait 
d'ailleurs bravement et joyeusement son parti. Enfin, 
lorsque M. Couderc fut nommé professeur d'histoire, 
M. Delmes fut jugé le plus digne de le remplacer dans 
la chaire de seconde. 

Nous avons déjà dit qu'avec lui le romantisme fit son 
son eiitréc triomphante dans notre eneeignement litté- 
raire. En effet, M. Doimas avait été séduit par l'éclat 
des théories nouvelles, et il ne cachait pas qu'il était le 
partisan lésolu du nouvel idéal proposé par Vicier 
Hugo. M. Derruppé n'ignorait pas ces tendances nova- 
trices ; mais il jugea que, dans la pratique, M. Delmas 
serait incapable de pervertir le goût de ses élèves, et 
qu'en définitive il n'y aurait peut-être pas trop de mal, 
pour les jeunes intelligences confiées à ses soins, à sor- 
tir un peu de l'orrière classique. En effet, M. Delmas, 



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- 401 — 

pour qui le ronoantisme lui-raême n*était peut être pas 
bien défini, inspira à ses élèves, une vive admiration pour 
la nouvelle pléiade poétique; mais il ne faussa point leur 
goût, et comme son admiration n'était pas exclusive, 
ses leçons n'obtinrent que l'effet désiré : un renouveau 
de vie et de fraîcheur dans les essais littéraires des 
jeunes séminaristes. 

Aprèë dix années d'étude et d'enseignement au Petit 
Séminaire de Montfaucon, M. Delmas se vit tout à coup 
obligé, pour des raisons de famille, de chercher une 
situation matériellement plus avantageuse. 

Nous n'avons pas à raconter la vie de M. Delmas 
aprèjs son départ du Petit Séminaire ; il nous suffira de 
dire qu'il fut successivement professeur dans la maison 
des Dominicains à Oullins, précepteur chez M. Costa 
de Beauregard, chez, M. de Varach et chez M. Augustin 
Gochin. Dans ces diverses situations il fit apprécier 
hautement son talent et son savoir. Rentré dans le dio- 
cèse en 4866, il reçut de Mgr Grimardias une marque 
de confiance qui honore chez lui le prêtre autant que 
le savant : il fut nommé supérieur des Missionnaires et 
curé de la paroisse de Roc Amadour en même temps 
que chanoine honoraire ; on sait comment il a justifié 
le choix de Sa Grandeur. 

Enfin, en 1882, il fut nommé chanoine de la cathé- 
drale de Gahors. Le jour de son installation il promit, 
dit-on,à ses collègues de leur apporter la gaieté ; mais 
il ne lui fut pas donné d'être longtemps la joie des vé- 
nérables doyens de notre clergé : un mal impitoyable 
le minait depuis plusieurs années et l'emporta brusque- 
ment le 49 août 4887. 

26 



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— 402 — 

Hâtons-nous de revenir avec M. Roussies, à Tbis- 
toire du Petit Séminaire. 

M. ROUSSIES 

C'est aussi une existence digne d'être connue que 
celle de ce prêtre qui fut toujours malade et n'en a pas 
moins fourni une longue et laborieuse carrière. 

M. Joseph Roussies naquit à Gorses, le 18 mai 1818. 
Dans son enfance, deux pensionnaires de son père lui 
servirent successivement de précepteurs. 

Le premier, M. Vabre, greffier du juge de paix de 
Latronquière, ivrogne fameux et poète à ses heures 
sous l'inspiration de Bacchus, lui enseigna, par ma- 
nière de distraction, les premiers éléments du français ; 
le second, M. Rey, percepteur, lui apprit ensuite les 
déclinaisons et les conjugaisons latines. Malheureuse- 
ment M. Rey ne passa à Gorses que peu de temps, et 
son jeune élève, manquant de la direction indispensa- 
ble, dut renoncer, quoique à regret, à rétu»le de Lho- 
mond. D'ailleurs M. Roussies père destinait simple- 
ment son fils unique à continuer son modeste né- 
goce. 

A 12 ans, le jeune Joseph Roussies fut atteint d'un 
violent accès de fièvre pernicieuse : il passa 48 heures 
sans connaissance, et un moment on le crut mort. Ce- 
pendant il revint à la vie : son père a toujouis pensé 
qu'il devait sa conservation aux ferventes prières qu'il 
fit faire dans cette circonstance à tous ses voisins el à 
tous ses amis. Chose étrange, cette maladie ravit à l'en- 
fant tout souvenir de son existence antérieure et de ses 
connaissances passées, même le nom des personnes et 



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— 403 — 

des choses : il lui fallut tout apprendre une seconde 
fois. Ensuite il se remit au petit négoce de 
son père, menant une vie parfaitement chré- 
tienne, mais si éloigné de songer à l'état ecclé- 
siastique, qu'il fut sur le point de se marier. Une 
nouvelle indisposition, subitement survenue, lui parut 
un avertissement du ciel et changea le cours de ses 
pensées : il se dit que sans doute Dieu ne Pavait point 
guéri une première fois, et d'une manière presque mi- 
raculeuse, pour faire de lui un vulgaire marchand épi- 
cier, et qu'il avait eu tort de ne pas songer plutôt à se 
consacrer à son service. Il s'ouvrit de cette pensée à 
son père qui fut vivement contrarié mais n'osa s'oppo- 
ser à ce qui pouvait être en effet la volonté de Dieu. 

M. Roussies revint alors à ses premiers livres, apprit 
de nouveau les premiers rudiments du latin et entra 
en sixième à Montfaucon en 4838 ; il avait alors plu;^ 
de vingt ans. L'année suivante il passait en quatrième. 
A partir de la troisième il marcha constamment à la 
tête de son cours. Ordonné prôtro en 1848, il fut 
appelé à Montfaucon où il professa successi- 
vement la huitième, un an ; la troisième, cinq ans; 
la seconde, sept ans. 

M. Roussies fut le type du professeur fidèle aux usa- 
ges et aux traditions de l'enseignement classique. Il 
était, par système, ennemi des innovations et des har- 
diesses. Aussi était-il loin de partager Tenthousiasme 
de M. Delmas pour Victor Hugo, et de chercher à pas- 
sionner ses élèves pour la nouvelle école 4)oétique. Il 
avait une manière d'analyser ou de disséquer le chef 
de l'école romantique qui aurait également ridiculisé 
Corneille et Bossuet. C'est dire que la réaction dépas- 



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~^4- 

sait un peti la mesure de la juslice 
^as de même de toutes les réactions V..' N'oufelions pas 
d'ailleurs qu'en 1854 le romantisme avait depuis long- 
temps succombé : on siât que rèchec dés Burgt^aves^ 
en i84S, fut son arrêt de mort. 

En îë61, M. Roussies que l'enseignement ïattguait de 
^l'us en plus, demanda et obtint là modeste cure de 
Hùeyr^eS qu'il a occupée pendant près de 14 ans. Là il 
léfâit âU comble de ses vœux : 

Hoc erat in votis : modus agri non ita magnus, 
Hortas ubi et tecto vicinus jiigis aquae foris. 

1)63 postes plus élevés lui furent offsrts : il les refu- 
sa tous en alléguant sa mauvaise santé ; il estimait au- 
dessus de tout celte tranquilité qui était rtécessaire à 
sa santé et dont Famour l'avait fait surnommer à 
K^oritfaucbn : le Père Tranquille, Il considéi^ait sans 
doute aussi qu'il ne retrouverait peut-être nulle part le 
solide appui et Tamitié dévouée de M. d'Arcîmoles. 

Il fut nommé chanoine honoraire en 1880, et mou- 
rût le à février 1885, à l'âge de 66 ans. 



§ m. — Classe de Troisième 



M. GALAN ET M. GUILHOU 

Après M. Aurusse et M. Vernet que nous avons déjà' 
fait coimaîUre ilans le livre précédent, lés professeurs 
de Troisième au Petit Séminaire de Montfaucon, sous 
M. Derruppé, n'occupèrent cette chaire que très peu 
de temps ; ce furent : M. Gâlan, M. Guilhdu, M, 



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-m- 

Çîi^'ayol, M;. Delmas et M. Rou^siq^. Lfi ^Tiaisoi^ a ce- 
pendant conservé le souvenir, des deux prenqiers, , et 
nous leur (Rêvons aq moins uqe couite mention. 

4. Af. Pierre Galan, né à LavercaHUère le § iï?ar:s 
48Q7, et ordopné prêtre à Cahors le 20 décerifij^re 4834, 
entra 5i ÎVfonlfaucpa corDraç pfofesseui; de qua^rièmQ 
en 4835. Après 4 ans passés dans cette classe, il fut 
nommé deuxième professeur d'histoire en même temps 
qu'il était chargé de la direction spirituelle de la com- 
munauté, avec le titre d'aumônier qu'avait autrefois 
porté M. de La Roussilhe. 

En 4844, sur les instances de M. Derruppé, il accep- 
ta, par pur dévouement, la chaire de troisième ; mais 
mal préparé par ses études antérieures à l'enseigne- 
ment de la littérature et de la langue grecque, il fut 
heureux de pouvoir céder la place, au bout de quelques 
mois, à M. Garayol. 

Les travaux du saint ministère étaient ce qui conve- 
nait le mieux à l'éminente piété de M. Gakn et à son 
zèle pour la sanctiQcation des âmes. Il en donna la 
preuve successivement à Prayssac et à Roc-Amadour, 
où le souvenir de son passage est resté profondément 
gravé dans l'esprit et dans le cœur des fidèles. 

Appelé, en 4864, au canonicat, il se fixa à Cahors, 
auprès de M. Derruppé pour lequel sa vénération et 
son amitié ressemblaient à un véritable culte. II lui 
survécut cinq ans. 

2. M. Gullhou a passé beaucoup moins de temps au 
Petit Séminaire : (Jeux années seulement. C'était un 
professeur instruit et très laborieux, qui faisait du trayai^l 
et des progrè<$ de ses élèves son affaire pçp^nnçl'e, se 
glorifiait de leurs succès et était ^umiji^é dp l,ç.pr^ 



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— 406 - 

échecs et de leurs fautes. C'était aussi un puriste, qui 
se piquait de ne pas écrire une phrase qui ne fût « cor- 
recte, élégante et pure, » Par malheur, son goût lui- 
même n'était pas très pur, et il confondait facilement 
l'affectation avec l'élégance. Cette erreur de son esprit 
a été funeste, dit-on, à quelques-uns de ses élèves. 



REMARQUE 

SUR LES CLASSES DE GRAMMAIRE 



Depuis le jour où le respectable M. Pelras céda 
la sixième à M. Ganes, M. Derruppé n'eut plus la 
chance de rencontrer des professeurs de grammaire 
qui fussent nés pour ce seul enseignement, et qui 
aient pu s'y dévouer pendant un temps considérable.... 
Seul, M. Durand donna une preuve de dévouement et 
de constance en professant pendant douze ans la qua- 
trième. 

Ce n'est pas impunément qu'un Petit Séminaire re- 
nouvelle sans cesse son personnel, même dans ces di- 
visions qu'on appelle très improprement les basses clas- 
ses. Comment, en effet, peut-on nommer ainsi un ensei- 
gnement que le plus grand des docteurs de l'Église 
traite presque de divin : « Grammaticœ vim pêne di- 
vinam, » Entendons sur ce sujet Mgr Dupanloup : 

« Si les études classiques, si toutes les fortes études 
périssent en France aujourd'hui, et avec elles le bon 
sens de tant de choses, ce n'est point que les maîtres 
de rhétorique et les professeurs de belles- lettres soient 



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— 407 — 

difficiles à trouver ; non, c'est parce qu'on ne rencon- 
tre presque plus d'hommes qui consentent à être pro- 
fesseurs de grammaire ou qui sachent l'être. Les Lho- 
mond nous manquent. La science modeste et profonde, 
labnégation, le dévouement et toutes les vertus de cet 
homme admirable n'existent plus. On le sait : dans la 
grande école normale, où se préparent les professeurs 
de l'enseignement officiel, l'aggrégation grammaticale 
est généralement dédaignée : parmi ces jeunes gens, 
qui tous cependant ne sauraient avoir les plus hautes 
aptitudes, on n'en voit guère qui se dévouent, par vo- 
cation, à devenir professeurs de sixième. Il ne faut 
rien moins qae l'ordre impérieux des chefs universi- 
taires pour y décider quelques rares et malheureux 
candidats. — Dans le clergé même où le bon sens des 
choses et le dévouement devraient le mieux se conser- 
ver, les professeurs de sixième ne se trouvent pas faci- 
lement. Le fait est qu'on ne rencontre presque plus 
nulle part, ni maîtres qui veuillent sérieusement ensei- 
gner la grammaire, ni, par suite, des enfants qui veuil- 
lent sérieusement l'apprendre...; c'est ce qui est cause 
qu'en France, la plupart des élèves de rhétorique, après 
huit ou dix ans de collège, ne sont pas même de bons 
élèves de cinquième. » 

Que pourrions-nous ajouter à ces plaintes si légiti- 
mes d'un maître autorisé?... Nous voyons le mal et 
nous en cojjstatons les eflFets... Peut-être l'éloquent 
évêque aurait-il dû remonter à la source, et imputer la 
rareté des bons professeurs de grammaire, non au 
manque de dévouement dans le clergé, mais aux né- 
cessités de l'administration dans de vastes diocèses. La 
même vertu d'obéissance qui fait d'un jeune prêtre uu 



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— 408 — 

professeur de sixième pendant deux ou trois ans, lui 
fait ordinairement accepter au bout de ce temps ou utte 
chaire plus élevée ou un emploi dans le ministère. 
Qui de nous s'appartient ?... Sans doute, une sage ad- 
ministration doit lenir compte des talents, des aptitu* 
des et des inclinations ; elle ne doit abuser d'aucun dé- 
vouement et dans les conditions actuelles l'abus serait 
facile. Mais peut-être dans d'autres conditions, un appel 
de l'autorité ne resterait pas sans écho. 



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CHAPITRE VII 



BEAUX-ARTS 



I. — Plain-Ghant et Musique 



I. - LE CHANT A MONTFAUCON DE 1816 A 1841 

Le chant ecclésiastique figure parmi les premiers ob- 
jets de renseignement que le concile de Trente pres- 
crit de donner aux jeunes clercs : « Grammatices, 
cantûs,.,. aliarumque bonarum artium discîplinam 
discent. » Toutefois, il semble que le Petit Séminaire 
de Montfaucon ait longtemps laissé au Grand Sémi- 
naire de Cahors le soin de remplir cette partie obligée 
de son programme, car jusqu'à Tarrivée de ses pre- 
miers maîtres de musique nous ne trouvons aucun 
cours de chant régulièrement organisé dans la maison. 
Il est vrai que dans une communauté de jeunes gens, 
et dans un pays comme le nôtre,oii la plupart des voix 
sont^stes et harmonieuses, il n'y avait pas à craindre 
que le chant fût jamais négligéouméprisé. Quesur le 
nombre des élèves ou dans le personnel des professeurs 
un seul eût appris les éléments et les enseignât pen- 
dant les récréations, à quelques amis : c'était plus 
qu'il n'en fallait pour l'apparition spontanée d'un petit 
Orphéon. C'est en effet ce qui eut lieu. Dès 1822, M. 
Baduei et M. Vayssette faisaient exécuter des morceaux 



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— 410 — 

de musique religieuse et de musique profane à plu- 
sieurs parties. Après eux et tour à tour, M. Luga, M. 
Latroucherie et M. Darnal vinrent exciter l'ardeur mu- 
sicale des jeunes séminaristes et enrichir leur réper- 
toire. 

On se contentait de cet art spontané, de ces libres 
exercices, et sans doute ils auraient suffi longtemps 
encore si les circonslances n'avaient envoyé, comme 
par hasard, à Monlfaucon, deux maîtres qui s'offraient 
pour ainsi dire sans conditions et ne demandaient qu'à 
être acceptés : c'étaient MM. Vila et Santos. 

II. — MM. VILA ET SANTOS 

Sommaire : i. Arrivée de MM. Vila et Santos à Mont fau- 
con. — 2. Histoire de M. Vila. — 3. Histoire de M. San- 
tos, — 4. Admission des deux maîtres de musique. — 5. 
Premières années. — 6. Retraite de M. Santos. •— 7. Sui- 
te de renseignement de M. Vila. Ses dernières années et sa 
fin. 

i. On était à la fin de 1841. Depuis plus d'un an la 
cause carliste avait succombé en Espagne, et le mal- 
heureux frère de Ferdinand VII, privé par la mort de 
Zumalacarreguy, du principal soutien de sa cause» 
mal servi par des lieutenants jaloux les uns des autres, 
découragé par les revers et trahi par Maroto, s'était vu 
obligé de reculer jusqu'au pied des Pyrénées. Là en- 
core, poursuivi et serré de près par Espartero, il avait 
dû se réfugier avec sa famille sur le sol français. Avec 
lui, six bataillons d'Alavais, commandés par Elio, re- 
mirent leurs armes aux autorités françaises. MM. Vila et 
Sant09 étaient deux soldais de cette armée, 



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— 441 — 

2. Le premier,M. Emmanuel Vila,était né en Aragon, 
non loin de Huesca, vers 1802. Issu d'une famille de 
musiciens, employés spécialement au service de TÉgli- 
se, il avait été de bonne heure destiné à la cléricature, 
et avait reçu dans cette vue une éducation musicale, 
aussi complète qu'on pouvait la recevoir on Espagne 
dans une petite ville de province. Encore jeune il avait 
été pourvu d'un bénéfice ecclésiastique, mais il n'avait 
jamais songé à faire ses études de latin ni Centrer dans 
les ordres. 

C'est à cette modeste situation que la guerre civile 
vint l'arracher. On sait avec quel enthousiasme les pro- 
vinces du Nord de l'Espagne avaient embrassé la cause 
carliste. M. Vila suivit le mouvement général qui en- 
traînait toute la jeunesse de son pays et s'attacha h la 
fortune de celui qu'il regardait comme son roi légitime. 
Jamais il ne renonça à ses espérances. Il aimait à nous 
raconter quelques-unes des péripéties de la grande 
lutte, celles surtout auxquelles il avait pris part, et 
bien des fois nous avons vu ses yeux se remplir de lar- 
mes aux seuls noms de Zumalacarréguy, d'Elio, de 
Cabrera. Mais où il était surtout émouvant, c'était dans 
le récit des périls qu'il avait courus au moment de son 
passage en France, et auxquels il ne croyait avoir 
échappé que par un miracle manifeste de la Reine du 
ciel. Que ne pouvons-nous rapporter ici la narration 
que nous avons entendue de sa bouche plus de vingt 
fois !... Mais, hélas I le patois du narrateur, patois 
mêlé de catalan et de basque, défie le traducteur, et 
aucune plume ne saurait le reproduire. 

3. L'histoire de M. Augustin Santos est moins con- 
nue. Nous savons seulement qu'il était castillan, marié 



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— 412 - 

et père de femille. A son dire, conflrmé par la distinc- 
tion réelle de ses manières, l'élévation de ses senti- 
ments, et la susceptibilité qu'il n'a cessé de montrer 
sur la question du point d'honneur, sa famille était no- 
ble, et plusieurs de ses parents avuient occupé uu 
rang distingué dans l'armée et jusque dans la diplQma- 
tie ; mais il ne semble pas que sa fortune fût en rap- 
port avec sa condition ; ses refus obstinés de rentrer 
en Espagne, même après l'amnistie, quand les siens 
le rappelaient, démon! rent suffisamment qu'il n'espé- 
rait pas retrouver l'aisance au foyer de la famille. Quoi 
qu'il en soit de sa naissance, M. Santos n'était point 
comme M. Vila, musicien de profession : ce qu'il sa- 
vait de musiifue, il l'avait appris en amateur ; aussi, 
tandis que M. Vila connaissait tous les instruments et 
excellait dans plusieurs, le bon M. Santos ne savait 
guère jouer que du violon ; encore avait-il besoin d'é- 
tudier longuement tous les morceaux qui n'étaient pas 
dans son répertoire. 

4. Les deux réfugiés espagnols avaient été dirigés 
sur Cahors ; là on leur donna l'espérance qu'ils pour- 
raient être acceptés, comme maîtres de musique, au 
Petit Séminaire, et ils se mirent en route pour Mont- 
faucon. 

Le lendemain de leur arrivée, ils furent admis à 
faire la preuve de leur talent, dans une séance musi- 
cale qui fut toute à leur honneur. M. Vila, en particu- 
lier, s'y fit admirer par la richesse, la variété et la fa- 
cilité de son jeu. Son compagnon ne le suivait qu'avec 
peine, et parfois, dit . un témoin de cette intéressante 
soirée, on entendait le jeune maître l'inviter doucement 
à se mettre à l'unisson. On fut surtout ému en enten- 



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_ 413 — 

dant cet adieu à la pairie, que M. Vîla accompagnait 
avec des làrrties dans la voix : 

Fleuve du Tage, 

Je fuis tes bords heureux ! 

A ton rivage 

J'adresse mes adieux ! 

Le résultat de l'épreuve ne pouvait être douteux 

Nos jeunes séminaristes applaudirent à la nouvelle que 
les deux exilés étaient également acceptés ccmme 
maîtres de musique ; et ils s'inscrivirent en grand 
nombre pour prendre leurs leçons. 

5. La jeunesse se passionne facilement pour la mu- 
sique, et l'enthousiasme devenant contagieux, tous 
voulant être musiciens, on vit promplement se former 
un orphéon nombreux et une brillante fanfare. Les 
deux professeurs pouvaient à peine suffire à la besogne. 
M. Santos lui-même avait presque autant d'élèves que 
son confrère, quoiqu'il fût loin d'être en état de leur 
donner la même formation : c'est qu'il compensait Tin- 
fériorité de ses connaissances artistiques par l'amabilité 
de son caractère, son humeur enjouée et le soin avec 
lequel il préparait ses leçons. M. Vih, naturellement 
irritable et porté au soupçon, comme tous les malheu- 
reux, ne sut jamais inspirer aux élèves celte sympathie 
et cette affection qui sont nécessaires pour bien vivre 
avec eux. De plus, trop confiant dans la supériorité de 
son savoir, il commença de bonne heure à se négliger 
et tomba vite dans la routine, funeste défaut qui rendit 
bientôt inutiles ses admirables dispositions. 

Alors se formèrent une foule de musiciens 
dont le renom n'est pas encore oublié, quoique 



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— 444 — 

dans les diverses positions qu'ils occupent maintenant, 
leurs connaissances artistiques soient le moindre de 
leurs avantages. 

6. Cet état de choses dura jusqu'en 4854. A cette 
époque l'administration de la maison se vit obligée de 
prendre une mesure pénible. L'intérêt inspiré par les 
deux maîtres espagnols avait diminué peu à peu, à me- 
sure que l'exercice d'une profession honorée assurait 
pour un temps leurs moyens d'existence. Les élèves 
manifestaient toujours beaucoup de goût pour la mu- 
sique, mais comme ils se formaient et s'exerçaient mu- 
tuellement pendant les récréations, le nombre des le- 
çons avait nécessairen^ent diminué : bref, il n'y avait 
plus de place à Montfaucon que pour un seul maître, 
et, naturellement, on devait garder l'organiste de la 
maison. M. Santos fut donc sacrifié. Du reste cette dé- 
cision ne le condamnait pas nécessairement à la mi- 
sère : depuis longtemps l'amnistie avait rouvert aux 
exilés carlistes l'accès dé leur patrie, et ses parents, sa 
propre fille, le rappelaient avec instance. Malheureu- 
sement, il ne prit conseil que de quelques faux amis et 
s'obstina à rester à Montfaucon ; il y demeura encore 
24 ans, vivant au jour le jour de quelques aumônes dé- 
guisées, que la bienveillance du public et des élèves 
trouv'ait facilement moyen de lui faire accepter. Il mou- 
rut le 25 novembre 1875, très chrétiennement comme 
il avait vécu. 

7. M. Vila, resté ainsi seul maître de musique au 
Petit Séminaire, ne parvint pas d'ailleurs à se refaire 
une brillante siti:ation ; il continua de négliger son ta- 
lent, et les répétitions à donner devinrent de plus en 
plus rares. Sans le cours de plaint-chant, qui était obli- 



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— 415 -^ 

gatoire pour les élèves de philosophie, M. Vila aurait à 
peine compté une douzaine d'élèves. 

Ce cours lui- môme ne fut jamais suivi avec beau- 
coup de sérieux. Lî caractère du maître était devenu 
plus ombrageux encore par le progrès de Tâge ; sa le-* 
nue laissait à désirer, et bon nombre de philosophes 
étaient encore trop jeunes pour ne pas profiter d*une 
occasion de rire, ou même pour ne pas la faire naître 
h tout propos. 

Nous faisons grâce à nos lecteurs des aventures dé- 
sopilantes dont M. Vila n'était pas le héros ; racontées 
et répétées cent fois, elles forment encore assez sou- 
vent, dans les réunions de ses anciens élèves, un des 
meilleurs desserts. 

M. Vila avait pourtant des qualités réelles et pré- 
cieuses. Sans parler de son talent, qui fui toujours in- 
contesté, il ne manquait ni de cceur ni de finesse d'es- 
prit. Le moindre bon procédé le louchait jusqu'aux 
larmes. Par contre,quand il comprenait qu'on se jouait 
de lui, il improvisait quelquefois des réponses fort pi- 
quantes. Il est vrai aussi que, dans son ignorance de la 
langue française, il commettait de temps en temps 
d'étranges quiproquos. 

Enfin, il est juste de dire que M, Vila fut toujours 
un excellent chrétien. C'était un homme de beaucoup 
de foi ; sa conduite fut constamment très régulière et 
absolument irréprochable. Il était même sincèrement 
pieux et professait une grande dévotion envers la 
Sainte Vierge, particulièrement envers N.-D. des Sept 
Douleurs. 

En 1883, lorsqu'il fut dans l'impossibilité de conti- 
nuer ses fonctions, le Pelit Séminaire, par égard pour 



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— 416 ^ 

\m vieux serviteur, lui offrit une pension viagère de 
500 francs. Alors il se souvint de sa famille et manifes- 
ta le désir de retourner dans sa patrie. Il eut le rare 
bonheur d"y retrouver deux neveux qui se firent un 
# devoir de le recueillir dans sa vieillesse. C'est auprès 
d'eux qu'il est mort le 28 janvier 1885, à Grenade. 



TI. ~ Cours de Peinture et de Deeidn 



M. POLINI 



Sommaire : i. Manque d'un cours de peinture et de dessin 
• à Mont faucon de i8i5 à 1846. — 2. Histoire de M. Po- 
Hni. — S. M. Polmi à Montfaucon. — 4, Le cours de 
peinture et de dessin au Petit Séminaire. 

1. Les premiers élèves du Petit Séminaire ne pou- 
vaient apprendre la peinture et le dessin, comme ils 
taisaient pour la musique, sans le secours d'aucun 
maître. Dans cet art il faut nécessairement un guide et 
l'histoire ne mentionne, dans la suite des âges, qu'un 
seul Giolto. Aussi ne tut-il jamais question de pinceaux 
et de couleurs à Montfaucon pendant près de trente 
ans. C'est seulement en 1839 que la nécessité d'orner 
convenablement la chapelle qu'on venait de bénir, pré- 
para les voies à l'institution d'un cours de dessin, en 
faisant connaître au Petit Séminaire un peintre de mé- 
rite : nous voulons parler de M. Polini. 

2. M. Josué Polini est originaire de Domo d'Ossola, 
dans la province de Novare, en Italie. II apprit la 



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— 417 — 

peinture, d'abord dans Tatelier du peintre Sotta qui eut 
son heure de célébrité ; puis à Tacadémie de Milan. 
Venu en France pour répondre à quelques demandes 
de tableaux, il visita plusieurs villes ûô l'Est et du Cen- 
tre, entre autres Issoire, Ussel et enfin Biives, où il 
passa plusieurs années, donnant des leçons aux élèves 
du Petit Séminaire, et ornant de «es tableaux plusieurs 
églises du Limousin. C'est pendant ce temps que M. 
Derruppé entendit parler de lui et eut la pensée de lui 
demander, pour la chapelle de Montfaucon, quatre 
grands tableaux représentant les quatre évangélistes. 
Ces toiles furent très admirées (1) ; elles firent con- 
naître M. Polini, non-seulement dans la maison, mais 
dans le diocèse, et pendant plusieurs années il eut de 
la peine à satisfaire aux demandes de tableaux et de 
portraits qui lui venaient de toutes parts. 

3. Néanmoins il se passa encore quelque temps avant 
que M. Polini vînt se fixer à Montfaucon. M. Derruppé 
ne croyait pas qu'un cours de dessin fût indispensable 
dans un Petit Séminaire et ne se hâtait pas de l'insti- 
tuer. Cependant plusieurs pères de famille exprimaient 
leurs regrets de voir que la maison ne donnait à leurs 
enfants aucune notion, même élémentaire, de peinture, 
et leurs instances firent comprendre au sage supérieur 
que cette innovation finissait par s'imposer. C'est pour- 
quoi après avoir obtenu l'agrément du vénérable M. 
Brunies, supérieur du Petit Séminaire do Brives, il fit 



(1) La nouvelle Chapelle du Petit Séminaire n*a point en- 
core de plus bel ornement. 

27 



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— 448 — 

à M. Polini des proi ositions qui furent acceptées. En 
4847-48 le cours de dessin fut inauguré, et à h fin de 
Tannée, le palmarès annonça que désormais on donne- 
rait des leçons de peinture et de dessin aux élèves 
qui présenteraient une autorisation écrite de leurs 
parents. 

M. Polini a passé quinze ans à Montfaucon. Nous 
croyons voir encore devant nous cet homme d'une 
haute stature, et d'une robuste constitution, à la dé- 
marche grave et lente, au regard scrutateur. Il était 
d'une politesse exquise, sans exagération comme sans 
familiarité ; plus heureux que M. Vila, il était univer- 
sellement respecté. Au bout de quelques années, com- 
me il n'avait pas d'enfants, il appela d'Italie, dans le 
dessein de l'adopter, un de ses cousins beaucoup plus 
jeune que lui et qui cultivait également la peinture, 
M. Joseph Piazza. Celui-ci enseigna près de dix ans à 
ses côtés, en même temps qu'il achevait de se former 
lui-même à l'école de son bienfaiteur. En 4862, M. 
Polini céda enfin ses pinceaux à M. Piazza et retourna 
en Itahe. On nous assure qu'il est encore vigoureux et 
qu'il s'intéresse toujours vivement aux nouvelles qui 
lui arrivent de Montfaucon. 

4. Sous ces deux maîtres, le cours de dessin est res- 
té longtemps purement facultalif et n'a été suivi que 
par un petit nombre d'élèves. Serait-ce parce que les 
débuts dans la peinture sont d'ordinaire très lenls et 
demandent une rare patience ! Ou bien parce que cet 
art serait jugé peu utile aux jeunes clercs ?...Quoi qu'il 
en soit, une telle négligence est à déplorer. La peinture 



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- 419 — 

n'est-elle pas une des formes les plus parfaites du 
beau, et nos monuments religieux ne lui doivent-ils 
pas leurs plus magaifiques ornements ? 

Depuis quelques années le cours de dessin linéaire 
est devenu obligatoire pour les élèves du second cours 
de philosophie. 



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CHAPITRE VIII 



PRÉFECTURE DES ÉTUDES 

M. GRATAGAP 



§ I. — Histoire de M. Gratacap avant son arrivée 
à Montfaucon 



Sommaire ; La direction des Etudes à Montfaucon de i842 
à 1849, — 2. Naissance et éducation de M, Gratacap, — 

3. M, Gratacap à Grenoble, à Toulouse, à Montauban. — 

4. Direction de Sorèze, 

i, M. Derruppé, élevé à la dignité de vicaire gêné- 
ral,avait conservé la haute direction des études au Petit 
Séminaire, non sans qu'il résultât de cette combinai- 
son d'assez graves inconvénients, ainsi que nous 
l'avons déjà fait remarquer. Toutefois nul ne compre- 
nait mieux que lui la difficulté de remplir à distance 
un office qui demande nécessairement faction et la 
présence continuelles de celui qui f exerce. Il était sur- 
tout effrayé de sa responsabilité lorsque, reparaissant 
périodiquement dans la maison, il vi»yait de ses yeux 
tout le bien qu'il lui était désormais impossible défaire. 
De là ces projets continuels de réforme, ces innova- 
tions et ces essais de toute sorte, qui ont fait dire de 
lui que pour obtenir le mieux il était inconstant dans 
le bien. Aussi, était-il le premier à dire qu'un tel régi- 



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— 4^ — 

me no pouvait se prolonger indéfiniment, et qu'it était 
urgent de lui nommer un successeur à Montfaucon. 
Mais il jouissait personnellement d'une telle considéra- 
tion et il exerçait, même à distance, un tel ascendant 
que nul ne paraissait en état de le remplacer. L'opinion 
unanime était qu'il vaudrait encore mieux, pendant 
longtemps, garder le statu quo. 

Enfin en 1848 un concours inattendu de circonstan- 
ces mit tout à coup à la disposition de l'évoque de 
Gahors, un prêtre que ses antécédents semblaient avoir 
suffisamment préparé, sinon à recueillir immédiate- 
ment cette difficile- succession, du moins à atténuer les 
iiKîonvénients d'un régime imposé par la nécessité. 
C'était M. Gratacap dont nous avons maintenant à re- 
tracer la longue et laborieuse carrière. 

2. M. Marc-Antoine Gratacap naquit à Montredon, 
le 2 nivôse, an VI (22 décembre 1797). Il appartenait à 
une famille de cultivateurs très aisés et fort considérés 
dans le pays. 

Il fit ses études, du m'oins en grande partie, à Mon- 
tauban auprès d'un de ses oncles, professeur à l'insti- 
tution Saint-Etienne que dirigeait un prêtre du nom de 
Perboyre ; un de ses condisciples (1) nous le repré- 
sente comme ayant déjà à cette époque (1810-1812), 
une tête ardente, un Caractère énergique et une intel- 
ligence assez vive pour dominer facilement et sans 
beaucoup d'application dans tous ses cours. 

Ses classes terminées, il se fît recevoir bachelier et 
partit pour le Grand Séminaire de Saint- Sulpicie. Il fut 
ordonné prêtre le 20 décembre 1823. 

(1) M. l'abbé Gaviole, curé-doyen de Galus. 



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- 422 — 

3. Ses goûts le portaient à renseignement, et Tami- 
tié du philosophe Laromiguière, son compatriote, luj 
permettait d'espérer dans cette carrière un avancement 
rapide. En effet, il fut nommé en débutant professeur 
de philosophie au Lycée de Grenoble et justifia le choix 
du ministre en publiant, en 1826, sous le titre de Phi- 
losophiœ elementa^ les leçons qu'il avait données à ses 
élèves. Cet ouvrage, que nous avons retrouvé dans la 
bibliothèque du Petit Séminaire de Montfaucon, n'est 
guère autre chose que la Philosophie de Lyon abrégée 
et disposée en vue des besoins de l'enseignement phi- 
losophique dans las lycées du temps. 

L'année suivante (1827) , M. Gratacap recevait son 
diplôme d'Officier de V Université et était nommé pro- 
viseur du Lycée de Toulouse : mais il ne devait occu- 
per ce poste que peu d'années. Ses opinions légitimis- 
tes et son dévouement à la branche aînée des Bourbons 
étaient trop connus pour que la révolution de Juillet 
ne compromît pas sa situation. Il refusa de se rallier à 
la nouvelle monarchie et sa carrière fut brisée. 

Alors il revint à Montauban et de concert avec son 
compatriote et ami, M. Clair Capmeil (1), entreprit de 
relever cette pension Saint-Etienne où il avait fait ses 
études. Les souvenirs de son oncle, sa propre réputa- 
tion et les sympathies qu'il inspirait, lui facilitèrent 
sa tâche ; la confiance des meilleures familles lui 
était acquise et bientôt la nouvelle Pension Saint- 
Etienne, plus connue sous le nom de Pension Gra- 
tctcap^ redevint très flonssante. Cependant il était 

(1) M. Clair Capmeil était originaire de Linac ; il avait été 

Professeur à Montfaucon en 1816-17, et est mort chanoine de 
[ontauban. 



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— 423 — 

en butte aux tracasseries de Tadministration et Ton 
nous assure que si l'école ne fut pas fermée, on le 
dut à la protection de M. Guizot qui la dôfendit contre 
les attaques de M. Villemain. (1) 

Il y avait dix ans que M. Gratacap dirigeait l'école 
Saint-Etienne avec un plein succès, lorsque les évène" 
ments survenus à Sorèze vinrent ouvrir un autre champ 
à son zèle et à son dévouement. 

4. L'école de Sorèze, autrefois si florissante, avait 
vu sa prospérité diminuer très rapidement. 

Le nombre de ses élèves, qui avait naguère dépassé 
800, était tombé à 140. La mort de son directeur, M. 
Raymond-Dominique Ferlus, avait paru être le signal 
de sa ruine complète, et deux mois après, la maison 
avait été mise en vente. Il importait qu'un établisse- 
ment si remarquable fût conservé aux lettres, et, s'il 
ét?it possible, acquis à l'Eglise. A cet effet Tarchevê- 
que d'Alby jeta les yeux sur M. Gratacap et l'engagea 
à sj porter acquéreur. Le zélé directeur de Sai7iU 
Etienne n'hésita pas ; sa fortune personnelle étant in- 
suffisante, il profita d'une offre généreuse et l'affaire 
fut conclue. L'école de Sorèze rouvrit ses cours 
à l'époque ordinaire sous la direction de M. Gratacap. 

« Ce prêtre distingué, dit le P. Chocarne, mit tout 
son zèle à faire rentrer l'école de Sorèze dans les voies 
chrétiennes et prospères des anciens Bénédictins : 
mais la tâche était rude. » Les jeunes Soréziens n'étaient 
plus, selon l'expression de M. Foisset « que d'hon- 
nêtes païens, pleins d'instincts généreux, enthousias- 
tes ardents des héros de Plutarque, mais affolés de 

(1) Souvenirs de M. Auferiii. 



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^ 424 — 

l'esprit du XVIIIe siècle, c'est-à-dire de l'esprit voltai- 
rien. » — Les efforts de M. Gratacap demeurèrent 
impuissants. 

En 1844, M. de Vaillac, qui avait avancé à M. Grata- 
cap les fonds nécessaires pour l'achat de la maison,' 
eut la pensée d'appeler à Sorèze, pour y ramener l'es- 
prit de Foi, les Pères de la compagnie de Jésus, et in- 
sista pour l'adoption de ce projet avec toute la force que 
lui donnait sa créance sur l'établissement. D'un autre 
côté, V Association Sorézienne des anciens élèves, en 
majorité protestante, projetait aussi de racheter l'école 
pour y faire revivre les traditions trop libérales de M. 
Ferlus. Ce fut le tort de M. Gratacap de ne pas entrer 
dans les idées de M. de Vaillac ; entre les Jésuites et la 
libre-pensée il prit un système intermédiaire, et consti- 
tua, avec les parents des élèves, une société civile qui 
paya sa dette et racheta Sorèze pour son propre 
compte. 

Les nouveaux propriétaires lui laissèrent encore la 
direction de l'école, mais ce nouvel essai ne devait pas 
être heureux. Les jeunes Soréziens restèrent ce qu'ils 
étaient, frondeurs, indifférents, ou môme ouvertement 
impies. En 1848, ce souffle d'indépendance qui agita le 
pays tout entier et qui se fit sentir, comme nous l'avons 
vu, jusque dans la solitude de Montfaucon, acheva de 
les exalter et M. Gratacap se vit impuissant à les con- 
tenir. Son autorité fut ouvertement méconnue ; bien 
plus il passa, dit-on, plusieurs jours dans son apparte- 
ment prisonnier de ses élèves. Ces événements le dé- 
couragèrent profondément ; on nous assure que sa 
tète blanchit alors en une seule nuit, et nous ne serions 



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- 425 -~ 

pas étonnés qu'il fallût faire remonter à cette époqae le 
premier ébranlement de sa vive intelligence. 

Quoi qu'il en soit, dès ce jour, il ne se jugea plus 
possible. De son côté, la société civile dont il n'était pour 
ainsi dire que le gérant jugea prudent de faire l'essai 
d'une nouvelle administration. Sa démission fut donc 
acceptée et sa place offerte à M. l'abbé Bareille, qui, 
comme on lésait, ne fut guère plus heureux. Pour re- 
lever Sorèze, il fallait ou bien les Jésuites qu'on avait 
écartés, ou bien les Dominicains et le P. Lacordaire 
auxquels on eut en effet heureusement recours en 
4854. 



§ II. — M. Gratacap préfet des Etudes à 
Montfaucon 



Sommaire : i. Af. Gratacap est nommé Préfet des Etudes 
au Petit Séminaire de Montfaucon. — 2. Manière dont 
il s'oÀ^uitte de ses fonctions, -- 3. Singularités de 
M. Gratacap, — 4. Sa retraite et ses dernières 
années, 

4. Cependant M. Gratacap, rentré dans le diocèse de 
Cahors, ne devait ni ne pouvait y rester ina jtif. Les re- 
vers de Sorèze, survenus par la faute des circonstances 
et de la situation bien plus que par la sienne, ne pou- 
vaient ni faire méconnaître ses talents ni altérer son 
dévouement à la jeunesse. Mgr Bardou qui l'avait vu à 
l'œuvre dans le diocèse d'Aiby, fut heureux de l'ac- 
cueillir dans les rangs de son clergé, et songea tout de 
suite à lui faire une place à Montfaucon. Pouvait-il es- 
pérer une occasion plus favorable de combler le vide 



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-^ 426 — 

laissé dans la maison par Tabsence habituelle du supé- 
rieur? M. Derruppé lui-même se* plut h le regarder 
comme son prochain successeur, et pour lui préparer 
les voies lui donna la charge de Préfet des Elu- 
des. 

2. Nous connaissons, par quelques-uns des élèves de 
ce temps, l'impression profonde que produisit sur la 
communauté, au mois de novembre 1848, le premier 
aspect de ce prêtre vénérable. Sa réputation l'avait pré- 
cédé ; on se racontait les diverses phases de son pas- 
sé; les souvenirs même de Sorèze lui étaient favorables ; 
on se disait qu'en somme il avait dirigé celte maison, 
d'une main ferme et habile, pendant près de dix ans, 
et Ton espérait beaucoup de son savoir, de son expé- 
rience et de ses relations aveo le monde universi- 
taire. 

Les jeunes séminaristes l'accueillirent donc avec 
beaucoup de sympathie ; leurs dispositions furent en- 
core bien plus bienveillantes au bout de quelques jours, 
lorsqu'ils virent avec quels égards, quelle politesse et 
quels ménagements il les traitait. Une longue fréquen- 
tation de la meilleure société, et l'habitude de vivre 
avec les enfants des meilleures familles, avaient peu à 
peu perfectionné ses manières naturellement fort dis- 
tinguées. Sa politesse ne faisait entre eux aucune dis- 
tinction : à ses yeux il suffisait qu'ils fussent sémina- 
ristes pour qu'ils eussent droit à tous ses égards, et il 
traitait le plus petit élève de huitième avec autant de 
cérémonie que le plus brillant rhéloricien. Lorsque, de 
leur côté, ils savaien' se montrer empressés et pohs à 
son égard, il se montrait extrêmement sensible à toutes 
leurs attentions, les en remerciait avec tendresse," et 



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— 427 — 

les encourageait de son mieux à cultiver les bonnes 
manières. 

Mais autant il était empressé et poli à Tégard de tous, 
autant il se montrait zélé pour Ls progrès des études 
et sévère dans Tapplication de sa discipline scolaire. 
Ses fonctions Tobligeaienl à visiter de temps en temps 
toutes les classes, et sa visite, ordinairement imprévue, 
y était fort redoutée. 

La lecture des places et des notes lui donnait r">cca- 
sion de parler souvent à la communauté tout entière. 
Dans ces xîirconstances les élèves admiraient sa parole 
toujours ferme et correcte dans sa lenteur un peu 
excessive : seul, son accent nasillard très prononcé 
excitait parfois des sourires^ surtout lorsqu'il préten- 
dait naïvemeiit être le seul de sa famille qui fût exempt 
de ce défaut désagréable. 

On trouvera assez étrange qu'un tel prêtre n'osât 
point paraître en chaire. Dans le cours de sa longue 
carrière, M. Gratacap s'était habitué à parler aux élè- 
ves sur le ton du professeur, et dans Tidée un peu faus- 
se qu'il se faisait de la prédication, il ne croyait pas 
pouvoir en soutenir le ton pathétique et solennel. Il 
oubliait qu'on peut p^'êcher sur tous les tons, et que, 
s'il y a des sermons solennels, il y a aussi des allocu- 
tions et des conférences familières qui ne font pas 
moins de bien. 

Malgré cette lacune, l'action de M. Gratacap dans la 
maison fut considérable. S'il ne donna pas aux études 
une direction nouvelle, parce que l'ancienne direction 
était bonne, il eut au moins le mérite de leur donner 
une plus forte impulsion ; en ravivant l'amour du tra- 
vail qui de lui-même tend sans cesse à s'éteindre, et 



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en inspirant aux jeunes gens ce d^ré de confiance en 
eux-mêmes qui est nécessaire pour soutenir leur cou- 
rage. 

3. Mais en même temps qu'il remplissait d'une ma- 
nière si consciencieuse ses fonctions de Préfet des 
Etudes, M, Gratacap se faisait à lui-même beaucoup de 
tort par quelques théories excessives ou dangereuses et 
par quelques travers d'esprit presque incroyables dans 
un homme de son poids. 

En théologie, M. Gratacap défendait les doctrines 
gallicanes avec une ardeur digne d'une meilleure cau- 
se ; or, ces doctrines déjà bien compromises dans 
l'esprit du clergé français, depuis qu'on avait enfin re- 
marqué que les prétendues libertés de l'Eglise de Fran- 
ce n'étaient qu'un instrument d'oppression aux mains 
de l'autorité civile, ces doctrines, disons- nous, étaient 
encore moins de mise dans une société de prêtres où 
figuraient M. Blaviel, M. Garayol, M. Couderc et M. 
Darnal. 

En politique, il élevait le principe de la légiliraité à 
la hauteur d'un dogme religieux ; or, ses collègues, 
quoique plusieurs d'entre eux fussent légitimistes, 
étaient loin d'un dogmatisme aussi rigoureux ; M. Darnal 
s*était compromis une fois pour soutenir à Mgr d'Haut- 
poul que le gouvernement de Juillet en valait bien un 
autre ; et l'idéal de M. Garayol semble avoir été égale- 
ment la monarchie parlementaire. Apparemment, par- 
mi les autres membres du personnel des professeurs, 
plus d'un se ressentait tie l'engouement dangereux que 
Napoléon lïl avait su exciter dans le clergé de France; 
M. Gratacap était donc assez isolé d^ns sa défense du 



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— 429 — 

princo légitime ; il n'en combattait qu'avec plus d'ar- 
deur et de courage, luttant pendant des heures entiè- 
res contre le scepticisme et l'hérésie politiques... Vains 
efforts, il y avait un abîme entre ses opinions et celles 
de son entourage. 

La philosophie, comme chacun le sait, est une sorte 
de champ clos^ où les opinions les pltis diverses, sur 
une multitude de questions, sont débattues en toute li- 
berté. Mais là encore M. Gratacap avait trouvé moyen 
de se singulariser. Il était partisan déclaré du système 
de La Romiguière et ne négligeait aucun moyen de 
l'inculquer à nos jeunes philosophes. Les petits artifi- 
ces auxquels il avait recours pour répandre en secret 
cette doctrine^ compromettaient assurément beaucoup 
plus sa dignité qu'ils ne pouvaient servir à la diffusion 
de son système favori. 

Il peut être agréable sans doute de cultiver les scien. 
ces, et on s'honore à tout âge en les cultivant. Mais 
installer à cet effet un laboratoire de chimie sous les 
combles de la maison, et s'y livrer pendant de longues 
heures à des expériences sans fm, ressemblait un peu 
trop à la recherche de la pierre philosophale et prêtait 
à l'épigramme... 

Toutefois, ces goûts de physicien et *de chimiste, 
quoique un peu smguliers, étaient au moins compati- 
bles avec les devoirs d'un professeur et d'un préfet des 
études. Mais que dire des prétentions médicales de M. 
Gratacap *?... Chose inexplicable, ce savant croyait pos- 
séder une sorte de panacée : c'était le remède Leroy ; 
il le conseillait à tout le monde, à ses collègues, aux 
élèves et jusqu'aux braves paysans qu'il rencontrait 
dans ses promenades journalières, et qu'il amenait h 



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— 430 — 

lui faire naïvement la confidence de leurs maux. Déci- 
dénnent, au Petit Séminaire de Montfaucon, M. Grata- 
cap n'était plus le même homme dont on avait admiré 
à Grenoble, à Toulouse, à Montauban, à Sorèze, la 
haute raison et le sens pratique ; l'originalité avait pris 
le dessus sur le professeur et le savant. 

4f. Avec le temps ces singularités furent connues des 
élèves comme des professeurs, et M. Gralacap, toujours 
estimé pour sa science, sa vertu et la gloire de son 
passé, toujours sympathique pour sa bonté et son ur- 
banité exquises, perdit de la considération dont il était 
l'objet. Il devint manifeste aux yeux de tous qu'il ne 
réaliserait point les espérances qu'on avait fondées sur 
lui. Lui-même finit par le comprendre. En 1854 il offrit 
sa démission, et quitta, non sans tristesse, le Petit Sé- 
minaire, théâtre de ses derniers efforts pour l'instruc- 
tion de la jeunesse. 

Il fut nommé aumônier de la Sainte-Famille, à Fi- 
geac ; mais il ne fit que passer dans cet établissement. 
Là, par suite de l'âge et aussi de la surexcitation oii il 
avait passé la plus grande partie de sa laborieuse exis- 
tence, sa raison se troubla. Toutefois, la crise fut assez 
courte. Il rentra dans sa famille, à Monlredon, et y vé- 
cut encore longtemps, entouré de l'amour des siens et 
du respect de tous. On ne le vit plus sortir que bien 
rarement de cette retraite dont l'obscurité même lui 
était salutaire. Cependant par deux fois il voulut revoir 
cette communauté de Montfaucon à laquelle, malgré 
les contradictions qu'il y avait rencontrées, il avait fini 
par s'attacher. M. Carayol s'honora en lui faisant un 
accueil exceptionnellement empressé : il conduisit au 
devant de lui la communauté tout entière et s'attacha à 



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— 431 — 

le combler de prévenances et d'honneurs. Le vénéra- 
ble vieillard fui extrêmement sensible à ces attentions 
délicates. 

Il vivait encore quand le concile du Vatican condam- 
na le gallicanisme : quelque chère que lui fût cette 
doctrine, il ne lui fut pas difficile de soumettre son es- 
prit à Taulorité suprême de l'Eglise et de brûler ce 
qu'il avait adoré : depuis longtemps il ne vivait plus 
qu'avec Dieu, dans la prière. 

M. Gratacap mourut le l^r mars 1874. 



CONCLUSION DU TROISIÈlME LIVRE 



Après le départ de M. Gratacap, ses fonctions de pré- 
fet des études furent exercées conjointement par M. 
Couderc et par M. Darnal ; les visites de M. Derruppé 
étant devenues de plus en plus rares, il était impossi- 
ble de supprimer cet emploi ; mais les deux nouveaux 
titulaires, déjà très occupés par leurs cours respectifs, 
ne pouvaient donner à la marche générale des études 
l'attention soutenue qu'elle réclame, et dès lors la né- 
cessité dedonnei un successeur à M. Derruppé devenait 
déplus en plus urgente. Enfin en 1S58, M. Carayol put 
être remplacé dans la chaire de philosophie et placé à 
la tête de la maison. 



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LIVRE IV 



HISTOIRE 

DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 

SOUS hk DIRECTION 

DE M. GARAYOL 

"observation T^éliminaire 



Nous n'abordons pas sans quelque appréhension celte 
période de l'histoire du Petit Séminaire que dominent 
d'une manière si heureuse la personnalité et l'action de 
M. Carayol. Certes, si nous n'avions qu'à réunir et à 
citer des faits, le travail serait facile : de nombreux té- 
moins peuvent encore nous renseigner sur toutes les 
particularités de la vie de notre ancien supérieur, et 
tous ceux que nous avons consultés nous ont répondu 
avec le plus bienveillant empressement. Mais ses an- 
ciens élèves et ses amis attendent de nous bien autre 
chose. Dans le souvenir qu'ils ont gardé de sa person- 
ne, de ses vertus et de son grand savoir, il se mêle, 
presque au même degré, île la reconnaissance, de Tad- 

28 



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— 434 — 

miration et une sorte de culte respectueux. Comment 
répondre à leur attente ?... Malgré tous nos eflforls pour 
égaler la louange au mérite,nous serons toujoursexposé 
au reproche d'être resté bien au-dessous de la vérité. 

Cependant, avec ces sujets de crainte, nous avons 
aussi quelques motifs de confiance et d'espoir : aucun 
de nos lecteurs n'aura gardé plus que nous un excel- 
lent souvenir de celui dont nous allons raconter la vie. 
Tour à tour élève et collègue de M. Carayol pendant 
plusieurs années, nous avons eu le temps de le connaî- 
tre et d'apprécier ses grandes qualités. Par suite, si 
quelques traits de cette figure vénérée peuvent encore 
nous échapper, nous espérons du moins offrir les plus 
saillants à la piété de ses admirateurs. — Du reste, en re- 
traçant ce tableau nous nous inspirerons également de 
la vérité, de la justice et des sentiments que nous de- 
vons à la mémoire *&'un tel maître. 



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CHAPITRE I 



HISTOIRE DE M. CÂRAYOL 



Ire PARTIE 



VIE DE M. CARAYOL 

JUSQU'A SA NOMINATION A LA CHARGE DE SUPÉRIEUR 



I. - Naissance et première éducation 



Sommaire : i. La famille Carayol. — 2. Naissance 
d'Emile. — 3. Sa première enfance. — [4. Sa pre- 
mière éducation. — 5, Commencement de ses études, 
sous M» Meljac. 

1. La famille Carayol, du hameau d'Escazals, com- 
mune d'Espédaiilac, était une famille bourgeoise, riche 
et très considérée. 

En 1795, M. Jean-Baptiste Carayol, grand-père du 
troisième supérieur de Montfaucon, se rendit adjudi- 



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— 436 — 

cataire du domaine de Celles, dit la Borie Grande^ au 
prix de 75,000 francs. En 1819, le mariage de son fils 
aîné avec M"<* Clémentine Teilhard apporta à la fortune 
déjà considérable des Carayol un nouvel accroissement. 
Malheureusement en cherchant à l'augmenter encore 
par de vastes entreprises commerciales, le nouveau 
possesseur finit au contraire par la compromettre gra- 
vement et il en perdit la plus grande partie. 

Une fois retiré des afraires,qui ne lui avaient pas por- 
té bonheur, M. Jean^J^ouis Carayol obtint d'être nom- 
mé juge de paix du canton de Livernon. Dans l'exerci- 
ce de ces fonctions, il se fit remarquer par un grand 
bon sens, un savoir réel et un esprit très caustique qui 
s'alliait merveilleusement avec un grand fonds de 
bonté. 

De son mariage avec Clémentine Teilhard, Jean-Louis 
Carayol eut quatre fils dont celui dont nous avons à ra- 
conter la vie fut le deuxième. 

2. Celui-ci vint au monde le 4 octobre 1323. Il reçut 
au baptême les prénoms de Jean-Louis, et à la mairie 
celui d'Emile, par lequel ses parents s'habitifèrent à le 
nommer. On nous assure que M. Carayol, père,engoué, 
comme beaucoup de ses contemporains, des théories 
de Joan-Jacques Rousseau, avait projeté d'élever son 
second fils selon les principes de VEmile, et que ce fut 
dans cette pensée qu'il lui imposa ce prénom. Si le 
fait est vrai, comme nous avons tout lieu de le croire, 
il fout reconnaître que les vues de ce père étaient loin, 
pour le moment^ de s'accorder avec les vues de la 
Providence ; heureusement celles-ci ont prévalu ! 

ïjmile Carayol devenu grand et entrant dan^s la cléri- 
cafi^re, n^ crut pas nécessaire de renier le nom qu'il 



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— 437 — 

avait porté depuis son enfance ; il se coriienla de l'as- 
socier à ceux que FEglise lui avait donnés, et datis ses 
lettres d' ordination il est appelé Jean-Louis-Emile. Plùà 
tard, au Petit Séminaire de Montfaucon, il né permit de 
célébrer sa fête que le jour de Saint Louis de Gdnzagué 
(2i juin). 

3. Dans l'histoire de sa première enfance, nous ne 
trouvons aucun détail bien important à signaler. 

Le plus frappant, quoiqu'il se retrouve au commen- 
cemetit de la vie de prei^que tous les prêtres, est celui 
qui fit pressentir en lui, dès l'âge de cinq ans,uri futur 
ministre des autels. 

De tous les amusements auxquels il lui était pertBis 
de sei ]Wret celui qu'il préférait à tous les autres", c'était 
ce qu'il appelait dire la Messe. Quand les cifôôiiëtan- 
ces le lui permettaient, c'est-à-dire quand son frère 
aîné consentait à lui servir de clerc, et quand sa mèr'e, 
avec deux ou trois domestiques, voulaient bien 
lui composer une assistance, il les réunissait 
dans la salle à manger ; la table lui servait 
d'autel , une serviette de chasuble , et un gros 
livre de Missel. L'office n'était pas long : le célé- 
brant, tourné vers le peuple, chantait Doràinv^ vobis- 
cum ; puis, tourné vers l'autel, Oremus et Per Chris- 
tttm Djyminum nostrum, ensuite, il donnait urte bé- 
nédiction solennelle ; après quoi, Ite Missa est : la 
Messe était finie. 

La tradition n'ajoute pas, comme pour Lacordaire, 
que la petite messe d'Emile Carayol fût suivie d'un 
prône quelconque. Il est pfcbable' cependant qu'il don- 
nait aussi, même à cet âge, des sermons ; mais c'était 
seulement aux arbres de la forêt : c^est î^ du moins ce 



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— 438 — 

qu'il nous raconte lui-même dans un récit,peut-ôtre un 
peu fantaisiste, de sa première enfance : — « A cette 

> époque, dit-il, (j'avais environ 7 ans), mon esprit était 
» tout rempli des histoires merveilleuses de la vie dea 

> saints anachorètes que ma mère me lisait. Je ne rê- 

> vais que des circonstances de la mort des Antoine, 
» des Paul, etc., etc. ; et, comme un des plus grands 
» écrivains du siècle dernier, j'eus souvent la pensée 

> de m'enfoncer dans une profonde solitude. Plusieurs 
» fois, je m'en allais dans un bosquet voisin, et là, sé- 

> paré des vanités du monde, tantôt j'imitais les augus- 
)» tes mystères de la religion et tantôt j'annonçais aux 

> arbres qui m'entouraient les vérités de la foi ; mais 
» la vie érémitique durait peu et bientôt la faim me 
» ramenait au logis. i> (1) 

4. C'est aussi à une relation écrite par lui-même que 
nous devons quelques détails précieux sur les commen- 
cements de son éducation. — «Ma mère,dit-il,fut d'abord 
» mon unique professeur. C'est elle qui m'apprit à lire 
» et à écrire. Je n'oublierai jamais la joie qu'elle té- 
}i> moignait et les baisers dont elle me couvrait pour 

> récompenser mes efforts et mes progrès ; encore 
» moins la pieuse attention qu'elle apportait à saluer 
3 d'une inclination de tête, et à me faire saluer égale- 
» ment les noms de Jésus et de Marie, quand ils se ren- 
» contraient dans le texte que nous avions à parcourir. 
» Ce temps fut incontestablement le plus heureux de 
» ma vie. » 

A ces pieux récits, à ces lectures édifiantes qu'il fai- 
sait sous le regard d'une mère chrétienne, Emile Ca- 

(1) Cahiersd'honneur du Petit Séminaire.— Seconde: 4837-38. 



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— 439-- 

rayol voyait quelquefois succéder des descriptions d'un 
autre genre. — « Do toutes les récompenses que ma 
» mère pouvait m' accorder pour mon application à la 
» lecture, écrit-il encore, une des plus enviées c'était 

> de pouvoir prolonger ma veillée avec toute la famille 
» et tout le personnel des domestiques, rangés en cer- 
» de autour du foyer. Parmi ceux-ci, se trouvait un 
» vieux soldat de rEmpire,qui ne respirait que guerres 
)> et batailles et avait toujours quelques exploits nou- 
» veaux à raconter. Enhardi par l'attention qu'on lui 
» prêtait, le bonhomme déroulait avdc un enthousias- 
)> me, une abondance de détails, et un entrain prodi- 
» gieux les vicissitudes de sa carrière militaire. Ce 
» n'étaient que batailles gagnées, que rois détrônés, 
% que villes prises d'assaut par son régiment et grâce 
» au dévouement de la compagnie dont il faisait partie. 
» De défaites et de revers il n'était question que très 
» rarement, et toutes celles qu'il avouait s'expliquaient 
» uniformément par la trahison de Bernadette ou de 
» quelque autre général jaloux de la gloire de l'Em- 
» pereur. J'étais émerveillé de ces récits, j'admirais 
» ces exploits éclatants, ces héros magnanimes qui 
» avaient versé leur sang pour la patrie, je m'enthou- 
» siasmais pour la carrière militaire, et je me faisais 
» cette idée, encore vraie à mes yeux,que les Français 

> sont le premier peuple du monde. » 

Aussitôt qu'il sut lire, Emile Carayol se prit à tous 
les livres qui lui tombèrent entre les mains. La biblio- 
thèque de son père fournit d'abord à sa curiosité un 
aliment plus solide qu'agréable : elle comprenait quel- 
ques livres de droit et quelques traités d'agriculture. 
Mais qu'importait à l'enfant impatient de s'instruire ? 



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— 440 — 

Tous ces livres furent bientôt parcourus. Ils n'en lais- 
sèrent pas moins une empreinte profonde sur l'esprit 
du jeune lecteur. Pi us tard M.Carayol aimait beaucoup à 
parler de droit, d'administration et d'agriculture ; et 
sur ces diverses matières il émerveillait les hommes les 
plus compétents par la variété de ses connaissances 
et la justesse de ses idées. 

5. Le sévère juge de paix de Livernon n'était homme 
ni à gâter ses enfants ni à s'exagérer leur mérite ; ce- 
pendant il lui était impossible de ne pas reconnaître de 
bonne heure quel fils la Providence lui avait donné 
dans la personne d'Emile ; c'est pourquoi il résolut de 
ne rien négliger pour cultiver et pour développer ses 
heureuses dispositions. 

Nous avons dit qu'il avait formé le projet de l'élever 
selon les principes de V Emile. Toutefois, s'il eut jamais 
la pensée de lui donner l'éducation morale du disciple 
de Jean-Jacques, il y renonça de bonne heure, et se 
contenta d'essayer de lui donner l'éducation physi- 
que tant recommandée par le philosophe de Genève. 
On le vit, dit-on, pendant quelques mois exercer 
son fils Emile aux travaux manuels, aux exercices du 
corps, à la gymnastique. Mais ce ne fut pas de longue 
durée ; il ne tarda pas à sentir le ridicule de ces uto- 
pies soi-disant philosophiques, et prit enfin le parti de 
revenir à un système d'éducation plus conforme en 
même temps au bon sens et à l'usage. 

Il y avait encore, en 4831, quelques-unes de ces éco- 
les de presbytère dont nous avons parlé au commence- 
ment de cet ouvrage. Le zèle infatigable de quelques 
prêtres amis de la jeunesse et la confiance des pères de 
famille jointe parfois à la nécessité d'une sévère écono- 



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-.441 — 

mie, les entretenait à côté des divers établissements 
d'instruction primaire ou secondaire qui s'étaient fon- 
dés dans les principaux centres. C'est ainsi que le vé- 
nérable M. Meljac, dont le long ministère a laissé dans 
la paroisse de Grèzes de si précieux souvenirs, s'était 
fait l'instituteur d'un petit nombre d'enfants apparte- 
nant aux meilleures familles du pays. M. Carayol se ré- 
solut à lui confier ses deux fils, Gaston et Emile. Celui* 
ci sortit donc pour la première fois, à peine âgédebuit 
ans, de la maison paternelle pour aller habiter le pres- 
bytère de Grèzes. 

L'unique année qu'il passa auprès de M. Meljac fit 
naître, entre le digne prêtre et son élève, une de ces 
amitiés qui ne s'éteignent qu'avec la vie. 

M. Meljac, qui s'intéressa toujours vivement à la des- 
tinée de ses anciens élèves, portait un intérêt tout par- 
ticulier à celui qu'il appelait familièrement son cher 
Milou ; et lorsqu'il apprit, quelques années plus tard, 
que son élève embrassait la carrière ecclésiastique, il 
en versa des larmes de joie. Il regardait presque cette 
vocation comme son œuvre, et il y avait, ce semble, 
quelque droit. En effet, c'est à Grèzes que le jeune 
lévite s'était préparé à la première communion : or 
n'est-ce pas dans la ferveur de cet ado que s'affermit, 
le plus souvent, une vocation jusque-là incertaine ou 
inconsciente ? En outre, dans le presbytère de Grèzes, 
séjour de la piété et de l'étude, l'enfant avait pu se fai- 
re l'idée la plus élevée, en même temps que la plus 
juste, de la vie sacerdotale, et son esprit naturellement 
observateur n'avait pu qu'être vivement frappé d'un tel 
exemple. 

Quand ensuite cet élève chéri fut devenu prêtre, puis 



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— 442 ^ 

supérieur du Pelit Séminaire, et enfin chanoine de la 
Cathédrale de Cahors, avec quelle joie mêlée d'un no- 
ble orgueil le saint vieillard le recevait^pendant les va- 
cances, dans son modeste presbytère ! M. Garayol, de 
son côté, était heureux de prodiguer à son premier 
maître les témoignages de sa vénération, et disait vo- 
lontiers qu'il n'avait jamais rencontré de prêtre plus 
régulier, plus digne, plus pieux. 

Lel9 juillet 1880, près de 50 ans après qu'il avait 
inscrit Emile Carayol au nombre de ses élèves, M. 
Meljac eut la douleur d'assister au service funèbre cé- 
lébré dans l'église d'Espédaillac pour le repos de son 
âme, et nous vîmes pendant cette triste cérémonie, de 
grosses larmes glisser sur son visage ascétique. L'ex- 
cellent maître pleurait son élève, comme un père a 
coutume de pleurer son enfant. 



II. — M. Carayol élève au Petit Séminaire de 
Montiaucon 



Sommaire : i. Emile Carayol est placé au Petit Séminaire. 
— 2, Classes de Grammaire. — 3. Troisième. — 4. Se^ 
conde. — 5. Rhétorique. — 6. Philosophie. — 7. Bonne 
conduite. — 8. Affection de M. De^Tuppé pour M. Ca- 
rayol. 

1. Après un an de séjour au presbytère de Grèzes, 
Emile Garayol et son frère furent placés au Petit Sé- 
minaire de Montfaucon. Ils turent inscrits le 2 novem- 
bre 1832, l'un pour la Septième, l'autre pour la Sixiè- 



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— 443 — 

me. Emile à celte date n'était âgé que de neuf ans et 
quelques jours. 

Certains amis ou prétendus amis de la fsmille Ca- 
rayol s'étonnèrent de voir ainsi le juge de paix du can- 
ton de Livurnon envoyer ses enfants au Petit Séminaire 
et ne craignirent pas de manifester leur étonnement. 
L'excellent père leur ferma la bouche par ces réflexions 
fort justes : — « Que voulez- vous ?... Il n'est pas don- 
né à tout le monde de pouvoir risquer ses enfants dans 
les maisons de l'Université. On m'assure qu'il se fait à 
Montfaucon de bonnes études comme ailleurs, et que 
la jeunesse s'y conserve beaucoup mieux : c'est ce qui 
m'a décidé. Je les aurais placés ailleurs, si j'avais trou- 
vé ailleurs les mêmes avantages. » 

Quelques années après, quand le second de ses fils 
fut devenu le consolateur de sa vieillesse, le conseiller 
et le soutien de sa famille, et l'honneur de sa maison, 
Jean-Louis Garayol put s'applaudir d'avoir bravé les 
préjugés irréligieux des bourgeois du voisinage, et 
d'avoir suivi uniquement les inspirations de son bon 
sens. 

2. Les deux frères se mirent au travail avec la mê- 
me ardeur, mais avec des succès inégaux. De bonne 
heure il fut visible que le plus jeune était le mieux 
doué. Toutefois, soit à cause de son jeune âge, soit par- 
ce qu'il était entré en Septième sans avoir une connais- 
sance suffisante des premiers éléments du français et 
du latin, Emile Carayol ne parvint que lentement au 
premier rang. Dans les classes de grammaire, il compta 
toujours parmi les bons élèves, mais ses succès se 



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bornèrent à un petit nombre de prix et plusieurs ac- 
cessits. 

3. Ce fut en Troisième seulement qu'il révéla son in- 
contestable supériorité : il y conquit de haute lutte le 
premier rang et s'y maintint constamment jusqu'à la 
fin de son Petit Séminaire. Du reste, dans tous le cours 
de ses études, son application fut soutenue, mais sans 
contention d'esprit, et presque sans effort. Il avait le 
travail très facile. On le voyait bien à la façon dont il 
préparait ses compositions et ses devoirs : il réfléchis- 
sait en s'amusant. Tandis que ses condisciples compo- 
saient un brouillon, ou la tête entre les mains se creu- , 
saient le cerveau, Emile Carayol ne semblait tout 
d'abord occupé qu'à se faire des jouets ; puis tout à 
coup les amusements cessaient ; il prenait la plume, 
et d'un seul jet, sans interruption, sans rature ni repri- 
ses, il donnait en quelques pages d'une écriture fine et 
déliée, une composition régulière, pleine de pensées,et 
d'un style plus ferme que coloré, sans beaucoup d'éclat 
mais aussi sans aucune de ces fautes qui accusent si 
souvent l'inexpérience des débuts. 

4. En Seconde cependant, la palme lui fut vivement 
disputée. M. Mazélié, alors tout jeune professeur (il 
n'était encore que sous-diacre), avait su inspirer à ses 
élèves une ardeur et une émulation extraordinaires. 
Or, parmi eux, à côté de M. Carayol, se trouvait Léon 
Valéry, le futur poète des Heures intimes, âme sensi- 
ble, ardente, impétueuse, et qui, dans les essais d'in- 
vention poétique usités en Seconde, se trouvait en plein 
^ans son élément. La lutte fut vive. Une place gagnée 
ou perdue par l'un des deux rivaux était un évène- 



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ment pour la maison tout entière, et plusieurs prédi- 
saient au poète le succès définitif. Il remportait en 
effet par la richesse de ses descriptions et par Téclat de 
son style ; mais sur tous les autres points il le cédait à 
çon antagoniste, et à la fin de l'année les qualités soli- 
des remportèrent sur bs qualités brillantes. 

5. L'année suivante, par le départ de Léon Valéry, 
Emile Garayol se trouva n'avoir plus d'adversaires re- 
doutables à combattre. Mais soucieux avant tout de 
s'instruire il travailla toujours avec la même ardeur. 
C'est alors que pour utiliter les moments de loisir que 
lui laissait sa prodigieuse facilité, il entreprit un travail 
dont personne jusqu'à lui n'avait eu la pensée à Mont- 
faucon Ayant lu ce que l'histoire raconte du président 
de Mesmes au XVI® siècle, il essaya de suivre son 
exemple et d'apprendre par cœur, d'un bout à l'autre, 
les 24 chants de l'Iliade. Plus de trente ans après, en 
1861, quand il institua dans les classes supérieures les 
examens facultatifs de fin d'année, il fit, pour nous 
encourager, une allusion discrète à cet exploit de sa 
jeunesse : il ne se nommait pas, mais ce n'était guère 
nécessaire ; à partir de ce moment nous nous expli- 
quâmes très bien que M. Carayol, dans la visite des 
classes, suivit l'explication d'Homère sans aucun livre 
sous les yeux. 

6 Les études philosophiques, malgré leur réputa- 
tion d'aridité et de subtilité, n'avaient rien qui pût re- 
buter un tel élève. Elles devaient cependant lui susci- 
ter, parmi see condisciples, un concurrent jusque-là 
peu remarqué. C'était Joseph Carrières, de Douelle^qui 
après avoir passé en Rhétorique §ajis ^voir obtenu une 



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— 446 — 

seule mention, partagea avec M. Carayol le prix de 
Philosophie proprement dite, et lui disputa l'Excel- 
lence. Ce jeune homme qui révélait à Timprovisle une 
telle aptitude aux abstractions philosophiques, devint 
bientôt après un prêtre de grande espérance ; mais un 
funeste événement le ravit au diocèae, ou plutôt à la 
patrie : en 1856, il partait sur la Sérrnllante, pour la 
Crimée, en qualité d'aumônier militaire ; le navire sur- 
pris par la tempête sombra dans la déiroit de Boni- 
lacio, et tout périt, corps et biens. 

Le Palmarès de 4840 nous apprend que M. Carayol 
prononça à la distribution des prix, selon l'usage du 
temps, un discours sur la Nécessité de la Philosophie 
pour la jeunesse. Nous n'avans pu retrouver, ni dans 
ses cahiers, ni dans les cahiers d'honneur de 
sa classe, cet essai philosophique d'un jeune 
homme de seize ans. Apparemment, en 1855, 
quand il devint professeur, de Philosophie, il le 
trouva peu digne de passer à la postérité, et s'empres- 
sa de le faire disparaître. Ce n'est pas le seul méfait de 
ce genre que nous aurions à reprocher à son excessive 
humilité. 

7. Tandis que M. Carayol ravissait ainsi, par so,n tra- 
vail et ses succès, l'admiration de ses condisciples et de 
ses maîtres, il méritait également l'estime universelle 
par la régularité de sa conduite et sa solide piété. 
Néanmoins, nous sommes obligés de convenir que le 
jeune séminariste ne devait pas obtenir aussi facilement 
la palme de la piété que celle de l'intelligence et du 
talent. Enfant au milieu d'une foule de jeunes gens 
dont plusieurs étaient presque des hommes faits, plein 
de bonne humeur et pétillant d'esprit, il avait encore. 



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— 447 — 

avant de pouvoir être cité pour modèle, à comprimer 
un fonds très riche d'espièglerie dont on se fera diffi- 
cilement une idée si Ton se reporte uniquement à l'épo- 
que où il exerçait, avec une si sévère gravité, ses fonc- 
tions de préfet de discipline. On comprend qu'il n'eût 
pas remporté cette victoire sur lui-même dès l'âge de 
quinze ans. 

Ce défaut contre lequel aucun maître intelligent n'a 
jamais pu se montrer bien sévère, et qui s'allie bien 
souvent aux qualités les plus précieuses de l'esprit et 
du cœur, n'empêchait point qu'il ne fût ordinairement 
régulier, sincèrement pieux et estimé autant qu'aimé 
de tous ses maîtres. 

D'ailleurs son heure devait v"enir,et de même qu'après 
quelques années de succès partagés, la supériorité de son 
talent ressortit aux yeux de tous, de même, après avoir 
payé tribut à la légèreté de l'âge, on le vit, devenu prê- 
tre, porter au plus haut point le zèle, la ferveur, la pié- 
té, la charité, en un mot toutes les vertus sacerdotales. 
Né, comme saint François de Sales avec un caractère 
plein de vivacité, emporté et même violent, il fit cons- 
tamment des efforts visibles pour en comprimer les 
explosions, et s'il ne devint pas un modèle de patience 
et de douceur aussi parfait que le saint évêque de Ge- 
nève, il fut toujours du moins maître de lui-même, ne 
manifesta que de justes colères et ne sortit jamais, 
même dans les cas les plus difficiles, des bornes d'une 
légitime sévérité. 

8. Nous venons de mentionner l'estime et l'affection 
qu'il sut inspirer à tous ses maîtres. Parmi ceux-ci un 



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— 448 - 

surtout paraît lui avoir porté un intérêt tout particu- 
lier : c'est M. Derruppé. L'éminent supérieur avait ap- 
précié de bonne heure les qualités solides de cette belle 
intelligence, si conforme à la sienne par sa netteté, sa 
vigueur et son amour d'une exacte et parfaite régula- 
rité. Aussi M. Carayol fut-il toujours son disciple pré- 
féré, et entra dans sa confiance à un degré que nul au- 
tre n'a certainement jamais atteint. Avec le temps cette 
confiance devint absolue, et quand le maître céda la 
place à son élève pour se renfermer dans ses fonctions 
de vicaire général, ce fut pour lui une consolation bien 
douce que de transmettre la direction de son œuvre à 
un prêtre selon son cœur. Du reste, comme il arrive 
presque toujours, eitre ces deux hommes la confiance 
et l'admiration étaient réciproques,et nous aurons bien- 
tôt l'occasion de signaler le véritable culte que M. 
Carayol professait pour M. Derruppé. 



§ III. — M. Carayol à Saint- Sulpice 



Sommaire : i. Vocation à Vétat ecclésiastique — 2. Oppo- 
sition paternelle, — 3. Saint-Sulpice, — 4. Ordinations 

1. Parmi ses travaux et ses succès d'écolier, à quoi 
se destinait le jeune Carayol ? Il n'aliendit pas d'avoir 
fini ses études pour le manifester. Le sacerdoce dont 
il se plaisait encore enfant à imiter lus augustes fonc- 
tions, la vie sacerdotale, dont il avait admiré de bonne 
heure dans le presbytère de Grèzes un modèle accom. 
plijl'attiraient de plus en plus, et l'éducation qu'il rece- 
vait au Petit Séminaire ne pouvait que seconder cet in* 



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— 449 — 

vîncible attrait. D'un autre côté sa pieuse mère n'avait 
jamais eu de plus grand désir que de compter parmi 
ses enfants un ministre de Dieu. Avec cette perspicacité 
qui ne trompe jamais l'œil maternel, elle comprit de 
bonne heure que Dieu lui réservait cette consolation, 
et quand le moment fut venu, elle fut la première in- 
formée de la vocation de son fils. Elle en remercia 
Dieu de tout son cœur et exhorta tendrement le jeune 
lévite à persévérer dans sa sainte résolution. 

2. Les obstacles ne devaient pas manquer. Le prin- 
cipal devait être l'opposition paternelle. Le grave ma- 
gistrat n*avait jamais pris au sérieux les goûts presque 
ecclésiastiques de son fils, et lorsqu'on lui avait repré- 
senté que l'éducation cléricale qu'il faisait donner à ses 
enfants pourrait bien les conduire au Grand Séminaire 
il s'était contenté de hausser les épaules. D'après lui, 
son fils Emile devait suivre la carrière des armes et de- 
venir un brillant officier. Son instruction précoce et la 
protection bien assurée de M. Calmon (1) lui facilite- 
raient son admission à Saint Gyr ; après quoi ses ta- 
lents, son travail et la chance feraient le reste... On 
peut donc se figurer la profonde stupéfaction avec la- 
quelle il entendit Emile lui-même lui annoncer qu'il 
n'avait jamais sérieusement pensé à entrer dans l'état 
militaire, qu'il avait toujours eu la pensée de devenir 
prêtre, et qu'après avoir terminé son cours de philoso- 
phie, il ne désirait rien tant que d'entrer au Grand Sé- 
minaire ! Quoique chrétien au fond et capable d'appré- 
cier la grandeur du sacerdoce, il fut affligé de cette dé- 
claration, comme on l'est en voyant s'évanouir tout à 

(1) Directeur de renregistrement et des domaines, et am 
dévoué de la famille Garayol. 

29 



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— 450 — 

coup les rêves les plus brillants et ses plus chères 
espérances. On raconte cependant qu'il contint son 
émotion et se contenta de déclarer qu'à seize ans il est 
impossible à un jeune homme de connaître sûrement 
sa vocation. Mais il connaissait son fils et certainement 
il ne se fit aucune illusion. Quelques jours après, ren- 
dant visite à M. Galmon, son ami :— « C'en est fait, lui 
dit-il ; nous n'avons plus besoin pour Emile d'une pla- 
ce à Saint-Gyr ; il veut se faire prêtre !... Je m'y oppo- 
se fortement, mais je le connais, rien ne le fera chan- 
ger d'idée, c'est comme s'il l'était ! » 

Heureusement, le confident à qui M. Carayol faisait 
part d'un tel chagrin n'était nullement imbu de préju- 
gés irréligieux. — « Mon cher, répondit-il à M. Ca- 
rayol, en fait de profession et d'avenir, je suis d'avis 
que chacun doit suivre, autant que possible, son at- 
trait. Laissez donc votre fils devenir prêtre, s'il le dé- 
sire ; plus tard, si nous ne pouvons en faire un géné- 
ral, nous en ferons un évêque! » 

M. Carayol n'insista pas; la réflexion survint et au 
lieu d'opposer une résistance acharnée et coupable aux 
vœux de son fils, il combla ses désirs en exigeant qu'il 
fit demander une place à Saint-Sulpice. 

C'est ainsi que la Providence avait aplani les voies 
par lesquelles devait marcher son fidèle serviteur ; sui- 
vant sa coutume, elle avait fait servir des vues natu- 
relles et humaines à l'accomplissement de . ses des- 
seins surnaturels. On conviendra du reste que cette 
ambition d'un cœur tout paternel n'avait rien que de 
réalisable. M. Carayol élevé à l'épiscopat aurait certai- 
nement honoré son siège et grandement servi 
l'Eglise. Mais l'homme propose et Dieu dispose ! 

3. Libre de suivre sa vocation, M. Carayol par- 



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- 451 — 

tit pour Saint -Sulpice au commencement d'octobre 
1840. 

Le grand séminaire de Paris était à cette époque dans 
Tune des périodes les plus brillantes de son histoire. 
M. Carrières, M. Laloux, M. Lehir, M. Icard, dans toute 
la force de Tâge et du talent, se montraient les dignes 
successeurs de M. Garnier et de M. Emery. Leurs tra- 
vaux sur les diverses branches de la science sacrée, sur 
l'Ecriture sainte, le Mariage, le Droit, la Conscience, 
etc.. se plaçaient au premier rang parmi les produc- 
tions de notre siècle et cette société de prêtres émi- 
nents,sans sortir des traditions de modestie recomman- 
dées par le Vénérable 01ier,taisait revivre pour TEglise de 
France, en plein XIX^ siècle, l'éclat du XVIIe. Aussi le 
grand établissement était-il à la fois une école de ver- 
tus sacerdotales et le sanctuaire de la science reli- 
gieuse. 

Cette vie d'études et de prière, ces traditions de piété 
et de travail produisirent sur la jeune âme de M. Ca- 
rayol une profonde impression ; il fut enthousiasmé et 
entraîné. Sa religion, jusque-là plus raisonnée qu'af- 
fective, commença dès lors à devenir cette piété à la 
fois austère et tendre dont il fut au Petit Séminaire un 
des modèles les plus frappants. Le travail, dont il avait 
depuis longtemps l'habitude et le goût, devint chez lui 
une passion. Ses résumés de théologie, heureusement 
conservés, ne sont pas seulement l'abrégé d'un auteur 
plus ou moins complété par les exphcations des pro- 
fesseurs ; ils font preuve d'un grand travail personnel : 
on dirait les méditations et les recherches du docteur 
plutôt que les études de l'élève. En même temps, M. 
Garayol entreprenait en s'aidant des commentaires de 



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— 452 — 

Saint Augustin, de Saint Ambroise, de Bellarmin et de 
Berlhier, un travail sur les Psaumes qui est presqueun 
modèle d'exactitude et de piété. Malheureusement ce 
travail est resté inachevé ; il s'arrête au psaume 87. 

Les vénérables directeurs de Saint-Sulpice ne tardè- 
rent pas à remarquer dans la foule de ses condisciples 
ce séminariste qui, malgré son extrême jeunesse, don- 
nait l'exemple d'une application si soutenue. Un mo- 
ment déconcertés, à ce qu'on nous assure, en le voyant 
pendant les récréations s'amuser comme un enfant, 
leur étonnement fit bientôt place à une sincère admi- 
ration. M. Carrières, qui eut toujours, dit-on, quelque 
préférence pour les méridionaux, en eut à plus forte 
raison pour ce jeune cadurcien. L'ami de M. Derruppé 
devint aussi celui de M. Carayol, et nous savons que 
cette amitié a été plus tard très profitable à beaucoup 
de nos compatriotes. 

Avons-nous besoin de dire que M. Carayol se fit en 
même temps beaucoup d'amis parmi ses condisciples? 
Voici ce que nous écrit à son sujet M. le Supérieur 
actuel de Saint-Sulpice : 

« Issy, le 20 septembre 1889. 

» Monsieur l'Abbé, 

» J'ai conservé l'image de M. Carayol empreinte dans 
mes souvenirs, et ses vertus m'ont beaucoup édifié, 
surtout vers la fin de notre temps de séminaire où je 
vivais un peu plus avec lui. Un grand esprit avec une 
modestie peu commune ; un grand sérieux avec une 
aimable gaieté ; une grande piété, voilée sous une sim- 



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— 453 — 

plicité toute nue, sont les trails principaux que Ton re- 
marquait en lui. 

» C'était un excellent élève de théologie, et nous re- 
courions souvent à ses notes pour mieux comprendre 
les leçons du professeur. Ses succès dans le ministère 
des catéchismes n'étaient ni moins éclatants ni moins 
soutenus. Ses conférences spirituelles faisaient d'or- 
dinaire une forte impression sur tous ses confrères. 

» On l'admirait, mais on l'aimait encore davantage, 
car son obligeance et sa charité surpassaient encore ses 
talents. 

» Je suis... etc. 

MARÉCHAL, prêtre de Saint-Sulpice. 

On se souvient que M. Derruppé avait été sur le point 
de s'enrôler dans la milice sulpicienne. Il en fut de 
même de M. Carayol. Mais son pèie, pressenti à ce 
sujet, menaça d'opposer une telle résistance, que les 
sulpiciens. eux-mêmes conseillèrent au fervent sémina- 
riste de renoncer à son projet. 

4. L'extrême jeunesse de M. Carayol ne lui permet- 
tait pas de recevoir à Paris les ordres sacrés. Entré, à 
Saint-Sulpice au commencement d'octobre 1840 au 
moment même où il atteignait sa 17^ année il en sor- 
tait en 1843 à peine âgé de 20 ans : il reçut à 
Paris la tonsure et les ordres mineurs des mains de 
Mgr Affre. C'est à Cahors qu'il reçut ensuite les ordres 
sacrés. Son ordination à la prêtrise est du 12 septem- 
bre 1847. 



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— 4S4 — 

§ IV. — M. Carayol professeur au Petit Séminaire 
de Montfaucon 



Sommaire : 1. M. Carayol est appelé à renseignement et 
nommé professeur de Rhétorique. — 2. Sa manière d'en- 
seigner. — 3. Les préceptes de rhétorique. — 4. L'histoire 
de Véloquenee, — 5. Divergences dans le personnel du Pe^ 
tit Séminaire. Attitude de M. Carayol, — 6» M. Carayol 
professeur de philosophie. 

1. Le Petit Séminaire de Montfaucon n'avait point 
perdu de vue son ancien élève, et l'opinion commune 
était qu'on n'attendait que la fin de son Grand Sémi- 
naire pour lui offrir une chaire en rapport avec son 
talent. De son côté, il aimait cette maison, cet esprit 
montfaucounais, un peu primitif, mais excellent au fond, 
et ces vieux maîtres qui lui avaient toujours témoigné 
une extrême bienveillance ; comme s'il avait eu un 
pressentiment de l'avenir, toute son ambition était de 
.pouvoir consacrer son existence à l'œuvre du Petit 
Séminaire. Aussi, chaque année, après son retotir de 
Paris, s'empressait- il de faire sa visite à Montfaucon, 
et nous n'avons pas besoin de dire combien on y était 
heureux de le revoir. On sait déjà comment, dans une 
de ces visites il révéla tout à coup, par une sorte de 
coup de théâtre, la nomination de M. Derruppé à la 
charge de vicaire-général. 

Cependant le soin de sa santé, un peu fatiguée par 
le régime et par le travail assidu du Grand Séminaire, 
l'obligea de passer dans sa famille les premiers mois de 
l'année 1844. Ce fut seulement au mois de juin de cette 
année qu'uae lettre de M. Derruppé vint faire appel à 
son dévouement pour suppléer M. Galan, professeur de 



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— 455 — 

Troisième, incapable pour le moment de continuer son 
cours. 

L'année suivante, il fut nommé professeur de Rhéto- 
rique à la place de M. Mazélié ; il devait occuper cette 
chaire pendant dix ans. 

2. I! ne sera pas sans intérêt de savoir quelle était 
sa manière d'enseigner. 

M. Garayol était l'exactitude même. Rien ne pouvait 
ni ralentir ni précipiter la marche de sa classe. Tout y 
était réglé d'avance^ jusqu'à ces minutes de repos qu'il 
convient parfois d'intercaler entre des travaux fatigants. 
Aussi jamais sous lui une leçon n'est restée inexpliquée, 
jamais un devoir n'a manqué d'être corrigé. 

Quand il donnait un exercice de style, un sujet 
de discours, de vers latins, d'analyse oratoire, etc.; il 
ne se contentait pas de donner un simple canevas qui 
pût guider l'inexpérience des élèves : il avait soin 
de faire connaître longuement quels étaient, à son avis, 
la meilleure manière de traiter la question proposée et 
les périls à éviter ; et afin de donner ces indications 
d'une manière plus précise et plus sûre, il prenait la 
peine de les mettre d'avance par écrit. Pareillement, 
quand le moment de corriger les devoirs ainsi préparés 
était venu, M. Garayol ne bornait pas ses observations 
à une critique plus ou moins détaillée des fautes de 
l'élève. S'emparant de ce qu'il avait pu y remarquer de 
bon, et remplaçant ce qu'il y avait trou vé de défectueux,il 
donnait une sorte de modèle où les élèves, même les plus 
faibles, croyaient reconnaître en partie leur ouvrage I 
Par suite, ils étaient tous grandement encouragés. Il 
serait difficile d'imaginer une manière de corriger plus 
pénible pour le professeur, mais aussi plus utile aux 
élèves. 



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— 456 — 

3. En accomplissant ce rude labeur, qui formait la 
partie la plus rebutante mais non la moins utile de 
sa tâche, M. Garayol trouvait encore le temps d'étudier 
à fond les principes de la rhétorique et l'histoire de 
Téloquence. 

Les élèves avaient entre les mains les Préceptes de 
rhétorique de l'abbé Girard. Ce petit livre où sont heu- 
reusement récueillis et résumés tous les conseils utiles 
que les maîtres dans l'art de bien dire ont donnés dans 
les siècles passés, avait suffi aux prédécesseurs de M. 
Garayol ; ils se contentaient de le faire apprendre et de 
le commenter à leurs élèves. M. Garayol crut devoir 
faire un peu plu?. 

Persuadé que les grands écrivains ont ordinairement 
fourni le meilleur commentaire de leurs propres pré- 
ceptes, il s'miposa, en premier lieu, une patiente ana- 
lyse des divers traités que Gicéron, Quintilien, Féne- 
lon, etc., nous ont laissés sur l'éloquence, et ne recu- 
la même pas devant la nécessité de transcrire de sa 
propre main la rhétorique latine du R. P. Roothaam. 
De ces divers auteurs il tira un cours de rhétorique, 
assez semblable par le cadre à celui de l'abbé Girard, 
mais très différent par les développements. Avait-il la 
pensée de le faire imprimer,du moins pour ses élèves ? 
Le soin avec lequel ses cahiers sont écrits le ferait 
supposer ; cependant il ne pouvait méconnaître qu'en 
réalité il n'avait fait que refaire à sa manière le travail 
de l'abbé Girard, et que son livre ferait double emploi 
avec celui du savant proviseur du Lycée de Rodez ; il 
renonça à son projet. 

4. Il devait en être autrement pour son histoire de 
l'éloquence. 



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. — 467 — 

On ne connaissait encore, en 1845, qu'une seule his- 
toire élémentaire de Téloquence : le Précis de Tabbé 
Henry : encore cet ouvrage, d'abord publié en deux 
volumes in-8, était-il plutôt un guide pour le profes- 
seur qu'un auteur classique à placer entre les mains 
des élèves. Par suite, les professeurs se voyaient obli- 
gés d'en faire eux-mêmes un court abrégé qui devenait 
le complément indispensable de leur cours de rhétori- 
que. Or, la concision nécessaire dans un travail de ce 
genre, le rendait peu profitable aux élèves si on se con- 
tentait de le réciter de vive voix ; et si on prenait le 
parti de le dicter, il prenait encore sur la durée des 
classes un temps beaucoup trop considérable. 

Pour éviter ce double inconvénient, M. Carayol ré- 
solut de publier lui même un nouveau précis de Vhis- 
ioire de V éloquence à Vusage des élèves de Rhétori- 
que. 

— « Ce précis, disait l'auteur, dans une courte pré- 
face, est emprunté, presque tout entier, aux plus illus- 
tres critiques dont les jugements font autorité. Gicéron, 
Quintilien, Fénelon, Laharpe, Maury, Blair, Villemain, 
Cormenin^ Gérusez, etc., en ont fait tous les frais. » — 
Toutefois, en empruntant ainsi aux meilleurs critiques 
le fond de son ouvrage, M. Garayol avait encore à coor- 
donner leurs jugements et à les résumer en quelques 
mots tout à fait précis, afin qu'ils pussent se graver 
profondément dans l'esprit des élèves. Tel est en effet 
le principal mérite de cet opuscule, que les nouveaux 
plans d'étude de l'Université ont rendu maintenant 
inutile. 

Avons-nous besoin de dire quels étaient les senti- 
ments des élèves à l'égard d'un tel maître, de quelle 



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- 458 - 

considération et de quelle confiance il jouissait auprès 
d'eux ? 

Jamais familier, toujours digne ec souvent sévère, il 
exigeait de ses élèves une grande somme de travail 
personnel ; mais celui qu'il s'imposait à lui-même lui 
donnait le droit d'être exigeant sous ce rapport, et nul 
ne songeait à s'en plaindre. •— Du reste, s'il était exi- 
geant et sévère, il était aussi toujours plein de bonté, 
toujours prêt à donner en particulier de nouvelles ex- 
plications, de sages conseils et de précieux encourage- 
ments. Il exhortait souvent les plus faibles à ne jamais 
craindre de l'importuner par leurs demandes. Ces dis- 
positions, bien connues, faisaient régner entre le maî- 
tre et ses disciples des rapports ordinairement em- 
preints de la plus parfaite cordialit(f . 

Il était de même à l'égard de ses collègues. Toujours 
bon, serviable, plein d'esprit et de charité, il était 
également chéri, Xîonsidéré et recherché de tous. 

Toutefois on ne tarda pas à remarquer que sa bien- 
veillance et son affabilité s'alliaient à une certaine ré- 
serve, que l'on attribuait généralement à sa timidité 
naturelle. 

5. Peut-être y avait-il dans son altitude autant de sa- 
gesse que de timidité. 

Nous avons déjà parlé des divergences d'opinion qui 
régnaient à cette époque entre les meilleurs esprits et 
pénétraient jusque dans les moindres communautés. 
Le Petit Séminaire de Montfaucon fut lui-même en- 
vahi, de 1850 à 1855, par l'esprit de controverse. En po- 
litique, en littérature, même en religion, des opmions 
encore permises, mais très hardies, s'y produisirent et 
donnèrent lieu parfois entre confrères aux discussions 



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— iso- 
les plus vives et les plus animées. Parfois aussi mal- 
heureusement le désaccord portait sur des questions 
d'un caractère plus pratique. Certains esprits imbus 
d'un libéralisme dangereux et trop amis des nouveau- 
tés, affichaient trop de mépris pour les vieilles coutu- 
mes et les traditions les plus respectables de la 
maison ; et en l'absence de M. ' Derruppé, ni M. 
Bonhomme, ni M. Gratacap n'avaient l'autorité suffi- 
sante pour réprimer ces écarts imprudents. 

Témoin de ces divergences d'idées et de ces tendan- 
ces novatrices, M. Garayol se renferma dès le début 
dans une sage réserve qui convenait d'ailleurs parfai- 
tement à son peu de goût pour la controverse. If était 
extrêmement rare de le voir se mêler aux discussions 
qui s'engageaient sur les questions du jour ; et s'il y 
prenait quelquefois la parole, ce n'était guère qu'à la 
fin pour résumer le débat, tirer les conclusions, et 
constater que la question, comme il arrive presque tou- 
jours, n'avait pas fait un pas. En ce qui concernait la 
maison et en face de l'esprit nouveau qui cherchait à 
l'envahir, M. Garayol respectueux des vieux usages, 
les défendait surtout par ses exemples, en continuant 
de s'y conformer avec son exactitude et sa simplicité 
accoutumées. 

Cette attitude était fort commentée par ses collègues. 
Il se réserve et il s'observe^ disaient quelques-uns, en 
lui supposant des pensées ambitieuses que son humi- 
lité aurait repoussées avec indignation. Il est très vrai 
du moins qu'il s'observait soigneusement, et que, dans 
la situation où il se trouvait,cette sage conduite était en 
même temps fort habile. 



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— 460 — 

6. Telle était la situation de M. Garayol au Petit Sé- 
minaire lorsque survinrent, en 1854, les départs simul- 
tanés de M. Gratacap, préfet des études, de M. Blaviel, 
professeur de Philosophie et de M. Delmas, professeur 
de Seconde. M. Derruppé déjà très fatigué de sa res- 
ponsabilité et sentant, mieux que personne, les incon- 
vénients du régime inauguré en 1842, aurait sans doute 
bien désiré de se retirer également ; mais Mgr Bardou 
ne crut pas prudent d'ajouter au changement de trois 
des principaux directeurs celui du supérieur lui-même, 
et faisant encore appel au dévouement de M. Garayol, 
il le nomma professeur de Philosophie. 

Moins versé dans la connaissance des philosophes 
que dans celle des orateurs, et chargé des élèves de 
deux cours, M. Garayol ne put entreprendre sur la phi- 
losophie le même travail qu'il avait fait sur la rhétori- 
que. Il se contenta de suivre pas à pas le Compendium 
classique de M. Manié. 

Mais il fît en sorte de suppléer aux vastes connais- 
sances, qu'il n'avait pas eu le temps d'acquérir, par la 
clarté de ses explications. C'était un retour à la métho- 
de de M. Derruppé. Son cours de philosophie fut donc 
plus élémentaire peut-être que celui de son prédéces- 
seur immédiat, mais la majorité de ses élèves n'eut pas 
à s'en plaindre. Au lieu do trois ou quatre élèves seu- 
lement qui auraient pu le suivre dans les profondeurs 
de la métaphysique, il fut toujours suivi par l'ensem- 
ble de sa classe. 

G' est après avoir ainsi professé la philosophie pen- 
dant près de quatre ans, que M. Garayol fut enfin char- 
gé de la direction du Petit Séminaire, en remplacement 



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— 461 — 

de M. Derruppé. Par un nouveau bienfait de la Provi- 
dence, il avait la satisfaction de céder sa chaire à Tes- 
prit le plus philosophique que la maison eût encore 
possédé, à un vrai philosophe, M. l'abbé Massabie. 



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SECONDE PARTIE ^ 



M. GARAYOL 

SUPÉRIEUR DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUGON 



§ L — Mission de M. Garayol. 



Sommaire : i. La nomination de M. CarayoL — 2. Sa mis- 
sion et son œuvre. 

1. C'est le 4 mai 1858 que M. Carayol fut officielle- 
ment investi de ses nouvelles fonctions. 

Ni la retraite définitive de M. Derruppé, ni la nomi- 
nation de son successeur ne pouvaient causer au Petit 
Séminaire une grande surprise. Seule, Témotion occa- 
sionnée p.'ir le brusque départ de M. Bonhomme fut 
vivo et profonde ; mais les regrets unanimes que lais- 
sait Tancien vice-supérieur ne pouvaient en rien être 
nuisibles à la nouvelle administration. Chacun sentait 
qu'il était temps que la conduite du Petit Séminaire 
fût confiée à des mains plus jeunes, et le nouveau su- 
périeur, quoique redouté d'avance pour sa sévérité, fut 
accueilli avec confiance et sympathie. Une ère nou- 
velle commençait pour l'établissement. 

2. La tâche qui s'imposait à M, Carayol était bien 



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— 463 — 

différente de celle qui trente ans auparavant avait sol- 
licité le dévouement de M. Derruppé. Depuis longtemps 
l'œuvre de M. Larnaudie avait reçu sa forme et son or- 
ganisation définitives ; plusieurs générations de prêtres 
étaient déjà venues s'y former à la science et aux ver- 
tus sacerdotales ; et si Ton peut juger de l'arbre par 
ses fruits, la direction avait été bonne. Par conséquent, 
sous plusieurs rapports, M. Carayol n'avait guère qu'à 
marcher sur les traces de ses prédécesseurs. 

Sur quelques points cependant il pouvait et il devait 
faire mieux. Ainsi, par exemple, l'exercice de l'autoiité, 
jusqu'alors partagé entre deux directeurs dont les ap- 
titudes et le caractère étaient presque opposés, devait 
nécessairement revenir à l'unité ; les études, quoique 
renommées pour leur solidité, devaient recevoir une 
impulsion nouvelle sous un maître dont la compétence 
s'étendait à toutes les branches de l'enseignement ; 
enfin, la surveillance, sans rien perdre de son carac- 
tère tout paternel, pouvait devenir plus régulière. Sous 
le rapport matériel, l'œuvre du Petit Séminaire se res- 
sentait encore de la misère des dernières années qui 
avaient failli la compromettre : il fallait refaire la si- 
tuation, se mettre au courant, et puis préparer, s'il 
était possible, la construction de nouveaux bâtiments, 
de plus en plus indispensables. 

M. Carayol ne faillit pas à l'accomplissement de cette 
lâche multiple. La Providence l'avait doué de toutes 
les qualités nécessaires à cette fin : une parfaite' sûreté 
de vues, une aptitude presque égale à tout apprendre 
et à tout enseigner, une grande dextérité dans le ma- 
niement des hommes, enfin le don de l'autorité. On va 
le voir à l'œuvre. 



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— 464 - 
§ II. — Direction religieuse 



Sommaire : 1. Piété de M. Carayol. — 2, Prédications, — 
3. Direction des consciences, — 4. Conférences sur la va- 
cation, 

1. On sait que M. Carayol eut à lutter dès son en- 
fance contre une grande vivacité de caractère. On se 
souvient aussi qu'à Saint-Sulpice, sa religion jusque-là 
plus raisonnée qu'affective, se changea peu à peu en 
une piété austère et pourtant pleine de tendresse, où 
le cœur avait sa part aussi bien que la volonté et la 
raison. Toutefois, ce changement ne fut pas Tœuvre 
d'un jour ; les années même de Grand Séminaire ne 
suffirent pas à l'accomplir entièrement ; ce fut l'œuvre 
des premières années de son sacerdoce, disons mieux, 
de sa vie tout entière, car on a remarqué qu'à mesure 
qu'il avançait en âge sa piété avait pris un caractère de 
tendresse de plus en plus accentuée. Aussi, malgré ses 
efforts, comme la grâce corrige et élève la nature sans 
la détruire, la piété de M. Carayol garda toujours de sa 
première manière quelque chose d'un peu rigoureux et 
d'un peu sec, du moins en apparence. 

Ce furent ces ilehors peu engageants qui, pendant les 
premières années de son enseignement, frappèrent l'es- 
prit des élèves, et en inspirant une grande estime pour 
ce jeune prêtre effrayèrent la faiblesse du jeune âge. 
Aussi éprouva-t-on d'abord à l'égard de M. Carayol 
plus d'admiration que d'attrait. Cependant ces disposi- 
tions se modifièrent peu à peu, à mesure que les cir- 
constances révélaient plus clairement les trésors de 
tendresse et de bonté qui se cachaient sous ces formes 



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- 465 — 

austères^ et M. Carayol, devenu supérieur, parvint à 
exercer une très grande influence sur l'esprit des jeu- 
nés séminaristes. 

C'est principalement par la prédication et la di- 
rection des consciences que le prêtre peut atteindre 
ce résultat : nous devons donc donner une idée des 
prédications de M. Carayol et de sa manière de condui- 
re les jeunes gens. 

2. Une des choses qui nous ont le plus étonné dans 
ce prêtre d'ailleurs si éminent, c'est qu'avec la sensibi- 
lité profonde dont il était doué, il lui fût si difficile d'ex- 
primer ce qu'il sentait et de communiquer les senti- 
ments dont son âme était embrasée. 

Dans la prédication solennelle, sa timidité native et 
une défiance de lui-même, vraiment inexplicables si 
on considère son talent et sa réputation, fermaient en 
quelque sorte son cœur et en comprimaient tous les 
élans pour ne laisser parler que sa raison. •— Dans une 
seule circonstance il paraît avoir donné, dans la chaire 
chrétienne, la vraie mesure de son talent. Ce fut dans 
un panégyrique de Saint Vincent de Paul, prononcé au 
Grand Séminaire de Gahors le 25 avril 1856. Ce pané- 
gyrique fit époque dans les annales de notre Grand 
Séminaire, et si notre vénération pour la mémoire de 
l'orateur ne nous fait illusion, il est vraiment à regret- 
ter que ce monument d'éloquence sacrée paraisse fata- 
lement condamné à l'oubli. — Mais ce fut un succès 
aussi isolé qu'éclatant, et M. Carayol ne s'en autorisa 
nullement à cultiver la grande éloquence. Rentré à 
Montfaucon, il revint à son genre habituel où la raison 
dominait bien plus que U sensibilité, et oit le débit lui- 

30 



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même, assez monotone et larmoyant, se ressentait de 
la gêne et de la contention de son esprit. 

Du reste, cette haute raison méritait d'être entendue. 
Les Instructions de M. Carayol rachetaient ces défauts 
par la force du raisonnement, par la clarté de l'expo- 
sition et par l'abondante facilité de la parole. 

Entendons-le dans un de ses discours d'ouverture, à 
la Messe du Saint-Esprit, représenter aux élèves le but 
de leur présence au Petit Séminaire, et leur indiquer 
les grâces qu'ils doivent spécialement demander à 
Dieu au début de l'année scolaire. 

« Nous sommes venus, leur dit-il, chercher ici deux 
» choses : la science et la piété. — C'est d'abord la 
» science, ou du moins le développement de l'esprit, qui 
» nous permettra d'acquérir un jour la science. Pendant 
» toute la durée de notre pèlerinage ici-bas, nous som- 
» mes environnés d'épaisses ténèbres qu'on peut com- 
» parer à un immense suaire où notre esprit est comme 
» enseveli. C'est donc avec une grande raison que la 
» sainte Eglise conjure l'Esprit-Saint^ le Dieu des lumiè- 
» res et des sciences, Deus scientiarmn Dominus est, 
» d'éclairer l'esprit de ses enfants et d'y allumer le flam- 
ï» beau à la lueur duquel nous pourrorïs apercevoir quel- 
» ques parcelles de vérité : Accende lumen sensihus /... 

» Mais à quoi nous servirait la science sans la 

» vertu? Vous voyez chaque jour des nuages s'é- 

» lever à l'Occident et passer sur vos têtes : le la- 
» boureur, qui les considère avec espoir, leur de- 
» mande la pluie bienfaisante dont ses moissonsont 
» besoin. Hélas ! ils passent sans verser une goutte 
» de rosée : nubes sine aquâ. Vous avez vu aussi, 
» vous avez contemplé avec terreur ces nuées mena- 



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— 467 — 

y> çaiites qui portent la foudre dans leur sein et répan- 
» dent la tempête sur les campagnes désolées. Telle 
» est la science sans la vertu ; ou elle est stérile, 
y> ou elle est funeste ; ou elle ne produit rien 
D de sérieux ou elle produit des fruits de mort. 
» Que TEsprit-Saint, TEsprit de salut et de vie, en 
T^ même temps qu'il éclairera notre esprit rende notre 
» cœur droit et bon ! Qu'il y répande son amour I 
» Infunde amorem cordibus !.,,., » 

Cette parole calme et grave saisissait fortement les es- 
prits. Sans effort et sans éclat elle frappait les auditeurs 
et les amenait à faire les réflexions les plus sérieuses. 

11 y avait pourtant quelques circonstances, malheu- 
reusement trop rares, où le cœur s'ouvrait tout à coup, 
et où M. Carayol s'abandonnait entièrement aux senti- 
ments dont il était rempli. C'était lorsqu'il se trouvait 
entraîné à l'improviste hors du cadre qu'il s'était au- 
paravant tracé à lui-même : il avait alors des aperçus 
ravissants et des accents tellement émus que tous les 
yeuxse remplissaient de larmes ; parfois il se voyait lui- 
même vaincu par l'émotion et obligé de s'interrompre 
quelques instants pour étouffer ses sanglots et retrou- 
ver le fil de ses idées. Mais ces circonstances, disons- 
nous, étaient très rares : ce n'était guère qu'en petit 
comité et dans des allocutions familières^ comme celles 
qu'il adressait une ou deux fois par an aux congréga- 
nistes réunis. 

Nous voudrions pouvoir citer en entier une de ces 
allocutions que nous avons eu le bonheur de retrouver 
dans un de ses cahiers. Citons-en au moins quelques 
extraits; ils rappelleront sans doute à plusieurs de 
ses auditeurs de bien doux souvenirs. 



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— «8 -- 

— fic Je suis heureux, messieurs, dit-il en commen- 
» çant, d'avoir été appelé à contribuer en quelque cho- 
]» se à votre petite fête d'aujourd'hui, car c'est une 
:» simple fête de famille et une fête religieuse, plus fé- 
» conde en généreux sentiments et en nobles pensées 
:» que les fêtes bruyantes et tumultueuses du monde. 

:ù Vous venez d'abord au pied de l'autel de Marie, 
» pour la remercier de vous avoir acceptés pour ses 
y> enfants privilégiés, et de vous avoir pris sous sa pro- 
» tection spéciale ; vous venez renouveler au fond de 
» votre cceur la consécration que vous lui avez faite 
» autrefois de vous-mêmes,et la prier de répandre tou- 
ù jours sur vous ses plus tendres bénédictions. Ces 
» sentiments, messieurs^ vous font beaucoup d'hon- 
» neur et sont très agréables à votre auguste protec- 
» trice » 

Suivent de chaleureuses félicitations adressées aux 
jeunes séminaristes pour leur dévotion à la Reine du 
ciel et pour le bien immense qui s'accomplit dans la 
maison par leur influence salutaire. Le prédicateur 
part de là pour leur représenter ensuite l'obligation dé- 
sormais rigoureuse qui leur est faite de donner le bon 
exemple : 

« Sachez comprendre, leur dit-il, votre mission et 
» vos devoirs. Vous aussi, messieurs, vous êteis la lu- 
» mière du monde, je veux dire du Petit Séminaire, du 
» petit monde où vous vivez ; c'est sur vous ici que 
» l'on porte les yeux et qu'on se règle ; votre négli- 
» gence et votre peu de régularité autoriseraient la né- 
» gligence et le peu de régularité chez les autre». Pre- 
» nez donc garde de devenir pour vos condisciples un 
» sujet de scandale ; soyez leur modèle au contraire 



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» pour la religion et la piété» pouir la soumission et 

» Tobéissaqce Si vous pouvez beaucoup pour le 

» Hial, V0U8 pouvez aussi beaucoup pour le bien ; vos 
» bons exemples feront aimer la piété, ils ôteront à la 
» veriu las diËdcuités qu'on ue lui suppose que trop 
> souvent ; ils pourront inspirer quelque bonne pe»- 

» sée Les bons exemples, voilà je puis le dire tî>ute 

» la Congrégation ; tant qu'elle le donnera^ elle se 
» maintiendra ; d^i jour où elle sera attiédie, du J0ur 
» où rien ne distinguera un enfant de Marie d^un chré- 
» tien du commun, dès ce jour-là, la Congrégation est. 
» perdue. » 

L'allocution se termma par un appel touchant aux 
sentiments de fraternité qui doivent régner entre les 
membres d'une même congrégation : 

ce Quam honum et quam jucundum hahitare fra- 

» très in unxim I Qu'il est beau de voir dès frères unis 

» par les liens d'une tendre affection I Tous les chré- 

» tiens sont frères en Jésus-Christ, et vous l'êtes en 

» outre d'une manière particulière : vous êtes frères en 

» Marie. Prions donc fraternellement les uns pour les 

» autres î prions pour cette maison, pour l'Eglise tout 

» entière, assaillie aujourd'hui par tant d'ennemis ; et 

» spécialement pour le saint Pontife dont le cceur pa- 

» temel est maintenant si éprouvé ! » 

On comprendra facilement l'impression que prcdiii- 
sail ce langage familier, d'où la simplicité n'excluait 
pas l'élévation et que sa gravité un peu triste ne ren- 
dait que plus pénétrant. 

3. Mais c'est surtout dans la conduite des âmes que 
M. Carayol savait se montrer tel qu'il était en réalité, 



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- 470 -• 

plein de cœur, de tendresse et d'affection. La fermeté 
n'y manquait pas et l'incurable négligence de quelques 
esprits s'effrayait parfois du traitement énergique qu'il 
savait leur prescrire ; mais pour les cœurs généreux, 
pour les hommes de bonne volonté il avait des encou- 
ragements irrésistibles . Peu de temps lui suffisait pour 
discerner un cœur capable des plus grands sacrifices 
et il savait les faire accepter avec courage et résolution. 
Aussi sa direction spirituelle, sans beaucoup d'attrait 
pour les âmes vulgaires^ attirait-elle comme un aimant 
puissant les esprits naturellement élevés. Que de jeu- 
nes gens d'abord éprouvés et longtemps hésitants lui 
ont dû de comprendre à temps la beauté de la vertu et 
d'avoir entendu l'appel de Jésus-Christ, le Veni, se- 
quere me ! Nous ne craignons pas de dire que comme 
directeur des consciences, aucun de ceux qui l'avaient 
précédé dans la maison, pas même M. Derruppé, n'a 
fait autant de bien. C'est par là peut-être qu'il a 
laissé dans les cœurs les plus précieux souvenirs, et 
au Petit Séminaire les traces les plus profondes de son 
passage. 

4. Nous rattacherons au paragraphe de la direction 
spirituelle donnée par M. Carayol aux élèves du sanc- 
tuaire, l'histoire d'une pieuse association qui ne fait pas 
beaucoup de bruit dans la maison, dont l'existence n'est 
peut-être pas connue de tous les élèves, mais qui n'en 
fait pas moins beaucoup de bien. Nous youlons parler 
de V Association de prières pour la vocation à l'état 
ecclésiastique, M. Carayol n'en fut pas le fondateur, 
mais il la prit sous sa protection et la seconda si bien 
qu'elle est devenue presque son œuvre. 

Le vénérable fondateur a bien voulu nous en racon- 



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^i1\ - 

ter l'origine el nous ne saurions mieux ^faire que dô 
citer textuellement la lettre qu'il nous écrit à ce sujet : 

« Saint'Médard'de-Presqice^ i9 décembre i888, 

» Bien cher Confrère, 

» L'Association de Prières pour la vocation à l'état 
ecclésiastique y dont vous voulez bien me demander de 
vous faire connaître les premiers commencements, est 
fille d'une Association fondée au Grand Séminaire de 
Cahors en 1843. 

» A cette époque (c'était ma seconde année de théo- 
logie), il se forma parmi les jeunes abbés un petit grou- 
pe d'amis intimes qui voulaient s'encourager mutuelle- 
ment à une vie de plus en plus sainte et fervente, kvac 
la permission des directeurs, nous passions ensemble, 
divisés par groupes de 4, les récréations du soir, nous 
entretenant presque exclusivement de sujets religieux, 
d'histoire ecclésiastique, d'hagiographie, de théologie 
ascétique, etc. Je me souviens que j'avais été chargé 
d'y apporter un résumé des œuvres de Sainte Thé- 
rèse. 

» Un jour l'un d'eotre nous, l'abbé Gaydoa, de Gra- 
mat, mort Jésuite, mit en avant la pensée d'une asso- 
ciation de prières pour l'état ecclésiastique, telle qu'elle 
existait, nous dit-il, dans d'autres Grands Séminaires. 
L'idée nous plut à tous. M. Guyot fut consulté ; M. Le 
Guennec, supérieur, le fut aussi ; ces messieurs don- 
nèrent leur entière approbation, et l'œuvre fut fondée. 

» Nous étions une douzaine tout au plus ; l'abbé 
Philippe Pélissié, de Luzech, mort clerc minoré, le 
plus parfait séminariste que j'aie jamais connu ; l'abbé 



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- 472 - 

Gaydou, déjà mentionné ; l'abbé Baras (Isidore) ; l'abbé 
Louis Bel, moft lazariste et évéque. Ceux-là ne sont 
plus. Nous sommes trois qui vivons encore : l'abbé 
Carriol, curé de Livernon ; l'abbé Bru, aumônier des 
Cannélites, à Figeac ; et votre pauvre serviteur 

» L'œuvre est donc née à Cahors, en 1843, et c'est 
Tabbé Gaydou, plus tard R. P. Gaydou, qui en a été le 
fondateur. Je suis heureux de rendre cette justice à la 
mémoire de mon saint ami. 

» Comment cette institution est-elle venue à Mont- 
faucon, modiflée comme elle devait l'être nécessaire- 
ment ? Le voici : 

» Je fus appelé comme maître d'étude au Petit Sé- 
minaire dans les premiers jours de décembre 1844. A 
la veille de mon départ pour Montfaucon, il fut conve- 
nu Qvec mes amis de l'Association que je tenterais 
d'introduire l'œuvre au Petit Séminaire. 

7> Il fallait agir avec prudence et sagesse. M. Blaviel, 
professeur de Philosophie, était mon confesseur. Je lui 
fis part de ma mission et de mon projet. Il approuva. 
C'était tout ce que je voulais. L'œuvre ne devait avoir 
rien d'officiel : tout devait être laissé à la pieuse ini- 
tiative des élèves et aussi à leur parfaite liberté. C'était 
vers le commencement de l'année 1845. J'avais pris le 
temps de sonder un peu les esprits. Enfin je jetai le fi- 
let et je compris bientôt que la pêche serait bonne. Au 
mois d'avril je pus écrire à mes amis de Cahors qu'ils 
avaient des frères au Petit Séminaire. 

» Pendant l'année 1845 les choses allèrent très bien. 
Il y avait dans la division des grands, surtout dans les 
deux classes supérieures, d'excellents jeunes gens qui 
m'édifiaient par leur piété, et par leur zèle. On priait 



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- 473 - 

beaucoup et on communiait souvent aux intentions de 
l'œuvre. 

» Si e!le vit encore, mille et mille fois tant mieux I 
J'en bénis le Bon Dieu. Conservez-la, mon cher ami, 
soigneusement ; elle est peut-être plus nécessaire au- 
jourd'hui qu'à l'époque de sa fondation. 
» Recevez, etc.. 

» Em. PECH, 
» Curé de Saint-Médard, » 

L'œuvre ainsi fondée, ou du moins introduite au 
Petit Séminaire par le vénérable M. Pech, il y aura 
bientôt un demi-siècle, existe encore en effet ; elle est 
toujours prospère et son personnel, quoiqu'il se renou- 
velle, ou plutôt parce qu'il se renouvelle tous les ans, 
en suit toutes les pratiques avec une ferveur pres- 
que égale à celle des premiers jours. Seulement elle sa 
recrute d'une manière un peu différente. Si nous com- 
prenons bien le récit qu'on vient de lire, elle ne réu- 
nissait autrefois que l'élite des élèves de Philosophie et 
de Rhétorique. Maintenant, elle comprend tous les élè- 
ves du second cours de Philosophie, sans exception ; 
tous tiennent à honneur de s'y faire inscrire, et ils ont 
bien quelque raison de s'associer à des prieras qui se 
font en leur faveur. 

M. Carayol avait été le condisciple et l'ami des di- 
vers fondateurs de la pieuse confrérie : à tous les titres 
elle devait lui être chère et le fut en effet. Comme elle 
ne relevait en rien de l'autorité des directeurs, et que 
tout, suivant la pensée qui avait présidé à sa fondation, 
devait y être laissé à la libre initiative des élèves, il res- 
pecta scrupuleusement son indépendance, mais il ne 



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— in — 

négligea aucune occasion de lui témoigner ses sympa- 
thies. 

5. Il fit plus. Pour éclairer et soutenir les vacations 
ecclésiastiques, Tœuvre n'avait qu'un seul moyen : la 
prière. M. Garayol eut la pensée de lui en fournir un 
second, en instituant des conférences qui seraient spé- 
cialement adressées aux élèves de Philosophie et porte- 
raient uniquement sur les moyens de bien connaître 
sa vocation. Ces conférences, qu'il voulut se réser- 
ver, eurent un plein succès. Il prit pour guide en 
cette matière délicate le petit livre de Mgr Malou, évê- 
que de Bruges : Règles pour le choix d'un état de 
vie. Mais les explications et les commentaires tout per- 
sonnels qu'il ajoutait au texte de l'auteur donnaient à 
ces conférences, si intéressantes pour des élèves qui 
touchaient à la fin de leurs classes, un grand charme 
et une grande autorité. Chacune de ses paroles répon- 
dait à une question secrète de nos cœurs, dissipait une 
inquiétude et résolvait un doute. 



§ III. ~- Direction des Etudes 



Sommaire : d. Rôle de M. Carayol dans la direction des 
études, — 2. Les séances littéraires. — 3. Les examens 
facultatifs. — 4. Lt cours d'histoire contemporaine. 

1. La direction des études était la partie la plus fa- 
cile de la tâche imposée à M. Carayol. En 4858, mal- 
gré l'introduction du système de la bifurcation, déjà 
jugé et condamné par l'expérience, l'Université n'était 
pas encore entrée dans cette voie d'innovations, qui, 



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« 475 — 

sous couleur de progrès, déroute maintenant tous les 
vieux maîtres : les programmes avaient encore une 
certaine fixité. De plus, au Petit Séminaire de Mo^t- 
faucon,la plupart des classes avaient leurs traditions et 
marchaient pjur ainsi dire d'elles-mêmes. M. Garayol 
ami des vieux usages et défiant des nouveautés péril- 
leuses, ne trouva donc que peu de détails à modifier. 
Sa tâche ordinaire fut très simple : présider aux exa- 
mens,in:^pecter régulièrement les classes, et donner à 
propos dans la lecture des places et des notes, un en- 
coura^'ement ou une réprimande salutaires. C'était 
assez pour maintenir dans la maison le goût et Thabi- 
tudo du travail. M. Carayol s'en tint en effet à peu près 
à cela ; ses visites dans les classes furent même assez 
raves, peut-être trop : il craignait en les multipliant de 
g^ner les professeurs plus encore qu'il n'encouragerait 
les élèves. 

2. La seule réforme un peu importante qu'il ait faite 
en matière d'enseignement, mérite à peine ce nom, car 
elle est plutôt un perfectionnement. Il avait remarqué 
combien les séances littéraires sont utiles non seule- 
ïHiMii à ceux dont les travaux y figurent, mais encore à 
tous leurs condisciples, dont elles excitent l'émulation 
et iorment le goût. Or, nous avons vu combien ces 
exercices étaient rares et peu solennels sous M. Der- 
ruppé. M. Carayol essaya de les multiplier et de leur 
donner un plus grand apparat. Dans le courant de l'an- 
née il faisait en sorte qu'il y en eût au moins une par 
semestie. Elles coïncidaient ordinairement avec la vi- 
site de Monseigneur l'Evêque, et Sa Grandeur était in- 
vitée à présider cette fête de famille. On n'y apportai* 
que des travaux extrêmement soignés, et sur le nom- 



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— 476 — 

bre nous en avons entendu plusieurs qui témoignaient 
déjà d'une grande force de pensée, de connaissances 
nombreuses et d'un vrai talent d'écrire. En outre, les 
pièces de fin^d'année et toute sorte de représentations 
scéniques ayant été supprimées dans les distributioLS 
de prix, ce furent les séances littéraires qui durent seu- 
les relever la solennité de ces fêtes de famille. Pendant 
près de 20 ans elles semblèrent en effet y suffire ; mais 
il est juste de dire qu'en pareille circonstance ces lec- 
tures, un peu trop uniformes, devaient perdre un peu 
de leur intérêt. 

Il a fallu depuis abandonner cet usage et après un 
retour de peu de durée aux représentations scéniques, 
se conformer à la coutume générale. 

3. Il y a pourtant une institution dont le Petit Sé- 
minaire est redevable à M. Carayol : c'est c^lle des 
Examens facultatifs de fin d'année. 

On se souvient qu'élève de Rhétorique il avait appris 
seul, à temps perdu, l'Iliade d'Homère. Persuadé que 
les meilleurs élèves de chaque cours pouvaient égale- 
ment consacrer à des travaux utiles les loisirs que leur 
laisse la composition de leurs devoirs ordinaires, il ré- 
solut de les encourager à quelques études spéciales, 
par l'institution d'un examen purement facultatif qui 
aurait lieu à la fin de l'année après les examens régle- 
mentaires. 

Il fut confirmé dans cette résolution par un passage 
remarquable du traité de Mgr Dupanloupsurlajffawte- 
Education, Voici comment s'exprime l'évêque d'Or- 
léans : 

— « Lorsqu'il y aura dans une classe des jeunes 
gens doués d'une mémoire plus heureuse que les au- 



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- 477 — 

très, il faut indiquera ceux-là une tragédie de Racine, 
de Corneille ou de Sophocle ; un sermon de quelque 
grand orateur ou un discours de Cicéron ou de Démos- 
Ihène, à étudier dans le cours d'un mois. Ils appren- 
dront par cœur les passages dont ils auront été parti- 
culièrement frappés ; ils rendront compte de l'ensem- 
ble de l'œuvre devant tous leurs condisciples, et leur 
esprit sera par cet exercice enrichi d'un nouveau tré- 
sor, en même temps que la classe toute entière s'ani- 
mera d'un généreuse émulation. 

» J'ai vu des jeunes gens présenter ainsi pour l'exa- 
men à la fin de la Rhétorique, le Petit Carême de Mas- 
sillon, tout entier ; un autre, le Télémaque ; un autre, 
six chants de l'Iliade ; un autre — c'était à la fin de sa 
seconde, — toutes les odes d'Horace. 

» Ces sortes d'exercices, qui contribuent puissam- 
ment à développer la mémoire, doivent servir aussi au 
développement du jugement et du goût. » 

Modifiant un peu le système proposé par Mgr Du- 
panloup, M. Carayol proposa aux meilleurs élèves de 
Rhétorique, de Seconde et de Troisième, non un con^pte 
rendu où l'élève aurait seul la parole, mais un examen 
sévère où l'élève, après avoir récité le texte convenu, 
répondrait à toutes les questions d'histoire, de géo3ra- 
phie, de grammaire, de littérature, etc., auxquelles ce 
texte pourrait donner lieu. 

L'idée réussit pleinement ; et depuis 1860 jusqu'à 
nos jours les examens facultatifs ont lieu tous les ans 
avec un tel succès que les examinateurs eux-mêmes en 
sont émerveillés. 

L'institution a reçu peu à peu des perfectionnements: 
maintenant les élèves sont autorisés à présenter non- 



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— 478 - 

seulement des textes soit grecs, soit latins, soit fran- 
çais, mais encore les parties de la grammaire, de l'his- 
toire, des mathématiques ou de la littérature qu'ils ont 
eues à étudier pendant toute Tannée. 

S'il nous était permis, après Mgr Dupanloiip et M. 
« 
Carayol, d'exprimer notre opinion p^rsonneUi^ sur une 

institution que nous avons vu fonctionner, d'al-ord com- 
me candidat, puis comme examinateur, pendajit près de 
trente ans, nous dirions que la perfection du système 
con.^iste à présenter, comme matière de cet examen 
facultatif, l'ensemble de toutes les matières sur les- 
quelles ont porté les travaux de l'année. Se fait-on une 
idée des avantages qu'offrirait une telle revue ? Au can- 
didat qui aurait bien répondu à toutes les questions, la 
maison pourrait donner un prix et même uji diplôme 
d'honneur : ce diplôme et ce prix seraient assurément 
bien mérités. Si un tel usage venait à se généraliser, il 
nous semble que la question du Baccalauréat, c'est-à- 
dire, de la sanction à donner aux études clas:.iques, se- 
rait heureusement résolue par le fait même, ou du 
moins bien près de la meilleure solution. 

4. Le décret impérial du 23 septembre 1863 ajouta 
au programme de la classe de Philosophii, dans les 
établissements de l'état, un cours d'histoire contempo- 
raine. 

M. Carayol ne crut pas que l'enseignement du Petit 
Séminaire pût rester sur ce point en arrière de l'ensei- 
gnement officiel, et il ajouta pareillement VHistoire 
contemporaine au programme de? études prescrites 
aux philosophes. Ce fut lui-même qui se ( hargea de ce 
cours. 



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— 479 — 

Nous n'essaierons pas de redire avec quel intérêt il 
déroulait devant ses auditeurs émerveillés les événe- 
ments si variés de l'histoire de notre siècle, particuliè- 
rement l'histoire du règne de Louis-Philippe. Avec son 
grand talent d'exposition, il ravissait tous les esprits et 
tandis qu'il parlait il tenait, nous dit-on, ses élèves 
comme suspendus à ses lèvres. Il était vraiment élo- 
quent lorsqu'il exposait le réveil du catholicisme en 
France sous le gouvernement de Juillet et l'institution 
des Conférences de Saint-Vinceut-de-Paul. Nous ne 
croyons pas qu'il ait appartenu à l'école cathohque, 
dite libérale ; mais il n-'en professait pas moins une ad- 
miration sans réserve pour Lacordaire, Montalembert 
et Mgr Dupa:iloup II associait du reste à ces grands 
noms ceux de Mgr Parisis, de Louis Veuillot et du car- 
dinal Pie. Orléaniste avéré, il ne parlait qu'avec les 
plus grands éloges des hommes qui ont représenté ce 
régime, Casimir Périer, le duc de Broglie, le comte 
Mole, M. Guizot et M. Thiers. 

En 1871, après les malheurs de la France, il mit en 
ce dernier une confiance à laquelle son entourage était 
loin de s'associer ; et lorsque, le 24 mai 4873, le gouver- 
nement de M. Thiers fut remplacé par le septennat du 
Maréchal de Mac-Mahon, il ne dissimula pas les vives 
appréhensions que cet essai lui inspirait. C'est dire que 
depuis ia chute de Louis-PhiHppe l'avenir de notre pays 
ne cessa jamais de lui paraître de plus en plus menaçant. 
— Il ne parvint cependant jamais à taire partager ses 
doctrines politiques à la majorité de ses élèves : un au- 
tre régime avait alors et obtient peut-être encore leurs 
préférences ; tant il est vrai que de nos jours les opi- 
nions politiques sont rarement fondées sur la raison, et 



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— 4S0 — 

sont imposées d'ordinaire par la naissance, Tintêrêt ou 
la passion. 



§ IV. - Discipline. 



Sommaire : i. Zèle de M. Carayol pour le maintien de la 
discipline. — 2. Intérêt et ascendant de sa parole.— 3. Son 
énergie et sa sévérité. — 4. Bonté avec laquelle il traite 
les élèves en particulier. — 5. Son autorité dans la mai- 
son. 

i. M. Carayol eut beaucoup plus à faire pour main- 
tenir la discipline que pour assurer le progrès des étu- 
des. Quelle que soit la force des traditions et quelque 
excellent que puisse être l'esprit d'un Petit Séminaire 
c'est toujours Tordre et la discipline qui seront la prin- 
cipale difficulté d'un supérieur, car en cette matière 
chaque année doit refaire l'expérience des précédentes. 
Aussi M. Carayol porta-t-il sur ce point le principal 
effort de son zèle ; il ne cessa jamais d'y veiller avec la 
plus grande attention, et il y dépensa sa plus grande ac- 
tivité. Heureusement il était secondé dans cette œuvre 
difficile par un admirable talent de parole, une éner- 
gie inflexible et une grande bonté. 

2. La parole était un des premiers éléments de sa 
force. Bien plus heureux lorsqu'il parlait en maître 
dans la chaire du supérieur que lorsqu'il parlait en mi- 
nistre de Dieu dans la chaire évangélique, il interpré- 
tait la règle, donnait ses avis et exprimait ses Tolontés 
avec une autorité souveraine et un charme incroyable 
de diction. Dans ces sortes d'entretiens il obtenait tou- 



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— 481 — 

jours un plein succès : on était heureux lorsqu'on le 
voyait prendre la parole et on ne se serait jamais lassé 
de l'entendre. Il s'y montrait tantôt sévère et tantôt 
enjoué, mais toujours plein de verve et d'entrain. Les 
souvenirs les plus heureux se présentaient en foule à 
son esprit, et il les exploitait avec une grande habileté. 
Mais c'était surtout la lecture des notes hebdomadaires 
qu'on écoutait avec un vif intérêt. Cette aride nomen- 
clature de noms propres et de fautes d'écolier devenait 
pour lui un thème extrêmement varié de réflexions 
neuves et piquantes. Malheur à celui contre lequel il 
avait à tonner I Mais bien plus malheureux encore était 
celui qu'il croyait devoir attaquer avec l'arme du ridi- 
cule : plusieurs portent encore la tunique de Nessus 
qu'il colla sur leurs épaules. 

3. Comme M. Bonhomme et plus encore peut-être que 
M. Derruppé, M. Carayol avait une énergie de volonté 
inflexible. Autoritaire par tempérament, la contradiction 
l'offensait bientôt, et la résistance l'exaspérait. Toute- 
fois, c'est uniquement contre les volontés rebelles et obs- 
tinées qu'il se serait montré rigoureux et sévère au der- 
nier point. Quant aux fautes ordinaires, aux écarts de 
la dissipation et aux négligences de la paresse, il était 
loin de vouloir les tolérer, et aucun abus n'a jamais 
trouvé grâce devant lui ; mais il savait tenir compte de 
la faiblesse, de l'inconstance et de la légèreté du jeune 
âge. On l'a vu souvent désarmé par un franc aveu ; et 
quand il lui arrivait de surprendre un coupable en fla- 
grant délit, il aimait à se contenter de la bonne frayeur 
qu'il lui avait causée. 

A. Sa bonté égalait ou surpassait encore sa sévérité. 
Obligé trop souvent d'employer les punitions, il savait 

31 



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— 482 — 

aussi recourir à d'autres moyens, prendre les élèves 
par le cœur, faire appel, même en public, à leurs bons 
sentiments, et user avec eux d'une généreuse indul- 
gence. Toutefois pour être traité avec bonté, c'est d'or- 
dinaire en particulier et dans sa chambre qu'il fallait 
le voir. Là les plus compromis s'étonnaient de ne plus 
reconnaître le juge sévère qui les foudroyait peu aupa- 
ravant de ses véhémentes objurgations : un seul mot 
de repentir le désarmait ; un bon sentiment l'atten- 
drissait, et bientôt, les rô'es étant renversés, c'était lui 
qui devenait le suppliant, et il ne renvoyait l'élève que 
pardonné et converti. Il n'avait pas seulement des tré- 
sors d'indulgence : homme de bon conseil et de dé- 
vouement, il accueillait avec bonheur tous ceux qui dé- 
siraient lui parler, s'intéressait à leur situation et trou- 
vait d'ordinaire dans sa sagesse le conseil dont ils avaient 
besoin. On ne le quittait jamais sans être ravi de son 
affabilité,de ses lumières et de sa bienveillance. 

5. Aussi tenait-il la communauté toute entière pour 
ainsi dire dans sa main. Moins populaire sans doute 
que M. Bonhomme, parce qu'il évitait la familiarité, et 
moins environné peut-être d'un respect religieux que 
M. Derruppé, il fut toujours mieux obéi que chacun 
d'eux et ne fut jamais aux prises avec les difficultés qui 
traversèrent leur administration. Les seules qui aient 
pu lui donner quelques graves soucis furent l'œuvre 
de certains collaborateurs qu'il ne pouvait ni désavouer 
ni soutenir : il les surmonta insensiblement, à force de 
patience sans froisser aucune susceptibilité et sans com- 
mettre l'autorité supérieure. 



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— 483 — 
V. — Gestion du temporel. 



Sommaire : La succession de M. Bonhomme. — 2, M* Car- 
riole M, Durand et M. Carayol. — 3- Circonstances favo- 
rables, — 4. Construction de la chapelle. — 5. ConstruC" 
tion de Vaile du Sud-Ouest. 

i. On n'a pas oublié que M. Bonhomme, après une 
gestion longtemps heureuse du temporel de la maison, 
s'était vu aux prises avec des difficultés insurmonta- 
bles contre lesquelles il se brisa, laissant une situation 
pécuniaire extrêmement embarrassée. 

2. Sa succession échut d'abord à M. Carriol qui ne 
la garda qu'une année et la transmit ensuite à M. 
Durand. 

C'est sous l'administration de ce dernier que la mai- 
son se releva, et c'est l'honneur de ce cher et vénéré 
confrère d'avoir présidé et grandement contribué à 
cette œuvre de reconstitution financière. Toutefois M. 
Durand lui-même nous apprend qu'une grande part de 
cet honneur doit revenir à M. Carayol. 

Nous avons déjà fait mention d'un article du règle- 
ment ainsi conçu : « A l'égard du temporel, M. l'Eco- 
nome du Petit Séminaire n'est comptable qu'à Sa 
Grandeur. » 

En 4837 il avait fallu faire cette concession aux exi- 
gences impérieuses de M. Bonhomme, et M. Carayol res- 
pecta cette situation. Mais avec cette connaissance et ce 
goût des affaires qui n'étaient pas inférieurs à sa com- 
pétence en matière d'enseignement, le successeur de M. 
Derruppé ne crut pas devoir se désintéresser comme 
lui de l'administration matérielle dé la maison ; et de 



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— 484 — 

son côté M. Durand fut heureux, dans les négociations 
difQciles, de recevoir et de suivre ses conseils. Aucune 
réparation, aucune affaire, aucun achat important, ne 
se firent sans approbation ; et l'accord de ces deux ad- 
ministrateurs également pratiques et prudents eut bien- 
tôt rétabli les finances du Petit Séminaire. 

3. Il est juste toutefois de reconnaître qu'un heu- 
reux concours de circonstances vint admirablement se- 
conder leurs efforts et leur habileté. 

• En 4859, le don d'un généreux bienfaiteur long- 
temps disputé au Petit Séminaire , lui fut enfin 
attribué, et servit en partie à combler quelques 
vides. 

r 

En 4862, la transaction qui termina le procès de Ver- 
nel fit rentrer dans la caisse de l'établissement une 
somme importante. 

En 4863, la succession de Mgr Bardou partagée en- 
tre le Petit et le Grand Séminaire donnait à la caisse 
un peu d'avance, en même temps que la bibliothèque 
du saint prélat formait le premier noyau d'une biblio- 
thèque considérable à l'usage des professeurs. 

Enfin, pendant toute cette période, une série d'an- 
nées abondantes permit de réaliser quelques écono- 
mies. 

Par suite de ces heureuses fortunes, l'administration 
de M. Durand et de M. Carayol fut une période de vraie 
prospérité. 

4. Au bout de quelques années on se vit en mesure 
de continuer, par de nouvelles constructions, l'œuvre 
commencée par M. Derruppé. 

On commença, en 4867, par la construction d'une 
nouvelle chapelle. 



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— 485 — 

Au sujet de ce bâtiment de sévères critiques ont été 
souvent dirigées contre M. l'abbé Ghevalt qui en fut 
l'architecte, et contre M. Garayol qui en arrêta rem- 
placement. On aurait voulu que tout en restant située 
dans Taxe principal de la maison, elle fut reportée à 
40 mètres plus au nord conformément au vaste plan 
conçu autrefois par M. Bonhomme. Ces critiques sont 
injustes ; le plan de M. Bonhomme était irréalisable en 
raison même de son étendue et hors de proportion avec 
ie nombre des élèves que la maison peut espérer de 
réunir. 

La chapelle actuelle, quoiqu'un peu froide pendant 
l'hiver, à cause des autres bâtiments entre lesquels 
elle s'élève, est à la place qui lui convient, au centre 
de la maison. Ce qui n'y est pas et ce qui devrait dis- 
paraître pour la régularité matérielle de l'établisse- 
ment, c'est le grand dortoir. 

5. Mais si M. Garayol ne mérite aucun reproche au 
sujet de la chapelle, il n'est peut-être pas aussi inno- 
cent des fautes qui furent commises en 1871, dans la 
construction de l'aile du sud-ouest . 

Gomment avec la justesse de son coup d'œil, ne vit- 
il pas que ce bâtiment était beaucoup trop étroit ? 

Et puisqu'il s'agissait d'y aménager, au premier et au 
second étage, des chambres pour les professeurs, com- 
ment ne vit-il pas que ces appartements ne seraient 

que des réduits inhabitables ? Enfin, pourquoi le 

travail fut-il si peu surveillé, que ce bâtiment, cons- 
truit à grands frais; sera bientôt une ruine ? — On 

nous dira peut-être que ces soins regardaient M. Ghe- 
valt : nous le savons et nous sommes très loin de 
vouloir absoudre le savant arcbijtôcte qui, commit 



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— 486 — 

à Montfaucon des fautes si graves mais il apparte- 
nait peut-être au Supérieur du Petit Séminaire de les 
remarquer et de les signaler. 

Une seule chose peut expliquer la manière d'agir de 
M. Garayol en cotte circonstance : c'est qu'il luttait 
déjà à cette époque contre 'la maladie, l'ennui et les 
causes multiples qui quelques années plus tard ame- 
nèrent sa retraite. Cependant il y a des devoirs dont 
ces causes elles-mêmes ne sauraient dispenser. 



§ VI. — Fin de radmlnistration de M. Garayol. 



Sommaire : i. Déclin de sa santé. — 2. Ennuis et découra- 
gement, — 3, Démission, 

1. La santé de M. Garayol avait toujours été assez 
délicate ; son sang était pauvre ; en tout temps on 
avait vu chez lui les moindres blessures dégénérer en 
plaies difficiles à guérir. Encore dans la force de l'âge, 
il était déjà affligé de nombreuses indispositions. 

A partir de sa quarantième année, il commença à 
être souvent pris de vertiges sans aucune cause appa- 
rente, et le souvenir de la mort de plusieurs membres 
de sa famille lui fit craindre que ce ne fussent les symp- 
tômes précurseurs d'une congestion ou d'une apoplexie. 

En 1869, le docteur Pons, médecin de l'établisse- 
ment, partageant ses craintes, l'engagea à aller pren- 
dre, pendant l'année, quelques semaines de repos dans 
3a famille ; puis, pour le temps des vacances, il lui pres- 



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— 487 — 

cri vit un voyage dans les Pyrénées, à Bagnères-de- 
Bigorre. 

Là un nouveau médecin, modifiant le diagnostic du 
docteur Pons, lui révéla ce qu'il était loin de soupçon- 
ner, qu'il était très anémique et lui persuada qu'un ré- 
gime très substantiel et la cessation de tout travail ab- 
sorbant seraient pour lui les meilleurs des remèdes. 

En conséquence, au mois d'octobre 4870, il sollicita 
et obtint de Monseigneur la nomination d'un préfet de 
discipline ; il se déchargeait ainsi de la plus grave de 
ses préoccupations (4). Il consentit ensuite, non à ac- 
cepter un régime particulier, car il suivit jusqu'à la fin 
le régime de la communauté, mais h prendre quelques 
toniques. 

Ce traitement produisit d'heureux résultats et les ap- 
préhensions de M. Garayol cessèrent peu à peu. Néan- 
moins il était évident que sa santé était ébranlée et 
exigeait de grands ménagements. 

2. Mais en même temps qu'il s'efforçait de conjurer 
par des moyens artificiels ces symptômes alarmants, des 
causes indépendantes de sa volonté venaient les aggra- 
ver : c'étaient l'ennui et le découragement. 

Par suite de cette timide réserve qui avait toujours 
été au fond de son caractère, et à mesure que le per- 
sonnel de la maison s'était renouvelé, M. Garayol s'était 
trouvé un peu isolé de ses collègues. Par une exces- 
sive discrétion qu'on aurait eu bien tort de prendre 
pour de l'orgueil ou de la morgue, il n'avait pas rem- 



(') Ce titre fut donné à M. Lacroix, auparavant professeur 
d'histiùre. Au bout de trois ans, M. Lacroix fut remplacé par 
M, Magne. 



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- 488- 

placé ses vieux amis, et vers la fin sa société la plus 
ordinaire était celle du vénérable M. Larnaudie, curé 
de Montfaucon, auprès duquel il allait tou3 les jours 
après diner prendre une heure de récréation et oublier 
ses soucis. 

A ces ennuis s'ajoutait un certain découragement. 
Au Petit Séminaire, certaines résistances qu'il n'avait 
point le courage de briser ; au dehors les malheurs du 
pays et de l'Eglise ; enfin l'inaction relative à laquelle 
son talent et son activité se trouvaient condamnés, tout 
le désolait. 

Son énergie finit par succomber. Au mois d'août 
1875 il supplia Monseigneur l'Evêque de le délivrer 
d'un fardeau qu'il ne croyait plus pouvoir porter. Sa 
retraite, disait-il, ne présentait plus aucun inconvé- 
nient. M. l'abbé Magne était son successeur désigné, et 
ni le talent ni le dévouement ne devaient lui faire dé- 
faut. Pour lui, il ne désirait que de rentrer dans sa fa- 
mille et d'y vivre dans le silence et l'obscurité. — Ses 
instances furent telles que Monseigneur ne put s'em- 
pêcher d'accéder à ses désirs ; sa démission fut donc 
acceptée sous les seules conditions qu'il conserverait 
son traitement et qu'il accepterait le premier canonicat 
qui deviendrait vacant. Quelques mois après, par le 
décès de M. Bardou, M. Carayol devint chanoine titu- 
laire de la Cathédrale de Gahors. 



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TROISIÈME PARTIE 



M. CARAYOL 

CHANOINE DE LA CATHÉDRALE DE CAHORS 



Sommaire : i. Installation à Cahors. — 2. Prédications. — 
5. Révision de THistoire des Évêques de Gahors. — 4. 
Mort de M. Carayol, 

4. Aussitôt qu'il fut en possession de son titre, M. 
Carayol exprima le désir d'habiter sous le même toit* 
que lé saint prêtre dont il avait continué l'œuvre au 
Petit Séminaire. On sait les liens qui unissaient depuis 
longtemps M. Derruppé et M. Carayol, l'affectueuse 
confiance que le premier ressentait pour le second, et 
cette sorte de culte que M . Carayol professait pour le 
vénéré vicaire général. Sans doute, le nouveau chanoi- 
ne espérait se retremper encore plus fortement dans la 
piété par l'exemple de ce patriarche du clergé diocé- 
sain. Sa demande fut accueillie, comme on peut le 
croire, avec bonheur. Il alla donc habiter la maison 
Bessièresy qui est située à côté de l'Évêché et du 
Grand Séminaire,et qui abrita ainsi durant quelques an- 
nées les deux prêtres les plus éminents que notre dio- 
cèse ait produits dans ce siècle. Cette profonde solitu- 
de offrit encore à M. Carayol un précieux avantage : 
c'était de pouvoir se retrouver chaque jour quelques 
instants au milieu de ses anciens élèves, pour lesquels 



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— 490 — 

s'il avait été autrefois un maître redouté il n'était plus 
depuis longtemps que le plus respecté et le meilleur 
des amis Leur société lui rappelait de bien doux sou- 
venirs, il se plaisait dans leur conversation et nous 
n'avons pas besoin d'ajouter avec quel empressement, 
aussitôt qu'il paraissait, on venait se ranger autour de 
lui. 

2. Dans celte situation nouvelle, il sembla que M. 
Carayol eût recouvré, comme par enchantement, son 
activité et sa vigueur d'autrefois. Avec une ardeur pres- 
que juvénile il se remit à l'étude, non plus des auteurs 
classiques et profanes, mais de la théologie, de l'Écriture 
et des Pères, en vue de la prédication. En effet, c'est à 
la parole de Dieu qu'il devait consacrer les derniers 
efforts de son zèle sacerdotal. 

Dans cette nouvelle carrière, qui fut malheureuse- 
ment trop courte, il eut encore la consolation de faire 
beaucoup de bien. 

Avant même d'être nommé chanoine, et pendant les 
quelques mois qu'il vécut retiré dans son domaine 
d'Escazals, il fut appelé à prêcher à Prayssac le Jubilé 
de 4875. 

— « C'est sur l'indication de Monseigneur, nous 
» écrit M. l'abbé Lacroix, que je fis appel au dévoue- 
» ment, j'ose dire à l'amitié de mon ancien et bien- 
» aimé supérieur. Il accueil'it ma demande avec em- 
» pressement, heureux de l'occasion que je lui offraid 
» de me rendre service, mais surtout de faire du bien 
j> aux âmes. 

» Nous commençâmes par les enfants : vous devinez 
» s'il était heureux de se retrouver dans son élément ; 
» et moi aussi, de faire profiter cette famille devenue 



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- 491 — 

» la mienne, de l'expérience, des sages avis et de ladi- 
» rection d'un prêtre qui avait passé sa vie au milieu 
» des enfants et des jeunes gens. 

» Après les enfants, qui gagnèrent leur jubilé le 15 
j> décembre, vint le tour des parents. 

» Malgré sa bonne volonté, il ne put pas, à cause 
» d'une indisposition persistante, nous prêter le con- 
» cours efficace que nous attendions de sa parole. lien 
» dit cependant et il en fit assez pour faire apprécier 
» tout ce qu'il y avait de savoir et de dévouement dans 
» son âme sacerdotale. Les quelques instructions qu'il 
» lui fut possible d'adresser aux fidèles, éclairèrent 
y> bien des esprits, touchèrent bien des cœurs, et lais- 
» sèrent dans les esprits de durables et salutaires im- 
» piessions. 

» Le jour de Noël, il fit le sermon de vêpres. Après 
» avoir, dans un langage dont la simplicité n'excluait 
» pas l'élévation, célébré les grandeurs du mystère et 
» montré les ineffables bienfaits dont la société lui est 
» redevable, il appliqua au jubilé qui louchait à sa fin 
» les circonstances de la naissance du Fils de Dieu, et 
y> il sut tirer de ce rapprochement pieux un fécond en- 
» seignement. 

» Ai-je besoin de dire, après cela, qu'il laissa parmi 
» nous les meilleurs souvenirs ? Les enfants qui en- 
» tendirent sa parole et qui sont aujourd'hui des hom- 
» mes faits ; les âmes qui eurent le bonheur de rece- 
» voir sa direction, parlent encore de lui avec une ad- 
» miralion profondément reconnaissante. » 

Aussitôt qu'il fut installé à Gahors, toutes les œu- 
vres, dans les circonstances importantes, commencè- 
rent à réclamer le concours de sa parole. Il le promit 



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et le donna très volontiers, car il aimait infiniment 
toutes les œuvres de charité et de zèle, et il lui sem- 
blait que la parole de Dieu y produit encore plus de 
truits que dans la prédication ordinaire. 

C'est ainsi que le 23 juillet 1876 il adressait à la so- 
ciété de secours mutuel récemment établie à Cahors, 
une allocution d'une gravité touchante, qui dut aller 
au cœur des sociétaires même les moins pénétrés des 
sentiments religieux . Après leur avoir représenté le ca- 
ractère éminemment chrétien d'une si belle œuvre, il 
les exhortait à sanctifier leurs bonnes œuvres par des 
pensées et des vues surnaturelles. 

— « Ces pensées, dit-il, en finissant, sont la vérita- 
» ble source, la source toujours abondante du dévoue- 
» ment, de l'abnégation et de l'amour. Elles ne détrui- 
» sent pas les sentiments que la nature a gravés dans 
» le cœur de tous les hommes ; au contraire, elles les 
» élèvent, les purifient, et les transforment presque 
» jusqu'à faire du cœur humain le cœur de l'Homme- 
» Dieu. 

» — Voyez ces admirables filles de Saint-Vincent- 
» de-Paul, que je puis bien appeler vos sœurs : elles 
» sont venues, les unes des champs, les autres des 
» villes ; elles sont sorties, les unes des chaumières, 
» les autres des palais. Les voilà dans un hôpital, par- 
» mi les cholériques, ou dans une salle d'asile parmi 
» les enfants abandonnés. Là elles passent leur jour- 
» née sans regretter ce qu'elles ont quitté, sans dési- 
» rer un autre genre de vie, prodiguant à chaque ins- 
» tant leur-s soins maternels à tous les malheureux, 
» soins, il faut le dire, quelquefois mal appréciés et 
» méconnus. Et si elles sortent de là quelque jour, ce 



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— 493 — 

» sera pour aller relever, sur le champ de bataille, nos 
ï> soldats blessés. En les voyant, on s'étonne, on ad- 
» mire, on recherche quelles peuvent être les causes 
» d'un dévouement si prodigieux, si persévérant, si 
S) inexplicable. On parle de philanthropie, de sentiments 
» sociaux, d'exaltation, d'organisation sympathique, de 

» bien-être même on parle de je ne sais quoi ; 

» l'homme terrestre et animal ne comprend rien aux 
» choses qui viennent de TEsprit de Dieu. 

» Le secret de cet héroïsme, messieurs, il est connu 
» depuis longtemps : les admirables Filles de la Charité 
» sont profondément chrétiennes ; elles se dévouent à 
» leurs frères parce qu'elles aiment leurs frères, parce 
» qu'elles voient Jésus-Christ dans les infirmes et les 
:s> délaissés ; elles se dévouent au soulagement des 
» hommes parce qu'elles aiment Dieu ! » 

Une telle parole était de nature, ce semble, à faire 
quelque bien et l'on comprend que les fidèles de 
Gahors ne négligeassent aucune occasion de l'enten- 
dre. 

— Malgré son peu de goût pour la prédication so- 
lennelle, M. Carayol consentit pourtant en 1857 à 
prêcher dans la Cathédrale la station de l'Avent. Nous 
n'avons que le cadre régulier et méthodique, mais sans 
aucun développement, des instructions qu'il donna 
pendant ce mois. Toutefois il est certain qu'elles furent 
extrêment goûtées. 

3. Cependant on ne pouvait oublier que M. Carayol 
avait été pendant longtemps,plus de trente ans, un des 
maîtres les plus autorisés de l'enseignement chrétien, 
et il était d'ailleurs connu comme un fin lettré et un 
puriste. A l'époque où il vint résider à Cahors, M, 



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— 494 — 

Ayma, inspecteur honoraire d'acadénrjie, se disposait à 
publier sa traduction d'un ouvrage jusque-là plus vanté 
que connu : Séries et acta episcoporum Cadurcen- 
siurriy auctore Lacroix. Mais Tœuvre était difficile, et 
le traducteur, défiant de lui même comme tous les vrais 
savants, désirait que son travail, avant de paraître, fût 
revu par un prêtre compétent : il s'adressa à M. Ca- 
rayol et le vénérable chanoine lui promit volontiers 
son concours. 

Alors commença une revue extrêmement détaillée et 
minutieuse de l'œuvre de Lacroix et de la traduction 
qu'en donnait M. Ayma. Ce travail lui imposa de lon- 
gues recherches et luiprit infiniment de temps. 

Hélas ! il ne devait pas le terminer : la maladie l'ar- 
rêta au milieu de sa course et cette fois le mal devait 
se montrer inexorable. 

4. Un soir de février 1879, tandis qu'il était occupé 
à se raser, M. Garayol perdit tout à coup i-onnaissance, 
et ne revint à lui qu'après un temps assez long. Le mé- . 
decin, appelé en toute hâte, le trouva aussi remis qu'on 
peut l'être après une première attaque, et tâcha de lui 
persuader que l'accident n'aurait aucune suite ; mais 
le malade comprit parfaitement la gravité de son état, 
et tout en feignant de croire que le coup n'était pas 
mortel, il mit ordre à ses affaires. Il est avéré que dès 
ce moment il ne songea plus qu'à bien mourir. Les mé- 
decins lui prescrivant un repos absolu, et lui conseil- 
lant l'air natal, il leur obéit encore volontiers ; mais 
en quittant sa rési lence de Gahors, il lui dit adieu pour 
toujours. 

Dans sa maison d'Escazals où les soins les plus em- 
pressés lui furent prodigués par un frère, une belle- 



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— 495 — 

sœur et une nièce dévoués, il vit sa maladie le miner 
rapidement. Il allait et venait, évitant de s'aliter et di- 
sant même la sainte Messe dans sa chapelle, le plus sou- 
vent qu'il le pouvait ; mais l'embarras de sa langue 
croissait de jour en jour, et la peine infinie qu'il avait à 
trouver l'expression correspondante à sa pensée, l'a- 
vertissait que le moment fatal approchait. 

C'est dans la matinée du 28 juin que Dieu avait réso- 
lu de le rappeler à lui. Ce jour-là, comme il se levait à 
son heure ordinaire, il tomba tout à coup à la renverse 
et n'eut le temps que d'appeler son frère Paul. Quand 
celui-ci arriva, M. Garayol ne pouvait plus s'exprimer 
que par des gestes. Un signe de croix qu'il dessina fié- 
vreusement avec ses doigts sur la paume de sa main 
gauche, indiquait sans doute qu'il demandait l'Extrême 
Onction. Il la reçut en effet peu après, mais il était déjà 
sans connaissance. Il rendit le dernier soupir vers onze 
heures du matin. 

Ainsi s'éteignit le troisième supérieur du Petit Sémi- 
naire de Montfaucon, à l'âge de 56 ans huit mois et 
cinq jours. C'était à peu près à cet âge qu'était mort 
M. Larnaudie, le premier fondateur de l'établissement. 

Les souvenirs que ce prêtre éminent avait laissés au 
Petit Séminaire étaient encore trop vivants pour que 
la nouvelle .ie sa mort n'y causât pas une profonde et 
douloureuse surprise. Une délégation de professeurs 
alla assister à ses obsèques et quelques jours après un 
service funèbre fut célébré en grande pompe dans la 
chapelle de l'établissement pour le repos de son âme. 
— La maison eût été heureuse de posséder ses restes 
vénérés, qu'elle eût placés pieusement à côté de ceux 



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de M. Derruppé, son maître, son prédécesseur et son 
modèle. Mais il repose à côté de* son père et de sa mère, 
dans un tombeau de famille, au cimetière d'Espédaillac ; 
et il ne saurait convenir à sa seconde famille de ravir à 

la première sa dépouille mortelle Il suffit que son 

âme veille et prie pour nous du haut du ciel ! 



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CHAPITRE II 



HUMANITÉS 



Nous ne saurions terminer cette étude sur le passé 
du Petit Séminaire sans consacrer quelques lignes 
au souvenir de deux prêtres dont la vie entière 
s'est écoulée dans les labeurs de renseignement, et qui 
furent, l'un notre prédécesseur dans la chaire de se- 
conde, l'autre notre ami après avoir été notre premier 
professeur : ce sont M. Courtes et M. Ghabert. 

M. COURTES 

M. Courtes était né à Gourdon, le 7 mars 18H. 

L'histoire de ses premières années peut se résumer 
en quelques mots : enfant pieux ; séminariste exem- 
plaire; élève brillant. 

Devenu en 1866 professeur de Seconde, il se fit éga- 
lement apprécier de ses élèves et de ses collègues par 
le charme de son esprit et la douceur de son caractère. 

Aprèsi cinq années d'un labeur où il se dépensait tout 
entier, sa santé, qui avait toujours été faible, inspira 
des inquiétudes et il dut résigner en 1872 un emploi 
qu'il ne pouvait plus exercer. 

Le repos lui rendit quelques forces que Monseigneur 
s'emprçssa d'utiliser en le chargeant de fonder la maî- 
trise de la cathédrale de Gahors. — Sa Grandeur ne 

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— 408 - 

pouvait faire pour le succès de cette œuvre un meil- 
leur choix. 

M. Courtes s* y consacra pendant douze ans avec un 
dévouement absolu qui fut couronné d'un plein succès. 
Ses élèves se reconnaissaient facilement, même à Mont- 
faucon, par le bon esprit dont ils étaient animés et 
par les excellents principes de latin qu'ils avaient pui- 
sés à son école. 

M. l'abbé Courtes mourut à Cahors le 3 juillet 1884. 
Il avait été nommé en 1879, chanoine honoraire de la 
cathédrale. 

M. CHABERT . 

M. Chabert a fourni dans rejiseîgnement une carriè- 
re bien plus longue et plus uniforme que celle de M. 
Courtes. 

Il était né à Dégagnac le 3 octobre 4827. 

En 1844, sur les instances d'un de ses oncles, curé 
de Saint-Siméon, à Gourdon, ses parents l'envoyèrent 
au Petit Séminaire pour y faire ses études en vue du 
sacerdoce. Intellig(;nt et laborieux, il acquit une ins- 
truction très solide, devint un excellent latiniste et ma- 
nifesta en particulier une facilité remarquable pour la 
versification latine. 

Il entra au Grand Séminaire de Cahors en 1849, et 
après avoir terminé sa théologie fut rappelé à Montfau- 
con pour y exercer les fonctions de maître d'étude. 

Il occupa ensuite la chaire de Cinquième pendant cinq 



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ans ; celle de Quatrième six ans ; enfin celle, de Troi- 
sième pendant vingt-un ans. 

Exempt d'ambition, il déclina plusieurs fois toute 
offre d'un nouvel avancement. On a dit de lui, non sans 
raison, qu'il n'aurait point cédé sa Troisième pour un 
empire. 

Plus de la moitié des prêtres du diocèse ont été ses 
élèves et connaissent comme nous quelle était sa ma- 
nière d'enseigner. Elle se recommandait par une régu- 
larité invariable ; le professeur en donnait l'exemple 
et chacun devait s'y conformer. Toute année passée 
sous lui, était nécessairement une année de travail. 

Comme prêtre, encore plus que comme professeur, 
M. Chabert fut avant tout l'homme du devoir. Sa piété 
ennemie de toute affectation et de toute vaine cérémonie, 
était aussi solide qu'éclairée. En cette matière, la Foi 
et le Bon sens : telle semblait être sa devise ; tels 
étaient du moins le principe de ses discours et la règle 
de sa conduite. 

Doué d'une grande perspicacité et d'un sens merveil- 
leusement droit, M. Chabert était un homme d'excel- 
lent conseil. On ne le consultait jamais dans une diffi- 
culté sérieuse, sans avoir à s'en féliciter ; comme tel, 
nous croyons qu'il fut trop peu connu. 

Habile observateur, naturellement gai et causeur 
très intéressant, il était aussi, quand il voulait s'en don- 
ner la peine, le charme de toutes les sociétés qui avaient 
la bonne fortune de le posséder. 

Un mal impitoyable, contre lequel il avait lutté pen- 
dant vingt ans, l'emporta tout à coup, au moment où 
il croyait n'avoir plus à s'en préoccuper. Il mourut à 
Dégagnac le 23 septembre 1886. 



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— 500 — 

La nouvelle de sa mort arriva à Cahors pendant la 
retraite ecclésiastique, et y produisit une profonde sen- 
sation. Monseigneur le recommanda aux prières du 
clergé en ces termes élogieux : 

« Mes chers coopérateurs, j'ai la douleur d'appren- 
T> dre la mort de M. l'abbé Chabert, professeur au Pe- 
» lit Séminaire. Vous vous ferez un devoir de prier 
» pour cet excellent prêtre. Il a rendu de grands ser- 
ï» vices au diocèse ; il a été le maître d'un grand nom- 
» bre d'entre vous, et il fut toujours un homme do 
» grand dévouement. }» 



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SUPPLÉMENT 



NOTICE 

SUR QUELQUES ÉLÈVES 

DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFÂUCON 



Mgr DOUMERG 



Extrait du Journal du Lot : 28 Décembre 1878 



Mgr Deumerc était né à Montfaucon le 13 février 
1806. Au Petit Séminaire diocésain, dont il fut un des 
premiers élèves, on le vit pendant quatre ans, dévelop- 
per les qualités d'une nature vraiment quercynoise : 
foi vive, fermeté de caractère, allures pleines de ron- 
deur et d'entrain ; c'était le tempérament d'un admi- 
nistrateur qui se formait. 

En 1828 il se sentit appelé de Dieu à une vie reli- 
gieuse. La congrégation de Picpus dirigeait déjà à cette 
époque l'établissement des Petits-Carmes. 

Le vénérable Père Régis, qui avait été le supérieur 
de cette maison, avait laissé dans le diocèse une vérita- 
ble réputation de sainteté. 

Admis dans l'institut, le jeune Doumerc se rendit à 



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— 502 — 

Mende, où se trouvait le P. Régis. C'est sous sa direc- 
tion qu'il flt son noviciat. 

En 1830, après avoir terminé ses études, il est appelé 
à Paris, et sous le nom de P. Magloire, il s'engage 
comme profès au service des Sacrés-Cœurs. 

Les événements de la Révolution de Juillet obligè- 
rent alors les religieux de la maison -mère de Picpus à 
une dispersion momentanée. Après un nouveau séjour 
à Mende, où il remplit pendant quelque temps les fonc- 
tions de professeur, et où il fut promu au sacerdoce, le 
R. P. Doumerc rentra dans son diocèse d'origine et se 
consacra provisoirement au service d'une paroisse. 
C'est à Couzou qu'il donna les prémices de son minis- 
tère. Pendant plusieurs années son zèle y produisit 
d*heureux fruits de salut ; puis, sur l'appel de ses su- 
périeurs, il dut quitter celte chère population ; mais 
ce ne fut pas sans y laisser bien des regrets, et les 
meilleurs souvenirs. 

Au Grand Séminaire de Tours, que dirigeait alors la 
congrégation de Picpus, le P. Doumerc résida pen- 
dant deux ans en qualité d'économe. 

Mais déjà son supérieur, Mgr Bonamie, archevêque 
de Chalcédoine, un autre enfant du Lot, avait jeté les 
yeux sur lui pour le mettre à la tète des établissements 
de l'institut, dans l'Amérique du sud. Dans cette ira" 
portante situation, le R. P. Doumerc fit preuve de vrais 
talents d'administrateur. Supérieur à Valparaiso, dans 
le Chili, il ne tarda pas à recevoir le titre de provincial 
des Missions de l'Océanie orientale. Admirablement 
secondé par ses confrères, il procura par son activité 
la prospérité des maisons de son ordre dans le Nouveau 
Monde. 



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— 503 — 

Il savait faire aimer et honorer le nom de la France. 
Nos amiraux dont plusieurs vivent encore entrete- 
naient avec lui les relations les plus courtoises. Aussi, 
en reconnaissance des services rendus, le gouverne- 
ment français décerna-t-il au P. Doumerc la croix de 
chevalier de la Légion d'honneur. 

Toutefois une distinction, une dignité plus haute, 
allait lui être conférée. Sur la présentation de son su- 
périeur général, le Saint-Siège le promut à Tépiscopat, 
avec le titre d'évêque de Juliopolis, comme coadjuleur 
de Mgr d'Axiéri, vicaire apostolique de Taïti. En 1848, 
au mois d'août, l'archevêque de Santiago, qui l'hono- 
rait de son amitié particulière, voulut le sacrer dans sa 
Cathédrale ; il l'institua son représentant, pour la ville 
de Valparaiso^ avec les pouvoirs de Vicaire Général et 
de curé de l'église principale. D'un dévouement qui ne 
négligeait rien pour sa charge, Mgr Doumerc passa 17 
années au ChiU, de 1841 à 1858, ayant toujours à cœur 
l'éducation de la jeunesse et le bien des âmes. 

Une infirmité qui lui survint (1) l'obligea de résigner 
ses fonctions. C4'est Cahors qu'il choisit pour sa retrai- 
te. C'est à la villa-Labarre qu'il passa les 20 dernières 
années de sa vie (2)^ heureux de retrouver la vieille 
amitié des anciens du sacerdoce, honoré, dans son obs- 
curité, des témoignages de la haute estime de notre 
évêque, touché des respectueuses sympathies du cler- 
gé et de ses frères en rehgion. 

Il est mort la veille de Noël (3). Hier, ses obsèques 



(i) Cécité complète. 

(2) Légère inexactitude : Mgr Doumerc a passé plusieurs 
années de sa vieillesse à Montfaucon. 

(3) 23 décembre 1878. 



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— 504 — 

ont eu lieu à la Cathédrale avec tous les honneurs dus 
à son rang. 

— « L'Eglise perd, dans ce regretté prélat, un ser- 
viteur dévoué qui lui faisait honneur (4). » 



Mgr DE BESSONIES D'ALZAG 



C'est à Mgr de Bessonies lui-même que nous sommes rede- 
vables de la courte relation qu'on va lire. 

Nous la citons textuellement, persuadé qu'on trouvera un 
charme tout particulier dans le ton d'aimable simplicité qui y 
règne, comme aussi dans les nombreux anglicismes dont elle 
est semée : Il y a cinquante ans que Mgr de Bessonies a quitté 
la Franco. 

Le lecteur remarquera facilement que certains passages de 
son récit ressemblent un peu trop à une table des matières et 
comporteraient de longs développements ; c'est évidemment à 
l'extrême modestie du pieux prélat qu'il faut imputer ce dé- 
faut : Mgr de Bessonies n'a pu consentir à insister sur des 
événements qui seraient tous à son honneur : espérons que 
bientôt quelqu'un comblera ces lacunes. 

« Jean-François-Auguste Bessonies (2) né à Alzac, 



(1) Circulaire du R. P. Supérieur général de la Congréga- 
tion^des SS. Cœurs. 

Sg(!2) C'est ainsi que l'humble prélat se nomme par modestie; 
son vrai nom est : Jean-François-Auguste de Bessonies 
d' Alzac. 



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— 505 — 

paroisse de Sousceyrac, diocèse de Cahors vint au mon- 
de le 17 juin 1815. Il fut envoyé à Tâge de sept ans à 
Técole chez M. l'abbé Hyrondelle curé de Lacan-Dour- 
cet, où il passa trois ans à ne rien faire si ce n'est s'a- 
muser. A rage de dix ans il fut envoyé à Cahors chez 
les Picpussiens, connus à cette époque dans certains 
milieux sous le nom de frères Ignorantins, où il passa 
deux ans. Il fit sa première communion dans la chapelle 
des Dames-Blanches, le jour de la Fête des Sept -Dou- 
leurs de la Sainte-Vierge, en 1827, et ce jour-là il prit 
la ferme résolution de se faire prêtre et se consacrer 
aux Missions étrangères. De là, en novembre 1827, il 
fut envoyé avec deux de ses frères au Petit Séminaire 
de Montfaucon. De son temps mourut M. l'îibbé Lar- 
naudie, supérieur du Séminaire, qui fut remplacé par 
M. l'abbé Derruppé. Après avoir passé sept ans à Mont- 
faucon et fait sa Rhétorique il alla au Petit Séminaire 
d'Issy, où il passa deux ans ; puis au Grand Séminaire 
de Saint-Sulpice. 

« En 1836, Mgr Brute premier évêque de Vincennes, 
aux Etats-Unis d'Amérique, visita Saint-Sulpice en 
cherche de missionnaires pour son diocèse. L'abbé 
Auguste Bessonies, alors seulement tonsuré mais qui 
avait déjà fait application pour entrer aux Laza- 
ristes et avait été admis, reçut l'avis de son direc- 
teur, le cher abbé Pinault, d'offrir ses services à Mgr 
Brtité pour l'Amérique. Guidé par son conseil, il alla 
trouver Sa Grandeur, alors à Issy, et lui fit part de son 
projet. Le saint évêque Brute le pressa contre son 
cœur et lui dit : — « Mon cher enfant,je suis heureux 



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— 506 — 

d'apprendre qu'il a prospect de voir s'élever un 
nou\el autel dans mon cher diocèse de Vincennes. » 
Il lui fit part de tout ce qu'il aurait à souffrir, exposé à 
se perdre dans les forêts du Nouveau Monde et à pas-- 
ser la nuit h la belle étoile, etc., etc.. L'abbé Besson- 
nies répondit : c C'est là ce que je désire. » — ^ Vous 
êtes mon homme, » dit le bon évêque missionnaire ; 
mais comme je n'ai pas de Séminaire à Vincennes, vous 
achèverez votre théologie à Saint-Sulpice et quand 
vous aurez fini je vous enverrai chercher, j» 

» L'évoque de Vincennes fit V application pour Vexéat 
à l'évoque de Gahors et l'oblint. Trois ans plus tard il 
envoya son grand vicaire, l'abbé de la Haylandière, à 
Paris, et le jeune missionnaire, alors diacre, après avoir 
embrassé sa chère mère et s'être arraché de ses bras, 
tandis qu'elle lui donnait sa dernière bénédiction, à 
l'heure de minuit, partit sanglottant pour le Havre où 
il s'embarqua le 2 août 1839. 

» Après 44 jours de voyage sur un bateau voilier,car 
il n'y avait encore de vapeurs, ayant été fort malade 
durant la traverser, il débarqua à New-York le 15 sep- 
tembre 1839, mais arriva à Vincennes seulement le 21 
octobre. Mgr Brute venait de mourir et M . de la Hay- 
landière fut nommé son successeur. 

» Après avoir passé quatre mois à Vincennes,à étudier 
l'anglais, il fut ordonné prêtre le 21 février 1840 par 
Mgr de la H lylandière dans la Cathédrale de Vincen- 
nes, où la pluie lui tombait sur le dos pendant la pros- 
tration. L'évèque lui demanda ou il désirait aller : — 
« Là ou vous voudrez bien m'envoyer » lui répondit-il; 



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— 507 — 

— « mais n^aveZ'Vous de choix ? » ajoute Sa Grandeur. 

— « Oui, mon choix serait d'aller parmi les Indians. » 

— « Oh I ajouta-t-il, vous voulez tous aller parmi les 
Indians, Je ne puis consentir à cela, vous irez à Rome, 
pas à Rome en Italie, mais Rome Indiana. Il y a une 
petite chapelle en bois, dans la forêt, à 15 milles de 
Rome. Il y a là un prêtre que j'envoie ailleurs : vous 
prendrez sa place. » 

« Quelle difficxdté de trouver cette chapelle I Et c'est 
là, dans les bois, qu'il faut rester. Bientôt le jeune mis- 
sionnaire se perd et passe tout une nuit à la belle étoi- 
le, s'altendant à tout moment à être dévoré par les 
panthères et faisant de fervents actes de contrition. 

Enfin, il découvre sa chapelle au fond de la forêt, et 
s'installe tout auprès, dans une profonde solitude, d'où 
il sortira tous les jours pour visiter les familles catho- 
liques des environs. 

» Pour animer son désert, il lui vient à la pensée de 
fonder une ville, et elle sortit de terre, comme par en- 
chantement. Elle n'était pas tout à fait aussi grande que 
Paris ; mais elle l'était un peu plus qu'Alzac où il n'y 
a qu'une maison. 11 l'appela Léopold, en l'honneur 
d'un grand nombre de personnes : de Léopold Bes- 
sonies, son frère ; dd S. M. Léopold, roi de Bel- 
gique, et de l'institution Léopoldine d'Allemagne. Bien- 
tôt les émigrants belges viennent se fixer a à Léopold, 
achetant des terrains dans le voisinage. Il y a à présent 
dans cet ancien désert une belle paroisse. 

» Après huit années de Missions, Mgr de la Haylan- 
dière résigne et Mgr Bazin est son successeur. Sous 



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— 508 -- 

Tépiscopat de celui-ci, M. Bessonies est offert à la 
place de Grand Vicaire, mais il refuse. 

» Mgr Bazia ne fit que passer sur le siège épiscopal de 
Vincennes : ii mourut au bout de six mois et fut rem- 
placé par Mgr de Saint-Palais. Le nouvel évêque dont 
la carrière devait être beaucoup p!us longue, envoya 
Tabbé Bessonies d'abord à Portnague, puis à Jofîerson- 
ville, enfin en 1857, à Indiaiîapolis. 

y> En 1872, il fut nommé Grand Vicaire et en 1882, il 
est élevé à la dignité de prélat romain, sur la demande 
de son évêque,Mgr Ghotard,qui succéda à Mgr de Saint- 
Palais en 1878. A la mort de ce dernier, les prêtres du 
diocèse de Vincennes pétitionnèrent Rome pour avoir 
l'abbé Bessonies, alors administrateur du diocèse, pour 
leur évêque. Mais il écrivit à Rome pour dire qu'il n'ac- 
cepterait pas et demander la nomination de Mgr Cho- 
tard. 

» Il a été depuis trente ans curé do la Cathédrale, a éta- 
bli les écoles, des Sœurs, des Frères, les Petites Sœurs 
des pauvres, les Sœurs du Bon Pasteur et l'Hôpital des 
Sœurs de la Charité. 

» En 1884,il assista au concile de Baltimore en saqua" 
lité de Monsignor, ou prélat romain, et vit là 12 arche- 
vêques, 65 évêques et. 200 théologiens. Il est encore 
fort et peut espérer de célébrer son jubilé d'or en 
1890. )» 



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— 509 — 
M g r G L DE F Y 

ÈVÊQUE DE SAINT-DENIS (lA RÉUNION) 



Extrait de \JEcho de Notre-Dame de la Garde, 
Semaine religieuse de Marseille. (Numéro du 23 
Janvier 1887.) 



Né le 40 novembre 4826, dans le diocèse de Gahors, 
à Montfaucon, Joseph Goldefy était le neuvième enfant, 
il fut le cinquième prêtre d'une famille patriarcale du 
Quercy. Après avoir achevé ses études littéraires au 
Petit Séminaire de Montfaucon, il étudia la Théologie 
à Sarlat, sous les regards de son frère aîné, professeur 
de morale au Grand Séminaire. 

Ordonné prêtre, il fut nommé vicaire à Sarlat, poste 
qu'il occupa pendant dix années. Son zèle et ses rares 
qualités lui valurent les félicitations et Taffectueuse es- 
time de son curé, devenu plus tard son vicaire géné- 
ral. Pourtant les labeurs du ministère ne Terapêchôrent 
pas de poursuivre ses études ; aussi obtint-il bientôt le 
grade de licencié en théologie. 

M. l'abbé Joseph Goldefy fut ensuite nommé curé de 
Sigoulès. G'est pandant son séjour dans cette paroisse 
qu'il publia, en réponse aux arguments de M. Gratry 
contre rinfaillibihtô pontificale, une petite brochure 
intitulée ; « Le Pape Honorius et M, VAbhé Gratry » 



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— 510 — 

Dans les postes importants, qui lui furent ensuite 
confiés, il montra toujours les qualités d'un habile ad- 
ministrateur. A Génac comme à Thiviers, il s'occupa 
tout spécialement de l'éducation chrétienne des enfants 
du peuple. Il f^nda dans ce but des maisons de Reli- 
gieuses et des écoles de h-imeau, et il réunit dans une 
brochure les règles qui gouvernent les écoles mixtes. 
Ces articles, signalés au clei^é par notre excellent con- 
frère de la Semaiite religieufie de Périgueuxy précédè- 
rent une belle Notice sur la vie de saint Norbert, fon- 
dateur des Prémontrés. 

Nommé évêque de ia Réunion, le 17 février 1881, il 
éprouva un triple désir : prévenir, en vue du bien des 
âmes,les difficultés administratives ; — défendre son 
clergé contre toutes les attaques ; — dépenser toutes 
ses forces à visiter son diocèse, à développer les mis- 
sions et à rouvrir un collège catholique fermé depuis 
plusieurs années. 

Il ne tarda pas à approcher de son but, grâce à ce 
noble caractère dont le fond était un heureux mélange 
de bonté et de fermeté. On ne le vit jamais s'impatien- 
ter, quelque nombreuses et pénibles que fussent les 
difficultés ; mais d'autre part, il .savait être ferme et 
inébranlable. Il aimait à répéter cette parole : « La 
faiblesse engendre ie mépris. Ne parlez pas de conces- 
sions. » 

Dans plusieurs circonstances graves, il aurait pu ré- 
pondre à certains personnages comme cet évêque du 
IV® siècle au préfet impérial : « Vous n'aviez donc 
jamais rencontré un évêque : Eh bien I vous en avez 
trouvé un, in episcopum incidisti, » 

Mais bientôt les forces physiques le trahirent. En 
1885, sa santé était si ébranlée qu'il dut levenir en 



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-^ 511 - 

France. Le 10 mars de Tannée dernière (1886) il repar- 
tit pour La Réunion ; il se sentait plus fort, pourtant il 
était loin d'être rétabli. Mais le Saint Père lui avait fait 
dire: « Faites force de voile ; on a besoin de vous dans 
ce diocèss où vous avez déjà fait tant de bien. » Il n'hé- 
sita pas un instant. A peine fut -il arrivé que son mal 
s'aggrava. Pour lui il voulait vivre ou mourir dans son 
diocèse. Les médecins insistèrent, lui déclarant qu'il 
devait tenter une dernière chance de salut et repartir 
pour la France. 

C'était bien tard. Mgr Coldefy obéit aux médecins 
quoique à regret, comme il avait obéi avec plaisir au 
Souverain Pontife, et il arrivait à Marseille il y a dix 
jours. 

Le mal fit de rapides progrès, et les docteurs Audi- 
beit et Combes, qui s'étaient empressés de prodiguer 
leurs soins au vénérable malade, déclarèrent qu'il n'y 
avait plus d*espoir de guérison. 

La patience, la résignation du vénérable prélat ne 
s'est pas démentie un instant, et son esprit était sans 
ces<e occupé des pensées pieuses que lui suggéraient 
les prêlres accourus à son chevet, M. l'abbé Andréa, 
curé de Saint-Philippe, M. l'abbé Rebière, chanoine 
honoraire, curé de Périgueux, directeur de la Semaine 
religieuse, et M. l'abbé Bergougnoux, originaire du dio- 
cèse de Cahors, aumônier de Notre-Dame de la Charité, 
dans notre ville. C'est mardi, 18 janvier (1887), à 3 heu- 
res du matin, que Mgr Coldefy s'est endormi doucement 
sans aucune secousse, dans la paix du Seigneur à l'âge 
de 61 ans. 

Après des obsèques solennelles, que Mgrl'Évéquede 
Marseille voulut faire célébrer à ses frais, dans sa cathé- 



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— 512 — 

drale,et où la population de Marseille s'honora par son 
affluence et son attitude à la fois respectueuse et émue, 
les restes vénérés de Mgr Coldefy ont été transportés à 
Montfaucon et déposés dans un caveau de famille. 



M. LARNAUDIE 

MISSIONNAmE 



Relation de M. TAbbé Pechmèze, 

CURÉ DE DÉGAGNAG 



M. Louis Larnaudie, compte parmi ses ancêtres des 
hommes de robe et d'épée... En 1793, un de ses oncles 
curé de Fages (près Lauzès), mourut sur les pontons 
de Rochefort, victinne de la Révolution. 

Le futur apôtre des Siamois naquit, en 1819, au ha- 
meau de La Serre, commune de Dégagnac ; il apprit 
au sein môme de sa famille, les premiers éléments du 
français et du latin. 

En 1833 il entra avec trois de ses fi'ères au Petit Sé- 
minaire de Montfaucon, où il fit admirer pendant huit 
ans sa prodigieuse facilité de travail, son aptitude par- 
ticulière pour les sciences, la simplicité de ses maniè- 
res et sa modestie inaltérable au milieu des succès les 
plus brillants. 

Il entra ensuite au Grand Séminaire de Cahors (1841) ; 



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- 513 — 

mais après un an de séjour dans cette maison, il se 
sentit appelé de Dieu à évangéliser les infidèles, et par- 
tit pour le Séminaire des Missions étrangères. 

En quittant trois ans après le sol de la patrie, le jeu- 
ne missionnaire eut la douleur d'apprendre que son 

père ne lui pardonnait pas de l'avoir abandonné Ce 

fut seulement après dix-sept ans de travaux apostoli- 
ques qu'il obtint le pardon de ce vieillard mourant. 

Destiné à la mission de Siam; l'abbé Louis Larnau- 
die s'embarqua avec le père Labbé, et au bout de dix 
mois ils abordèrent sur ces plages lointaines. 

A peine arrivés, ils durent, accompagnés d'un caté- 
chiste siamois parlant latin et que leur adjoignit Mgr 
Pallegoix, commencer leurs courses apostoliques. Vo- 
guant par une nuit obscure, sur le fleuve Ménam, leur 
pirogue alla, pendant qu'ils dormaient, se heurter con- 
tre un poteau de bambou auquel pour prendre les gros 
poissons, les naturels avaient attaché un immense filet 
et chavira. Ce turent eux qui furent pris. Entraîné par 
le couraot le P. Labbé brisa les mailles du filet ; mais 
il ne parvint pas à se sauver : ce ne fut qu'au bout de 
trois jours qu'il remonta à la surface de l'eau. Plus heu- 
reux que lui, le P. Larnaudie put remonter le courant 
et gagner à la nage la frôle embarcation que les ra- 
meurs avaient déjà redressée. Plus tard il tomba en- 
core deux fois dans le fleuve, en sorte qu'il pouvait 
dire avec Saint Paul : « Ter naufragium feci. y> 

Après six mois de séjour dans la mission il put con- 
fesser et faire le catéchisme en siamois. Plus tard, il 
entendait les confessions en neuf langues. 

Tour à tour missionnaire, curé de la cathédrale de 
Bankok, professeur de latin et de théologie, il trouvait 

33 



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— 514 - 

encore assez de temps pour confectionner des bobines 
pour ses expériences de physique, faire de la photogra- 
phie et de la dorure, construire des moulins à vapeur 
et disposer des télégraphes électriques qu'il n'avait 
jamais vu fonctionner avant son départ de France. 

A partir de ce moment sa réputation de savant se 
répandit dans tout le royaume. Le frère du roi lui-même 
et plusieurs autres princes no dédaignèrent pas d'aller 
écouter ses leçons. Les .naturels avaient pour lui de 
l'estime et de l'affection. Vivant comme eux, souvent; 
au miliBu des forêts, allant nu-tête, marchant nu-pieds, 
se conformant à leurs usages, partageant leur cuisine 
qui n'était pas toujours des plus succulentes, il s'insi - 
nuait ainsi dans leur esprit et dans leur cœur. 

Cependant, jaloux du bien que faisaient les mission- 
naires, les Talapoins suscitèrent contre eux l'animosité 
du roi. Voici dans quelles circonstances. Uae épidémie 
faisait périr toutes les poules du pays. Ils prétendirent 
que les missionnaires en éiaient la cause, parce qu'en 
immolant eux-mêmes ces innocents volatiles, ils trou- 
blaient le repos des mânes de leurs ancêtres qui, en 
vertu de la métempsycose, y faisaient leur demeure 
en attendant d'émigrer ailleurs. Ce n'est pas à dire que 
les talapoins se privent de volaille ; mais ils la font 
immoler par d'autres et croient ainsi leur conscience 
déchargée. 

Pour apaiser les mânes irrités des ancêtres, le roi 
ordonna, sous peine d'exi), à chaque missionnaire 
d'immoler trois poules à Boudha. C'eût été une idolâ- 
trie. Ils s'y refusèrent et furent chassés du royaume. 
Le P. Larnaudie choisit pour sa résidence Singapour, 
colonie anglaise. Là, devaient l'attendre de nouvelles 



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— 515 — 

épreuves. On lui confia une petite colonie de chrétiens 
chinois. Jaloux du bien qu'il leur faisait, les Francs- 
Maçons du pays s'armèrent contre eux, leur brûlèrent 
une trentaine de cases, et cernèrent la chapelle où ils 
s'étaient réfugiés sous la protection du Père. Ils furent 
repoussés. La tête de notre vénéré missionnaire fut 
alors mise à prix. Cinq cents piastres devaient être la 
récompense de celui qui la leur porterait. — « C'était 
diablement cher », dit le Père en riant. Le gouverneur 
anglais mit gracieusement à sa disposition une garde 
de cinquante cipayes commandés par un lieutenant. 
Attaqués à leur tour, les Francs-Maçons vaincus de- 
mandèrent grâce et la paix fut faite. 

Sur ces entrefaites mourut le rci de Siam, et son 
frère,qui lui succéda au trône, s'empressa de rapporter 
l'injuste décret qui frappait d'exil les missionnaires, et 
qu'il n'avait, du reste, jamais approuvé. A partir de ce 
moment le P. Larnaudie jouit du plus grand crédit à la 
cour. Le roi s'inspirait souvent de ses conseils. Un jour 
qu'il lui manifestait la crainte de voir ses états tomber 
comme ceux de ses voisins, sous la domination euro- 
péenne, le P. Larnaudie lui conseilla, pour sauvegar- 
der son indépendance, de se mettre, par un traité de 
commerce, sons la protection de la France. Il était gui- 
dé en cela non-seulement par l'amour de sa patrie 
d'adoption, mais encore par le désir de voir la France 
étendre plus avant son influence dans l'Extrême-Orient. 
Cet avis fut goûté ; des négociations furent entamées, 
et un jour trois navires de guerre dont l'un portait M. 
de Montigny, représentant de l'Empereur Napoléon III, 
abordèrent sur les côtes de Siam pour conclure le trai- 
té. Il fallait un interprète. Ce fut le P. Larnaudie qui 



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— 546 — 

fut choisi pour mener cette affaire à bonne fin. On peut 
dire qu'il était interprète et négociateur. Il se trouvait 
en ce moment à deux journées de Bankok,évangélisant 
au milieu des forêts ses chers néophytes, quand une 
barque royale montée par trente rameurs, vint de la 
part du souverain le prier de venir s'entendre avec le 
représentant de l'Empereur. — « Il aurait fallu voir, 
dit le Père, avec sa gaieté ordinaire, la mine que firent 
M. de Montigny et ses officiers, quand ils me virent, 
arrivant directement du milieu des forêts, monter sur 
le navire où tout brillait, nu -tête, sans chaussures, re- 
vêtu d'une simple blouse de cotonnade. J'étais un vrai 
va-nu-pieds. » 

Cependant quand le P. Larnaudie eut parlé, la mau- 
vaise impression qu'il avait produite sur les personna- 
ges qui l'entouraient fut bientôt dissipée. « Père, lui 
disait plus tard M. de Montigny, qui plusieurs fois le 
reçut dans son château près d'Auxerre, j'avais porté 
sur votre compte un jugement bien injuste. Vous étiez 
réellement l'homme qu'il mo fallait. S'il m'échappait 
parfois, pendant les négociations, des paroles bravant 
l'honnêteté, vous les reproduisiez, textuellement. Vous 
êtes vraiment le modèle des interprètes. » Aussi l'ai- 
rnait-il comme un frère et pendant la maladie qui l'em- 
porta, il n'aurait jamais voulu qu'il se séparât de lui. 
Pour lui témoigner son affection et son estime, il lui 
légua, par testament, une rente viagère de 1,500 fr. 
dont les héritiers ne tinrent aucun compte. 

Cependant pour sceller la bonne entente qui régnait 
désormais entre Siam et la France, le roi envoya à 
Napoléon III une nombreuse ambassade conduite par 
notre vénéré missionnaire ; à vrai dire, le véritable 



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— 517 - 

ambassadeur fut M. Larnaudie. — « En interprétant 
leurs paroles, a-t-il dit plus tard, je disais ce qu'ils au- 
raient dû dire et non ce qu'ils disaient. » Ce fut à 
cette occasion qu'il reçut des mains de l'Empereur la 
eroix de la Légion d'honneur. Lui du moins ne l'avait 
pas achetée. De Paris, les ambassadeurs se rendirent à 
Rome pour offrir au Pape les riches présents que lui 
envoyait leur souverain. De retour à Paris, où ils pas- 
sèrent encore quelques mois, ils reprirent au mois de 
septembre la route de Siam. C'était en 1861. 

Au mois de mai 1864, le P. Larnaudie revint en 
France par ordre de son évêque afin do faire fondre 
des caractères siamois pour une imprimerie dont il fut 
le directeur et repartit après s'être acquitté de cette 
mission. En 1869, il conduisit, à l'époque de l'exposi- 
tion de Paris, une nouvelle ambassade dont faisait par- 
tie un jeune prince qui resta pour faire, sous la sur- 
veillance de notre cher missionnaire, son éducation en 
France. Il ne repartit plus, retenu dans son pays natal 
par une teriible maladie dont il a aujourd'hui heureu- 
sement triomphé. 

Les visiteurs peuvent voir, dans le musée de Ver- 
sailles, le tableau d'un grand maître, représentant le P. 
Larnaudie en pied, ^u milieu des ambassadeurs siamois 
au moment où ils ont reçus par l'Empereur Napoléon III 
entouré d'une brillante cour. Il passera, dit-il, à la pos- 
térité pour avoir parlé comme l'ânesse de Balaam. Il 
prétend n'avoir jamais tant menti que quand il était 
ambassadeur. Se sentant peu de goût pour le faste, il a 
renoncé aux relations qu'il aurait pu entretenir avec de 
grand^5 personnages. A la mort de Mgr Pallegoix il au- 
rait pu être évêque ; il pria ses confrères de reporter 



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— 518 — 

leurs voix sur Mgr Dupont. Le duc de Penthièvre fils 
du prince de Joinviile et le comte de Beauvoir qu'il re- 
çut dans son humble demeure et présenta au roi lors 
de leur visite à Siam, lui ont consacré quelques pages 
dans leurs relations de voyage en Extrême-Orient. 
Aujourd'hui ne cherchant qu'à se faire oublier, il est 
le très humble vicaire et surtout l'ami dévoué du curé 
de sa paroisse natale. 



Mgr PIERRE-LOUIS BEL 



DE LA CONGRÉGATION DE LA MISSION 

ÉVÊQUE D'AGATHOPOLIS 

Vicaire Apostoliq[ue d'Abyssinie 



Nous renvoyons pour la vie de ce saint Missionnaire 
5 sa Biographie, que bs prêtres de la Congrégation de 
la Mission vont publier prochainement. 

Il nous suffira de dire ici que Mgr Pierre-Louis Bel 
était entré au Petit Séminaire de Montfaucon comme 
élève de Rhétorique, le 3 novembre 1841, et qu'il se 
signala dès son arrivée dans la maison par ses talents 
et son éminente piété. 



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— 519 - 
GAMBETTA 



On a trop dit que Gambetta avait été élève du Petit 
Séminaire, et son nom a eu dans le monde trop de re- 
tentissement pour que nous puissions nous dispenser 
de le mentionner ici. 

Léon Gambetta, fut proposé par son père, fournis- 
seur do la maison, à M. Bonhomme, quelques jours 
avant la rentrée de 1848. Accepté avec empressement 
par le bon économe, il le suivit le lendemain à Mont- 
faucon, et fut inscrit le 5 novembre, comme élève de 
Septième. 

Il se fit vite connaître (nul n'en sera surpris) par sa 
gaieté, sa turbulence et sa dissipation — si toutefois 
on peut donner ce dernier nom à l'indiscipline d'un 
enfant de dix ans. — Cependant ses maîtres, tenant 
compte de la légèreté de l'âge, et remarquant chez lui 
un excellent cœur, paraissent avoir été surtout frappés 
de ses bonnes qualités. La note qui résume son histoire 
comme séminariste est véritablement élogieuse. Com- 
me elle lui fait honneur, nous la citons intégrale- 
ment. 

M. Gambetta, Léon, de Cahors 

Conduite : Dissipée. 
Application : Médiocre. 

Caractère : Très bon, très léger, enjoué et espiè- 
gle. 



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— 520 — 

Talent : Remarquable ; intelligence très déve-. 
loppée. 

Léon Gambetla quitta le Petit Séminaire après sa 
Sixième et alla continuer ses études au Lycée de Gahors, 
qui depuis a pris son nom. 

La suite de sa vie appartient à l'histoire de son pays 
plutôt qu'à celle de la maison où il a passé seulement 
deux années de son enfance. 

Nous devons cependant rappeler qu'en 1865 Léon 
Gambetta, avocat déjà célèbre et député de Marseille, 
eut occasion de revoir Montfaucon. Il y fut reçu avec 
l'empressement que retrouvent tous nos anciens élèves 
quand ils veulent bien y reparaître, et avec toute la 
distinction qui convenait à sa naissante fortune. 

De son côlé, il s'hoiiora en voulant visiter en parti- 
culier chacun des maîtres qu'il y avait connus ; il eut 
pour chacun d'eux une parole de reconnaissance et té- 
moigna du bon souvenir qu'il avait conservé de la mai- 
son. 

A l'époque des malheurs de la patrie, en 1870, quand 
le fougueux tribun devenu homme d'Etat, prit en main 
la cause de la défense nationale, plus d'un de ces prêtres 
vénérables se pi ut à fonder sur lui degrandes espérances. 
Hélas ! ces espérances ne furent pas réalisées ! 

Peu après, ils eurent la douleur de le voir entrepren- 
dre ta campagne contre l'Eglise, mettre son immense 
talent au service des ennemis de Dieu, et lancer son 
fameux cri de guerre ; o: Le cléricalisme, voilà l'en- 
nemi ! » Quoique innocents de ses fautes, ils les dé- 
plorèrent amèrement, comme un père plein de ten- 
dresse s'afflige toujours des égarements d'un fils dont 
il n'est plus le maître. 



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— 521 — 
M. L'ABBÉ MARTIN 



{BuUetm de VInstitut Catholique : l'o année, Janvier 
1890, n« 1.) 



L'Institut Catholique et très particulièrement la Fa- 
culté de Théologie viennent de faire une perle considé- 
rable en la personne de M. Tabbé Paulin Martin, pro- 
tesseur d'Ecriture sainte. 

Né le 20 juillet 1840, à Lacam (Lot), il avait fait ses 
études au Petit Séminaire de Gahors, où il avait eu 
Gambetta pour condisciple. Il était venu continuer ses 
études ecclésiastiques au Séminaire de Saint-Sulpice, 
où il fut un des élèves les plus distingués du savant M. 
Le IJir. Sa théologie terminée, comme il n'avait pas 
l'âge de la prêtrise, il partit pour Rome en 1863 ; il 
passa près de trois ans au Séminaire français dirigé par 
*es Pères du Saint-Esprit, et y reçut l'ordination sacer- 
dotale. 

Au mois de février 1866, il fut nommé chapelain de 
Saint-Louis des Français et y demeura plus de deux 
ans. C'est pendant ce séjour de cinq années à Rome 
que son goût pour Tétude, favorisé par les loisirs dont 
il disposait, par les ressources de toute sorte dont il 
était environné, se transforma en une véritable voca- 
tion scientifique, dont l'attrait irrésistible devait domi- 
ner toute sa vie. Dans le commerce quotidien d'hom- 



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— 522 — 

mes éminents, tels que le P. Verzellone, le P. Patrizi, 
le P. Franzelin, depuis cardinal, le P. Bollig, etc , il 
apprit à connaître la méthode et l'esprit de la science 
et se familiarisa, d'une part, avec les sources de la tra- 
dition, d'autre part, avec les langues orientales, Thé- 
breu, l'arabe, mais surtout le syriaque, langue précieu- 
se pour quiconque veut élargir le champ de la théolo- 
gie patrislique, en interrogeant dans leur idiome les 
témoins orientaux. Il ne tarda pas à se faire un nom 
comme syriacisant, approfondissant les problèmes phi- 
lologiques, sans que ces préoccupations techniques dé- 
tournassent jamais son regard des vastes- horizons théo- 
logiques que la littérature syriaque avait ouverts devant 
lui. 

Cependant, les fonctions de chapelain de Saint-Louis 
étaient temporaires, et l'abbé Martin devait songer à 
fixer sa vie. Incorporé, pendant ses études théologi- 
ques, au diocèse de Paris, il revint se mettre à la dis- 
position de Mgr Darboy, très porté, comme on le sait, 
à encourager la science ecclésiastique, mais qui/ en 
dehors des chaires de la Sorbonne rarement vacantes, 
ne disposait d'aucun moyen régulier d'ouvrir à un su- 
jet, même bien préparé, la carrière scientifique. L'abbé 
^ Martin, d'ailleurs, avait du goût pour le ministère, et 
il accepta volontiers les fonctions de vicaire à Saint- 
Nicolas-des-Ghamps, vers la fin de l'année 1868. 

Quatre ans après, il obtenait au concours le titre de 
chapelain de Sainte-Geneviève, et, tout en se donnant 
avec zèle à la prédication, il achevait, au prix d'un tra- 
vail acharné, sa préparation scientifique. A la rentrée 
de 1876, il fut nommé aumônier de l'école Monge, mais 
il n'y passa que quelques mois ; et, au mois de février 



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— 523 — 

1877, il devenait premier vicaire de la paroisse de 
Saint-Marcel de la Maison Blanche. C'est là que le 
choix des évoques fondateurs de la Faculté de théolo- 
gie vint le chercher, à la fui de Tannée suivante, pour 
fonder, dans celte école naissante, renseignement de 
l'Ecrite sainte et des langues orientales. 

Pendant ces dix années de ministère à Paris, Tabbé 
Martin fut le modèle des prêtres, et ceux qui l'auraient 
vu presque constamment présent à réglise,ou appliqué 
au dehors aux emplois où l'attirait son zèle, n'auraient 
pu croire qu'il trouvât encore de longues heures pour 
des travaux d'érudition. Ces heures, hélas ! il les déro- 
bait au sommeil. De tels excès de labeur, soustraits par 
sa modestie à tout contrôle, triomphèrent enfin de sa 
robuste constitution et lui firent contracter la maladie 
de cœur qui devait nous l'enlever si prématurément. 
C'est surtout au milieu des populations indigentes du 
quartier de la Maison-Blanche qu'il révéla les trésors 
de son cœur sacerdotal. Sa journée entière appartenait 
aux pauvres, aux malades, aux enfants. Il exerçait avec 
un particulier dévouement le ministère délicat réservé 
dans les paroisses de Paris au premier vicaire, et qui, 
avec de nombreuses difficultés, offre aussi plus d'une 
occasion de ramener les âmes à Dieu, je veux dire le 
règlement des mariages. 

A partir du mois d'octobre 1878, l'abbé Martin, sans 
négliger les occasions qui s'offraient à lui de prêcher 
et de confesser, se livra tout entier à ses devoirs de 
professeur. Tout était à créer dans le haut enseigne- 
ment théologique sous la forme nouvelle que venait 
d'inaugaurer la loi sur la liberté de l'enseignement su- 
périeur. Il ne s'agissait plus, comme dans les Facultés 



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— 524 — 

officielles de théologie, de donner au public un ensei- 
gnement apologétique, puisé sans doute aux sources 
de la science sacrée, mais présenté sous une forme 
oratoire. Le nouvel enseignement devait s'adresser aux 
élèves ecclésiastiques qui, après avoir achevé le cours 
ordinaire des études théologiques au Grand Séminaire, 
viendraient chercher dans une école supérieure Tini- 
tialion flPux connaissances et surtout aux méthodes qui 
caractérisent le haut savoir. 

Dans ce grand effort de création, l'abbé Martin se vit 
imposer une tâche immense, qu'il devait partager plus 
tard ave3 deux jeunes maîtres, dont l'un avait été son 
élève : Il menait de front l'enseignement de l'Ecriture 
sainte, un double cours d'hébreu pour des élèves de 
forces inégales,et un cours de syriaque. 

Il est temps de jeter un coup d'œil sur l'œuvre de ce 
savant prêtre. Nous ne pouvons en ce moment dresser 
Tinventaire exact de ses publications ; la liste en serait 
longue car il commença de bonne heure à écrire dans 
différents recueils, notamment dans la Reviie des ques- 
tions historiques, plus lard dans la Revue des sciences 
ecclésiastiques et, tout récemment dans la Science théo- 
logique. Le Correspondant a publié de lui de nombreux 
articles relatifs à l'anglicanisme et à la question irlan- 
daise. 

Dans le domaine de l'érudition pure, nous pouvons 
citer sa Grammaire et sa Chrestomathie syriaques et 
l'édition des Pères anténicéens de langue syriaque qui 
forment le tome IV des Analecta sacra, publiés par le 
cardinal Pilra pour faire suite au Spicilegtum Soles- 
mense. 

Mais l'œuvre principale de M. Martin est celle que 



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— 525 — 

malheureusement il n'a pu mettre au jour. La mort ne 
lui a pas laissé le temps de donner une forme définitive 
à ses belles études sur la Critique textuelle du Nou- 
veau Testament et sur la Composition du Pentateuque. 
Les autographies de ses cours contiennent la matière 
de plusieurs grands ouvrages qu'il s'apprêtait à en tirer 
et dont il n'a pu donner au public que des extraits. 

Les lecteurs de la Revue des questions historiques se 
rappellent les curieuses recherches du savant profes- 
seur sur V Histoire de la Yulgate et sur les Manuscrits 
anciens du Nouveau lestament. Les deux autres re- 
cueils que nous avons cités ont publié, quelquefois en 
même temps, des articles pleins de verve sur l'authen- 
ticité du fameux verset des trois témoins célestes. Les 
amis de l'abbé Martin trouvaient qu'il aurait mieux fait 
de hmiter et d'ordonner avec plus de méthode ses vas- 
tes travaux, mais il y avait dans cet érudit l'âme d'un 
polémiste ; et l'ardaur des controverses, même et sur- 
tout avec les amis» l'entraînait à multiplier les écrits de 
cin onstance, où les imperfections d'une composition 
hâtive, quelquefois les intcmpérance3 d'un génie quel- 
que peu batailleur, se mêlaient aux trésors de savoir 
dont son immense lecture enrichissait tous ses écrits. 
Faut-il le dire? l'originalité de son esprit le portait 
parfois vers des soluûons inattendues, dont plusieurs, 
malgré les preuves qu'il a essayé d'accumuler, ne pa- 
raissent pas avoir obtenu droit de cité dans la science ; 
par exemple sa théorie sur le caractère composite et 
artificiel des célèbres manuscrits primitifs du Nouveau 
Testament, où il ne voulait voir qu'une compilation de 
fragments empruntés aux citations d'Origène et des 
Alexandrins^ en sorte que la conservation de ces ma- 



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— 526 — 

niiscrits tiendrait précisément à ce que, étant dépour- 
vus de voleur, ils avaient échappé par défaut d*usage à 
l'injure du temps. Nous sommes incompétents pour 
décider entre Tabbé Martin et ses contradicteurs, mais 
s'il s'est trompé, on peut diie que ses erreurs mêmes 
sont des monuments d'érudition. 

Comme si c'était trop peu de ces travaux, il avait ac- 
cepté, dans ces derniers temps, les fonctions de prési- 
dent suppléant dan? les causes matrimoniales à l'offi- 
ciijtlité de Paris. Dès 1884, le cardinal-archevêque de 
Pans et l'évoque de Cahors, son diocèse d'origine, 
l'avaient nommé chanoine honoraire. Son nom était 
prononcé avec une particulière estime par les princi- 
paux représentants de la science ecclésiastique à Lou- 
vain, à InnsbiiiGke, à Rome, où il comptait pour amis 
Mgr Lamy, le docteur Bickel, le R. P. Gorneh, etc. 

Mais si les témoignages les plus honorables venaient 
récompenser son labeur, sa santé profondément alté- 
rée réclamait des ménagements qu'ils se décidait diffi- 
cilement à observer. Déjà une première fois, il y a sept 
ans, un rhumatisme articulaire qui, des membres s'était 
jeté sur le cœur,avait mis ses jours en danger. Il y a 
deux ans, de nouvelles atteintes de cette affection l'o- 
bligèrent, sur l'ordre du médecin, à prendre un congé 
pour aller passer Thiver à Cannes. Il avait repris son 
enseignement à Pâques, mais il avait dû de nouveau, à 
l'approche de la mauvaise saison, fuir le cUmat du nord. 
C'est à Amélie-les-Bains qu'on l'avait envoyé cette 
fois. 

Après quelques semaines de souffrances, il écrivait, 
le 20 décembre, pour donner de meilleures nouvelles 
de sa santé. A peine les forces commençaient-elles à 



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— 527 — 

lui revenir qu'il formait de nouveau de grands projets 
de travail. Mais Tépidénnie régnante l'atteignit dès les 
premiers jours de janvier. D'abord bénigne, elle déter- 
mina bientôt une crise de son affection cardiaque. 
Averti du danger, M. Martin demanda lui-môme les sa- 
crements qu'il reçut, le dimanche 12 janvier, avec les 
senlimerits d'une résignation parfaite et d'une vive 
piété. Une heure après il perdait connaissance, et, après 
une longue agonie de quarante heures, il expirait le 14 
au matin. 

L'Eglise célèbre ce jour- là, la fête de Sainl-Hilaire. 
Il nous est doux de penser qu'un si grand docteur de 
l'Eglise a reçu au seuil de l'éternité le prêtre pieux et 
docte, dont la vie toute entière s'est consumée au ser- 
vice des âmes et dans le3 travaux de la science sacrée. 



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— 529 — 
TABLEAU 

DU PERSONNEL 

Des Directeurs et des Professeurs 

DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUGON 
DE 1815 A 1875. 



1815-16 



Directeur 
l^e Division 
2e Division 
3© Division 
Étude 



Larnaudiç 

Bosq 

Pauty 

Gadiergues 



1816-17 



Id. 

Id. 
Derruppé 
Poussou 
Capmeil 



1817-18 



Id. 
Id. 

Bonhomme 
Arnaudet 
Aurusse (?) 



34 



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— 530 



j 1818-19 

I 

i 

I 

Supérieur i Larnaudie 

Philosophie 

I 

Rhétorique ] 



1819-20 



Seconde 
Troisième 



Bosq 



Laporle 



Quatrième ] 

1 
Cinquième ', Bonhomme 

Sixième ! Longou 



Septième 

ÉTUDE 



Dalet 
Perbosq 



Id. 



Id. 

Id. 

Bonhomme 

Longou 

Mazet 

Loulmet 

Frauciel 



1820-21 



Id. 



Laporte 



Murât 

^îazot 

Id. 

Id. 

! Au russe 

Escudié 



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— 531 -^ 



1821-22 


1822-23 


1823-24 


1824-25 


Id. 

Derruppé 

Laporte 

Aurusse 

Mazet 

Vernet 

Bergues 

Breil 

JLarro([ue 
(Ferrie 


Id. 
Derruppé 
Vayssette 

Id. 

Id. 

Id. 

Id. 
Baduel 
Longou 
Luga 


Id. 
Id. 

Roux-Lavergne 
Bonhomme 

Id. 

Id. 
Luga 

Id. 
Fourniol 
Maurel 


Id. 

Id. 

Mazet 

Id. 

Id. 

Fourniol 
' Dalat 

Bru 

Id. 

Vigne 
Peiras 

Vérines 



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Google 



— 532 — 





1825-26 


1826-27 


1827-28 


Supérieur 


Larnaudie 


Id. 


Id. 


ÉCONOME 








Histoire 








Philosophie 


Derruppé 


Id. 


Id. 


Rhétorique 


Mazet 


Id. 


de ia Roassilhe 


Seconde 


Bonhomme 


Id. 


Id. 


Troisième 


Aurusse 
Baduel 


Aurusse 


Id. 


Quatrième 


Dalat 


. Id. 


Vernet 


Cinquième 


Bru 


Id. 


Dalat 


Sixième 


Pelras 


Id. 


Id. 


Septième 


Fages 


Id. 


Id. 


Huitième 


Galmon 


Vernet 


Sol 


l^e ÉTUDE 


Vérines 


Descamps 


1 Couderc 
' Fauvet 


2e ÉTUDE 






Millet 
1 Layrac 



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— 533 — 



4828-29 


1829-30 


4830-31 


1831-32 


jLarnaudie 
ÎDerruppé 


Derruppé 


Id. 


Id. 




Bonhomme 


Id. 


Id. 






de la Roussilhe 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


jdelaRoussilhe^ 
ICallé 


Id. 
Dalet 


Latroucherie 


Id. 


Id. 


Aurusse 


Id. 


Id. 


Id. 


Jouffreau 


Vernet 


Id. 


Id. 


Id. 


Dalat 


Magne de 
Sarrazac 


(Dalat 
Contie 


Dalat 


Bel 


Ramet 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Sénizergues 


Garcasset 


Contie 


Frankoual 


Id. 


Lacoste 


Guilhou 


Mercié 


Martin 


Mercié 
Ramet 


Masbou 


Layrac 


Lacoste 


Masbou 


Bourdarie 



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Google 



— 534 — • 





1832-33 


4833-34 


1834-35 


Supérieur 


Derruppé 


Id. 


Id. 


ÉCONOME 


Vernet 


Id. 


Pelras 


Sciences 


1 


Derruppé 
Delcros 


Id. 


Histoire 


(le la Roussillie 


Id. 


Id. 


Philosophie 


Derruppé 


Id. 


Id. 


Rhétorique 


Latroucherie 


Id. 


Id. 


Seconde 


Aurusse 


Id. 


Id. 


Troisième 


Xatard-Pagi'S 


Id. 


Vernet 


Quatrième 


Bel 


Id. 


Galan 


Cinquième 


Ayroles 


Id. 


Lamothe 


Sixième 


Pelras 


Id. 


Contie 


Septième 


Conlie 


Id. 


Catusse 


Huitième 


Duclos 


Catusse 


Malaret 


lï'e Étude 


? 


Delcros 


Id, 


2e — 


Gimbert 


Bel 


Sourzat 


Grec 

1 

i 

1 

i 


Magne de 
Sarrazac 


Id. 


Id. 



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Google 



— 535 



4835-36 


4836-37 


4837-38 


4838-39 


Id. 


Id. 


Id. 


Id, 


Id. 


Bonhomme 


Id. 


Id. 


/Derruppé 

'Delcros 

(Damai 


Darnal 


Id. 


Id. 


Id. 


Delcros 


Id. ~ ' 


Id. 
Galan 


Id'. 


Id. 


Id. 


Id. 


Verdie 


" Leconte 


Lati oucherie 


Mazelié 


Id. 


Id. 


Mazelié 


Couderc 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Grandou 


Cure 


Lasserre 


Id. 


Latour 


Lasserre 


Pelras 


Id. 


Id. 


Vèzes 


Grandou 


Id. 


Aubusson 


Darnal 


Gipoulou 


Id. 


Id. 


Id. 


Dourlans 


Delmas 


Bor 


Gagnebé 


Révellat 


Révellat 


Hérié 


Id. 


Delcros 


Id. 


Id. 



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— 536 — 



1 

1839-40 


4840-44 


1841-42 


Supérieur 


Derruppé 


Id. 


Id. 


ÉCONOME Bonhomme 


Id. 


Id. 


SURVEILLANT GÉN. 






Sciences 


1 
Darnal 


Id. 


Id. 


Histoire 


Delcros 
Galan 


Delcros 
Blaviel 


Id. 


Philosophie 


Derruppé 


Id. 


Id. 


Rhétorique 


Mazelié 


Id. 


Id. 


Seconde 


Gouderc 


Id. 


Id. 


Troisième 


Vernet 


Id. 


Id. 


Quatrième 


Grandou 


Id. 


Id. 


1 Cinquième 


Latour 


Rey 


Baras 


1 Sixième 


Pelras 


Id. 


Id. 


Septième 


Gouderc 


Baras 


Clédard 


Huitième Bor 


Id. 


Devèze 


ire ÉTUDE Rey 


Dauriac 


Destruel 


2e ÉTUDE ' Hérié 


Glédard 


Sabatié 


Grec i Delcros 


Id. 


Id. 


Musique \ 




Vila 
Santos 



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537 — 



1842-43 


1843-44 


1844-45 


1845-46 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id, 


Id. 


Id. 


Id. 
Bor 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


pelcros 
Galan 


Delcros 


Id. 


Id. 


Blaviel 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


, Id. 


Garayol 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Galan 
Garayol 


Guilhou 


Id. 


Id. 


Id. 


Delmas 


Id. 


Id. 


Guilhou 


Carrières 


Garriol 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Poujade 


Id. 


Baras 


Id. 


Durand 


• Id. 


Id. 


Id. 


Philip 


Id. 


Ganes 


Id. 


Despeyroux 


Id. 


Rivassou 


Id. 








Id. 


Id. 


Id. 


Id. 



35 



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538 — 





1846-47 


4847-48 


1848-49 


Supérieur 


Derruppé 


Id. 


Id. 


ÉCONOME 


Bonhomme 


Id. 


Id. 


PRÉFET DES ÉTUDES 




Id. • 


Gratacap 


SURVEILLANT GÉN. 


Bor 


Id. 


Id. 


Sciences 


Barnal 


Id. 


Id. 


Histoire 


Delcros 


Id. 


Pélissié 


Philosophie 


Blaviel 


Id. 


Id. 


Rhétorique 


Garayol 


Id. 


Id. 


Seconde 


Couderc 


Id. 


Id. 


Troisième 


Delmas 


Id. 


Id. 


Quatrième 


Carriol 


Baras 


Id. 


Cinquième 


Rivassou 


Durand 


Id. 


Sixième 


Ganes 


Id. 


Id. 


Septième 


Baras 


Boulade 


Auferin 


Huitième 


Durand 


Auferin 


Roussies 


Ire ÉTUDE 


Vincent 


Landiech 


Id. 


2e — 


Vaysset 


Terrou 


Id. 


Musique 


(Vila 
(Sanlos 


Id. 


Id. 


Dessin 






Polini 



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- 539 — 



1849-50 


1850-51 


4851-52 


1852-53 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Couderc 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Delmas 


Id. 


Id. 


Id. 


Roussies 


Id. 


Id. 


Id. 


Durand 


Id. 


Id. 


Id. 


Ganes 


Id. 


Id. 


Auferin 


Auferin 


Id. 


Id. 


Lavemhe 


Serres 


Id. 


Id. 


Cassagnes 


Caussanel 


Dalet 


Id. 


Lancelot 


Nigou 


Laveruhe 


Id. 


Coste 


Théron 


Montagne 


Id. 


Bercegol 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 



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540 — 





4853-54 


1854-55 


4855-56 


Supérieur 


Derruppé 


ïd. 


Id. 


ÉCONOME 


Bonhomme 


Id. 


Id. 


PRÉFET DES ÉTIDES 


Gratacap 


Gouderc 
Darnal 


Id. 


SURVEILLANT GÉ\. 






Peiras 


Sciences 


Darnal 


Id. 


Id. 


Histoire 


Gouderc 


Id. 


Id. 


Philosophie 


Blaviel ' 


Garayol 


Id. 


Rhétorique 


Carayol 


Delpech 


Id. 


Seconde 


Delmas 


Roussies 


Id. 


Troisième 


Roussies 


Lavergne 


Id. 


Quatrième 


Durand 


Id. 


Id. 


Cinquième 


Auferin 


Ghabert 


Id. 


Sixième 


Lavergne 


Lancelot 


Id. 


Septième 


Cassagne 


Moles 


Landes 


Huitième 


Lancelot 


Serres 


Id. 


l^e ÉTUDE 


Ghabert 


Magot 


Destruel 


2° — 


Larnaudie 


Landes 


Delsol 


Musique 


Vila 


Id. 


Id. 


Dessin 


Polini 


Id. 


Id. 



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— 541 



4856-57 


1857-58 


1858-59 


1859-60 


' Id. 


Id. 


Carayol 


Id. 


Id. 


Id. 


Carriol. 


Durand 


Id. 


Id. 






Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


M. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Massabie 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id, 


Id. 


Id. 


Id. 


Ghabert 


Id. 


Id. 


Id. 


Serres 


Id. 


Id, 


Serres 


Boulvé 


Id. 


Boulvé 


Id. 


Despons 


Id. 


Id. 


Belvèze 


Descamps 


Labro 


Massabie 


Delsuc 


Lacroix 


Boulvé 


Capmas 
Rescoussié 


Janis 


Alibert 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 



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542 — 





4860-61 


1861-62 


1862-63 


Supérieur 


Carayol 


Id, 


Id. 


ÉCONOME 


Durand 


Id. 


Id. 


SIRVEIUANT 6BN. 


Pelras 


Id. 


Id. 


Sciences 


Damai 


Id. 


Id. 


Histoire 


Couderc 


Id. 


Id. 
Carriol 


Philosophie 


Massabie 


Id. 


Id. 


Rhétorique 


Delsuc 


Id. 


Id. 


Seconde 


Roussies 


Lacroix 


Id. 


Troisième 


Lavergne 


Id. 


Id. 


Quatrième 


Chabert 


Id. 


Id. 


Cinquième 


Serres 


Id. 


Id. 


Sixième 


Boulvé 


Id. 


Id. 


Septième 


Descamps 


Aiibert 


Landes 


Huitième 


Salinié 


Id. 


Bouygues 


1" Étude 


Orliac 


Bousquet 


Laporte 


2e — 


Vernais 


Landes 


Mounié 


3e - 








Musique 


Vila 


Id. 


Id. 


Dessin 


Polini 


Piazza 


Id. 



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— 543 



1863-64 


1864-65 


1865-66 


1866-67 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Couderc 
Magne 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


(^babert 


Id. 


Id. 


Id. 


Serres 


Id. 


Id. 


Id. 


Boulvé 


Id. 


Id. 


Id. 


Dardes 


Id. 


Id. 


Id. 


Bastide 


Courtes 


Dardes 


Id. 


Courtes 


Murât 


, Soucirac 


Besombes 


Wolowski 


Id. 


Latapie 


Magne 


Lafage 


Roqnetanière 


Besombes 


Manié 


Murât 


Delpech 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 



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— 544 





1 1867-68 


' 1868-69 

1 


-1869-70 


Supérieur 


! 

i Carayol 


, ^'^^ 


Id. 


ÉCONOME 


Durand 


1 Id. 


Id. 


PKBFET DE DISCIP. 




1 




SURVEILLANT GÈBiÊ. 


Boulvé 


Id. 


Id. 


Sciences 


Darnal 


Id. 


Id. 


Histoire 


Lacroix 


Id. 


Id. 


Philosophie 


Massabie 


Pomarel 


Id. 


Rhétorique 


Magne 


Id. 


Id. 


Seconde 


Courtes 


Id. 


Id. 


Troisième 


Chabert 


Id. 


Id. 


Quatrième 


Serres 


Id. 


Id. 


Cinquième 


Dardes 


Id. 


Id. 


Sixième 


Murât 


Id. 


Souiry 


Septième 


Pomarel 


Souiry 


Tliaroié 


Huitième 


Bach 


Roussilhe 


Messengairal 


i^^ Étude 


Delfour 


Capy 


Id. 


•2e - 


Ferrie 


Combarel 


Vanel 


3c - 


Labarthe 


Pages 


Arènes 


Musique 


Vila 


Id. 


Id. 


Dessin 


Piazza 


Id. 


Id. 



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— 545 — 



1870-74 


1871-72 


1872-73 


1873-74 


1874-75 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Lacroix 


Id. 


Id. 


Magne 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


j Id. 

\ Capy 


Id. 


Id. 


Id. 


Darnal 
Moogreltl 


Magne 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 
Bouivé 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Labarthe 


Id. 


Id. 


Id. • 


Id. 


Id. 


Id. 


Vayssié 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Vayssié 


Id. 


Arènes 


Id. 


Id. 


Tbamié 


Arènes 


Vertut 


Id. 


Id. 


Arènes 


Vertut 


Orliac , 


Id. 


Id. 


Rivière 


Boutaric 


Bos 


Id. 


Id. 


Boutaric 


Bos 


Bergues 


Id. 


Roche 


Mayzen 


Ollières 


Lavergne 


Couderc 


Delpech 


Vertut 


Gros 


Sarny 


Roche 


Lalo 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 


Id. 



36 



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PLANCHE r 



EMP 



DU PETIT SEMINAI 



ET DES IMMEUB 

au l«r Jî 



6 
7, 
8, 
9. 

10. 

Id. 

12. 

13. 

14. 

15. 

16. 

il, 

18. 

19. 



ARTICLES 



PROPRIETAIRES 



Berceau de rétablissement. 



Ancien prieuré^ 
Cour 
Grange 
Jardin ' 
Clos 



Mrae Cambonie 
(veuve Murât). 



Immeubles 

Église 

Maison 

Maison 

Passage 

Maison 

Halle 

Mairie 

Maison 

Maison 

Maison 

Jardin 

Maison 

Réservoir 

Maison 



environnants . 

Mont faucon. 
Mlle Doumerc 
Chalvet. 

Langlade. 

Montfaucon. 
Id. 

Roques. 

Bonnet. 

Raynal. 
Id. 
I Camy. 
/ Aussel. 
I Périé (Gandille) 




(Echeh* 



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«ENT 

DE MONTFAUCON 

ENVIRONNANTS 



r 1816. 




3000). 



Jardin 

Maison 

Grange 

Grange, etc. 

Maison 

Maison 

Jardin 

Clos 

Propriété 

Clos 

Clos 

Pressoir et pré 

Tras-la-Salle 



Veuve Aussel, 
M»ne Cambonie^ 
(veuve Ri gai). 
Ghalvet. 
Alibert. 
Balayé. 
Alibert. 

Id. 
Balayé. 
Mespoulet. 
Pages. 
Langlade. 
Ghalvet. 
Gommunal. 



Chemins, rues, etc. 
Chemins des Vitarelles. 
Rue du Clos. 
Rue de la Ville. 
Rue de la Halle. 
Rue Drêche ou de l'Église. 
Rue du Fort. 
Chemin du Trel. 
Chemin de Tras-la-Salle. 
Enceinte du Fort. 



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TABLE DES MATIÈRES 



Dédicace, ; • . . . 5 

Réponse de Monseigneur TEvèque 7 

Avant-propos 9 



LIVRE I 



LES ORIOINES 



CHAPITRE I 

INTRODUCTION 

Situation générale et état de renseignement 

dans le diocèse de Cahors en 1815 13 

CHAPITRE n 

VIE DE M. LARNAUDIE 

jusqu'à la fondation du petit séminaire de montfaucon 

§ I. Famille et ancêtres de Tabbé Larnaudie. . . 27 
g n. Naissance de Guy Larnaudie. — Ses pre- 
mières études 29 

§ ni. Période de dissipation 33 

§ IV. La vocation au sacerdoce 40 



•I 



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— 548 — 

CHAPITRE m 

PROJET D'UN PETIT SÉMINAIRE 

DIOCÉSAIN 

§ ï. L'abbé Larnaudie e&t chargé de la fonda- 
tion d'un Petit Séminaire 49 

gïl. Montfaucon 55 



LIVRE II 



HISTOIRE 
DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 

sous LA DIRECTION DE M. LARNAUDIE 



CHAPITRE I 
FONDATION DU PETIT SÉMINAIRE 

1 . Circulaire de Mgr de Grainville 63 

2. Premier prospectus 64 

3. Ouverture des cours 66 

4. Premiers collaborateurs de M. Larnaudie . . 67 

5. M.Bosq 69 

6. M. Pauty 69 

7. M. Cadiergues 70 

R. Rentrée de 1815-16 71 

ft. Organisation et installation provisoires. . . • 72 

la. L'externat 73 



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— 549 — 

CHAPITRE II 

LE RÈGLEMENT 

$ I. Histoire de la règle du Séminaire 76 

§ IL Règlement pour les directeurs 78 

§ III. Règlement pour les professeurs et les maî- 
tres d'étude. 80 

S IV. Règlement pour les élèves 82 

§ V. Esprit du Petit Séminaire de Montfaucon. 88 

CHAPITRE III 
SUCCÈS 

ET PREMIERS DÉVELOPPEMENTS DE l'ŒUVRE 

i. Années 1816-17 et 1817-18 91 

2. Nouvelle installation 92 

3. Propositions des municipalités de Gourdon 

et de Martel 92 

4. Organisation des classes 93 

5. Acquisitions d'immeub'es. 94 

6. Bienveillance de la municipalité de Mont- 

faucon 95 

7. Construction d'une salle d*étude 96 

CHAPITRE II 
M. LARNAUDIE 

ET LA CURE DE MONTFAUCON 

1. Rapports entre M. Larnaudie et M. Martin, 98 



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— 550 — 

î2. Chagrins et mort de M. Martin 102 

3. M. Larnaudie est nommé curé de Mont- 

faucon d05 

4. Ses prédications d07 

5. Sa charité 108 

CHAPITRE V 
AFFERMISSEMENT DE L'ŒUVRE 

DU PETIT SÉMINAIRE 

i . Cession de propriété au diocèse 111 

2. Dernières réparations faites par M. Lar- 

naudie 114 

3. Dernières acquisitions 117 

4. Pauvreté de la maison 117 

CHAPITRE VI 

L'ENSEIGNEMENT 

§ ï. Caractère général 120 

§ H. Instruction religieuse et piété. — Cathé- 
chismes. — Retraites. — Les deux 

congrégations 121 

§ m. Classes de grammaire ... 128 

M. Mazet 131 

M. Pelras 136 

§ IV. Humanités 140 

M. Baduel 144 

M. Aurusse 145 

M. Vernet 146 

V. Philosophie 149 



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— 551 -- 

CHAPITRE VII 

FIN DE L'ADMir^ISTRATION 

DE M. LARNAUDIE 

i I. Situation de M. Larnaudie au Petit Sémi- 
naire pendant les dernières années de 

sa vie 153 

IL Les ordonnances du 16 juin 1828. 156 

III. Mort de M. Larnaudie 166 



LIVRE III 



HISTOIRE 

DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 

sous LA DIRECTION DE M, DERRUPPÉ 



CHAPITRE I 

ADMINISTRATION DE M. DERRUPPÉ 

g L Vie de M. Derruppé jusqu'à son ordination 

au sacerdoce 179 

§ IL M. Derruppé professeur de philosophie. . . 205 

§ III. M. Derruppé supérieur du Petit Séminaire. 218 

§ IV. M. Derruppé pasteur et confesseur 240 

§ V. M. Derruppé supérieur et vicaire général. 246 

§ VI. M. Derruppé vicaire général 255 

Mort de M. Derruppé 272 



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— 5K — 

CHAPITRE II 

M. BONHOMME 

$ L Vie de M. Bonhomme jusqu'à sa nomina- 
tion à la charge d'économe 280 

g IL M. Bonhomme, économe du Petit Sémi- 
naire 284 

§ III. M. Bonhomme préfet de discipline et vice- 
supérieur 297 

§ IV. Fin de M. Bonhomme 304 

CHAPITRE III 

LE COURS D'HISTOIRE 

§ I. L'enseignement de l'Histoire 316 

§ IL Les premiers professeurs d'histoire à Nfont- 

faucon 322 

M. de La Roussiihe 322 

M. Delcros 329 

M. Gouderc 332 

CHAPITRE IV 
COURS SECONDAIRES 

§ L Cours de Géographie 340 

§ IL Cours de langue grecque 341 

§ IIL Cours de politesse 347 

I IV. Bibliothèque à l'usage des élèves 348 

M. Magne de Sarrazac 349 



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— 663 — 
' CHAPITRE V 
LE COURS DE SCIENCES 

§ L; Introduction des sciences dans l'enseigne- 
ment secondaire 353 

§ IL L'enseignement des sciences au Petit Sémi- 
naire de Montfaucon 358 

'M. Darnal 360 

CHAPITRE VI 

H.U M A N I T Ê S 

§ L Classe de Rhétorique 384 

M. Latroucherie. — Métjiode de M. l'abbé 

Marcel 384 

M. Verdie et M. Leconte 392 

M. Mazélié 392 

M. Carayol 394 

M. P.el{>ecb 395 

§ IL Classe de Seconde 398 

M. Delmas 398 

M. Roussies 40iî 

§ ni. Classe de Troisième 404 

M. Galan et M. Guilhou. 404 

Remarque sur les classes de grammaire 406 

CHAPITRE VII 
PEAUX-ARTS 

§ L Plain-chanl et musique 409 

MM. Vila et Santos 410 

37 



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— 554 — 

II. Cours de peinture et de dessid 416 

M. Polini 416 

CHAPITRE VIII 

PRÉFECTURE DES ÉTUDES 

M. GRATACAP 

§ I. Histoire de M. Gratacap avant son arrivée 

à Montfaucon , 420 

§ II. M. Gratacap préfet des études à Montfaucon 425 

Conclusion du troisième livre 431 



LIVRE IV 



HISTOIRE 
DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUCON 

sous. LA DIRECTION DE M. CARAYOL 



CHAPITRE I 
HISTOIRE DE M. CARAYOL 

ire PARTIE 

Vie de M. Carayol jusqu'à sa nominatioii 
à la charge de Supérieur 

§ I. Naissance et première éducation • • 435 



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— 555 — 

§ IL M. Carayol élève au Petit Séminaire de 

Montfaucon 442 

§ III. M. Carayol à Saint-Sul|jice 448 

g IV. M. Carayol professeur au Petit Séminaire 

de Montfaueon 454 

W PARTIE 

M. Carayol Supérieur du Petit Séminaire 
de Montfaucon 

§ I. Mission de M. Carayol. 463 

S IL Direction religieuse 464 

g III. Direction des études 474 

§ IV. Discipline 480 

§ V. Gestion du temporel 483 

§ VL Fin de l'administration de M. Carayol 486 

///« PARTIE 

M. Carayol, chanoine de la Cathédrale 
de Cahors 

1 . Installation à Cahors 489 

2. Prédications 490 

3. Révision de V Histoire des Evêques de 

Cahors 493 

4. Mort de M. Carayol 494 

CHAPITRE II 

HUMANITÉS 

M. Courtes 497 

M. Chabert 



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aam 



— 566 — 
SUPPLÉMENT 



NOTICE SUR QUELQUES ÉLÈVES 

DU PETIT SÉMINAIRE DE MONTFAUGON 



Mgr Dounierc 501 

Mgr de Bessoiiies d'Alzac 504 

Mgr Goldefy 509 

M. Larnaudie, missipnaaire 512 

Mgr Bel. 518 

jGambetla , 519 

H. Martin 52^ 

Tableau du personnel des Directeurs et des Pro- 
fesseurs du Petit Séminaire Montfaucon 

de 1815 à 1875 529 



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